Archives pour la catégorie Mai 2012

J + 4 : Suite et fin.

Que dire que vous ne sachiez déjà ? Parler de vie privée alors, et de gastronomie. Samedi, sommes partis vers la baie de Somme en combi Volkswagen d’époque, pour y faire du char à voile sur les longs bandeaux de plage « aux reflets hypnotiques » sous le soleil de printemps, comme dit Télérama, s’étendant de part et d’autres de Fort Mahon ; mais le temps n’était pas au beau, et de vent, vers 14 heures, il n’y en avait pas assez pour faire dévier de sa trajectoire un volant de badminton – alors pour gonfler une voile… On partit à vélo, attendant la session de 18 heures, quand enfin le vent aurait enflé, et la mer se serait retirée, sous l’effet des mouvements de marée, découvrant de grandes portions de sables mous dans lesquels venaient s’enliser les roues des chars quand enfin on avait réussi à leur donner un peu de vitesse. Mais ce que j’ai aimé ; les crissements des pneus sur le sable, au son de crachotement comme un vinyle qui tournerait sous le diamant longtemps après la dernière chanson ; faire des virages sous le vent, lequel s’engouffrant vous fait comme un derviche tourner ou une essoreuse à salade ; regarder depuis son baquet arrêté au milieu de la plage les oiseaux argentés entre gris clair et gris foncé.

Le soir, on dîna dans le combi de côtelettes d’agneau et d’un riz légèrement graissé de jus de cuisson et herbé de Provence, puis de saucisses standard cuites à la poêle et qui auraient préféré une cuisson au barbecue, lequel on n’essaya pas de faire démarrer, manquant de petit bois. Le lendemain matin, on se réveilla d’un simple café accompagné d’une crêpe pour certains, au coin du feu ardent et de la cheminée à ciel ouvert du piano bar de cette vielle ferme picarde transformée en camping de bien-être, après un premier plongeon au saut du lit dans la piscine sous bulle. Vers quatorze heures, on fit halte à l’Auberge de la marine sans majuscule, qu’on nous avait recommandée, magnifique bâtisse joliment décorée de cartes navales, de vielles photos en noir et blanc, où on fut accueilli très chaleureusement par une poignée de mains de crevettes grises et un toast de foie gras au pain d’épices marbré. Puis, un kir, et le vin arriva au pichet, de même qu’un carpaccio de bar et une raviole ouverte à la tomate et aux oreilles de cochon, qui n’est pas ce qu’on croit, mais une plante qu’on ramasse sur les côtes, et qui a le goût de la mer, entre huître et roquette, l’aster maritime (Aster tripolium L.). Plus tard, un filet de turbot cachant sa purée de bintje, arrosé d’une sauce au homard écaillé, et de l’autre côté, un plus classique entrecôte chateaubriand et ses frites, le tout entrecoupé de plusieurs larges goulées de vin, alternant les couleurs, on hésita devant la carte écrite à la craie sur tableau noir au moment des desserts, et comme on hésita, on ajouta aussi le plateau de fromages, servi lui sur ardoise avec un trait de miel en décoration, mais aussi accompagnement, plus du pain très bon, je ne pris pas l’Irish coffee que d’autres choisirent ensuite, ayant été entre la poire et le fromage désigné comme conducteur pour ramener le Combi vers la place de la Bastille, ce que je fis avec sobriété et souplesse après qu’on eut rempli le frigo du combi de plusieurs litres de moules, pêchées à pied par Dédé, de son titre officiel, indiqué sur le devant de la façade de sa petite maison, où une femme à barbe nous reçut. Et l’on avait presque tout oublié du week-end électoral, le GPS indiquait une arrivée vers 19h20, sans compter les bouchons, ayant choisi un itinéraire sans autoroute, on passa par monts et par vaux, traversant des prairies de colza et des champs d’herbe à vache, du jaune et beaucoup de vert, à l’arrière, tout le monde dormait, c’était la séquence digestive comme cette campagne en avait connu plusieurs, sécuritaire, « présidentialisation », droitière, etc. Et finalement on arriva exactement à huit heures moins cinq dans l’appartement très loft de l’avenue de Flandres, le même que pour le premier tour, juste le temps d’attraper une rose que de brillants esprits avaient pensé à acheter en grands bouquets, et une coupe, qui fut remplie de bulles à 8 heures deux. Et l’on partit vers la Bastille.

