Archives pour la catégorie Miaulements

Le Fiat Ducato, la mésange et Michael Jackson

Le chat fumait en silence. En Irlande, comme le Général était allé marcher sur la lande avec Yvonne après avoir été débarqué du pouvoir, là où quand il fait chaud, la tourbe, ce substrat noir qui fait le sol des collines de l’Ouest et où se sont décomposées des années de végétation multiple, fume un peu sous l’effet de l’eau qui s’évapore. Le chat revient à la ville avec des poches remplies de souvenirs émus de ces trois semaines passés au monde des idées fixes, des délires et des paranoïas, de la tendresse enfantine, et de la joie toute simple qui ne s’exprime pas par des envolées lyriques, mais par un sourire perpétuel accroché sur les lèvres d’Hubert, presque incapable de communiquer autrement que par des onomatopées, des oui ou des non qu’il rallonge comme une blanche en musique, ooo-uuu-ii, finissant sur une note aiguë, ou des sortes de râles un peu sauvages de Denis, Robinson qui fabrique au sein de son centre de travail adapté des “tillots” et qui a beaucoup aimé la dégustation de “wiki”, sa manière à lui, sous sa barbe épaisse dans lequel il vient toujours enfouir une cigarette roulée, de dire qu’il fabrique des tuyaux et aime le whisky. Ils sont comme des personnages de conte, et certains pourraient incarner les ogres, d’autres les fous, et d’autres les petits lutins qui sortent la nuit, et à la fin du voyage, ils ont tous regagné leurs livres à eux, foyers occupationnels, centres fermés, ou famille sous curatelle, ramenant avec eux un nouveau chapitre, leur part de mystère insondable et quelques jolies babioles d’Irlande qu’on trouve dans toutes les boutiques d’attrape-touristes, des pin’s à l’effigie du trèfle irlandais, des mignonnettes de whisky, des répliques miniatures de la croix celtique, c’est en cela que les personnes handicapées incarnent un peu l’enfance de l’art, pas un seul d’entre eux n’a dénigré ces souvenirs à peu de frais de l’Irlande, ils sont un bon coeur de cible pour les petites Eiffel sous la neige… Pour rire en peu (sans se moquer).
F., la cinquantaine, assez cultivée, schizophrène, fumeuse frénétique qui passe ses journées le nez au sol pour trouver de vieux mégots mâchouillés ou des restes de cigarillos quand elle a dépassé son quota de 10 cigarettes par jour ; “parfois, j’ai l’impression de voler, d’être un peu comme un hirondelle, ou une mésange, je sais pas, c’est assez agréable”.
A. passionné par les utilitaires, qui nous demande si l’on préfère dans la catégorie des utilitaires le Citroën Jumper ou le Fiat Ducato. Comme notre réponse ne lui convient pas tout à fait, il insiste ; “dis que tu préfères le Fiat Ducato, s’il te plaît”. Alors on s’exécute pour calmer son angoisse. 

T. qui sous un verbe facile et une logorrhée inépuisable, masque mal de vrais talents de conteur et surtout d’histoires invraisemblables, ce qui doit être la caractérisation d’un comportement mythomane. Ainsi, parmi ses innombrables “collègues” qui l’accompagnent dans ses rêveries de promeneur pas solitaire pour un sou, plusieurs ont eu des vies incroyables. Il y a celui qui, danseur au début des années 80, s’est retrouvé par hasard à Los Angeles au moment où Michael Jackson enregistrait son clip Thriller et qui a été embauché à l’arrière plan du tournage. Il y a celui qui a gagné le marathon de Paris. Il y a son collègue, handicapé comme lui, qui est sorti avec toutes les beautés des plages marseillaises. Et racontées avec un incroyable aplomb, ces histoires ne manquent pas de piquants. C’est assez drôle quand T. accuse les autres vacanciers de complètement délirer.

 

mesangecharbonniereintro.jpg20ducato11.jpgthriller.jpg

 

Mais voilà, on a pêché avec eux à la mouche dans le Connemara sous une pluie battante, on a dansé au rythme des accordéons et des bodhrans, sur des musiques traditionnelles à l’occasion du SummerFest de Roundstone, on a fêté l’anniversaire de Fred qui a eu pour l’occasion un t-shirt celtique et un paquet de Marlboro, ses bougies plantées sur une plaquette de brownie Brossard au caramel, éteintes par le vent, on a couru après ceux qui s’enfuyaient sans raison, ceux qui se cachaient dans le bateau parce qu’ils avaient le mal de mer, ceux qui prenaient la tangente pour fumer en cachette, on a mangé des verrines de crabe passées au four au Linnane’s pub, un restaurant de fruits de mer dans une petit village de pêche dans le Burren, et il est arrivé que nos différences s’estompe, à la vaisselle, P. est aussi performant que n’importe qui, faut voir à quelle allure il enchaîne les vielles poêles carbonisées, on a passé des vacances ensemble, et après, c’est la même nostalgie qu’après une semaine de vacances en Corse avec des copains…

Et surtout bonnes vacances

presentation01.jpg

Chère vieille Europe cher vieux continent

Voici un article que le chat avait écrit pour d’autres vies que la sienne, précisément pour le blog de l’association de gauche de l’ESSEC (ne riez pas), Progrès…Pour occuper l’espace en ce dimanche de pluie et d’abstention, je cède à moi-même mes propres droits d’auteur et le duplicate ici. 

 

Ecrire sur l’Europe avant les élections. Un vaste chantier. Crise du BTP. N’est-ce pas toujours les mêmes histoires qu’on raconte à son propos, les mêmes rengaines surannées ? Un conte d’enfant. Il était une fois.
L’Europe. La première chose qui me vient en tête, c’est Brigitte Fontaine, son crâne rasé et sa voix d’outre-tombe, mi-nympho, mi-gothique, fêlée comme Ferré : « nous travaillons actuellement pour l’Europe / voire pour le Monde ».
Qui travaille pour qui, au juste ? Quelle est la meilleure manière aujourd’hui de « travailler » pour l’Europe ? Travailler, c’est-à-dire œuvrer à rendre l’Europe nécessaire, légitime, juste, indépassable, affectueuse, proche des citoyens, intelligible et intelligente. Tout un programme (électoral). Tout ce qu’elle n’est pas en ce moment. Ce qu’expriment parfaitement les sanglots longs qui suivent dans cette chanson en prose forcée ; les sangliers sont lâchés / la marmite de l’ermite est rempli de rubis, / et la bite à la main arrosait de son sperme les sexes autochtones, etc.
Aujourd’hui, l’Europe, telle une tomate d’avril élevée sous serre, n’a ni saveur, ni texture, pour la plupart des Européens, quand bien même seraient-ils convaincus. Bureaucratie bruxelloise lyophilisée, aspartame de démocratie semi-direct, elle n’évoque rien, ne symbolise rien. Ne cristallise rien. Pas même sur son nom, des protestations, ou des vagues indignées, comme jadis. C’est le plus grave. Elle est devenue un rêve marmoréen.

