Archives pour la catégorie Miaulements

Message d’absence

C’est un message a caractere purement informatif, que je tape depuis le clavier d’un cybercafé d’addis abeba dont les touches meriteraient d’etre graissees, pour vous dire que le chat prend ses conges annuels, et qu’il sera de retour dans trois semaines, avec sans doute quelques pages d’un carnet de route abyssin> d’ici la, que les souris dansent (et fument)> Un bisou a tous>

Sweet chariot

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On voulait jouer de la guitare, mais Farid trouvait pas son accordeur, alors comme on est vraiment nuls, et incapables d’accorder une guitare à l’oreille, encore moins au fa du téléphone, on a laissé tomber, et on s’est dit qu’on allait regarder un film. Et puis on s’est branché sur un documentaire qui s’appelait Woodstock, trois jours de paix et de musique. C’est un documentaire sur le festival, et merde, comme j’ai regretté en voyant ça d’être né en 1982 à Mulhouse, et pas en 1950 dans l’Etat de New-York ou un truc dans le genre. Les filles se promènent toutes nues, elles se jettent dans la boue, après la pluie, tout le monde a une fleur dans les cheveux, ou à la boutonnière, et un joint au bec, et Joan Baez est là sur la scène, elle raconte la détention de son mari, et se met ensuite à chanter avec une voix mélodieuse comme un beau violon.  

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Il y a 300 000 ou un million de personnes, les estimations varient comme les jours de grève en France, mais ça n’est pas très grave, car tout le monde s’en fout, ce n’est pas ça qui fera l’histoire, de toutes façons plus personne ne paie, toutes les barrières ont été enlevées, un organisateur prend le micro sur scène et dit ; « Tous les guichetiers sont invités à se rassembler au siège de l’organisation, on n’a plus besoin de vous ». Après, le même dit, il se murmure que l’acide qui circule par ici n’est pas de très bonne qualité, si j’ai un conseil à vous donner, c’est abstenez-vous, mais après tout, vous faîtes ce que vous voulez, c’est pas mon problème. Aux Soliday’s, la dernière fois que j’y étais, on m’a refusé d’entrer avec une toute petite fiole de cognac, et j’ai même dû dévisser la capsule d’une bouteille de flotte.

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A la fin de la première journée, le festival dure trois jours, l’orga annonce au micro, il doit être six heures du matin, ce que je vous conseille de faire maintenant, c’est de vous trouver un petit coin sympa et de vous reposer, il y a des gens qui s’embrassent.

Après je me suis endormi, comme souvent, et j’ai raté les derniers concerts du dernier jour, Janis Joplin et Jimmy Hendrix bien sûr, j’ai quand même vu les Who, et Santana aussi qui avait une sacrée pêche, et un type dont j’ai oublié le nom, un afro-américain, seul à la guitare, et qui, absolument tranquille, se change une corde entre deux chansons, comme si c’était du fil de pêche, sans vraiment regarder il fait son nœud, tout en parlant au public, et il se remet à jouer comme un dingue en battant la mesure avec son pied, il y a un zoom sur son pied, et il porte des espèces de sandale avec des chaussettes bleu foncé, et un t-shirt jaune. Farid m’a raconté que sur un des derniers plans du documentaire, alors que le festival vient de se terminer, et que la scène est vide, on voit encore des gens assis dans l’herbe, un peu hébétés, et qui ne bougent pas, et ça dure longtemps comme ça, ils avaient dû prendre des mauvais acides, enfin, voilà.

Allo Lola, c’est encore moi / J’ai beaucoup pensé à toi Lola

En ce moment, et quand on regarde la politique de la France, de manière générale, mais aussi de manière particulière, c’est bien d’avoir des amis (hier, j’ai eu un fou rire en écoutant à la radio Xavier Bertrand se féliciter du fait que l’Ump savait être force de proposition pour le gouvernement, et que par exemple, c’est l’Ump qui avait proposé la suppression des allocations familiales pour les parents dont les enfants s’adonnent avec un peu trop de joie et de libertinage à l’absentéisme scolaire ; si j’avais été l’intervieweur, je lui aurais demandé je crois, s’il en était vraiment fier, que cette proposition vienne de l’Ump, s’il y avait de quoi éprouver de la fierté, et il aurait répondu oui, car lui (et lui seul) sait quelles sont les attentes véritables des Français, qui veulent que l’on s’occupent de leurs problèmes véritables, et que le peuple ne marche pas dans les pas et la voix de ces milliardaires de gauche, etc.. le refrain bêlant que ces types entonnent tous les jours dans le karaoké kafkaïen de leur posture de karateka sur décor kathakali …).

C’est donc bien d’avoir des amis pour se sentir soutenu, des gens qui écrivent de jolies choses qu’on aimerait avoir écrites, mais on ne peut pas tout faire, et d’autres personnes le font à merveille.

C’est pour cela que je vous recommande Lola Lafon, qui fait de la danse, de la musique, et de l’écriture, et que j’avais découvert il y a trois ans dans Libé à qui elle avait donné son journal de la semaine. Tout ce qu’elle avait écrit était tellement bien que j’avais découpé la page de Libé pour la coller dans mon carnet de vie !…Je suis retombé dessus par hasard, et c’est inouï à quel point ses mots, trois années après, restent d’actualité, une qualité intemporelle que leur a octroyé l’action de notre gouvernement depuis trois ans, une valeur hors du temps (qui passe et qu’il fait) (et il pleut, et le temps passe lentement), tant il est vrai que notre gouvernement stagne, stagne dans la médiocrité et la perversité, et comme toute eau stagnante, prolifération d’amibes et de larves.

Je vous ai sélectionné pour chaque jour de la première semaine de décembre 2007 de Lola quelques lignes qui parlent, qui parlent et qui crient et qui dansent. Et pour tout lire, c’est ici.

Samedi 

Nijinski qui affirmait : «Je suis un homme bondissant et pas un homme assis. J’ai d’autres habitudes que celles du Christ. Il aimait être assis. Moi, j’aime danser.» C’est, paraît-il, la «journée sans achat». Alors, «si tu veux avoir une vie, vole-la !» (Lou Andreas Salomé), sera mon conseil du jour. 

Dimanche 

«Ici, 250 familles sans logis en lutte depuis le 3 octobre pour un logement. Nous sommes en situation régulière, français, nous avons un travail payé au lance-pierres.» A cet endroit, l’affiche est chevauchée par une autre similaire, qui lui fait écho : «. au lance-pierres, au lance-pierres.» A l’intérieur de la Bourse, en face, 200 auteurs dédicacent et vendent leurs livres. C’est la Fête du Livre organisée par le Figaro Magazine (encore !). Ce dimanche, la littérature française est bien à sa place, dans le Palais Brongniart, derrière des doubles vitrages soigneusement clos pour ne pas que les chants des mal logés viennent déranger les dédicaces. Quelques uniformes devant ladite fête conseillent aux auteurs de garer leurs voitures plus loin et ajoutent : «Merci de votre collaboration, monsieur.» Les flics ont vraiment le mot juste, quand ils ne le font pas exprès.