J + 4 : Suite et fin.  dans Mai 2012 6_mai_bastille_010-225x300 

J – 1 : la nuit sarkozyste

Mardi 9 mai 2007, 12 h 23, quelque part dans une boîte mail

Aujourd’hui c’est vendredi et je voudrais bien qu’on m’aime, mais demain, c’est lundi, et lundi, c’est Sarkozy. Mañana pourtant, un mot superbe, sans doute synonyme de paradis. L’idée générale. On était postés avec Emilie sur les berges du Guadalquivir, téléphones ouverts, bières décapsulées, briquets qui chauffaient. A attendre notre destin, celui de citoyen, sans savoir d’où allaient débouler les emmerdes, et qui nous les annoncerait. Il était 8 heures moins cinq. Emilie portait une robe rouge, moi un papillon à l’oreille. On a gueulé deux ou trois méchancetés sur l’autre, bu deux gorgées de bière, la cloche de la Mezquita a sonné, il était huit heures, on était allongés dans l’herbe. Et mon téléphone a vibré. C’était un message de Mathieu, qui demandait « Et maintenant ? ». Là, on a su. Que c’était fichu. Et nos bières n’y pouvaient pas grand chose, même si on a essayé d’en rigoler, rien n’est facile quand vous venez d’en prendre pour cinq ans, et que vous imaginez l’hypothèse heureuse que si un jour prochain vous venait en tête l’idée lumineuse de vous marier, ce serait alors sous le patronage photographique de l’autre, le moche. Le légitime. Voilà, surtout, ce qui est blessant. Jusqu’à présent, il n’était rien d’autre qu’un hystérique ministre d’Etat, omnipotent résident d’un parti de droite, grandiloquent candidat ventriloque à la présidence, punaise, cafard, accessoire, bénin salopard.
Maintenant, il est le président élu de 60 millions de Français. De quoi devenir dingue. De quoi prendre un flingue. On est remontés au centre ville, on s’est goinfré d’une tapée de tapas, et on a fini dans les jardins de l’Alcazar pour un spectacle de flamenco.
Talons aiguillés, robe serrée virevoltante, geste grave, la danseuse m’a retournée le bide. Et des entrailles de la chanteuse nous fondait dessus une complainte violente, un cri. Beau à frémir. Il était impossible alors ne pas voir en elles, en ces deux femmes de révolte, une évocation de la tristesse et de la désolation qui devaient aller de pair avec la nuit de Ségo et de la gauche en général, une envie d’en découdre mêlée d’une amertume sans fin, de celle des cafés cramés. A une heure du matin, on fumait un joint sur l’un des plus hauts toits de la Juderia, le quartier juif de Cordoue où a grandi Corto Maltese. En chantant Sur la route. Da la. Da la la la la. Et la question posée par Mathieu gardait tout son sens. « Et maintenant ? ».

Enculé.

http://www.dailymotion.com/video/xjaaw

 