Il y a quelques années, notamment au moment du référendum sur la constitution européenne en France, l’Europe était encore capable de déchaîner les foules et de débrider les passions, comme Indochine. Elle savait à l’époque avoir bon dos, et qu’on lui casse du sucre dessus ; certains, sous couvert de la directive Bolkestein, mettait à son passif la dérégulation du marché, les délocalisations, voire même la crise alimentaire africaine qui aurait été permise par les aides de la PAC. Ils n’avaient pas tous tort. En somme, l’Europe était encore un repoussoir, un alibi politique éventuellement, un épouvantail pour Besancenot et les crypto-trotskistes qu’on pouvait trouver jusque dans les rangs du PS.
Aujourd’hui, elle n’est même plus capable de ça. De faire s’envoler les pigeons d’extrême gauche. Même plus capable de faire parler d’elle. Or c’est bien le pire qui puisse lui arriver ; subir l’indifférence. Générale.
Comme une vieille dame déchue sombrant dans l’anonymat, de retour en coulisse, l’Europe ne fait plus se lever les foules et ne retient plus la lumière. Elle n’existe plus face aux nouvelles stars que sont Obama, Sarkozy, ou le FMI. Comme si on demandait à France Gall de lutter contre Camelia Jordana.
La dernière fois que j’ai entendu parler de Bruxelles, c’est lorsque la commission /le Parlement/ le conseil européen (on ne sait jamais) a validé le principe consistant à fabriquer du rosé en mélangeant du vin blanc et du vin rouge. Et bien une info comme celle-ci, il y a quelques années, serait passée en boucle pendant des semaines, et serait devenu une rengaine villiériste, ce qui s’était passé à peu près avec l’évolution de la réglementation sur les taux de cacao dans le chocolat. Là, à part un entrefilet dans le Monde, j’ai presque rien lu.
L’avant-dernière fois, c’est lorsque ont été rendus publics les montants des aides européennes qu’avaient touchés les agriculteurs français. Certains céréaliers de la Beauce dans le top ten affichaient des primes de plus d’un million d’Euros. Suite à la parution des chiffres sur Internet, certains se sont faits caillaisser leurs tracteurs.

J’ai une infinie tendresse pour l’Europe – pas pour ceux qui la font vivre, mais pour l’idée, pour l’Europe de Schumann, pour l’union des nations. Je vois l’Europe un peu comme Barbara, la grande dame brune. Mais qui finissante, chante seul dans son coin, de sa voix désaccordée, dans son pavillon de Précy-Jardin.
On a le sentiment que l’Europe s’est résignée pour toujours à souffrir d’une image de marque écornée. D’un déficit de popularité qu’elle traînerait comme une bronchite chronique. Or il n’y a pas de fatalité.

Quand on entend monter des tribunes les adresses d’amour que lui envoient les responsables des grands partis, notamment Xavier Bertrand, (et aussi un tout petit peu Martine Aubry, si on me le permet), on a l’impression que c’est du vent. Ou qu’ils n’aiment l’Europe, ces prudes, que pour son impuissance. Parce qu’elle ne fait pas d’ombre à leurs petites destinées personnelles et nationales.
Il n’y a que Dany Conh-Bendit à mon sens qui soit crédibles dans le rôle de plaideur ; parce qu’il est franco-allemand et vert et libertaire, et parce qu’il a jamais tergiversé. Même François Bayrou, pourtant un fidèle, use aujourd’hui de l’Europe comme d’un accessit à ses autres ambitions.

Pour voir où sont les solutions, il faut revenir à l’histoire. Ça a déjà été fait souvent et par d’autres et mieux que moi, mais allons-y.
L’Europe (c’est-à-dire la Communauté Economique Européenne puis l’Union Européenne) à sa création était une idée neuve. Jamais des pays souverains ne s’étaient réunis ainsi pour partager des compétences. Donc tout était à inventer : les règles, les modes de fonctionnement, les principes de consensus, les domaines d’attribution, etc.
Ça a été le grand chantier à partir de 1957 ; rendre cette idée européenne crédible et pérenne, rendre les institutions européennes vivables et efficaces.
Dans les années soixante, la grande ambition a été la mise en place des politiques communes, en premier lieu la PAC.
L’élargissement a démarré au début des années 70. Il a fallu intégrer le Royaume-Uni, l’Irlande, le Danemark, la Grèce, les sœurs ibères, etc.
Dans les années 80, l’Europe carburait à la libre circulation des personnes : Acte Unique 86, puis Schengen.
A partir du début des années 90, il a fallu créer le Système Monétaire Européen, qui a abouti à la naissance de la monnaie unique.
Enfin, début des années 2000, deuxième vague d’élargissement vers l’Europe orientale.
Aujourd’hui ? Que dalle.

Dès lors, Delors, empruntant le bon mot à un autre, a tout bon lorsqu’il dit: « L’Europe, c’est comme un vélo ; si on arrête de pédaler, elle tombe ».
Depuis 2005, on a même davantage l’impression qu’elle est en rétropédalage…Sarkozy a beau être un fana de la petite reine, notre président absolu n’a pas été capable, au cours de la présidence française, de prendre tout le monde sur son porte-bagages.
Or tout le monde dit, cela parait définitivement gravé dans le marbre élyséen, que la présidence française de l’Union européenne a été un franc succès. Je veux bien croire que c’est vrai, mais pourquoi ? Qu’est-ce qui a changé ? En quoi l’Europe est-elle plus avancée aujourd’hui qu’elle ne l’était il y a deux ans ?
Au moment de la guerre en Irak, il y avait encore des voix pour s’étonner sur la scène européenne que les pays membres ne soient pas capables de s’exprimer de concert. Il y avait encore des gens pour croire que l’Europe avait un mot à dire dans une dimension collective.
A l’occasion du déclenchement de la dernière crise financière, puis économique, puis immobilière, puis sociale, il n’y eut personne (ou presque) pour relever que chaque pays était en train de coudre son petit plan de relance dans son coin, comme un tricot au coin de la cheminée, comme un gosse boudeur qui joue à la dînette loin de ses amis d’anniversaire. Personne (ou presque) pour avancer l’idée que si les efforts avaient été mutualisés, ils auraient pu avoir davantage d’impact.
Les gens n’y croient plus. Les gens sont blasés. Déconfits. L’Europe, qui semble ne plus rimer à rien, sinon à légiférer sur les taux de TVA dans la restauration, a perdu toute sa grandeur d’âme, tout son supplément d’âme, toute sa poésie rimée, ce qui faisait un temps ancien que, plutôt que d’être l’addition stérile de volontés nationales, l’Europe en était l’alchimie réussie, celle qui transformait le plomb en or. Ou l’eau en bière blonde et belge.