Lundi

L’amour producteur efficace, plein d’autoroutes de bébés fabriqués consciencieusement, les corps étalés, le Paris-Plage du couple, si on peut m’épargner, merci. Juste raconter si vous êtes amoureux, électriques d’envies, désirants, malheureux, exaltés ou en colère. L’amour ne produit pas autre chose que des extraits d’étincelles inoubliables, c’est déjà vraiment bien.

Mardi

Je pense à cette phrase de l’écrivaine anglaise Helen Zahavi : «Les droits sont une illusion. Les droits n’existent pas. Vous possédez uniquement ce que vous pouvez défendre et si vous ne pouvez pas le défendre, vous ne le possédez pas.» 

Mercredi 

N’ayant pas de télé, c’est avec retard que je tombe sur les propos de Brice Hortefeux dans Capital. Question : «Y aura-t-il toujours des sans papiers sur le territoire français ?» Hortefeux : «Si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres [.], la vérité c’est que c’est un combat permanent.» Le FN devrait demander des droits d’auteur à ce gouvernement.

Jeudi

Ouvrir grand les bras quand les mots frappent au cœur, fouiller le vivant. Ecrire pour ne pas être renversée par le reste. Ecrire cette peur qui nous tient, à avoir autant peur de mourir que de vivre presque morts.

Vendredi

Il est de retour de Chine et éructe sa jouissance interminable du coup de rein en force : «voyoucratie/enragés/voyous/empoisonner la vie/procès assises/criminels/pedigree judiciaire». En ces temps d’hystérie identitaire, je ferais bien circuler une «Déclaration d’indescendance». On y déclarerait ne vouloir descendre de rien ni de personne. On se réjouirait d’être les enfants des mots, des idées qui nous tiennent chaud, celles qu’on invente. On lirait Guyotat : «La réduction de l’affect à la petite zone humaine qu’est la famille, et encore pire, après, au couple, est quelque chose de terrifiant pour moi. On devrait pouvoir vivre avec l’humanité entière.»

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Et puis Lola, aujourd’hui. Qui a sorti un bouquin au joli titre, De ça je me console, et qui a elle aussi un blog, http://levaweb.free.fr/wordpress/

Elle a de la matière en ce moment, puisqu’elle a passé toute son enfance en Roumanie et sait de quoi elle parle quand elle écrit dans ses derniers billets des phrases aussi percutantes que : « Il est temps de passer de la nausée au vomissement (Mujeres Creando) » ou bien  « Il faut une certaine dose de tendresse pour se mettre à marcher malgré tout ce qui s’y oppose, pour se réveiller après une si longue nuit. Il faut une certaine dose de tendresse pour virer tous les fils de pute qui traînent par ici. Mais parfois il ne suffit pas d’une certaine dose de tendresse, il faut y ajouter…une certaine dose de plomb (déclaration de principe de l’Ejército Zapatista de Liberación Nacional) ».

Lola n’a pas peur de la castagne, et puis on a envie de la suivre un peu partout, de se promener dans ses révoltes et d’y adhérer, puisqu’elle les porte, que sa prose est adhésive, et que ce qu’elle dit, quand elle l’écrit, plein de finesse et de poésie, tombe tout d’un coup sous le sens comme une pomme sur la tête de Newton. Eurêka, Lola. Ainsi, je vous invite passionnément à lire un billet coécrit avec Peggy Sastre, une autre écrivaine, et parue dans Libé cet été au sujet de l’affaire Polanski, les Filles de rien et les hommes entre eux. Où elle en renvoie un paquet dans les cordes, dont BHL, évidemment, et sans le nommer, le plus fervent socio du réalisateur, et elle décrypte la mobilisation autour de cette grande cause qu’a été la défense de Polanski comme si sans elle, on n’avait que Canal + en brouillé, et qu’elle nous offrait l’abonnement au décodeur.

Lisez cela.

Après, on a un peu de mal à comprendre pourquoi Ni putes ni soumises, et sa fièvre du féminisme, accepte de porter le combat autour de Sakineh, solidairement avec la puritaine et partisane misogynie de Bernard-Henri Levy.

C’est un billet de liens et de rencontre.

A bientôt, Lola

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Lolons un peu avec l’actualité du matin

Ce matin, on ne peut pas vraiment dire que je sois très productif, parce que hier soir j’ai beaucoup trop bu j’ai lu un essai philosophique jusque tard dans la nuit. Aussi ce matin, je me sens un peu fatigué, et plutôt que d’apporter des corrections à ce dossier d’appel d’offre, incluant bien évidemment, ce cahier des clauses techniques particulières (ce pour quoi je suis grassement rémunéré), je préfère surfer sur le ouhèbe. En plus, c’est le Ramadan, et on n’a pas le droit de boire, ni du café ni de l’eau, ce qui n’aide pas à se concentrer (mais je ne suis pas musulman) (alors j’en bois en cachette) (pourquoi en cachette d’ailleurs ?).

Bref, ce matin, je ressens avec beaucoup d’acuité mon sentiment d’inutilité, ce qui est assez agréable, car je peux me promener sur des blogues, en toute discrétion, comme dans le jardin du Luxembourg quand on met des lunettes de soleil pour ne pas être ébloui être reconnu par les badauds. J’ai passé un très bon moment avec deux princesses imperméables aux larmes qui font des dessins d’enfant naïfs et très beaux, et écrivent comme si elles avaient quatorze ans, mais avec beaucoup beaucoup de génie pour cet âge-là. De temps en temps, je vais aussi voir si Yahoo ! a actualisé sa page d’actualités.

Alors, vous savez, cet état un peu gazeux des lendemains de cuite qui chantent, on a une sensibilité à fleur de peau et l’on peut être amené très facilement à avoir des fous rires tout seul, ce qui est plus pratique quand on ne travaille pas en open space (même si les gens aiment bien en général entendre d’autres gens rire) (jusqu’à une certaine mesure) (après ça les énerve, parce qu’ils réalisent en négatif que leur vie est moins drôle).