Andalousie. Des plaines infinies sur lesquelles le temps n’a pas de prise. A l’ombre des oliviers, les cueilleurs dégustent leur salmorejo depuis des siècles, des siècles d’huile d’olive qui effluvent dans cette région, badigeonnée dans son ensemble, adipeuse et luisante, c’est pour ça aussi que le soleil tape si fort, la réverbération des rayons sur les peaux huileuses d’olive, autant que oisives crée un microclimat et l’on arrive à Séville, c’est plat et rocailleux, il fait chaud, l’Andalousie est le seul endroit que je connaisse, où des femmes de cinquante ans, grosses, et portant des robes extravagantes chargées de froufrous et de dentelles rouges et blanches, peuvent chanter des chants traditionnels sans que ça ne soit kitsch ou vulgaire ou rien, simplement extraordinaire, extraordinaire flamenco, un regard insoutenable et des postures de reine, et des danseuses encore toute frêles, dix sept ans, mais depuis qu’elles sont nées, elles ont la grâce, et puis ces rues, la nuit, le jour, pas un andalou qui n’ait la clope au bec à longueur de temps, pas un chéri d’espagnol qui n’ait pas la nuque longue ou ne travaille dans l’agriculture biologique, Sarkozy, ici, tout le monde s’en fout, travailler plus, les vieux marchent avec des cannes et s’échouent aux terrasses des cafés, et puis leur ville s’appelle Cordoba, ce qui en espagnol signifie que c’est une ville d’Andalousie, spécialisée dans les Flamenquin, les Mezquita, et les Cordobesas, qu’on aurait envie d’inviter au hammam qui fait face à la mosquée, pour des bains frios, tempranos, calientes…Proxima parada. Sevilla Santa Justa. Final del trayecto.  Pourquoi est-ce que c’est aussi dingue ? Est-ce le fait que les archi-architectes, et les urbains-urbanistes aient eu l’idée de faire quelque chose de leurs toits (plats) ? Le fait que le linge y sèche (sur les toits), qu’on y fasse la sieste (sur les toits), ou qu’on se serve de ces terrasses en surplomb pour grimper tout en haut, sur les tuiles ? Est-ce le fait de ces tomates fraîches qu’on écharpe sur des tostadas le matin, celles qui vont avec le café au lait ? Le fait qu’Emilie quitte ce soir l’Espagne emportant avec elle un jamon ibérico de bellota, très beau, quatre kilos deux cents à la pesée, les yeux bleus, et qu’elle lui caresse attendrie l’extrémité osseuse de sa patte en l’appelant pili pili ? Est-ce le secret de marcher dans des rues trop petites, où le soleil n’entre jamais, et qu’on apprécie pour la fraîcheur de l’ombre et l’odeur des orangers ? Que la sieste sur les bancs du real Alcazar soit autorisée en tongs, mais pas pieds nus ?

Il nous faut préserver nos vies, et celles de nos enfants en vue, de la mise en examen sarkozyste. Il nous faut monter au front, et l’amener à se rendre. La vie commence demain. Et demain. Et demain.

