Archives pour la catégorie Miaulements

Pink paradise

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Moi j’ai voté vert là où c’est bleu.

Quelques enseignements de cette soirée électorale suivie sur le plateau de France 2, puis de TF1, puis de France 2 :

- il y a longtemps qu’une responsable politique n’avait pas été aussi jolie que Cécile Duflot, surtout lorsqu’elle est assise à côté de Marie-Georges Buffet

- Bertrand Delanoë, que l’on voit peu, est drôle et percutant ; il a mouché magnifiquement Xavier Bertrand lorsque celui-ci vantait les mérites de la défiscalisation des heures supplémentaires. « Non, mais là aussi, ça a complètement raté, votre truc ». Pas grand chose à rajouter. La droite essaie des trucs qui ratent tous, des petits pétards idéologiques (et mouillés) qui explosent tous au contact du principe de réalité, comme les mitraillettes de la saint sylvestre.

- Xavier Bertrand, quant à lui, est vraiment un des plus types les plus fourbes qu’il m’ait été donné de voir en politique, un ancien agent d’assurance, si bien que si un jour mon fils me disait qu’il veut bosser dans l’assurance, j’essaierais vraiment de l’en dissuader. Où il est prouvé donc, par comparaison, qu’il vaut mieux avoir Bertrand comme prénom que comme nom [et qu’Yves Bertrand, le patron de la DGSE, de même que le volontaire d’Arta, ne s’en offusquent pas, mais il y  a aussi Bertrand Cantat]

- Martine Aubry est correcte dans un rôle d’animatrice, de « chauffeuse de salle », de madame Loyale, et le serait sans doute aussi comme Premier Ministre, mais elle ne sera jamais une « grande oratrice », et comme président, je préférerais quelqu’un d’autre. Ségolène, ou Dominique, pour dire la vérité.

- les journalistes politiques sont globalement mauvais, en cela qu’ils passent leur temps à poser des questions pour lesquelles ils savent très bien qu’ils n’obtiendront pas de réponses ; exemple : quelle leçon en tirez-vous pour 2012, la droite doit-elle changer de candidat, ou, pensez-vous que vous êtes menacé en cas de remaniement, vous savez, c’est une question qui intéresse les Français, ils disent ça, et se croient subversifs, alors qu’ils ne sont que des moutons à la solde d’un audimat qui la plupart du temps n’est même pas là, donc se prostituent pour des queues de cerise.

- Moscovici ne se rase plus la barbe depuis plusieurs années, ça veut dire qu’il a quand tiré un trait sur certaines ambitions

- tiens, on n’a pas vu le MODEM…

- en termes d’excitation, d’adrénaline, il y a pas grand-chose qui remplace une élection présidentielle quand même. Les supporters à Solferino essayaient de se donner de la peine, à faire la claque, à tomber dans les bras les uns des autres, mais vite, on est de nouveau dimanche soir, et il y a personne place de la Bastille, aujourd’hui la SNCF fait grève.

Cher pays de mon enfance

Le temps manquant en ce moment (cruellement, comme il est d’usage de dire), j’use allègrement du double contrôle cv (successivement), pour maintenir un petit fluide vital entre les moustaches du chat, comme deux émetteurs de fréquence hertzienne.

Ici, RFI a été interdit il y a une dizaine d’années, radio jugée subversive.

Voici ci-après deux articles parus dans le Monde, le premier il y a deux jours, le second il y a deux mois, mais qui dans les deux cas, s’inscrivent dans la même tendance de fond ; l’Alsace est en train de devenir une des régions les plus hype de France ! Le Nord pas de Calais, voire la Lorraine ou même la Picardie, peuvent donc garder l’espoir ; un jour peut-être leur jour viendra.

A bientôt.

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Régionales : la gauche en mesure de gagner l’Alsace 

LEMONDE.FR avec AFP | 17.03.10 | 08h22    Mis à jour le 17.03.10 | 19h44

La gauche pourrait emporter la région Alsace dimanche, une des deux actuellement détenues par l’UMP avec la Corse, selon un sondage CSA-Le Parisien-Aujourd’hui en France publié mercredi.

La liste d’Union de la gauche et d’Europe Ecologie conduite par le socialiste Jacques Bigot l’emporterait d’une courte tête face à celle menée par Philippe Richert (UMP), avec 44 % des intentions de vote pour la première et 43 % pour la seconde. Dans cette triangulaire, le Front national de Patrick Binder est crédité de 13 % des intentions de vote, et les abstentions, blancs ou nuls totaliseraient 51 %, au lieu de 56,4 % au premier tour.