Donc Yahoo ! m’a beaucoup fait rire seul ce matin, parce qu’à un moment donné, le bandeau des nouvelles du jour renvoyait vers un article qui titrait que les gens qui buvaient beaucoup d’alcool vivaient plus longtemps que les gens qui ne buvaient jamais, d’après une étude financée par Pernod-Ricard américaine très sérieuse. Même maintenant, de l’écrire, ça me fait encore rire, parce que c’est tellement à contre-courant (dans ce genre d’étude, on pourrait faire du canyoning). C’est une forme d’humour que l’on obtient par le décalage (voir la nomenclature des différentes formes d’humour  quelque part sur le ouhèbe) (j’imagine qu’elle existe, mais je n’ai pas vérifié). Dans l’étude, donc, ils disaient que de boire, c’était, qu’on le veuille ou non (et en général on le veut), un moyen de se « socialibiliser » avec d’autres gens, et que de discuter, c’est bon pour la santé parce que ça enlève le stress. C’est pour ça qu’on meurt moins quand on est alcoolique sait profiter de la vie. Mais là où j’ai rigolé encore plus, et ce qui m’a finalement décidé à écrire ce billet, c’est quand j’ai lu « ça » ; « Brice Hortefeux assure que près d’un auteur de vol sur cinq est roumain à Paris ». C’est  bien, au moins on est sûr MAINTENANT qu’on n’est pas dans la stigmatisation d’une communauté. Avec ce gouvernement, on se croirait un peu dans un grand parc d’attractions, où il y aurait bien sûr le train fantôme, avec les Roms et les Kurdes (ils vont bien finir par y passer aussi) pour s’amuser à nous faire peur, Eric Woerth serait une sorte de clown–prestige-digitateur, et il se planterait, mais pour de faux, des sabres asiatiques dans le ventre, et la foule ferait oh ! oh ! et Xavier Bertrand préparerait des barbes à papa, mais sans sucre, avec de l’aspartame (je sais, Xavier n’est pas pour l’instant dans le gouvernement, mais il ne devrait pas tarder à y entrer). Sérieusement, balancer un chiffre comme ça, c’est fort. C’est ce qu’on appelle l’humour par l’exagération (ou par l’ABSURDE) (ou par la CRETINERIE). Il semblerait par ailleurs qu’un ministre de l’intérieur sur cinq soit auvergnat (source autorisée).

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Michel Rocard, comme un bon vin

Certaines personnes, en vieillissant, empirent ; l’âge les gâte, elles fanent ; ce qu’elles avaient d’un peu bourgeonnant dans leur jeunesse s’est désagrégé et elles deviennent, bon an mal an, des vieux cons. On peut compter par exemple dans cette catégorie l’indépassable Philippe Val, qui de chansonnier léger et drôle, de plume au vitriol, s’est mué en une espèce de coq de bruyère, plus spectaculaire quoique faisandé, et complètement arrogant, coloré mais triste ; il a tué l’enfant joueur et frondeur qui était en lui pour devenir patron de presse à la solde. Il a oublié en route de se moquer de lui-même. Dans cette catégorie aussi, Maxime le Forestier, qui m’a fait une sinistre impression la dernière fois que je l’ai entendu en interview, car il s’était fait refaire la dentition du haut (il faut être un peu timbré pour se refaire faire la dentition du haut à soixante ans) ; avant il avait de magnifiques petites dents, jaunies par le tabac, des quenottes tordues et pleines de trou entre elles ; maintenant il arbore une dentition parfaite comme s’il envisageait de se reconvertir dans une carrière politique. De plus, je l’entendis raconter dans cette interview qu’il avait décidé de ne plus chanter sa jolie chanson antimilitariste Parachutiste sur scène, depuis qu’il avait été invité dans une caserne ( !) et qu’il s’était rendu compte qu’il y avait aussi des gens biens dans la grande armée (!!).

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Bref, il est visiblement dans une phase dégénérative. Qui d’autre ? Dieudonné, évidemment. Raymond Domenech. Bref. Passons.

Il y a aussi une autre catégorie de gens, celle sur qui l’âge n’a pas d’effet. Egaux à eux-mêmes. Qu’on les aime ou qu’on les haïsse, ils demeurent fidèles à ce qu’ils ont été, et à ce qu’ils seront sans doute toujours. Jean Daniel, icône éternelle du Nouvel Observateur, qui continue indécrottable et nostalgique de nous raconter dans un éditorial sur deux ses souvenirs de débat épique avec Camus durant la guerre d’Algérie. Jacques Chirac, qui perpétue chaque année au salon de l’agriculture la tradition d’aller y fouetter le cul des vaches, et celle, ad vitam aeternam, de copiner avec les dictateurs africains. Margaret Thatcher, dont le poids des ans ne semble pas avoir attendri le cuir (sans parler de son cuir chevelu), et qui continuerait de prendre le thé de cinq heures avec Pinochet s’il était encore vivant.

Enfin, il y a la dernière catégorie de personnes, ceux que la vieillesse transforme en rock stars, ceux qui, alors qu’ils ont souvent vécu une existence assez lisse, ou relativement anonyme, deviennent incroyablement à la mode lorsqu’ils sont tout ridés, et ont alors bien souvent abandonné toute ambition précieuse de plaire. Je mettrais dans cette catégorie, pour illustration, Henri Salvador (bien qu’il soit maintenant mort), Jean Rochefort, ou Michel Rocard. C’est surtout pour ce dernier nommé que ce post existe, pour pouvoir y faire figurer cette incroyable photo, extraite du site Internet Rue 89, et qui met en image l’interview qu’il donna le mois dernier au magazine nouvellement créé Snatch.

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Une interview où apparaît une pensée décapante, capable de poncer jusqu’à la plus petite rainure la langue de bois. Un vieux rock. Morceaux choisis, et toute l’interview ici !

Sur le libéralisme économique.

« J’en avais l’intuition dès le début de ma carrière. Les idées tuent, je vous le répète ! Le grand instigateur de cette pensée criminelle est ce con devenu prix Nobel, Milton Friedman. Je dis souvent en rigolant -à moitié- que je l’aurai bien vu comme l’un des premiers accusés du tribunal pénal international pour crime contre l’humanité. Ce gars, avec une vision folle, a cassé un système régulateur qui tenait l’humanité tranquille, en croissance lente et plein emploi pendant près de trente ans, entre 1945 et 1975 ».

Sur ses années de jeunesse.

« Je suis jeune fonctionnaire, j’apprends un métier qui consiste à contrôler comment marche l’Etat. Il m’est arrivé d’aller contrôler un abattoir. Saint-Brieuc. Dégueulasse. Vérifier que les bouchers aient bien payé leurs timbres-impôt… M’est aussi arrivé d’aller vérifier les alambics des bouilleurs de cru en cours de fonctionnement ou encore la direction de l’aide sociale de la préfecture de l’Hérault. Qu’est-ce que vous voulez que je vous raconte moi ? »

Sur le pouvoir

« Lorsque l’on est au pouvoir, il y a une espèce de prise sur la vie qui confine à la jouissance. Mais il existe aussi un certain inconfort. Quand vous êtes au sommet, c’est comme la Gravelotte, ça tombe de partout. Vous ne pouvez pas aller pisser sans vous faire engueuler. C’est infernal. Le prix à payer pour se voir donner le droit de faire est épouvantable. Aujourd’hui, je suis plus tranquille, peinard. Je ne suis qu’un vieux monsieur qui n’a plus envie d’emmerder personne ».