J – 2 : Ségolove

Samedi 5 mai 2007, 18 h 22, quelque part dans une boîte mail

Que reste t-il de blanc quand la neige a fondu ? Cette question cruciale que se posait William Shakespeare et qui fut l’épitaphe du premier roman merdique  de Florian Zeller, mérite d’être reposée. Que restera t-il de blanc, de beau, de vrai et de pur quand la neige aura fondu sur les promesses de Nicolas Sarkozy (celui qui en 2002 promettait de ramener la sécurité en France, et qui en 2007, lorsqu’il va en banlieue, une seule fois durant toute sa campagne, rencontre cent jeunes triés sur le volet dans un gymnase gardé par 327 membres des forces de l’ordre), que restera t-il de blanc et d’honnête quand ses discours aujourd’hui policés par les circonstances dégivreront ? Alors des petits torrents dévaleront les flancs de la montagne, rameutant dans leur lit tout un tas de petites merdouilles jusqu’à devenir boueux, et convergeront tous vers le même fleuve à gros débit, sentant l’égout et les rats crevés, la mort. Cauchemar raisonné que celui de voir Nicolas Sarkozy devenir du jour au lendemain président de ma République, de la nôtre. La douleur de l’imagination me déforme la mâchoire. Je ne m’y résous pas, je ne m’y résoudrai pas. Je veux dire, je ne me résoudrai pas à ce que des amis, des gens biens, que j’aime, beaux et généreux, ne fassent pas tout pour que ce n’arrive pas. Il y aurait là une anomalie, mon petit Mako. Il faut voir l’électricité qu’il y a en cette terre de France, que j’ai préférée quitté pour le week-end, emportant avec moi mon baluchon rempli d’espoir et mes idées de gauche. Paquita, Cordoba, moi aussi, Andalousie par contre, poulpe, Béno, tapas. Trop d’efforts auraient été exigés de moi pour que je puisse supporter ces brigades de jeunes UMP fiers et cons qui défileront dimanche soir avec leur klaxons, et leurs ballons de baudruche gonflés à l’hélium, et leurs T-shirt bleus, et leurs refrains à la noix. Insupportable, je te dis, Mako. Dans le 18ème arrondissement, Ségo a fait 42% au premier tour, les affiches de Nicolas Sarkozy sont lacérées, on lui a crevé les yeux au métro Marx Dormoy, et on peut y lire, écrits au marqueur noir, ces mots : « Eugéniste ». « Chasseur d’enfants ». Mardi dernier, à Charléty, par un premier mai de soleil et de pelouse et de bières, j’avais la rose au poing, le sourire aux lèvres, le verbe haut et la langue bien pendue pour embrasser A., ma nouvelle amoureuse, qui votera pour lui, mais qui a pour elle d’avoir un pied à terre beau et lumineux de80 m²au rez-de-chaussée de la rue Vaneau, à deux pas de Solferino. Mis à disposition par sa grand-mère de droite. Et duquel j’essaie de contribuer à la décoration intérieure. Demain ne se fera pas sans toi, Agathe, je lui répète et l’ai accroché au mur, mot d’ordre juste de la ségosphère, sur fond rose violacé. Sans toi, non plus d’ailleurs Mako. A Charléty, pour écouter Sapho reprendre l’Affiche rouge, et nous dire de vivre, et d’avoir des enfants. Mais surtout, à Charléty pour écouter Ségo nous dire des choses simples et justes, quela Francene reniera pas ce qu’elle fut en mai 68, ce vent de liberté, que Monsieur Sarkozy, ce n’est pas le Général de Gaulle, que l’important, c’est l’amour, celui qu’on est capable de donner, et de recevoir, celui d’une mère à son enfant. Moi, et maintenant que tout devient possible, même le pire, et pour dimanche, pour voter maternant, j’ai offert ma procuration à ma maman. Qui n’aime pas trop Ségo, ses robes blanches qui moussent comme de la crème chantilly, ses discours un peu creux, et son ton monocorde, les quelques âneries qu’elle a le don de distiller au goutte-à-goutte, dès que tout devient un peu trop possible, ma maman qui votera quand même pour elle. Comme presque nous tous, ici. Qui trouvons à redire à la campagne socialiste. A son programme. Aux qualités de femme d’Etat de Ségolène. Mais nous tous, qui voterons en connaissance pour elle, pour la mettre en situation de. De nous protéger de.

http://www.dailymotion.com/video/x1vcgq

 Je ne puis trouver la paix, et je n’ai pas de quoi faire la guerre, et je crains, et j’espère, et je brûle et je suis de glace et je vole au-dessus du ciel, et je rampe sur la terre, et je ne saisis rien et j’embrasse le monde entier. Je vois sans yeux, et je n’ai pas de langue et je crie et je désire mourir, et je demande secours, et je me hais moi-même, et j’aime autrui.

Je me repais de douleur, en pleurant je ris, également me déplaisent la mort et la vie, voilà l’état, Madame, où par vous je me trouve. 134ème poème du Canzoniere de Pétrarque. Oui, voilà l’état où je me trouve, par elle, et contre lui, qui assène des vérités qui n’appellent aucune répartie, et qui en fait un programme présidentiel. Je crois que

- Il faut travailler plus pour gagner plus.