Orpheline de l’ancien président de région, Adrien Zeller, mort en court de mandat, le 22 août 2009, la droite locale est inquiète. Philippe Richert se dit « serein, même si la situation reste incertaine ». A 57 ans, cet enfant du pays a choisi de faire une campagne à son image : discrète, sérieuse et modeste. Dans un contexte national compliqué pour ceux qui se réclament de la majorité présidentielle, cela pourrait ne pas être suffisant.

Dernière région continentale gérée par la droite, un basculement de l’Alsace dans le giron de la gauche ferait du scrutin une Bérézina complète pour la majorité présidentielle. C’est dans cette région, traditionnellement ancrée à droite, que  Nicolas Sarkozy avait réalisé son meilleur score en Alsace lors de la présidentielle de 2007 (65,5 %).

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 L’Alsace dans le top 10 des « régions incontournables », selon Lonely Planet 

LEMONDE.FR avec AFP | 15.01.10 | 18h46    Mis à jour le 15.01.10 | 20h53  

L’Alsace a été propulsée dans le top 10 des « régions incontournables » à visiter en 2010 par l’un des plus célèbres éditeurs de guides de voyages, l’australien Lonely Planet, a-t-on appris vendredi auprès du Comité régional du tourisme d’Alsace.

Melbourne publie dans Best in Travel une sélection des 10 pays, régions et villes incontournables. Dans le classement 2010 des régions, l’Alsace figure en compagnie de Bali (Indonésie), Fernando de Noronha (Brésil), Goa (Inde), le corridor de Koh Kong (Cambodge), le lac Baïkal (Russie), Oaxaca (Mexique), le Sud de l’Afrique, le district des lacs (Angleterre) et le sud-est de l’Australie de l’Ouest.

« C’est une consécration, nous passons de la quatrième région la plus visitée en France à l »incontournable mondial’ pour 2010″, s’est réjoui Jacques Dreyfuss, président du CRT d’Alsace, qui compte bien utiliser cet engouement pour sa prochaine campagne de communication. Parmi les critères de sélection figurent « des destinations hors des sentiers battus, qui peuvent intéresser des voyageurs indépendants », a expliqué Christophe Corbel, auteur pour Lonely Planet.

Dans cette bible des routards internationaux, quatre pages au total ont été consacrées à Strasbourg, capitale de Noël, à la cuisine alsacienne, son authenticité, son caractère, son style de vie transfrontalier. Deux pages entières sont dédiées à son vignoble, a précisé la filiale française de Lonely Planet. Depuis quatre ans, le nombre de touristes en Alsace a considérablement augmenté, passant de 8,5 millions à 11 millions, selon les dernières estimations du CRT.

En photo, mon petit village d’Uffholtz.

Crédits photo

- le chat fume : Olivia Jarny

- Uffholtz dans le brouillard : Jean-Claude Eby

PS. On m’a apporté la précision suivante concernant mes deux premiers posts, où il était question de hyènes. « Savais tu que les hyènes femelles avaient un pénis et étaient capables d’érection? ». Non. J’avoue que non. Mais je relaie l’information.

Là-bas, on ne s’ennuie pas…

Puisque j’ai écrit des méchancetés sur les hyènes dans mon dernier post, mais que je n’ai FONDAMENTALEMENT rien contre les hyènes, bien au contraire, cette petite vidéo qui les réhabilite, et l’occasion de réécouter cette chanson de Noir Désir qui fait presque figure d’inédit, tellement on l’a moins écoutée que les autres.

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« Je m’appelle Bernie Noel et j’aime bien les hyènes.. parce que la hyène c’est un animal dont on parle jamais alors que c’est un animal qui peut être très important parce que moi je trouve que être ami avec une hyène souvent c’est plus important que être ami avec de vrais amis c’est… elle vous protège ! Si jamais y’a du danger:  » ouais ben moi j’suis avec une hyène, hé hé, alors là ! » 

Djian dehors

Toutankhamon serait mort du paludisme. Ici, pas de malaria, mais recrudescence de la dengue. A Djibouti, lorsque les autorités politiques n’arrivent pas à trouver une place de stationnement, elles s’arrêtent au milieu de la route, et donnent les clés au premier flic qui passe pour qu’il aille garer la bagnole. Elles s’autorisent. Pendant ce temps, je visite le site d’un peut-être futur projet que nous financerons, développement rural au milieu du désert, et au milieu coule un oued. Nappe phréatique, motopompe alimentée par des panneaux solaires, canaux d’irrigation, une petite oasis perdue au milieu de la rocaille, où poussent allègrement manguiers, pieds de tomate et poivrons rouge. Pendant ce temps, dans le désert du grand barra, on fait du char à voile. Et pendant ce temps, Philippe Djian sort un livre. Adulé par la critique, acidulé par sa plume tabagique.