Merci Michel !

Pour les manouches

Quand Nicolas Sarkozy convoque une réunion à l’Elysée pour évoquer la situation des « Roms et des gens du voyage » comme il dit, et qu’il convoque à cette réunion, outre François Fillon, Brice Hortefeux, Michèle Alliot-Marie, Eric Besson, les patrons de la gendarmerie, de la police nationale, et le préfet de Police de Paris, on peut dire sans trop s’avancer, connaissant le pedigree des intéressés, que ça n’augure rien de très bon pour les « Roms et les gens du voyage » (comme il dit). Et effectivement, ce coup-ci non plus, le marc de café n’a pas menti, puisque au bilan de cette réunion au sommet, Brice, porte-parole de cette assemblée de joyeux drilles, et qui aime toujours bien jouer du couteau (même si on l’avait un peu oublié), a annoncé la reconduite « quasi-immédiate » en Roumanie et en Bulgarie des Roms ayant commis des atteintes à l’ordre public, le démantèlement de 300 camps illégaux, et très fort, l’envoi prochain de 10 inspecteurs du fisc afin de « contrôler la situation des occupants » dans certains camps (qu’ils osent encore parler du fisc en cette période me paraît comme d’un très épais mystère…).

Ce qu’ont répété beaucoup des spécialistes de la question Rom ces derniers jours, mais qui font référence à des matières comme l’ethnologie, l’histoire des peuples, ou même l’histoire tout court, mais qui, dans le raisonnement sarkoziste, n’ont pas plus lieu d’être que cette pute de Princesse de Clèves ; que 95% des gens du voyage recensés en France sont Français, que 2/3 d’entre eux sont d’ailleurs sédentarisés, que les Roms, des tsiganes de nationalité roumaine, bulgare et d’Europe centrale forment une minorité, tout cela induirait des raisonnements bien trop complexes pour la politique actuelle du réflexe rotulien ; on prend un coup, le genou se tend ; et accessoirement la batte.

Ce qu’il y a de tout à fait inique dans le procès en inquisition, en quasi-sorcellerie fait aux Roms, c’est, outre que cela rappelle des périodes tout à fait glauques de leur histoire, où ils furent chassés d’à peu près tous les endroits dont ils osèrent fouler le sol, quand ils ne furent pas exterminés dans les camps nazis, c’est qu’on leur impute une faute qui est en fait une défaillance de l’Etat français. Ainsi du démantèlement des campements illégaux ; car depuis une heureuse loi Besson (où l’on se sent obliger de préciser qu’elle doit son nom à Louis Besson, ministre du logement sous Jospin, aucun rapport, fils unique), les communes de plus de 5000 habitants ont l’obligation de créer des terrains d’accueil pour les gens du voyage. Aujourd’hui, plus de 10 ans après la loi, moins de 50% des places d’accueil ont été réalisées. Aussi si les gens du voyage continuent de s’installer de manière illégale (et en cela ils s’inscrivent dans la même veine que les petits paysans sans-terre du Brésil, qui pratiquent la réquisition des grands latifundios improductifs pour réaliser la réforme agraire, inscrite dans la constitution, mais jamais tout à fait appliquée, dans les faits – pour qui me connaît un peu, autant dire qu’ils ont ma sympathie a priori !…), c’est faute d’endroits idoines où s’accomplir.

Ce qu’il y a de brutal aussi, dans l’attitude vis-à-vis des « Roms et des gens du voyage », c’est que ceux-ci sont astreints à des règles d’exception, auxquelles aucune autre communauté de citoyens français n’est assujettie ; l’obligation d’aller faire viser tous les trois mois un carnet, un peu comme si on quand on naissait Rom, on naissait sous liberté surveillée pour le restant de ses jours.

Bref ; un fait divers certes tragique (ndlr, scandalisé par la mort de l’un des leurs, tué par un gendarme, une quarantaine de gens du voyage a attaqué en représailles la gendarmerie de Saint-Aignan, allant jusqu’à « tronçonner et brûler les arbres qui bordaient la route », une manière atypique d’exprimer son mécontentement, un truc de romano, quoi…), mais un fait divers qui devrait relever du droit commun, et qui débouche sur la mise au ban de toute la communauté gitane (j’ai changé d’adjectif, pour éviter les répétitions…) de France ; on finit par être habitué, quoique. On ne s’habitue jamais vraiment.

Je me suis un peu documenté sur la question de l’itinérance et du vagabondage, pour essayer de démêler l’écheveau (et parlant de communautés qui comptent dans leurs rangs beaucoup de maquignons, démêler l’écheveau est tout à fait judicieux), entre peuples manouches, gitans, romanichelles, tsiganes (et non Tziganes, même si l’orthographe est permise par le Littré, rappelle trop à leurs yeux leur sombre passé où les SS tatouaient sur leur cuir le Z de Zigeuner, tsigane en allemand) ou Roms ; c’est en fait d’abord fonction de la provenance géographique, le terme Rom (être humain en sanskrit) étant le terme générique. Car tous ces peuples ont en commun une origine indienne, peuples indo-européens, comme les aryens, mais en moins pur, visiblement, selon certains. Quant aux Bohémiens, ils porteraient ce nom, parce qu’un passeport leur aurait été accordé par le roi de Bohême (pas plus d’éléments sur la biographie de ce sympathique roi) (information non datée). Depuis l’Inde, déjà, les débuts sont difficiles ; exerçant des métiers nécessaires, mais considérés comme impurs par ces cons de disciples de dieux à trompe (comme bouchers, équarisseurs, tanneurs, fossoyeurs, éboueurs, chiffonniers), ils sont hors castes. Intouchables ; certains migrent à chevaux vers les plaines d’Asie centrale. Parvenus en Europe, beaucoup des Roms se mettent sous la protection des seigneurs ou des moines d’abbaye, exerçant à leur profit tout leur savoir-faire, en échange d’une protection j’imagine. Un peu esclaves, certes, mais esclaves d’un genre à part : répondant au contrat féodal de servitude volontaire appelé « robie », le rob appartenait certes à son maître qui pouvait le vendre, mais lui-même pouvait racheter sa liberté et la revendre ailleurs ; d’où aujourd’hui que les Gitans portent leur or sur eux, bagouzes, colliers ou dents étant la marque extérieure de leur solvabilité à l’égard de leur propre personne. Et puis, la suite, c’est un peu à l’avenant, des moments de relative tranquillité, des moments un peu plus compliqués à gérer, comme en Suisse au début du siècle, où la Fondation Pro-Juventute lança en 1926 l’opération dite des « Enfants de la grande route ». Derrière ces vocables cajoleurs se cachait en réalité une politique d’enlèvement de force des enfants tsiganes pour les placer et les rééduquer dans des familles d’accueil sédentaires, des orphelinats, voire des asiles psychiatriques. Puis la deuxième guerre mondiale. Puis Sarkozy.