Je souhaite que

- Nul ne puisse se voir prélever plus de la moitié de ce qu’il a gagné.

Mais aussi

- Les moutons qu’on égorge dans les baignoires.

Je dis, elle dit, à quoi bon l’argent, on s’en fout de travailler plus pour gagner plus, ce qu’on veut, c’est gagner plus en travaillant pareil, qui aura le courage et l’aplomb d’aller demander à une caissière, à un manœuvre, à un ouvrier technicien de surface, de travailler plus, sous prétexte que c’est comme ça que ça se passe « dans toutes les démocraties modernes » ?

J’en ai personnellement rien à foutre. Que Forgeard commence par rendre le pognon. Qu’il a volé. Enculé de patron parti d’Airbus avec 7 millions d’euros d’indemnités, quand certains salariés ont vu leurs salaires réévalués de 2 euros quarante sur l’année. Et Nicolas Sarkozy joue aux vierges effarouchées. Très bien. Il y joue. La question qui importe est : êtes-vous dupe ? Il a inventé un truc incroyable en cette fin de campagne, c’est l’histoire de taper sur mai 68, pour dénoncer tous les maux que cette période aurait engendré pourla France, ses valeurs, son économie. Le plus fort, c’est qu’il explique la dérive du capitalisme par l’héritage de mai, qui a tout dérégulé, qui a fait que tout se valait, le culte de l’individualisme, conneries sans fin, abîme sans fin de conneries, décharge à ciel ouvert de conneries et d’immoralité. Quoique. Je ne pense pas que Sarkozy soit immoral. Il est amoral. Je pourrais continuer à lister pendant des pages et des pages ce qu’il y a, ce qu’il y a eu de choquant, d’aberrant, de scandaleux, dans les discours, les postures, les actes de Nicolas Sarkozy durant cette campagne. Vain. Ce serait vain. Mais juste un exemple. Le jour où Ségolène et François Bayrou ont dialogué ensemble, et ils l’ont fait dans un luxueux hôtel parisien, le WestIn, ce qui est plutôt compréhensible, ils n’allaient pas se foutre dans une chambre d’un Campanile, ou à la terrasse du café des sports, bref, ce jour-là, Nicolas Sarkozy était sur le terrain, à Valenciennes, une visite d’une usine qui lui avait été organisée sur mesure par Jean-Louis Borloo. En sortant de l’usine, il s’est adressé aux journalistes en ces termes : « Moi, je suis le candidat du terrain, je ne suis pas le candidat des grands hôtels parisiens ». Alors qu’il n’a jamais été élu autre part qu’à Neuilly-sur-Seine. Bref. Mako.

On n’est pas dans un concours de beauté, ou de mots croisés, on doit élire un président. On répond pas à un sondage qualitatif, bordel, on élit un président pourla France. Dansces cas-là, que signifie le vote blanc ? Qu’on n’a pas été capable d’établir une hiérarchie entre deux candidats en tous points différents ? Ça me paraît étrange. Je pense que voter blanc, c’est juste être un peu lâche. C’est ne pas avoir envie de voter pour Ségolène, et pas non plus le courage d’aller jusqu’à voter pour Sarkozy. Un caprice. Comme si on votait de la même manière que lorsqu’on est interrogé sur ses préférences en tant que consommateur. Pour un aspirateur. Sans opinion. Mako, je crois pas que tu sois sans opinion. Ni anarchiste. Même si la geste est belle. Alors, lequel, Mako ? Lequel veux-tu ? Sarkozy. « Je ne pense pas qu’on devienne pédophile. je pense qu’on l’est déjà à la naissance ». Il a menti, en tant que ministre de l’Intérieur, sur le processus de régularisation des sans-papier à l’été 2006 en fermant les robinets dès que le nombre de6000 aété atteint, qui correspondait à ce qui avait été annoncé en amont. Il est soutenu par Berlusconi plutôt que par Prodi, par Aznar plutôt que par Zapatero. Il a soif, de pouvoir par exemple, il est torturé de tics nerveux. Il est patriote. Sa rivière charrie les armes. Il nous oppose les uns aux autres. Ségolène. Elle a compris un certain nombre de choses. Elle a eu le courage et l’audace de faire sortir le PS de certains archaïsmes :