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Un joli dessin paru dans le Canard cette semaine.

Citation de Djian, qu’il faudrait toujours avoir en tête.

« Qu’est-ce que j’ai ? elle a enchaîné. Je suis mal foutu, je te donne pas envie ?…

- Ça m’arrive de pas céder à mes envies, j’ai dit. Ça me donne l’impression d’être un peu libre ».

Philippe Val en beaucoup mieux

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C’était un vrai chat, farouche, affectueux, batailleur, un chat qui fumait, et qui buvait, et qui s’était sans doute aussi piqué, un vrai chat cramé, mais pas en macramé, et noir comme un scarabée, mais pas comme un macchabée, et finalement un chat mort, un soir de lune, un peu bourré, un peu perdu, ses pas menant vers le ruisseau du dernier caniveau, un dernier saut, de la scène à l’estrade, au parterre, et puis plus rien, emporté par un corps défaillant, un corps défendant, enlevé par une foule, une foule d’embrouilles, trop de silence, et à Djibou, ce soir, ça faisait chalalala lalalalala, chalalalala, chalala à n’en plus finir, toute la nuit chalala, l’internationale chalala.  

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Déjà décembre

Depuis trois semaines, j’ai pensé vous parler de : le chat qui a rejoint le 6 de la rue Saint Mathieu, arrivé dans les bagages de la Tinette un soir de novembre, de retour d’une action de Greenpeace où il s’était agi de bloquer temporairement dans le port du Havre un cargo affrété d’Indonésie et chargé jusqu’à la gueule de tourteaux de palme, une culture qu’on plante abondamment au prix de la déforestation éclaire de grands pans de la forêt tropicale, qui se laisse effeuiller comme un artichaud. C’est un beau chaton, et il porte le nom propre d’Izmir, un port de Turquie et aussi le nom dudit bateau. Puis vous parler de : la disparition d’Izmir, enfermé par mégarde sur le balcon une après-midi de soleil, Izmir s’est-il laissé tomber du premier étage par désespérance ou a t-il profité d’un va et vient et d’une porte laissée ouverte le temps de descendre les poubelles pour se faire la malle, toujours est-il que de retour le soir, dans l’appartement, il n’y avait plus de chat pour se frotter à nos jambes, la carré de petits légumes aux poissons demeurait inentamé, la litière trop propre, après plusieurs rondes de nuit dans le quartier, après avoir interrogé Willy Brouillard, les voisins et les patrons du bistrot donnant sur la place, témoins éventuellement privilégiés d’une fugue de chat, après avoir cherché d’éventuelles traces de sang au niveau du point de chute du balcon, il fallut se rendre à l’évidence, d’Izmir, on n’entrevoyait même plus le bout de la queue. Le lendemain au réveil, des affiches furent apposées à la colle à tapisserie sur les endroits les plus stratégiques de la goutte d’or, et il fut même envisagé de diffuser une petite annonce dans Libé pour la disparition du chat tricolore et trimestriel dont nous nous étions attachés comme d’un python de cordée, comme ces filles qui lisaient Modiano et qui m’avez bousculé sur la ligne 14, station Madeleine, un sourire échangé, vous revoir, vous revoir, Izmir, vous m’avez léché les oreilles et planté vos griffes naissantes dans la peau du bras. Mais Izmir ne nous en