Leur drapeau : fond vert, qui symbolise une terre fertile, et bleu intense de la liberté et du ciel, sur lequel apparaît le Chakra, roue solaire à 24 rayons, symbole de la route. En rouge, comme l’empereur Ashoka. La classe.

Par solidarité, en ces jours un peu tristes, le Chat qui fume tendance Gitanes sans filtres a monté en clip la très belle chanson de ce très beau gipsy aussi qu’était Renaud dans sa jeunesse. Pour vous et pour eux. Pour les manouches !

 

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 C’était, en passant, le centième post du chat (qui a le plaisir de vous annoncer que cet anniversaire coïncide quasiment avec le premier franchissement de la barre des 100 visites quotidiennes, survenu la semaine dernière!). il y a de plus en plus de monde par ici, mais on va se serrer !…Merci à mes lecteurs.

 

Be happy, go lucky

Ce pourrait être le titre d’une fable de la Fontaine, le ministre et la milliardaire, une petite histoire loufoque et lourde de sens, avec une morale qui tomberait comme le couperet d’une démission ; morale possible : il n’y a pas de fumée sans feu, l’argent n’a pas d’odeur pour celui qui n’a pas d’odorat, ou bien celle-ci, qui vole le fisc vole un bœuf, c’est une petite historiette comme le gouvernement actuel a eu le talent d’en inventer des dizaines depuis 2007, et où au bout des collusions d’intérêt, survient la collision avec l’opinion. Mais ce que cette connivence complice entre Eric Woerth, parfait dépositaire de l’identité UMP, arrogant sûr de lui, libéral jusqu’à la moelle, et la riche un peu toquée, héritière de l’empire l’Oréal, aura eu le mérite de révéler, c’est surtout à mon sens, le fonctionnement du boulier fiscal, où l’on libelle des chèques de 30 millions d’Euros à des gens qui ne vivent pas vraiment dans le dénuement, qui ne sont pas, comme on dit, dans le besoin. Moi, j’avais été content l’année passée de recevoir, de la part de la Direction du Trésor (de guerre), et au titre de la prime pour l’emploi, un chèque de 800 €. Vu à travers le prisme de mon séjour à Djibouti, 30 millions d’Euros, c’est à peu près le montant totalisé de l’aide au développement qu’octroie l’Etat français à ce pays en cinq années. Avec cet argent, dont nous avons à l’agence la charge d’assurer la meilleure affectation possible, on réhabilite des quartiers, on y amène l’eau et l’électricité, on met en place des programmes de prévention contre le VIH, la tuberculose, on finance des laboratoires d’analyse, des assistants techniques, l’édition de livres scolaires, etc. etc. Evidemment, il faudrait beaucoup plus d’argent. Aussi, quelles qu’en soit la profondeur des raisons, quand on vient à renflouer de cinq années d’APD (aide publique au développement) de Djibouti une octogénaire française qui possède une île dans un archipel de l’océan indien, et avec le même argent, celui des contribuables français, il me semble qu’on est là face à une incohérence qui ne discute pas. Comme d’habitude, j’ai lu l’éditorial de Claude Askolovitch dans le JDD ce dimanche, consacré (un peu) à ce sujet, et comme d’habitude, j’ai trouvé que ce qu’il est écrit est admirable, de très loin le meilleur éditorialiste actuel. Cliquez sur le lien, si vous voulez.  

J’ai beaucoup tardé à vous écrire depuis mon précédent post, la faute à la coupe du monde, au temps qui passe, à la chaleur, à la sieste, au rosé. Djibouti s’est depuis apprêtée dans sa tenue d’été, celle du vent de sable, des 45°C à l’ombre, des départs massifs de sa population vers les hauts plateaux éthiopiens ou somalilandais, où l’air est plus frais, somalilandais, cet adjectif qui n’existe pas, ainsi que le confirme le correcteur orthographique de Word, à l’image de ce pays un peu fantôme, mais pas plus que la Somalie de Mogadiscio, le Somaliland, cette partie Nord du territoire somali, dont les frontières sont mises à 25 km de Djibouti-ville, et qui dispose d’un gouvernement, d’une monnaie, d’un drapeau, et d’une certaine stabilité politique, qui revendique son autonomie administrative depuis une vingtaine d’années, et que la communauté internationale s’échine à ne pas reconnaître.

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Une drôle de nouvelle ce matin, sur les écrans radars. Le prix de trois marques de cigarette en baisse. De vingt centimes, c’est tout relatif. Mais on est tellement habitué à des hausses, quasiment conditionnés, que ça surprend toujours un peu. Un peu comme si Eric Woerth proposait de revaloriser le SMIC. Le chat a eu le plaisir d’y retrouver ses chatons, toujours dans les bons coups, Lucky strike, la marque des pionniers, des GI américains débarqués sur les côtes normandes en 44, la marque de Kurt Cobain et de James Dean, l’original Red, it’s toasted, et s’il est vrai que je n’aime pas les marques, d’habitude, (sauf celles d’affection), je fais exception pour celle au bull’s eye. Car le chat qui fume des lucky strike…sauf à Djibouti, où visiblement personne ne détient la licence de production, et où j’ai dû me rabattre sur le joli paquet doré des Benson & Hedges. La joie d’entendre Roselyne Bachelot (dont j’ai appris qu’elle avait été l’une des plus fidèles franc-tireuses lors des parties de chasse présidentielles (pestilentielles) organisées dans la forêt de Rambouillet, ce qui en dit long sur sa conception de son ministère à l’écologie et à l’environnement qu’elle occupa un temps – la petite copine de François Fillon), Roselyne Bachelot se disant « scandalisée par cette tentative d’attirer de nouveaux fumeurs » et promettant de relever les taxes, vieux réflexe pavlovien ; mais pourquoi le bouclier fiscal ne s’appliquerait-il pas aussi aux fumeurs ; interdiction de se voir taxer de plus de 50% du montant réel du tabac grillé, ce qui mettrait peut-être le paquet à un Euro ou un Euro cinquante ?! Ici, on peut échanger six bouteilles de coca consignées contre deux paquets de cigarette, ce qui ne me paraît pas choquant. Enfin voilà, scandalisée, dit-elle, parle t-elle des cigares du pharaon Blanc, qui les aligne sur note de frais ? Non, des petits fumeurs humbles et impénitents qui casquent pour remplir les caisses que l’Etat dilapide en missions de bons offices à l’égard des clercs qui lui sont fidèles. Fumer, il est vrai, est devenu un acte de désobéissance civile, tel que l’avait théorisé Thoreau en sa forêt de Walden ;

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Que Roselyne Bachelot rentre chez elle avec ses crocs en plastique et ses tenues fuchsia, et qu’elle nous laisse avec le petit rond rouge de la petite Lucky avec lequel on est si bien. Et pourquoi pas, une chanson de Pierre Bachelet.