- Les régimes spéciaux de retraite

- Le tout nucléaire

Pour n’en citer que deux. Elle a eu un 16/20 en environnement. Nicolas Sarkozy un 8/20. Noté par Hulot. Et alors ? Pourquoi voter pour Ségo ? Parce que c’est une femme. C’est pas une raison. Si, ça peut en être une. Je crois pas. Moi, je crois. Elle est belle. Faudra pas être en retard au rendez-vous.

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J – 11 : Paris/Colmar à la marche (à cloche-pied)

Dimanche soir, on avait pas beaucoup dormi et fait craquer nos mâchoires, ranger des sacs poubelles, croiser des électeurs matinaux dans le métro, manger des escargots avec Didier sur un coin du comptoir aux trois frères, bu du vin blanc et mis de la poire dans le café, puis un thé avec Mathilde au Sahara du Quai Branly après avoir traversé Paris en scooter ravagée par la pluie et le vent, tout en diagonale et en inspiration, comme Mélenchon aura fait campagne, en prenant quelques risques et en cherchant le panache, c’était encore un reste de samedi, on avait aussi lézardé devant une exposition sur les indiens et les femmes à barbe et les géants Noirs que l’on exposait les siècles passés dans les foires du trône et d’ailleurs comme des cabinets de curiosités, et finalement rejoint la soirée électorale dans le loft de l’avenue de Flandres, juste à un jet de caillou, à un cri de rossignol de la place Stalingrad, où à 20 heures 30, Jean-Luc Mélenchon vint verser quelques sanglots longs dans le micro, en annonçant le report du débarquement à la fin juin. Je hais les dimanches.

Le lundi, l’on vit aussi les résultats dans la commune d’Uffholtz, mon petit village d’Alsace où c’est le 21 avril à chaque élection. Je suis un des quarante-cinq chats.

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J – 16 : ma fille d’avril

 

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Mercredi soir, sous la bruine d’avril ; devant le cirque d’hiver clairsement le boulevard du temple une cinquantaine de militants écologistes qui n’ont pas pu entrer ; sur le fronton, un écran géant jouxte deux statues de bronze, ou de laiton, dans la nuit on ne sait pas trop, où des cavaliers s’apprêtent à donner l’assaut, une hampe au bras ; et au sol, deux blocs d’enceinte permettent de suivre l’ouverture de Dany Cohn Bendit, l’adagio de Cécile Duflot, et l’hallali d’Eva Joly, qui sonne, qui sonne…Elle a comme d’hab sa petite voix, ses ridules, son accent, son verre d’eau, son mouchoir pour se tamponner les tempes luisantes, faisant cela, elle fait tomber ses lunettes, c’est un moment de fragilité, et de douceur, comme toujours avec Eva, elle dit «Nous sommes chez nous, nous les Français et les Françaises, métèques venus des quatre coins du monde pour fairela France. Nousles métis et les immigrés, qui travaillons sur les chantiers, nous cassant le dos pour ériger des bâtiments, nous sommes chez nous. Nous les nègres, bougnoules, youpins, norvégiennes ménopausées, nous sommes la liberté d’aimer, l’égalité devant la loi, la fraternité », et dehors, sous la pluie, le parapluie comme arme de poing, dans les vapeurs de merguez et les ruissellements du ciel, tout le monde applaudit, et scande son nom.

Ce sera donc elle, ma fille d’avril.