laissa point le temps, surgissant dans les bras d’un voisin qui l’avait récupéré tremblant et tout mouillé au pied de l’immeuble le matin même, donc une nuit dehors quand même, pour un chaton de la taille d’une grosse souris, une belle peluche, une belle perf. Vous parler de Greenpeace, de l’Assemblée nationale,le saint des saints de la démocratie française, l’antre sacrée de la République, où une action commando fut perpétrée, d’abord sur le toit, à l’aide d’un camion de pompier, ensuite dans l’hémicycle, à l’aide de cordes, d’un harnais et d’un baudrier, pour demander à M. le Président d’arrêter d’enfumer la ruche du climat avec sa stérile faconde verte, mais des actes. Et surtout vous parler des réactions que cette action suscita, tous les députés UMP, comme un seul homme, comme des clones, des clowns tristes et mortifères, comme des pantins, des automates, des portraits robots, des gens investis, des gens responsables, parlant de viol de la démocratie, de terrorisme vert, de fascisme écolo, et de la mauvaise image que cette intrusion donnait du Parlement français à l’étranger. Alors que c’était d’abord pour du rire, un peu, non-violent, aussi, toujours, pour faire de belles images et parler du climat, de Copenhague, ce qui permit de révéler que, comme souvent, ou toujours, les députés n’étaient pas très nombreux à l’Assemblée cet après-midi là, et j’en vis certains lire le Canard, d’autres faire la sieste, totalement apathiques, il fallut cette descente en rappel d’adrénaline depuis les bancs du public pour leur redonner du rose aux joues. Le plus drôle, Wauquiez, prétendant que pour lui, la politique, ce n’était pas ça, pas la loi du spectacle, du coup médiatique, de l’esbroufe.
Lui qu’on voit évidemment se dandiner sur le lipdub des jeunes populaires, sur tous les écrans depuis hier, et qui donnent un certain nombre de gages sur le fait qu’on est bien de gauche, bouffées d’urticaire, ou crise de larmes devant le ridicule et le pathos.
Vous parler alors de Van Gogh, de sa correspondance avec son frère Théo, exposée au musée d’Amsterdam, où il dit tout de sa manière de peindre, de sa souffrance de ne pas être reconnu, de se sentir un poids, coupable, et aussi de jolies déclarations d’amour à son petit frère, marchand d’art qui fut l’un des seuls à croire en son talent. Parler de Djibouti, où je pars le 3 janvier, pour travailler, et pour longtemps. J’eus l’intention d’écrire au sujet de la main d’Henry, de la fidélité en sentiment que je continue de vouer à Raymond Domenech, mais que Ségolène Royal perdit en devenant vraiment un peu trop folle, de la journée de la jupe, dernier film vu, où Isabelle Adjani est belle, avec ses bottes à talons hauts, ses bas, et sa jupe. Ou même de Dubaï, si ce n’était déjà fait.
Puis tous ces sujets, qui n’en sont pas vraiment, se diluèrent, s’évaporèrent sur le fil de nouvelles dépêches au goutte à goutte de l’actualité, au fil des nuits, leur substance devient un peu transparente, et l’intérêt qu’ils présentaient disparurent en même temps que mon envie de parler d’eux.
Mais vous pouvez me voir sur la vidéo qui suit, le premier à entrer en lice, veste vert militaire Ho Chi Minh, déplacer une barrière Vauban, et faire le tour par l’avant du camion de pompier…