Bachelet, Bachelot ; toute la différence entre la balourdise bruyante et la grâce chuchotante.

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Papi, la dette, les Juifs et moi

Mon grand-père a quatre-vingt sept ans. Il est né à Mulhouse en avril 1923, et comme on dit, il a fait la guerre. Il l’a faite auprès des soldats malgré-nous, incorporé vers vingt ans dans l’armée allemande. Architecte de formation, il a pourtant passé la majeure partie de sa vie professionnelle à ne pas dessiner de maisons, mais à suivre le déroulement de chantiers, en tant que numéro deux de l’entreprise familiale de BTP, dirigée par son frère F., Oe. & Frères, qu’ils ont revendu ensemble au moment de la crise du bâtiment, à la fin des années 80. Sans doute un peu trop tard, et en tout cas il n’est pas devenu millionnaire, ce qui du reste n’a jamais été son objectif. Au décès de ma grand-mère S., il a vendu la maison qu’il partageait avec elle depuis cinquante années à Lutterbach pour construire une maison dans notre jardin, à Uffholtz. Une maison qu’il a dessinée, tout seul, à plus de 80 ans. L’architecture, c’est comme le vélo, je pense ; ça ne s’oublie pas. J’aime bien imaginer que papi habite dans une cabane au fond du jardin, mais en fait c’est une maison cossue, parfaitement isolée ; il a horreur des courants d’air. Aussi – il a toujours du chocolat noir dans le tiroir de la commode du salon, et j’aime bien le voir dessiner au crayon de bois dont il taille toujours les mines avec un couteau – jamais de taille-crayon. Il n’utilise pas non plus de logiciel de modélisation en trois dimensions. D’une certaine manière, on pourrait dire qu’il est un peu « vieille France », à condition d’ôter tout pouvoir péjoratif à l’expression. Mais cela veut surtout dire qu’il a vécu l’essentiel de sa vie au XXème siècle, et qu’il est né alors que Raymond Poincaré inventait le Franc et qu’Aristide Briand était ministre des Affaires Etrangères, et on ne va pas lui demander en conséquence de remplir sa déclaration d’impôt sur Internet. Il m’a appris à jouer au bridge, et cultive des plants de tomate en déposant à chaque pied, au moment d’ensemencer, des sardines crues, censées apportées à la croissance du fruit les nutriments phosphatés dont il a besoin pour être bien rouge et permettre la préparation d’une sauce milanaise goutue.

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Il sait faire les crêpes, aussi. Sans m’étendre davantage sur son pedigree, il est difficile de nier que j’aime beaucoup mon grand-père, dont je ne prépare pas ici des éléments de langage pour un éloge posthume, vu qu’il est encore là, et bien là, en forme, souriant, et chaleureux, mais dont je tenais à vous présenter quelques brefs éléments biographiques pour nuancer (ou étayer) ce qui va suivre.

Je ne l’ai pas vu depuis cinq mois, et je me suis mis à penser subitement à lui au moment de la mise en banqueroute de la grecque, de la lente débâcle financière hellène.

Car en effet

– Nos idées politiques sont divergentes, inconciliables, je n’irais jamais lui donner une procuration, même si je ne douterais pas une seconde qu’il vote selon mes recommandations. Il a un sens de la morale, et une droiture, qui l’incline peut-être vers la droite, mais qui demeurent des qualités. Il a surtout un passé de dirigeant de petite entreprise qui lui fait abhorrer la gestion laxiste et les largesses budgétaires auxquelles il a une tendance un peu rapide à assimiler les gouvernements de gauche ; mais il m’a bien sûr toujours filé un peu de pognon quand j’en avais besoin.

Je me souviens surtout que, depuis que j’étais en âge (ou qu’il estimait que j’avais l’âge) de recevoir ce genre de conseils, il m’a mis en garde contre ; la dette, et les Juifs. C’est dit de manière très abrupte, mais c’est dit. Et ses saillies m’ont toujours mis en nage. Evidemment. Derrière l’obsession de juguler la dette, je voyais la mise en cause des politiques généreuses et redistributives des gouvernements socialistes. Et quant à pointer du doigt un lobby juif qui détiendrait les principaux leviers du pouvoir, ou pire, une propension du Juif à la rouerie ou à l’opportunisme, j’y distinguais des traces d’une vulgate antisémite décadente. D’un autre âge. Evidemment, ce n’était pas le mien.

Se méfier de la dette et des Juifs. Il y avait quelque chose qui me turlupinait dans ces propos à ce point éloignés de ce que je croyais. En général, d’un type qui dit ça, je me dis encore aujourd’hui ; c’est un con. Pas mon grand-père, évidemment.

Et si l’on examine ces presciences, à la lumière des développements récents de l’actualité (et il vaut mieux séparer la dette et les Juifs, il vaut mieux, on a à faire là à une matière sensible comme de la nitroglycérine), on peut dire ceci. Enfin, je le dis.

Sur la question de la dette, que les intuitions, les visions de papi, relevaient du plus pur flair, exactement celui qui manque à la plupart des éditorialistes actuels. A l’époque où la France était encore en pleine croissance, frôlait le plein-emploi, et construisait l’Europe en son centre, déjà il était accablé par le niveau de la dette atteint par notre pays, par les déficits abyssaux, à une époque où, il faut bien le dire, tout le monde s’en foutait, où personne ne connaissait le montant du service de la dette, et où on croyait que la dette était aussi virtuelle qu’une hypothèque au Monopoly. Aujourd’hui, force est de constater que c’est bien là le problème, que c’est bien là le que le bât blesse, au niveau de cet endettement public qui rend la France, mais surtout la Grèce, le Portugal, l’Espagne, pieds et poings liés à des créanciers capables de leur faire avaler le chapeau de la croissance, et d’imposer leurs exigences d’austérité, une dette qui étrangle les pays tel un spéculatif nœud coulant. On se rend compte aujourd’hui que la souveraineté des Etats est altérée lorsque le niveau d’endettement est trop fort, confère la politique macroéconomique de la Grèce aujourd’hui dictée par Bruxelles et le FMI. On se rend compte qu’il faudra rembourser l’argent emprunté, et cela, mon grand-père, que je considérais, du haut de mes vingt ans, étudiant à Sciences po, tout pétri de convictions idéalistes, comme un peine-à-jouir, un petit épargnant, un disciple du franc Pinay, l’avait deviné avant moi. Que le mérite lui soit rendu.