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J – 18 : voir et nommer

Voilà, enfin ça chauffe un peu je trouve, enfin les fumerolles de l’élection comment à soufrir, comme à l’approche de Noël où il faut parfois attendre le 22 décembre pour parvenir à sentir les effluves natales, lorsque la crèche a trouvé sa place, que l’on a fini de rouler les truffes dans la poudre de cacao, que l’on s’apprête à ouvrir les huîtres, et qu’on allume des cierges…Eh bien là, je me mets enfin à ressentir l’adrénaline des derniers jours, les palpitations de la campagne, les barouds d’honneur, comme on le dit des vins. Ce soir, je vais voir Eva Joly faire des claquettes ou des numéros de bonneteau au Cirque d’hiver. Et plus le temps passe et plus je l’aime (bien que des amis bien intentionnés m’adressent des compilations d’article expliquant, mais vainement, pourquoi le vote écologiste en ce mois de mai, c’est Jean-Luc Mélenchon) ; j’ai même bravé mon devoir de réserve en accrochant aux murs de mon bureau sa profession de foi. Hier soir, documentaire sur France 2 sur les agriculteurs victimes de l’utilisation massive de pesticides depuis cinquante ans, sujet méconnu : cancer, handicaps, lymphomes, et des combats sans fin contre les mutuelles agricoles, aussi dures en affaire que des études notariales, pour faire reconnaître ces infirmités en maladies professionnelles. Tout ramène à l’écologie.

Par contre, sur un autre plan, scène marrante ce midi dans un cinéma de la Garede Lyon, où à l’heure du déjeuner, je suis allé voir en compagnie d’un chat, Blanche-Neige le film (ne riez pas). Une dame devant nous, visiblement prenant très à cœur la projection, l’agrémentant à haute voix de ses commentaires : « Qu’est-ce qu’elle est belle, Blanche Neige… ». Mais à un moment plus perfide, suite à l’apparition de la mère castratrice de Blanche neige à l’écran, un « Oh la salope », échappée fugace de la Tourette.

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Je lis aussi en ce moment un opuscule d’une trentaine de pages, aussi fin que mignon et intéressant : « Les yeux d’Œdipe (inutiles, sauvés) ; quand le google, face au monde, saura voir et nommer », de Frédéric Metz, Institut de démobilisation.

Voir et nommer. Google prend dans ce cas une minuscule, il est une sorte de minotaure.

J – 19 : longanimis animus

Dimanche après-midi, dans un décor en fond de scène ressemblant à un trompe-l’œil, donjons et mâchicoulis du Château de Vincennes, François Hollande sur la grande scène discourant sur l’espoir de la Franceà gauche ; j’ai trouvé ça ennuyeux et venteux ; il faisait même un peu froid, Aurélie Fillipetti et Najat Vallaud-Belkacem ayant plus de peine à chauffer la salle outdoor que le convecteur mon bureau l’hiver, la sténodactylo qui prenait en direct le discours, affiché en sous-titres pour les malentendants, se trompa quatre fois de suite, lorsque FH(M), citant l’héritage du premier François président dont il se revendiquait, elle écrivit Frédéric Mitterrand [à la place de]. La foule se gaussa plusieurs dizaines de seconde, oubliant même d’écouter le discours de l’autre.

A la fin, on ne chanta quela Marseillaise, et ni l’Internationale ni le Chiffon rouge, puis nous dispersâmes sous les notes  de la rengaine mécanique et débilitante de campagne, le Changement c’est maintenant _

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Et je me remémorai le premier jour de mai 2007 où nous étions installés sur les pelouses de Charléty pour soutenir Ségolène, et Renaud et Thiéfaine avaient chanté, et il faisait grand beau…

Au bas des messages que je reçois d’un coopérateur d’Europe-écologie les Verts, cette citation.

« Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur et maîtrise de soi… » (Epître aux Galates – chapitre 5 – verset 22).

Je fais les recherches qui s’imposent.