http://www.dailymotion.com/video/xbcpqz_greenpeace-tente-lascension-de-lass_news

Les routiers

J’ai arrêté de manger il y a deux jours. J’ai faim. Un jeûne purificateur. Pour mon âme dévoyée. Samedi soir, nous dînâmes dans un restaurant qui s’appelle Les Routiers, ancienne taverne sans aucun doute populaire, cantine cégétiste, où certains consommaient la blanquette pendant que d’autres éclusaient les pressions au comptoir. Lumière blanche, menus froissés et à moitié indéchiffrables, un menu qui ressemble à ces premières pages de journaux au début du siècle, où l’information foisonnait, et où Adobe n’existait pas encore, et où on se salissait les doigts à l’encre qui bave, et là à la graisse de porc, ou à la sauce au vin de clients précédents, il y a des choses du temps ancien qui sont restés. Comme la serveuse, qui ressemble à une miss météo de cinquante ans un peu alcoolique. Promiscuité ; donc chaleur, sauf pour nous, il n’y avait plus de places, on a trouvé un bout de table et cinq chaises dans un recoin, juste à côté de la porte battante sur le froid de l’automne en marche. L’endroit a changé de proprio, qui a gardé la déco, c’est-à-dire l’absence de déco, et le nom, les Routiers, rue Marx Dormoy, l’une de ces rues où ne passe jamais les itinéraires touristiques ou les balades au hasard dans la capitale. Mais le proprio, Patrick, a changé la cuisine. Il a fait des routiers un gastro, servant des portions incongrues. Gargantuesques.
Donc on arrive ce samedi soir. Un demi-sauvignon en guise d’apéritif, et puis le début des réjouissances ; en entrée, je choisis la cassolette d’œuf cocotte aux trompettes de la mort, en fait il en vient deux, goûtues, ces trompettes de la renommée, puis je pioche dans l’assiette de ma voisine (c’était convenu comme ça), de grosses figues farcies de foie gras, servies sur lit de salade et quart de tranche de pain de mie brioché toasté doré et tendre, peut-être beurré, un délice, et agrémentées, il faut bien vivre, de tranches fines de magret fumé, et de rondelles de mortadelle au foie gras. Ce qui est notoire, au sortir de l’entrée, c’est que la faim a disparu déjà. Une cigarette pour donner un peu de liant à toutes ces saveurs en bouche, un verre de rouge réserve, les plats arrivent, coq au vin à ma droite, pigeons voyageurs aux amandes à ma gauche, pot au feu os à moelle pour moi, jamais vu autant de moelle de ma vie, là il n’est pas dur de retrouver la substantifique moelle du plaisir de la graille. De la graille, de la tortore, de la jactance, car aux Routiers, il est naturel de parler comme dans un roman de San Antonio. Peut-être Gabin, ou Blondin, y sont-ils passés un soir de grisbi. Après, il y a un dessert dans ma formule, mais je n’ai pas le courage, alors seulement un café, et puis l’addition vient, elle n’est pas folle, surtout que les digestifs sont offerts, un calva pour la route. A ce moment-là, un des convives, qui est aussi mon colocataire, propose un jeûne purificateur de 5 jours. C’est la panse qui pense, et à ce moment là elle pense que tout est possible. Donc on définit les règles d’exception, les mesures de conservation. Le droit aux fruits frais, et aux alcools forts. Donc depuis trois jours, je n’ai mangé qu’une demi-douzaine d’avocats, vingt clémentines, et trois bananes. Les règles évoluant au fil du temps entrèrent aussi en considération quelques olives à l’huile et quelques godets de vin rouge. Du champagne à offrir par le premier qui craque. Las, le jeu s’arrête ce soir ; François est invité à dîner chez des amis, et moi j’ai faim ; par mesure de convivialité, le jeûne est suspendu jusqu’à nouvel ordre…
En tout cas, je vous recommande les Routiers, rue Marx Dormoy, où on mange bien et beaucoup.
Hier j’étais aux cérémonies de célébrations de la chute du mur, place de la Concorde. Le chœur de l’armée rouge de France jouait au violon les airs qu’avaient joué Rostropovitch au pied du mur. Un des airs m’a transporté, j’ai branché mon dictaphone, et voici bas l’extrait sonore, monté en petit film sur daily motion.

http://www.dailymotion.com/video/xb3lfh_rostropovitch-au-pied-du-mur_creation

Le passage sublime intervient à peu près au bout d’une minute et deux secondes. J’ai essayé de retrouver sur Internet le nom de cette composition, mais je me suis retrouvé comme un con sur google, il est encore impossible de googliser une musique entêtante, c’est comme une odeur chavirante ou un paysage vraiment bath, les mots manquent. Donc j’offre une bouteille à celui qui me dira qui a écrit ça.
Merci pour vos contributions.

 