Il faut donc relancer l’Europe. Qui ne peut pas être un seul organe gestionnaire. Une réunion de conseil d’administration.
Pour cela, il faut inventer ses nouveaux défis, faire en sorte qu’ils soient excitants.
Il faut à l’Europe un horizon et des points de mire, ce qu’elle n’a pour l’instant.
Quels pourraient-ils être ?
C’est là que ma tâche pourrait s’arrêter, car je ne n’en sais rien, au fond. Mais essayons.

Il faut des institutions représentatives. En finir avec cette commission peuplée de hérauts libéraux comme une université d’été madeliniste, et qui n’a de sens.
L’idée d’une constitution européenne était la bonne. Elle a avorté, et on a trouvé un compromis a minima avec le traité de Lisbonne, si j’ai bien compris. Ce n’est pas suffisant. Il faut une constitution, pour la force du symbole. Donc il faut tout recommencer depuis le début. Mettre en place une nouvelle « assemblée constitutive ». Définir à l’avance les modes de ratification. Organiser ces procédures simultanément dans toute l’Europe. En finir avec la règle paralysante de l’unanimité. Trouver les moyens d’avancer, les marges de manœuvre. Que ceux qui n’en veulent pas, les Polonais par exemple, parce qu’elle ne mentionnerait pas explicitement les racines chrétiennes de l’Europe, (ou les Français, parce qu’elle acterait le principe de l’économie de marché…), se cassent !
Il faut aussi que les élections européennes soient véritablement l’occasion pour l’Europe de se choisir une orientation. Dès lors, il me semble que le mode de scrutin tel qu’il existe aujourd’hui est imparfait. Se déroulant à l’échelon de chaque région, et de fait de chaque pays, les enjeux européens sont évacués par ce qu’on appelle des « luttes politiciennes » ; Vincent Peillon parachuté dans le Sud-Est à qui Christian Estrosi offre le guide du routard, ou Rachida Dati jouant à « qui perd perd » avec les jeunes populaires, voilà quels ont été pour l’instant les points d’orgue de la campagne, en tout cas les faits les plus relayés médiatiquement. La seule manière de « politiser » ce scrutin, de le « cliver », c’est de voter pour des listes uniques dans toute l’Europe, des listes de 788 candidats, le nombre de députés, à la proportionnelle intégrale.
On dira que cette manière de voter ne respecte pas la règle de l’égalité de représentation de chaque citoyen, qui voudrait par exemple qu’il y ait systématiquement un député pour 3 000 000 d’électeurs concentrés sur un même périmètre. Ce qui est absurde, puisque nous sommes tous européens. La grande question étant alors ; sur quelle liste serait candidat Francis Lalanne ? L’Europe a besoin de ses ménestrels.
Ensuite, il faut un projet collectif.
Par exemple l’unification des représentations extérieures. Que chaque citoyen européen ait un passeport exclusivement européen, que les ambassades de France, d’Allemagne, d’Italie disparaissent au profit d’ambassades européennes. Que ce soit par exemple l’ambassadeur européen de nationalité bulgare à Washington qui aille défendre les couleurs du roquefort devant les consommateurs américains. Voilà un geste symbolique.
Corollaire de cette disposition, l’unification des politiques d’immigration. La présidence française a réussi à faire adopter un « pacte européen de l’immigration » qui reste pour l’instant vide d’effets, par manque de volonté politique.
Le Monde consacrait une colonne ce jour où j’écris ce billet aux nouveaux accords unissant l’Italie avec son ancienne colonie, la Libye, portant sur l’intensification de la lutte contre l’immigration clandestine.
En échange de promesses d’investissements italiens en Libye, le pays de Kadhafi accepte désormais de récupérer ses ressortissants interceptés, ayant fui le pays pour gagner le continent européen, en dépit des règles en vigueur sur le droit d’asile qui devraient leur valoir titre de séjour.
L’Espagne et l’Italie sont il est vrai aux premières loges sur ces questions d’immigration, et la réponse qu’ils y apportent ne peut pas être laissée à la discrétion d’un type comme Berlusconi entouré de ses vélines. L’existence de l’OFPRA, Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides, n’a il me paraît plus de raisons d’être dans l’Union européenne, l’OEPRA en aurait, avec un peu d’imagination, on pourrait même transformer l’acronyme en OPERA, Office de Protection Européen des Réfugiés Politiques et des Apatrides, ce qui aurait quand même de la gueule.
L’unification de ces différentes instances et représentations générerait des économies importantes qui pourraient être utilisées ailleurs.
Par exemple dans l’environnement, ou la politique énergétique. Que tous les pays s’assignent les mêmes objectifs en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Que l’Europe mette le paquet là-dessus. Que soit créée une agence européenne de l’Energie.
Il faudrait aussi organiser l’Eurovision chaque samedi soir, et apprendre aux enfants européens dans les écoles à jouer l’Ode à la joie à la flûte à bec. J’ai pas de meilleures idées !…Mais je compte sur vous…

 

Image de prévisualisation YouTube

C’est un jardin extraordinaire

L’impasse de la Chapelle est une petite allée goudronnée, perpendiculaire à la rue de la Chapelle, dans le Nord de Paris. Au bout de cette impasse, il y a pendant longtemps eu un parking. Depuis samedi dernier, c’est un jardin partagé.

Samedi, c’était le printemps, et il faisait beau, c’était vraiment le printemps, j’ai failli écrire ce post dans la foulée de l’euphorie, en rentrant de l’après-midi de jardinage, et puis le temps a manqué, mais j’aurais dû pourtant, car depuis, il s’est remis à faire un temps d’hiver, avec plein de gris et de nuages de pluie, et du vent en rafales, et c’est plus dur de se rappeler. Mais je vais essayer quand même parce que c’était drôlement bien.