Longanimité, : du latin longanimis, patient, de longus (« long »), qui dure et animus (« esprit »)[1]

  1.  (Littéraire) Patience avec laquelle un être puissant et bon endure les fautes, les insultes qu’il pourrait punir.
    • Il fallut à M. de Morvelle toute la longanimité d’un candidat pour ne rien laisser voir de l’humeur que lui causait cette chicane. — (Julie de Quérangal, Philippe de Morvelle Revue des Deux Mondes, T.2,4, 1833)
    • Hélas! Messieurs, le Dieu de nos pères, qui devait armer d’un papier vengeur la main de l’électeur, s’est montré d’une longanimité, d’une indifférence sans pareille. — (Émile Combes; Discours du 4 septembre 1904 à Auxerre)

C’est bien, mais c’est dur.

J – 23 : libafichop

Tout à l’heure, parcourant Paris en scooter pour aller boire un café avec mon éditeur (car oui, j’ai un éditeur !), je vis, du côté du pont d’Austerlitz, les officielles affiches de la campagne ; Bayrou tout sourire comme s’il venait d’entendre une histoire belge ; Sarkozy côté vampire, yeux plus bleus que le bleu de tes yeux ; Hollande dans un photomaton ouvert sur la campagne ; Marine Le Pen, pin-up de minitel rose, Mélenchon général d’armées, Cheminade l’air soucieux de celui qui se demande comment raccourcir le temps de trajet vers Mars. La plupart avait les yeux percés, des scarifications de stabilo boss sur le visage, des griffures de papier, et gondolaient comme à Venise sous les coups de la colle à tapisserie.

Tous sauf : Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly, & Philippe Poutou, intacts. Le travail avait été bien fait.  

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J – 24 : Charlotte

Aujourd’hui, mon grand-père, dont on ignore pour qui il votera le 22 avril, fête ses 89 ans. Il est encore cependant un roseau vert (une sorte de Stéphane Hessel n’ayant pas atteint la postérité, et n’ayant jamais été diplomate en Israël, qui préférerait faire des mots croisés et manger du chocolat noir plutôt que d’écrire pour les indignés) – capable faire des plans d’architecte beaux comme des gravures de Rembrandt, de cuisiner des crêpes, de la sauce milanaise, et des pommes de terre poêlées qu’on appelle en Alsace bragelti. Il est un spécialiste de la pomme de terre, comme le sont peut être beaucoup d’Alsaciens qui ont connu la guerre, les privations, les évasions à bicyclette, Mulhouse au temps du trolley, et l’oie gavée tout l’automne à l’abri d’une cave au fond de laquelle on la rejoignait lorsque les sirènes annonçaient le survol et les bombardements imminents d’on se sait plus trop qui, zone grise, l’Alsace, en temps de guerre, pour perpétuer la tradition d’un déjeuner de Noël au fois gras. Aussi cette publicité pour le Comité catholique contre la faim et pour le développement, le laisserait sans doute circonspect.

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J – 26 : c’est officiel

La question que je suis en train de me poser à l’instant même où je couche ces lignes à l’encre noire sur pochette cartonnée rose, seule support à dispo, est celle de ma probable schizophrénie : comment puis-je être aussi excédé par le retard du train SNCF dans lequel je suis confortablement installé et qui circule actuellement une heure quinze au-delà de l’horaire initialement affiché, au point de ressentir l’impérieuse envie, voire le besoin de fracturer une de ces larges baies vitrées dont on fait maintenant des trains Intercités, avec le marteau idoine, et être en même temps aussi admiratif, aussi épaté par ces mecs, et ces filles, sont-ce Coupat ou d’autres, peu m’importe (je suis en train de lire le très bon ouvrage du journaliste David Dufresne sur le sujet, Tarnac, Magasin général), qui à la Toussaintde l’année 2007, ont posé nuitamment en plusieurs endroits de France des fers à béton sur les caténaires de lignes à grande vitesse afin de perturber gravement le trafic…

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J’y vois là cependant la constance de mon ressentiment envers la SNCF, ce qui est quelque chose de rassurant.

C’était ma contribution au débat sur la politique des transports, pour mai 2012…

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