Le nu, c’est hype

C’était pas en avril visiblement, là où il ne faut pas se découvrir d’un fil, vu qu’on était tous à poil. C’était en octobre, par une belle après-midi d’automne indien, avec un soleil fléchissant sur des corps nus comme des vers. De terre. Des vieux, des tatoués, des au sexe atrophié, des miss monde, des à moitié pudiques se contorsionnant un peu pour masquer ce qui devait l’être, et moi.D’habitude, on vit plutôt habillé. Avec des habits. Ce qui apparaît comme de la normalité. Mais dès lors qu’on se désape, et qu’on est plein, on se sent bien. C’était pas au cap d’Agde, dans un camp naturiste, ni dans un vestiaire de sport collectif, là où sont les normes, mais dans un petit coin du vignoble mâconnais, un samedi après-midi. Samedi dernier. Greenpeace organisait une action de sensibilisation contre l’effet néfaste du changement climatique pour les vins de terroir. La nocivité de l’effet de serre pour le patrimoine viticole, et les sept familles de cépages. Greenpeace a du pognon et ne sait pas toujours quoi en faire. Ce coup-ci, ils ont convié Spencer Tunick, photographe américain connu pour ses photos chorégraphiées de foules dénudées, très beau, voir sur son site, les clichés réalisés sur la grande place du cœur de Mexico, ou sur la banquise.
On est arrivés à Mâcon par des petites routes serpentant dans le vignoble, et puis on est descendu de bagnoles, il a fallu marcher un peu, sur le site de l’action, dans une petite clairière, buffet de jus de fruits biologiques, tri sélectif des déchets, et chiottes sèches, Greenpeace connexion.
A l’entrée, signer une clause de cessation de notre image pour la journée à venir à GP, la clause de non-confidentialité de notre anatomie.
Puis quelques discours, on nous remercie d’être là, on nous explique la portée de ce rassemblement, il y en a déjà un qui a pris les devants, la fleur au bout du fusil, et la bite à l’air, debout, il se balance dans le flot des grands mots prononcés depuis la petite estrade, il semble montrer la voie, avec sa boussole phallique, magnétisée. Et puis les photographes s’en vont, et voilà, il faut y aller, ouvrir les boutons, faire glisser les jeans au sol. Un temps d’arrêt à l’étage de la culotte, le temps d’allumer une cigarette et de se faire à l’idée. Il y a pas d’urgence, nous dit la coordination générale, l’action ne démarre que dans une dizaine de minutes. Il y a pas de petits profits. Oui, mais voilà, tout autour déjà, des sexes s’égosillent, des gens dans leur plus simple appareil, et le morceau de culotte, l’étoffe qui cache la forêt, est déjà ringardisé par ce parti pris du nu, l’hégémonie originelle.
Alors on la retire, et on s’étonne de sentir le vent souffler sur cette partie du corps d’habitude bien isolée (thermiquement), comme sur les cordes d’un violon retiré de son étui, ou dans une flûte hors de son fuseau, on se surprend à être tout nu. Petite musique d’Adam et Eve. Au début, on n’ose pas baisser les yeux sur ce qui attire l’œil, comme le brillant un poisson, c’est la Méduse qui ne transforme pas en pierre, mais qui fait rougir. Il faut peut-être cinq minutes d’acclimatation, à cette station dévêtue, jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre, naturel des choses, celui du genre humain, animal bipède et reproducteur. Après on rigole, on pavoise un peu, on prend le temps d’admirer une épilation aguicheuse, et de porter un regard de sociologue sur l’extraordinaire diversité anatomique de nos semblables différends. On file dans les vignes. Sur le chemin, un journaliste de RTL, qui a fait le choix de l’empathie, traîne le câble de son micro entre ses jambes et interviewe les participants, à poil lui aussi. L’avantage de la radio sur la télé. Une interminable file de gens nus, comme dans un film des frères Larrieu, les derniers jours du monde pourraient ressembler à ça.
Spencer est avec un mégaphone, perché sur une sorte de bras articulé élevé dans les airs, il gueule des consignes à ses collaborateurs, qui placent les figurants.
Tunick est un artiste ; un artiste, ça gueule, ça fait des grands gestes, ça prend son temps, c’est perfectionniste. Une heure et demi comme ça, sous l’œil couveux des photographes de presse juchés sur une remorque agricole.
Enfin, ça y est, c’est l’heure de la prise de vue.
Chaque participant est enjoint de lever haut dans le ciel son bras droit enserrant une boutanche de vin (vide), le cul en l’air, le goulot au sol, parodie sur mode bachique de la statue de la liberté. Il faut cesser de sourire aussi. S.T. prend ses photos à l’argentique. On entend dans le silence de la vigne le bruit du petit opercule qui se lève et de la lumière qui entre et vient percuter de plein fouet la pellicule.

 

 

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Il y aura trois autres prises de vue dans l’après-midi. Les filles seules, s’amusant avec des grappes de raisins. Les garçons, seuls, incarnant la vigne, allongés sur le sol, entrelacs arbitraire de bras, ce corps, comme des sarments, et levant finalement un ballon de verre, trinquant au réchauffement climatique.
18 heures, l’action se termine. On regagne la petite clairière ayant servi de QG où sont gardés les sacs, sous la tonnelle, des bénévoles ouvrent maintenant quelques bouteilles de blanc mâconnais. Enfin !
Alors, avant même de penser à aller s’enfiler dans une culotte, presque tous nous gagnons le coin cocktail, naturellement, allumons une cigarette, et sirotons dans cette posture de légèreté ce petit sirop délicieux. Le soir, on est sur tous les jités

 