Ça a commencé par cette affiche placardée dans les rues alentours.

 ecobox21mars09.jpg

On s’est dit, chouette, un jardin partagé, c’est le printemps on sème, ça sonnait bien…Alors on est allé voir. Jérôme a expliqué l’idée. L’idée de réintroduire du végétal dans nos vies d’urbains, le droit à la chlorophylle pour tous, le lien social, la vie de quartier, et les graines qui vont prendre racine. Il y a eu la distribution de paniers en osier. Chacun a reçu un panier, on l’a recouvert avec une couche de feutrine, et on l’a rempli de terre. Ensuite, il a fallu féconder la terre. Il y avait des petits pots de fleurs, même des essences rares qui avaient été gracieusement offertes par un jardin botanique, avec le nom latin, chacun a fait son petit marché, nous on est allé chez le fleuriste chinois au bas de la rue, qui avait rarement vu défiler autant de monde, on a choisi des pousses de romarin et de menthe, quand les feuilles vont pousser, on va être obligé de faire souvent des rôtis et des mojitos. Alors comme ça, il y avait du soleil plein la vue, les gens étaient heureux d’être là, ensemble, plein qui habitaient le quartier, d’autres qui l’avaient habité, pourtant on connaissait presque personne, c’est dire, une grande ville…Il y avait un type qui ressemblait à Jacques Higelin, des longs cheveux argentés et secs comme de la paille, une parka en cuir un peu sauvage, et il arrêtait pas de faire des allers-retours avec la brouette qu’il remplissait de terre, il se tuait à la tâche, et il transpirait, il avait l’air d’aimer ça. Il y avait aussi des petites filles avec des râteaux, des gens qui avaient préparé des gâteaux aux quetsches, des jus de fruit multivitaminé, juste le jour du printemps, dingue…Quand tout le monde a fini avec son petit pot en osier, on s’est attelé aux gros œuvres, les parcelles communes, pour faire un potager. Toujours sur le parking. Peur de rien. Ils avaient prévu des grandes palettes en bois, genre celles qu’on peut trouver en supermarché, on les alignées au sol en délimitant des trous, et puis on a juste versé de la terre à l’intérieur, et des petites boules pour pas que ça pourrisse, je connais pas leur nom, mais c’est un coup classique. Sur les palettes, on a disposé de la pelouse en dalles qui avait été récupérée à l’occasion d’un salon agricole. Et tout autour de ce nouvel espace vert, on a disposé nos petits pots en osier avec la menthe, les bégonias, les fougères, il y en avait pour tous les goûts. Au dernier moment, on n’a pas planté les parcelles collectives, faire durer le plaisir, et puis la peur du gel, tout était possible, il y avait pas d’urgence de toute façon, les tomates cerises, c’est pas avant mai. Après on a continué à admirer notre jardin, au fond il y a des murs en béton graffés de toutes les couleurs, c’est la rencontre parfaite de l’urbain et d’autre chose, je dirais pas rural quand même, ça reste un parking, même si il y a plus moyen d’y garer sa bagnole. Sur le plan légal, il y a encore pas mal de zones floues, mais il y a quand même les élus verts qui sont venus nous donner un coup de main, ça aide d’être dirigé par la gauche, quand même. Maintenant, se pose le problème de la flotte. Il y a pas de raccordement. On va essayer de mettre en place un système de récupération de la pluie, et puis aussi on pourra faire des aller-retour avec des arrosoirs, vu qu’on habite en face.

Après, on peut tout imaginer. Les barbecues l’été, les après-midi de lecture sur le morceau de pelouse…mais c’était quand même plus facile samedi. Faut attendre le retour du beau. En tout cas on a un jardin partagé maintenant. Plus aucune raison de s’exiler en Lozère.

Alain et André : le pays des morts

Alain et André : le pays des morts 00044006531526_Sgorz.bmp 

C’était ce soir. Ce soir qu’on devait aller voir Bashung au Grand Rex avec Emilie. Le concert a été maintenu jusqu’à jeudi, et puis reporté à une date ultérieure, et samedi, reporté ad vitam æternam. Ce sont des choses qui arrivent. Mais malgré tout, elle était là, la pointe de mélancolie, en rentrant à l’appartement tout à l’heure sur les coups de 20 heures, le moral bleu pétrole, l’impression d’avoir été privé d’un puits de poésie, une matière non raffinée, Bashung définitivement offshore.

Après, il est difficile de dire exactement ce qu’on aimait en lui, on se laisse influencer par les nécrologies partiales que l’on a pu lire dans tous les journaux, même les gratuits, des gens qui en parlent bien, parfois même un peu trop bien. Surtout des chansons, des bribes de mots, comme par exemple dans Gaby, ce phrasé que j’adore : « Aujourd’hui c’est vendredi et je voudrais bien qu’on m’aime », ou ce saut à l’élastique dans le Vercors, lancinant, et une reprise du voyage en solitaire de Gérard Manset. Mais Bashung, c’était surtout une forme d’élégance, de pudeur, et d’humilité, un alliage rare à l’époque de la jeunesse dorée. Le contraste d’ailleurs saisissant sur la scène des Victoires, avec Julien Doré, ou Florian Zeller mis en musique.
Alors pour ne pas que la soirée soit complètement siphonnée, je me suis fait couler un bain, servi un verre de rouge, allumer une blonde, mis sa tournée des Grands Espaces dans les baffles, et je me suis installé dans l’eau chaude avec un livre d’André Gorz, Lettre à D. Histoire d’un amour, et je me suis rendu compte que le texte que j’avais entre les mains collait parfaitement avec la musicalité de Bashung. Il était beaucoup question de mort dans ce bain, car la lettre à D. c’est le dernier livre publié par Gorz, en 2006, une déclaration d’amour à sa femme Dorine à qui il écrivait, dans les dernières lignes de l’ouvrage :

« Tu vas avoir quatre-vingt-deux ans. Tu as rapetissé de six centimètres, tu ne pèses que quarante-cinq kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante-huit ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. Récemment, je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide débordant que ne comble que ton corps serré contre le mien. Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes souvent dit que si, par impossible nous avions une seconde vie, nous voudrions la vivre ensemble. »

Un an après, le 24 septembre 2007, ils se suicidaient tous les deux dans leur maison de l’Aube.

Gorz a été l’un des premiers penseurs à théoriser (et à vivre) la question écologique dans les années 80. Il a un très beau livre qui s’appelle Le vieillissement ; une forme de grâce aussi, lui, le juif autrichien, et Bashung, le fils de Kabylie et de Bretagne grandi dans le Haut-Rhin…

Quelque chose qui m’a toujours surpris et qui en la circonstance du décès de Bashung m’a cette fois complètement désolé : le jeu des oraisons funèbres auquel se prêtent les hommes politiques, sur un corps encore chaud. J’ai en fait quasiment appris la nouvelle du décès de la bouche de François Fillon qui clamait dans une dépêche AFP à la une des sites Internet le samedi soir que le public se souviendrait de lui comme le gentleman rocker de la chanson française, je crois que c’était ses mots.