Ensuite sur la question des Juifs. Sur ce point-là, bien sûr, je n’irai pas prétendre qu’il a vu juste, ce qui ferait glisser le chat qui fume sur une pente un peu hasardeuse. Qui me vaudrait peut-être les honneurs de BHL ou de Yann Moix, si mon blog tombait un jour dans le domaine public. Mais en tout cas, à 18 ans, je pensais encore qu’il n’y avait pas de question juive. D’une certaine manière, que la judaïté n’existait pas. Ou qu’il n’y avait aucun caractère spécifique et commun qui permettait d’unifier cette question et de la rendre valable. Aujourd’hui, mon point de vue a changé. Après, entre autre, l’épisode des flottilles de Gaza, les protestations unanimes de la communauté internationale, et le silence un peu alambiqué de Washington, les soutiens aujourd’hui que continuent d’accorder à la politique israélienne un certain nombre de gens en France, dans les médias, dans les partis politiques, (ou plutôt les circonstances atténuantes qu’ils trouvent à Israël en l’occurrence), le fait que beaucoup d’entre eux soient juifs, le « deux-poids-deux-mesures » qui à chaque nouvelle entorse d’Israël au droit international, apparaît toujours un peu plus criant, tous ces éléments mis bout à bout font que la question d’un pouvoir juif, temporel ou intemporel, économique ou médiatique, mérite d’être posée. Surtout, mon grand-père, dont je réprouve sans équivoque le penchant antisémite, puisqu’il s’agit bien de cela, m’a amené à penser que l’histoire de l’antisémitisme était plus complexe que celle d’un racisme ordinaire ; et qu’il y a des gens, souvent de la « Vieille France », mais aussi des enfants de la banlieue, dont les mots peuvent paraître tout à fait abscons, et qui semblent sombrer dans une pensée antisémite comme dans une eau trouble, mais dont l’histoire individuelle, les faiblesses, les lectures, les rencontres, expliquent (et il faudrait ajouter, sans excuser), ce détour très sinueux, et font qu’ils n’en sont pas moins des gens de valeur. Comme mon grand-père. Autrement dit, que l’antisémitisme n’est pas une condition absolument éliminatoire de mon affection. C’est dit comme cela, et je pense que c’est choquant, mais je ne trouve pas de meilleure formule.  

Les moyens du temps

Les moyens du temps marcel_gauchet 

Voici Marcel Gauchet, historien, philosophe, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes de Sciences Sociales (EHESS), co-fondateur avec Pierre Nora il y a trente ans, de la revue du Débat, sur les ondes de France Culture avant-hier, 26 mai 2010, au micro de Brice Teinturier, et Julie Clarini, dans l’émission Du Grain à Moudre, Marcel Gauchet, c’est vraiment un nom de jeune, et qui dit en substance, des choses desquelles je me sens proche, des coups de griffe que j’ai essayé de donner tout seul dans quelques uns de mes derniers billets, mais il y a là en plus le poids de la sagesse et de l’expérience qui leste le propos, alors le voici, un discours oral retranscrit presque sans aucun additif, c’est dire si Marcel Gauchet est un brillant orateur, en haut de casse, les mots sur lesquels sa voix s’accentue en même temps qu’elle se ralentit, une voix qui ressemble un peu à celle de Michel Foucault, un autre toujours jeune.

« Nous sommes dans le moment du creux de la vague, c’est à un dire à un moment de crise majeure, sur le plan économique, sur le plan social et sur le plan identitaire à l’échelle de l’Europe. (…) De là à savoir ce qui peut sortir de ce phénomène de tourment profond où nous sommes, je serais bien en peine de le dire, je crois que la prudence est de mise en effet, mais au-delà il faut bien dire que nous sommes dans un pot au noir (poteau noir ?, ndlr) dont on ne voit rien de clair surgir, et notamment pour une raison, c’est que nous sommes au niveau encéphalogramme PLAT de la vie collective ; nous avons en fait vécu depuis trente ans un mouvement profond de nos sociétés qui a conduit à les détourner de la réflexion, avec une idée fondamentale, c’est que tout ça marche tout seul, et que plus ça marche tout seul mieux ça marche. C’est l’essence au fond du libéralisme dans sa version primaire, mais cela a profondément pénétré les esprits, ça s’est accompagné d’un mouvement d’ultraspécialisation de la connaissance scientifique et universitaire qui fait que les DIRECTIONS générales ne sont plus discernables, nous n’avons pas d’esthétique de rechange et ce qui pointait à l’horizon, nous ne voyons pas les artistes d’avant-garde qui ont très souvent dans l’histoire été les INDICATEURS de la voie qui allait se dessiner ; nous ne voyons pas une philosophie correspondant à une sensibilité comme un peu l’existentialisme en 1945, l’exemple absolu, nous n’avons pas de tels mouvements où les idées se connectent sur un sentiment de vécu, par la majorité des acteurs sinon tous, de telle sorte que nous sommes en peine, et pour moi l’enjeu du moment c’est la capacité de nos société à redécouvrir cette chose élémentaire qu’elles n’auraient jamais dû oublier ; qu’elles ont besoin d’idées pour vivre et pour fonctionner, elles ont essayé de s’en passer et ça ne leur a pas réussi. (…)

Au lancement de la revue du Débat, ce qui dominait la conscience collective, c’était une idéologie bien particulière, pour la ramasser en un mot ; révolution ; l’idée que l’histoire est faite pour aboutir vers un terme, une transformation majeure qui constituera l’avènement d’une société de type supérieur. Alors il y avait toutes sortes de manières de l’entendre, il y avait beaucoup de divisions, c’était très conflictuel, mais il y avait une sorte de perspective, d’ailleurs une partie des gens s’y opposaient, vertement, avec violence, mais c’était ça qui organisait la vie intellectuelle, et autour de cette perspective, vous aviez justement une VITALITE des idées, les gens pouvaient par ailleurs soutenir des thèses folles, ils étaient obligés de les ARGUMENTER, et les idées étaient au centre de la discussion collective, pas simplement dans le milieu des intellectuels, mais beaucoup plus largement, dans la cité, je remonte un peu plus en arrière parc que l’exemple est resté mémorable, une discussion comme celle qui a eu lieu entre Sartre et Camus au sortir de la deuxième guerre mondiale, concernait non pas seulement un étroit milieu intellectuel mais tous les citoyens éclairés qui d’une manière ou d’une autre se retrouvaient, dans les options en présence et je pense que c’était CELA, les technocrates de l’époque encore au début du Débat étaient des gens dont le souci n’était pas seulement de mettre en musique la politique gouvernementale, ou de trouver des remèdes aux dysfonctionnements de la mécanique, c’était des gens qui cherchaient des PERSPECTIVES de TRANSFORMATION sociale, raisonnables, vers plus de justice, plus d’efficacité, mais tout cela au nom d’une recherche de l’idéal collectif et après la discussion des moyens du temps ».