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Le molk’ky fume

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A propos des championnats de France de Molkky.
Mais qui connaît le molkky ? Et surtout, le molkky connaîtra t-il le sort illustre d’un Eric Besson, qui, après que Ségolène Royal eut posé la même question, atteignit, par la seule force de sa lâcheté et de sa traîtrise, une cote de notoriété comme un sommet alpin, ou parlant en indice de bruit médiatique, un scooter au pot trafiqué. Peu probable ; le molkky est un jeu raffiné, pas le genre à se laisser considérer comme une prise de guerre, et quand bien même la pétanque ou la boule marseillaise lanceraient des OPA forcément hostiles sur ce jeu offrant d’incontestables signes de parenté, le molkky revendiquerait haut le droit à la différence, à l’asile politique, à disposer de lui-même ; l’histoire ici d’une pétanque sans cochonnet, sans pastis, sans bob Ricard, sans boules ; mais alors quoi ? une pétanque scandinave, où le bois a remplacé le métal, où la bière Lapin Kulta a pris la place de l’anisette, c’est du Nord de l’Europe que s’est radiné le molkky, là où les forêts sont vertes et où les oliviers crèvent.

A mi chemin entre le jeu du palet, la pétanque, et le bowling, le molkky est un jeu d’adresse, de stratégie, de précision, de chance et de et de, pour de vrai un jeu extrêmement drôle, où il convient de renverser un certain nombre de bâtons de bois pour marquer des points, sachant qu’ensuite les quilles sont remises sur pied à l’endroit où elles sont tombées ; à chaque lancer le jeu étant un peu plus sinistré.
Une vidéo en dira plus long sur les règles qu’un discours.

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Donc parler ici du molkky parce que se sont déroulés le samedi 12 septembre les premiers championnats de France, auxquels nous avons évidemment été conviés à participer avec un bout de ma parentèle, le geai des chênes qui fume (de l’herbe). Organisés par l’association parisienne « le bâton mouche » qui est en charge de la promotion du jeu, les championnats se sont déroulés dans un boulodrome de la porte de Charenton. Un vrai championnat, avec des arbitres, des droits d’inscription donnant droit à un repas finlandais à base de tartines de pain finlandais tartiné au saumon fumés sur une couverture de crème fraîche et d’aneth, et de saucisses fumées, un tournoi avec des poules, des gens qui pètent les plombs, des mauvais perdant, et des bretonnes, habillées comme des arbres de Noël, avec des tresses, et du coton biologique, armées d’un porte-voix à piles, et inventant des chorégraphies pour fêter leurs quelques succès.

Un samedi donc, à partir de neuf heures du matin ; la veille, Manu Chao renversait la Courneuve. Et nous aussi. C’est pour ça que l’entrée dans la compétition a été compliquée. Les premiers lancés plutôt aléatoires. Lapin Kulta est venu à notre rescousse.
Le geste au lancer s’est affiné. Mais trop tard. Pas assez pour finir dans les quatre premiers de la poule, et s’ouvrir la route des seizièmes de finale.
Je rends ici hommage à mon binôme qui a été incontestablement le maillon fort de notre couple.
Ressasse t-on longtemps une élimination prématurée aux championnats de France de molkky ? A vrai dire, oui, c’est une déception qui ne passe pas comme ça.
L’an prochain, peut-être.

 