De la même bouche sortait le lendemain, sur un autre registre, un plaidoyer pour Total, où il était question de féliciter l’entreprise pour la qualité de son management…Fillon a-t-il seulement entendu et vibré une seule fois dans sa vie sur une chanson comme La nuit je mens ? Saisit-il ne serrait ce qu’une once de la part de poésie dégingandée d’une chanson comme Gaby ? Et même si la réponse est oui, ce qui m’étonnerait, on s’en fout ! On sait bien que la politique est fondée sur une grande part d’hypocrisie, mais putain, en quoi ceux qui nous représentent (pas moi, mais la majorité) s’octroient-ils le droit de nous représenter jusque dans notre tristesse et notre politesse de voir partir un type qu’on aime ? Qu’est-ce qu’il en sait, Fillon de la manière dont le public se rappellera de Bashung ? Est-ce qu’il a été un jour son bassiste ? Est-ce qu’il écrit aux Inrocks ? C’est le genre de situation à tel point ridicule que l’on pourrait en rire si le cynisme qui en émane n’était pas à pleurer. Qu’il se contente de faire le boulot pour lequel il est payé, et de continuer à pourrir
la France, mais qu’il laisse Bashung à ceux qui l’aiment…
Quant à Sarkozie qui précisait que c’était un vrai « prince » qui s’en était allé, Bashung avait dit un jour de lui, qu’il avait « l’attitude d’un petit voyou sans envergure ». Sans commentaires. Encore une fois, « le chat veut finir en beauté ».

Image de prévisualisation YouTube

Au temps du cinéma muet

Mardi à Bruxelles, c’était l’heure pour les chats eco-friendly de sortir leurs griffes. Les ministres des finances des 27 pays de l’Union Européenne s’étaient réunis pour discuter, de tout et n’importe quoi, de la crise, qui est partout, de la TVA, des niches fiscales, mais aussi du montant de l’aide qui serait allouée aux pays en développement pour faire face aux enjeux du changement climatique, lors des prochaines années. Les négociations qui ont commencé ce mardi, en période de vaches maigres, font figure de préfiguration de ce que sera la position (et la volonté politique) de l’Union européenne vis-à-vis de ces questions, alors que tout le monde se retrouvera à Copenhague en décembre pour réactualiser le protocole de Kyoto et rediscuter des orientations stratégiques du développement durable de la planète (car même si le terme est dévoyé, ce n’est pas une raison pour le boycotter lorsqu’il tombe à bon escient). Greenpeace pense que si l’Union européenne montre de la bonne volonté sur la question des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire met du pognon sur la table, ses partenaires (les Etats-Unis et la Chine) suivront et s’aligneront sur le montant alloué par l’Europe. Mais Christine Lagarde est une conne, avec ses cheveux blancs et ses manières de bourgeoise (comme Françoise de Panafieu) – n’hésitons jamais à diffamer- s’il y avait un jour une plainte, ça ne pourrait que décupler le trafic sur ce blog qui se traîne un peu, merci aux lecteurs, c’est d’ailleurs à la suite d’une plainte pour atteinte aux mœurs que le Cracher sur vos tombes de Vian est sorti de l’anonymat et a décollé dans les ventes. Donc Greenpeace ne fait pas confiance a priori aux ministres de l’économie de l’UE (et combien ils ont raison) et avait programmé à l’occasion de cette réunion une action afin d’alerter l’opinion et de faire entendre ses exigences – 35 000 000 000 € pour la lutte contre le réchauffement de la planète à destination des pays en développement, soit 1 Euro par semaine et par citoyen européen.

Et j’y étais. Le chat qui fume y était, mais sans son mégot, pas assez raccord avec l’image de Greenpeace, le fait de montrer son asservissement à la SEITA… Il pleuvait. Les pieds dans les flaques, les chaussettes mouillées, et le vent de l’Est qui venait nous écarteler. Le bonheur, quoi. En prévision, je me suis laissé pousser les ongles depuis quelques semaines pour le côté félin. Je mets du verni amer pour arrêter de me les ronger. Du verni bio, bien sûr. Reste à se laisser pousser des ailes. Le monde actuel n’est pas tendre envers les anges de la désolation, et a tendance à atrophier les ailes en moignons avant même qu’elles n’aient commencé à éclore. Devenir activiste pour Greenpeace procure néanmoins quelques sensations qui s’apparentent peut-être à un vertige aérien. Quelque chose entre l’adrénaline et l’étourdissement, le sentiment d’être libre comme Jonathan le Goéland. Paradoxe, c’est que ce sentiment de liberté accomplie dans toute sa plénitude précède d’à peine une ou deux minutes un sentiment inverse et aussi fort d’entrave et d’oppression. D’abord le sang afflue dans les tempes : front et joues rosis par la liberté. Puis les menottes ralentissent le débit sanguin au niveau de poignets : engourdissement, démangeaisons, douleurs, mains blanchies par la répression policière.

La première action Greenpeace à laquelle on participe, c’est comme un dépucelage ; on perd une forme de virginité juridique. C’est-à-dire qu’ensuite on est fiché par la police européenne comme un potentiel fauteur de troubles et on marche droit dans les traces de Julien Coupat. La classe, non ?