La discussion des moyens du temps mériterait d’être reprise là où elle a été laissée…

Note plus légère, en contrepoint. Cette photo ce matin dans la Nation. Djibouti est un pays où la chèvre est considérée comme un animal domestique.

 

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Tout vert comme un printemps d’espérance (en Irlande)

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Je crois qu’il a raison. En tout cas le chat a envie de le suivre. D’écraser quelques mégôts dans sa trace. Enfin, dans un cendrier…  

«Inventons ensemble une Coopérative politique»

Par DANIEL COHN-BENDIT Député européen Europe Ecologie 

C’est un tournant historique. Des européennes aux régionales, l’écologie politique s’installe désormais comme un espace autonome dans le paysage politique français. Mais devant l’ampleur des défis auxquels doivent répondre nos sociétés, la consolidation est une nécessité absolue. Il faut nous inscrire dans la durée et honorer ce rendez-vous avec l’histoire sous peine de disqualifier notre critique de l’irresponsabilité de ceux qui ne font rien, à Copenhague ou ailleurs, parce qu’ils sont incapables de dépasser leurs petits intérêts particuliers. Nous avons besoin d’une structure pérenne et souple à la fois, capable d’élaborer des positions collectives et de porter le projet écologiste, sans s’abîmer dans la stérilité des jeux de pouvoir ou la folle tempête des egos en compétition.

Soyons clairs : il est hors de question d’abandonner aux appareils de parti, cette dynamique de renouvellement politique et social. Cela reviendrait à nous installer au cimetière, déjà bien encombré, des espérances déçues. Je reconnais d’ailleurs que, sous la pression des échéances électorales, nous avons trop longtemps repoussé la question de la forme de notre mouvement, au point de laisser le rêve en friche. Entre simple marque électorale et réseau purement virtuel, Europe Ecologie est resté une projection, où chacun pouvait voir midi à sa porte. D’ailleurs, les résultats contrastés de nos listes au premier tour des régionales soulignent le succès de ceux qui ont respecté l’esprit du rassemblement face à ceux qui se sont contentés d’en appliquer formellement la lettre, le réduisant à une simple tactique d’ouverture. Sans en renier l’histoire récente, il est temps d’incarner l’écologie politique dans un corps nouveau, une forme politique largement inédite, décloisonnée, pour mener la transformation de la société.

Abstention, populismes, clientélisme… Cette élection le prouve encore : depuis des décennies, le fossé n’a cessé de se creuser entre la société et le politique. Le divorce démocratique est profond entre des logiques partidaires complètement déracinées qui fonctionnent en hors sol et une société active, diverse, créative mais sans illusion sur la nature et les formes du pouvoir qui s’exerce sur elle. Les partis politiques d’hier étaient de véritables lieux de socialisation et d’apprentissage de la cité. Mais aujourd’hui ils se réduisent le plus souvent à des structures isolées de la société, stérilisées par de strictes logiques de conquête du pouvoir, incapables de penser et d’accompagner le changement social, encore moins d’y contribuer.

Parti de masse caporalisé ou avant-garde éclairée de la révolution, rouge voire verte : ça, c’est le monde d’hier. Celui de la révolution industrielle et des partis conçus comme des machines désincarnées, sans autre objet que le pouvoir. Comme des écuries de Formule 1, ces belles mécaniques politiques peuvent être très sophistiquées et faire de belles courses entre elles, mais elles tournent en rond toujours sur le même circuit, avec de moins en moins de spectateurs.

Le mouvement politique que nous devons construire ne peut s’apparenter à un parti traditionnel. Les enjeux du XXIe siècle appellent à une métamorphose, à un réagencement de la forme même du politique. La démocratie exige une organisation qui respecte la pluralité et la singularité de ses composantes. Une biodiversité sociale et culturelle, directement animée par la vitalité de ses expériences et de ses idées. Nous avons besoin d’un mode d’organisation politique qui pense et mène la transformation sociale, en phase avec la société de la connaissance. J’imagine une organisation pollinisatrice, qui butine les idées, les transporte et féconde avec d’autres parties du corps social. En pratique, la politique actuelle a exproprié les citoyens en les dépossédant de la Cité, au nom du rationalisme technocratique ou de l’émotion populiste. Il est nécessaire de «repolitiser» la société civile en même temps que de «civiliser» la société politique et faire passer la politique du système propriétaire à celui du logiciel libre.

Je n’oublie pas l’apport important des Verts pendant vingt-cinq ans pour défendre et illustrer nos idées dans la vie politique française. Néanmoins, non seulement la forme partidaire classique est désormais inadaptée aux exigences nouvelles de nos sociétés, mais je crois en outre que, tôt ou tard, elle entre en contradiction avec notre culture anti-autoritaire, principe fondamental de la pensée écologiste. Ni parti machine, ni parti entreprise, je préférerais que nous inventions ensemble une «Coopérative politique» – c’est-à-dire une structure capable de produire du sens et de transmettre du sens politique et des décisions stratégiques. J’y vois le moyen de garantir à chacun la propriété commune du mouvement et la mutualisation de ses bénéfices politiques, le moyen de redonner du sens à l’engagement et à la réflexion politique.

Si cette Coopérative a évidemment pour objectif de décider collectivement aussi bien des échéances institutionnelles d’ici 2012 que des grandes questions de société, sa forme définitive n’est pas encore fixée. Il reviendra à ses membres d’en définir les contours, la structure et la stratégie. Ce débat doit être ouvert. Pour cela, j’appelle à la constitution de «collectifs Europe Ecologie-22 mars». Constitués sur une base régionale ou locale pour éviter tout centralisme antidémocratique, ces collectifs seront de véritables agoras de l’écologie politique, modérées sur Internet (1).

Leur principale mission étant de penser la structuration du mouvement, ils resteront une étape transitoire, qui devra céder la place à la Coopérative qu’ils auront contribué à construire. Pendant toute la durée de leur existence, ils respecteront un principe de double appartenance, pour les associatifs, les syndicalistes et même ceux qui sont encartés dans un parti politique. Parce qu’on peut être vert, socialiste, Cap 21, communiste, que sais-je encore, et partie prenante de cette dynamique collective. Encore une fois, l’important est moins d’où nous venons, mais où nous voulons aller, ensemble. C’est l’esprit même du rassemblement qui a fait notre force, cette volonté de construire un bien commun alternatif.

Le moment venu, chaque membre de la Coopérative votera pour en consacrer démocratiquement la naissance. Jusqu’ici, Europe Ecologie s’est contenté d’être un objet politique assez inclassable. L’enjeu de la maturité, c’est sa métamorphose en véritable sujet politique écologiste autonome, transcendant les vieilles cultures politiques.

www.europeecologie22mars.org

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Demain, pour célébrer la journée mondiale de l’eau, un mot sur la ressource, sacrément rare ici à Djibouti.

 

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