Comme à Voussac

Le chat retiré dans sa tanière…dans son terrier…dans sa ruche…dans son nid…ou dans sa litière. Au fait, où se retire un chat, quand il veut s’extraire de la sauvagerie d’un monde qui le contraint à la retraite ? Nulle part, non ? Laissant le trou aux souris, sur un toit. Ou dans une petite maison de l’Allier aux volets rouges battant les vieilles pierres, où il y a un peu d’électricité, un peu d’eau potable, et un peu de réseau mobile, mais pas trop.
C’est un petit coin de campagne dont on taira le nom, parce que la maison est toujours ouverte, et qu’il n’y a pas plus de clé que dans la maison bleue de Maxime (que l’on verra ce dimanche sous le soleil du parc de la Courneuve chanter pour l’humanité toute entière à la fête du même nom). Pas de serrure, pas d’alarme, pas de fils barbelés pour en obstruer l’accès, le seul obstacle à la progression vers l’entrée de cette masure, éventuellement, les hautes herbes, quand les brebis mises en jachère ici par le petit éleveur voisin n’ont pas assez brouté.
On y arrive par le train, jusqu’à Moulins sur Allier. De là un bus assure l’acheminement jusqu’aux Deux chaises, et puis il faut finir à pied. Ou en stop, sur des routes fréquentées comme une université d’été du nouveau centre. Autant dire à pied. Et à la tombée de la nuit, pousser la porte sur son nuage de poussière, entrer là et voir qu’on y sera bien, pour une semaine, pas pour la vie, le temps de recharger des accus, et de faire une cure de solitude, de sommeil, de bleu d’auvergne, production fermière, et de blanc de Saint-Pourçain.
Toutes ces choses qui nous échappent d’habitude ; regarder le feu dans la cheminée. Lire des journaux datés de 2007 avec lesquels on a allumé le feu en question. A l’époque, Ségolène était encore populaire, Strasbourg en D1, et il pleuvait sur la région de Montluçon, et sur tout le Bourbonnais, c’est la Montagne qui le dit. Après aussi, prendre le temps de sortir regarder les étoiles, fouiller dans tous les tiroirs avec l’espérance, finalement déçue, de trouver une clope oubliée, un brin de tabac à rouler, ou pourquoi pas un mégot jauni et mâchouillé, on avait pensé arrêter de fumer, mais l’adversité est bien armée, et c’est comme l’écrivait Burroughs dans le festin nu, parlant de ses manques toxicologiques, c’est comme de vivre avec un singe perché sur son dos, on a finalement réussi à s’endormir sans, un matelas posé à côté de l’âtre.
Le lendemain, et les jours suivants, c’est la même chose, le bien-être se de réveiller avec la lumière d’un soleil rural, la couleur des premiers jours du monde, et puis faire le petit brin de route jusqu’au centre du village, une place, une fontaine, l’épicerie, transformée en bureau de poste, bureau de tabac, bureau des pleurs, et presse, pour lire les nouvelles fraîches du jour, et en fait de la veille, voir qu’il continue de se passer des choses dans le huis-clos des villes, des meurtres sont commis, la grippe A progresse, Fillon désavoué sur la taxe carbone, Escudé qui marque contre son camp, quotidien ordinaire d’un monde en marche.
On espère toujours un flash spécial, un attentat, un avion détourné, une prise d’otages, ou un crash boursier, quand on peut alors écouter France Info toute une après-midi sans qu’on ait l’impression de s’ennuyer, mais d’habitude, avec le flot commun des nouvelles rituelles, on a envie de passer sur Chérie FM au bout d’une heure, la lassitude de la boucle fermée.
C’est là dessus que j’ai travaillé. Sur les boucles fermées. Le recyclage des ressources naturelles, le circuit renouvelable de la gestion des déchets verts (méthanisation), dessinant en ombre le portait chinois d’une éco-cité à Huludao, petite ville aux sols contaminés par les métaux lourds de l’industrie lourde coincé le long d’un bras de mer entre Pékin et Shenyang (regarder sur mappy), travail de commande.
Le soir venu, quand l’envie (ou le courage) de travailler a été un peu délayée au vin blanc sec, on écoute à fond dans le caisson de basses Arno chanter Ferré, Ostende, là où les bières on vous les servait avant qu’on les redemande, un jardin de cocagne, quoi, un pays enchanté…sans se dire qu’on incommode les voisins, vu que de voisins, on n’en a pas, ils sont tous morts, ou sourds, c’est un des villages de la campagne de France où les Anglais n’ont pas encore tout racheté, ni les Hollandais installé leur caravane, c’est un village de vieux, où l’on s’attend à trouver dans l’encrier des pupitres de l’école municipale un fond d’encre durcie.
Le matin suivant, c’est le chat retiré sous sa couette, écoutant France Culture au réveil comme on émerge. Et puis de temps à autre une perle, comme si on mangeait des huîtres avec les doigts.
« D’abord l’élégance, Pierre Etaix. Les auditeurs ne vous voient pas, et pourtant, vous avez une chemise bleue, un blazer d’un bleu un peu plus sombre, et une pochette rouge, vous êtes l’élégance même.
Voix de vieux.
- Oh l’élégance, c’est beaucoup dire
Elle le coupe…
- de style…
- Disons que je ne veux pas faire pitié en vieillissant, voilà… »
Et puis un long silence, c’était Pierre Etaix, assistant de Jacques Tati, répondant au micro de Laure Adler.
Et c’est ainsi que se déroule cette semaine, entre ascèse et ermitage, mais une ascèse avec du vin et du velouté de cèpes, et un ermitage avec France Culture.
A la fin, il faut faire tout ce qu’on n’a pas fait durant la semaine, la vaisselle, récurer, sortir les poubelles, et puis vidanger le chauffe-eau, pour pas qu’il gèle.
Tout en sens inverse. Deux Chaises. Moulins. Paris.
Au fait, aujourd’hui, c’était ma fête.

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