Moi je me souviens d’une course folle qui a duré trois minutes. Ça se passe à onze heures cinq. L’action est censée avoir commencé à onze heures. On est soixante dix activistes arrêtés dans une petite venelle à trois cent mètres du Conseil de l’Europe, depuis que, dix minutes plus tôt, une estafette de flics exfiltrée est venue nous barrer la route se proposant de nous soumettre à un contrôle d’identité inopiné. Tergiversations. Et puis deux nouvelles bagnoles arrivent, débarquant une nouvelle fournée toute chaude de flicaille. Là, le teamleader (c’est son nom, je suis désolé) donne l’ordre de courir (mais c’est déjà trop tard, c’est dix minutes avant qu’il fallait le faire). Et par hasard, je suis aux premières loges, alors je me mets à courir, et échappe au geste surpris d’un policier qui essaie de m’attraper l’avant-bras. 300 mètres plus loin, je ralentis, le souffle coupé par trop de clopes et pas assez d’exercice, je me retourne, on n’est que quatre à avoir réussi à franchir le cordon policier avant que celui-ci ne se referme sur les autres comme la ficelle d’une petite bourse qu’on tirerait. Ils sont forts, les salauds. C’est là le moment de liberté, on est à deux cent mètres du Conseil de l’Europe, on demande notre chemin, on continue à courir et enfin le bâtiment de verre s’élève. Là la joie de voir déjà le premier groupe en gilets jaunes qui a réussi à violer la vigilance des forces de l’ordre, en train de constituer une chaîne humaine devant la porte d’entrée du Conseil. Le motif (au sens artistique et symbolique) de l’action, c’est de retenir les ministres à l’intérieur du Conseil jusqu’à ce qu’ils aient pris les engagements que nous estimons nécessaires. Une nénette s’est passée un cadenas autour du cou avec lequel elle finit par verrouiller la porte d’entrée. Ils ont déjà eu le temps de déployer les grandes banderoles de Greenpeace, « Bail out the Planet », renflouer la planète, sur le modèle de ce qui s’est fait avec les banques. Moi je les vois, et je cours vers eux, mais au moment de franchir la minuscule barrière qui sépare la rue du bâtiment, je ressens les contractures musculaires du semi marathon couru deux jours plus tôt, et je n’arrive pas à enjamber l’obstacle. A quoi ça tient la réussite d’une action ? A titre personnel ? A des bottes de cuir, aussi, payées mille balles, et moins pratiques que des chaussures de sport pour ce genre d’activité. Bref, c’est dans cette position, à califourchon sur la barrière de protection d’une Institution européenne que les flics me cueillent comme une griotte mûre sur un arbre en juin. C’est la fin de la période liberté, et commence l’autre.

 greenp.bmp

Une heure et demi à l’arrière d’une estafette, les mains dans le dos, puis quatre heures dans un entrepôt du palais de justice, où affluent au fur et à mesure que le temps passe tous les activistes délogés de force. L’action a duré en tout deux heures, mais je crois qu’on n’a empêché aucun ministre de déjeuner. 

Ensuite, en « rétention administrative » (c’est le terme et ça peut durer douze heures, là ils ne nous ont gardé que jusqu’à 17 heures, le temps que le vice-président américain présent ce jour-là à Bruxelles quitte le territoire belge), j’ai eu tout le loisir d’observer à quoi ressemblaient des activistes de Greenpeace. Vous et moi. Des cheveux tressés dans du miel ou de la cire à bougie, des fringues découpées dans des tissus bariolés, des patchwork de rideaux, des sandales, mais aussi des jeans, des santiags, des vestes militaires, des bracelets de force et des crêtes. Des punks. Des allemands. Une libanaise. Un ancien photographe de Géo. Une prof. Des jolies filles qui même pour une action Greenpeace sortent avec des bas résille et du mascara. J’ai pensé à un truc en regardant tous ces gens : en avoir ou pas. Ça ne veut rien dire. Il y en a qui sont là parce qu’il y a pas d’autres solutions. Ce qui est bien, c’est qu’en rétention, on nous a servi des gaufres, c’est là que je me suis rappelé qu’on était en Belgique. Et aussi le soir, une fois libérés, après le débriefing, avant la nuit sur un tapis de sol sur un sol en béton froid comme un proviseur d’un lycée œcuménique, quand on s’est mis à boire plein de Jupiler. Pour ceux qui n’y sont jamais allés, c’est de la bière belge. Ça coulait de source. Elles étaient bien fraîches. Faut pas déconner avec le changement climatique.

Image de prévisualisation YouTube

Le pull pourri de Cobain et la valise de Chirac

chirac.bmpcobainquifume.bmp

10 jours que le chat faisait silence. C’était pas faute d’avoir des choses à dire, mais plutôt du temps (et de l’envie, disons le) pour les écrire.

Entre temps, le PSG a recollé avec Lyon et Bashung a éclipsé Julien Doré aux Victoires, c’est donc que tout ne va pas si mal.

Quelques nouvelles au hasard.

Vendredi, salon de l’agriculture en nocturne. C’est drôle, un salon de l’agriculture, c’est comme une fête de l’huma sans les concerts, et au lieu de passer de stand en stand à rencontrer le premier secrétaire de la section départementale du PC du Vaucluse ou de la Haute-Saône, ce sont les AOC qui militent. L’occasion d’un petit tour de France des terroirs, et d’honorer les régions tant qu’elles existent encore. On a commencé par l’Alsace sans la Lorraine, avec une bouteille de gewurztraminer grand cru, fruitée et délicieuse, qu’on a pleinement appréciée, vu qu’on était encore à jeun à ce moment-là, et des petites chouquettes de Noël à la noix de coco. En Picardie, l’ambiance était morose, on ne s’est pas attardé.
La Normandie s’était déjà réunifiée pour l’occasion, on a liquidé quelques bouteilles de cidre bouché, on a continué jusqu’en Corse pour manger du saucisson Gonzo, en passant par la Lorraine, dont le périmètre est tout petit, et qui a juste à offrir au visiteur de la mirabelle ou du vin gris de Toul à prix bradé. Au Limousin, on a essayé leur bière brassée, et déjà, on était complètement patriote, prêts à aimer la France entière. Le pays de Loire villiériste nous a accueilli avec du Mareuil vendéen, la Bretagne n’était pas loin, escale pour de la bière d’abbaye. On a choisi Rhône-Alpes pour tenter de stopper l’hémorragie liquide, avec plusieurs saucissons à la noisette, à l’âne, et au comté, puis l’Auvergne, qui mettait en valeur son Saint-Nectaire. Nouvelle plongée vers des abysses éthyliques, en Guadeloupe, où la lutte contre la pwofitation avait des accents de rhum blanc et de musique créole. La dernière étape a été Midi-Pyrénées, pour des petits toasts d’huile d’olive avec de la truffe noire râpée, et une bouteille de Tariquet. On a abandonné à ce moment-là l’idée de réaliser le tour complet des régions, tant pis pour la Bourgogne, la Franche-Comté, le Centre, il était près de onze heures et de deux grammes, l’heure de la fermeture, et la dernière chose qui nous importait, c’était de trouver des huîtres, alors on a filé vers l’Aquitaine et les bassins d’Arcachon, sans succès, on est remonté en Charente, en Bretagne, mais partout les huîtres étaient déjà rentrées dans leur coquille, alors on a juste fini dans le métro où on s’est fait verbaliser pour fumage de cigarette non-autorisé, en se disant que quand même,
la France est pleine de ressources naturelles. 

Le lendemain, en refaisant par la pensée notre itinéraire de bouche, on s’est rappelé qu’on avait aussi fait une halte gastronomique en PACA où on s’est fait offrir gracieusement des petites lamelles de loup cru mariné au citron et à l’huile d’olive, et le souvenir était savoureux.

Et puis dimanche soir, on discutait au salon de Gilles Deleuze, et de son pull rouge qui peluche avec lequel il a enregistré son abécédaire. Parlant de pull pourri, comme on avait l’esprit connectif, on a pensé à Kurt Cobain, et à son gilet gris de grand-mère qu’il porte sur l’enregistrement de l’unplugged MTV, un des plus beaux disques du XXème siècle, une énorme audience aux Etats-Unis, et Cobain, quelques mois avant sa mort, qui porte ce gilet trop grand plein de boulottes, tout en grâce (et il y a aussi un des guitaristes qui joue avec une guitare aux couleurs de l’Ethiopie, et un autre qui joue en chaussettes). Alors ceux qui étaient là, on a eu envie d’écouter My girl, on a relié l’ordinateur aux baffles du salon, c’était un dimanche soir à deux heures du matin, un grand moment, une bonne manière de commencer la semaine, et quelqu’un a dit, ça le chat, ça va finir sur ton blog, alors je m’exécute. 

Image de prévisualisation YouTubehttp://www.youtube.com/watch?v=4xHl-P_arVA

Sinon, je peux aussi parler d’une exposition vue dimanche après-midi sur l’île de Pâques, la isla de Pascua parce que c’est un territoire chilien, la terre la plus enclavée du monde, dans un rayon de 2000 kilomètres autour de l’île, rien que de la flotte, des embruns, des vagues et des poissons. Les vents du Pacifique qui balaient cette terre hostile font qu’aucune forêt n’y pousse, les plantations de légumineuses se font au milieu des pierriers, pour que les cailloux protègent les jeunes pousses des vents violents et laissent le temps à leurs racines de prendre racine suffisamment profondément pour atteindre les terres plus fertiles.

Il n’y a pas plus de 5000 habitants à l’année, et plusieurs centaines de grandes statuettes étranges sculptées dans la roche volcanique, et qui, posées sur des promontoires rocheux, sont comme les gardiens de cette terre étrange et fascinante. J’aimerai un jour y arriver par bateau, une nuit de lune.

Enfin Chirac. En train de devenir le Français préféré des Français.

Un portrait de lui, dans le Nouvel Obs. Un ami qui dit de lui : « Prisonnier depuis douze ans de l’Elysée, il ne sait plus rien de la vie quotidienne. Ne fait pas la différence entre un billet de cinq Euro et un billet de 100. Veut payer « le Monde » en grosses coupures. Ne comprend pas comment s’ouvre un placard. Trouve étrange que les magasins soient fermés le dimanche. Il met des heures à faire sa valise quand il part en voyage et s’engueule avec Bernadette qui tient absolument à ce qu’il emporte un smoking » !

Allez, Jacquot, je te regrette…

Mon préfet habite dans le Loir-et-Cher

…ces gens-là ne font pas de manière…

Depuis l’affaire de saint-Lo, où le préfet avait été déplacé suite à quelques mouvements de houle dans la foule (ce qui est normal  en bord de mer), on dirait que certains font tout ce qu’ils peuvent pour prouver leur loyauté et leur bon dévouement.

Voici la carte de voeux qu’on a reçu cette semaine au bureau.

Au fait, est-ce que quelqu’un peut me dire qui est le type à droite, avec la tête à Lamotte-Beuvron ?

 loiretcher.bmp

 

La poule et le chat

Les masques tombent. 

Air France condamnée aujourd’hui à verser une amende de 2000 € à un couple de malvoyants pour avoir refusé de leur vendre un billet (exigeant qu’ils soient accompagnés d’une personne voyante).

SFR condamnée hier à 10 000 € d’amende pour avoir fait paraître sur son site Intranet une offre d’emploi exigeant un profil français exclusivement, de parents Français et né en France.

La SNCF condamnée il y a une semaine à propos de son site pourri, voyages-sncf.com, pour entrave à la concurrence (ils ne permettaient pas aux autres agences de voyage en ligne de vendre leurs billets de train).

Orange condamnée pour l’accord d’exclusivité passé avec Mac concernant l’iPhone. L’exclusivité devait durer cinq ans, elle est en fait cassée après quelques mois. Quelques mois durant lesquels Orange, après un investissement initial de 20 millions d’Euro, a malgré tout réussi à empocher plusieurs centaines de millions.

Leclerc assignée en justice à propos de contrats signés avec ses fournisseurs garantissant à Leclerc une marge constante de 25%, quelles que soient les fluctuations des prix des marchandises. Vous rendre la vie moins chère, c’est pas eux ?

Et Total ? Total n’est condamné à rien, sinon à l’opprobre de l’opinion publique. Quand on est capable en temps de crise d’engranger des bénéfices de quatorze milliards d’Euros, on a forcément des choses à se reprocher. Alors dans le doute, je condamne aussi Total.

Voilà ici nos chères petites entreprises du CAC 40 qu’on ne rappellera pas à leurs engagements maintes fois répétés pour un capitalisme plus vertueux, plus éthique, à leurs déclarations d’intention sur la responsabilité sociale de l’entreprise. La réalité est en fait que les dirigeants des grandes entreprises sont aussi cons que des poules : ils ne pensent qu’à picorer le profit comme les volatiles le grain, même si c’est de l’autre côté du grillage.

Pendant ce temps là, les chats continuent à développer des lymphomes suite à une surexposition au tabagisme passif.

Ça va mal.

 

poulechat1.jpg

Cours de café

Ce blog aurait aussi pu s’appeler le chat qui boit du café, des litres de café, des thermos de café (comme le drôle Bill Murray dans Coffee and cigaretts) si le fait de boire du café pouvait être traduit par un verbe unique.

cartecafechatnoir3.jpg

Je vis mes derniers jours à l’ESSEC, ce qui ne me rend pas malheureux, mais pour être définitivement diplômé, je dois d’abord réussir un cours d’économie managériale qui me résiste et me poile à gratter. C’est la troisième fois que je suis ce cours, et je n’ai pour l’instant jamais obtenu la note de 10 nécessaire pour valider l’UV. La première fois, le prof était un scientifique assez rugueux, très mathématique dans sa conception de l’économie, adorant les dérivations, et autres gadgets, qui de surcroît souffrait d’une hémiplégie paralysant la moitié de son visage et rendant compliqué la compréhension de son élocution. J’ai abandonné le cours après quatre séances. La seconde fois, le prof était un vrai salaud, un libéral de base, aimant se faire caresser par la main invisible du marché d’Adam Smith, préparant sa revue de presse uniquement à partir de publications anglo-saxonnes, the Economiste ou le Wall Street journal, juste par pédanterie, et parce qu’il prétendait qu’il n’y avait pas un article sérieux dans la presse française corrompue par la vulgate socialiste (a-t-il déjà lu le Figaro ?), et dont la rumeur racontait qu’il monnayait la validation de son cours auprès des petites étudiantes pas farouches contre le rendement croissant de leurs minijupes ; du haut de ses quarante ans, de ses cheveux bien peignés et de son sourire suffisant comme un représentant de brosse à dent ou un président des Jeunes Populaires, il continue à être de toutes les soirées étudiantes organisées à l’ESSEC. Cet enculé m’a viré de son premier cours parce je suis arrivé avec un gobelet de café. J’ai eu six à l’examen final.

Là, c’est donc mon troisième essai. Le prof est assez génial, un économiste talentueux pour l’art oratoire, pédagogue, et inspiré, qui introduit toujours la présentation des concepts (de l’oligopole à la théorie des jeux) par des exemples qu’il puise dans l’actualité récente. Donc j’ai bien fait d’insister. Vendredi dernier, il nous a raconté le principe du cartel en nous refaisant l’histoire du café. Que je vous délivre ici. Car outre sa volonté de dénonciation de tout ce qui n’est pas à gauche, écologique, poétique, rose, noir, littéraire ou félin, le chat veut aussi être un support pour la formation continue tout au long de la vie, et en connaître un rayon sur le café peut toujours servir en société.

A. Il y a quatre type de cafés qu’en termes de qualité, on pourrait classer ainsi par ordre décroissant :

- Le Columbian Milds, produit en Colombie, en Tanzanie, ou au Kenya

- Les autres Milds, cultivés en Inde, en Papouasie, et en Nouvelle-Guinée

- Les Arabicas du Brésil, du Paraguay, et d’Ethiopie

- Les Robustas, qui viennent d’Afrique, ou du Vietnam, et que pendant longtemps personne n’a bu parce qu’ils étaient extrêmement amers.

B. Les grains de café avant la torréfaction se conservent mal, ce qui créé de vraies difficultés logistiques pour le transport des grains du lieu de cueillette aux lieux de transformation.

C. Le café vendu en Europe ne correspond jamais à une seule essence ou origine de café, mais est composé de différents assemblages qui sont faits pour satisfaire les goûts des consommateurs. Le Nescafé vendu en France n’a pas la même composition que le Nescafé vendu en Allemagne.

D. Les pays précités sont parmi les grands exportateurs mondiaux évidemment, mais certains pays d’Afrique, exportant moins en volume, sont pourtant les plus sensibles aux fluctuations des cours, car le commerce du café représente près de trois quart de leur balance commerciale (73% des exportations du Burundi, 69% au Rwanda, 53% en Ouganda…). Quand les cours chutent brutalement, le PIB de ces pays peut parfois être divisé par deux ou par trois d’une année à l’autre.

Or les cours sont naturellement instables. Car le café ne pousse pas sur un plant, mais sur un arbre, et qu’une période de gel au moment de la floraison par exemple affecte les rendements non pas pendant une saison, mais pendant cinq années. C’est pour cela que le café n’est cultivé que dans les pays chauds. Malgré tout, il gèle parfois au Brésil, cela s’est déjà vu, en 1975, et les stocks de cafés (l’offre) ont alors fondu de manière extrême (production brésilienne réduite de trois quarts durant cinq années), alors que la demande demeurait stable (car le café a une très faible élasticité/prix, ce qui signifie que peu de gens vont diminuer leur consommation de café suite à une hausse des prix, et de même, une baisse des prix n’entraîne pas une consommation effrénée, sinon plus personne dormirait, tout le monde aurait le cœur qui battrait vite et des visions hallucinogènes (une étude la semaine dernière révélait que le fait de boire plus de sept cafés quotidiens pouvait entraîner ce type de visions…).

 

bullescafe.jpg

Pour lutter contre cette dangereuse volatilité des prix du café, les principaux pays producteurs se sont réunis en 1962 pour signer l’ICA, Accord International du Café, préfiguration de ce que ferait plus tard l’OPEP pour le pétrole, afin de réguler le volume des exportations mondiales et de stabiliser les cours. Les Américains, en tant que principal pays consommateur, ont accepté d’adhérer au cartel afin d’en être l’arbitre et de garantir l’application des engagements pris par chaque pays et le respect des quotas (pour qu’il n’y ait pas de triche).

Alors que les Américains n’avaient pas d’intérêt particulier sur le plan économique à tenir ce type de rôle (car une dérégulation et un marché débridé aurait entraîné une chute des cours, et donc une chute des prix auxquels ils importaient le café), pourquoi l’ont-ils fait ? Parce qu’ils craignaient que l’effondrement sporadique des prix du café n’entraîne des crises sociales et politiques dans les pays concernés, ce qui comme tout le monde sait, aurait constitué le terreau idéal pour la propagation des guérillas communistes. Pendant trente ans, les Etats-Unis ont mené leur guerre froide en surpayant leur petit noir (qui est en fait là-bas un grand gobelet sucré de jus de chaussette).

A la chute du Mur de Berlin, alors que le communisme fuyait de toutes parts comme si quelqu’un avait enlevé le stop-goutte, les Américains sont sortis du cartel, et le bordel a commencé, plus aucun pays ne respectant les règles du jeu.

Les cours ont commencé à chuter, et deux autres catastrophes sont venus fragiliser encore plus le marché.

A. Le Robusta était à l’époque imbuvable, et de fait vendu à un prix très inférieur à l’Arabica. Mû par cet état d’esprit humaniste qu’on appelle la « maximisation du profit », des chimistes ont alors réussi à inventer un procédé permettant d’atténuer l’amertume du Robusta, qui a conséquemment envahi les rayons de supermarché, saturant la production mondiale.

B. Le vice-président de la banque mondiale se promène au Vietnam, alors en pleine reconstruction. Il voit des collines boisées, et se dit, tiens, on pourrait y planter des caféiers. Comme ils l’ont montré à plusieurs reprises au cours du 20ème siècle, les Vietnamiens sont des gens extrêmement déterminés lorsqu’ils ont décidé de s’engager dans une voie. Donc ils ont fait les choses en grand, et sont vite devenus un des premiers pays exportateurs au niveau mondial.

Cette concurrence effrénée de tous et sur tous les marchés a entraîné une crise des prix, et un affaiblissement de la position des petits pays africains producteurs. Comme le Rwanda, le Burundi, ou l’Ouganda. Voilà où on en est aujourd’hui. Merci pour eux. A Madagascar, c’est l’heure d’une médiation internationale.

cafe1.jpg

 

 

1...34567

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier