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Lévytation

Marc Levy, à la différence de Pierre Moscovici, s’exprime davantage en français dans le texte que «dans la langue de la finance internationale» ; un reproche, donc, que ne pourra lui faire Jean-Luc Mélenchon, que d’attenter aux intérêts supérieurs de la Nation. Quoique à la réputation. Blague à part, en français, mais cependant une sorte de français que l’on dirait traduit de l’américain : les personnages de son nouveau roman, Un sentiment plus fort que la peur, s’appellent Suzie Baker ou Andrew Stilman, ils travaillent au New York Times, mangent des clubs sandwichs, se mordillent les lèvres, boivent des Fernet-coca au bar des grands hôtels, parlent d’une voix claire, et couchent ensemble. Mary Higgins Clark n’est pas loin, mais Anne Damour, sa traductrice, plus proche encore. Est-ce un projet artistique délibéré, comme celui que caressait Boris Vian quand il signa en 1946 aux éditions du Scorpion J’irai cracher sur vos tombes, sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, ce qu’il voulait être le premier roman américain écrit par un Français, ou simplement une déformation personnelle et professionnelle, une littérature extra-territoriale, Marc Lévy vivant et travaillant, comme il est coutume de dire ensemble, aux Etats-Unis ? Je ne sais, je n’ai lu aucun des treize livres qui ont précédé Un sentiment, pas même les deux succès en «si», points culminants de cet art narratif mis en bouteille (mais comme un grand Bordeaux oxygéné, à-la-manière-de-Robert-Parker et des critiques du Wine spectator (standardisé, accessible, fruité, rond), dans l’horizontalité plutôt que dans la subtilité verticale d’un vieux Bourgogne des côtes de Nuits) : Et si, donc, c’était vrai, son premier succès au tournant du siècle (2000), Si c’était à refaire, sa dernière parution (2012). Avant donc celui publié il y a quelques semaines, évènement autour duquel le Tigre a cru bon de me commander un papier.

 

Vendredi 23 mars, je me rends en fin d’après-midi dans le seizième arrondissement, dans lequel je ne vais quasiment jamais sinon pour jouer au bridge. On m’a dit : le Tigre a réussi à récupérer une invitation pour le cocktail de lancement du nouveau roman de Marc Lévy. La vérité est un peu différente : le Tigre en fait réussi à dégoter l’information, lieu et heure de ce qui se révèlera, du reste, être davantage un pot entre amis friqués qu’un rendez-vous littéraire. 18h30, sur le trottoir devant le Bizetro, une aimable brasserie parisienne de la rue Georges Bizet, Marc Lévy fume une cigarette, accueille chacun de ses invités. Je suis censé me faire passer pour un écrivain français estimé, mais au mode vie monacal (et donc à la discrétion quasi-salingerienne), de sorte que personne ne connaisse son visage. Bon. Je vais boire un verre de blanc dans un troquet voisin pour me donner du courage, reviens ; c’est un tout petit comité, il doit y avoir une vingtaine de personnes au plus. Nicole Lattès, l’éditrice, cheveux auburn, élégante, bourgeoise, me tend la main sitôt le seuil franchi. « Enchanté Monsieur, vous êtes…». Je bredouille un nom, pas le mien naturellement. Pas même mon pseudo. Moment de flottement, yeux dans les yeux, suées froides. «Un ami n’est-ce pas ?» Bien sûr, je dis d’un enthousiasme surjoué, «Marc est juste là, vous pouvez aller le saluer», m’invite t-elle en me le désignant. Je m’éclipse à toute allure vers les toilettes, puis me réfugie auprès du buffet, mon dictaphone glissé dans la poche de ma veste et qui capte bien les tintements de verre, comme dans les burlesques ateliers de bruitage d’Elie Semoun à son meilleur : la «Fête entre amis», moins nettement les perles de la conversation…Premier constat ; celui que faisait exactement dans ces termes Virginie Despentes la veille commentant le tour de table de la grande conférence de rédaction du Libé des écrivains : «Ici, on est tous blancs, c’est hyper violent !» Je suis un peu comme (Yann Moix dirait dans son style toujours grossier et obscène : «un chardon qui pousse, imbécile et laid, au milieu de la cour parmi les tessons de bouteille, les mottes de terre et les pneus oubliés»…), un bibelot en porcelaine, un éléphant, un soudard costumé. Quelqu’un daigne enfin venir me parler ; volcanique chevelure rousse et bouclée, elle est la chargée des relations «presse régionale» de Marc Lévy. Elle me donne des détails sur la future tournée promotionnelle, les dates, les villes. «Comme ça vous savez tout»…Oui, je sais tout. Je me suis présenté cette fois-ci comme le traducteur lusophone de Marc Lévy réécrivant son oeuvre en portugais du Brésil. Mais je dois faire un peu peur ; les gens me fuient, comme si j’avais la peste et le choléra, que j’étais le griot de Guillaume Musso chantant ses louanges. Seul et marginalisé parmi une assemblée de gens en parfaite connivence, je m’occupe alors à ce que ferait à peu près n’importe qui dans ce genre de situation : je me saoule bien consciencieusement. Au champagne. Au prochain qui m’abordera, je me promets de m’annoncer comme le secrétaire particulier de Philippe Djian. Mais il n’y en aura pas. Je laisse traîner mes oreilles à droite à gauche. On parle de projets de vacances à Florence, d’un article à finir pour la revue de l’Institut Montaigne, de ce que fera Marc Lévy le lendemain midi après sa conférence au salon du Livre, et avec qui il ira déjeuner, de Fleur de tonnerre, le nouveau roman de Jean Teulé, du chiffre d’affaires de la maison Julliard. Attends l’arrivée des brochettes de canard, puisque Djian n’arrive pas (comme souvent, la gérante de l’établissement, qui a organisé l’évènement, se plaint du fait que les convives ne font pas honneur (un peu comme si manger pouvait être une faute de goût dans ce milieu) ; pourtant le buffet est magnifique ; c’est un peu désolant. Il y a quelques années j’eus l’occasion de participer à une garden party donné par l’ambassadeur de France à Tananarive en sa résidence un quatorze juillet. Sitôt les garçons d’hôtel ayant déposé les plateaux sur les tables, je vis des invités malgaches faire tomber d’un habile mouvement d’avant bras plusieurs rangées de petits canapés dans des poches de plastique, pour les ramener chez eux. Il y a la vérité implacable des chiffres ; à Madagascar, 70% de la population vit avec moins de 1,25 dollars par jour). Puis décide que la mascarade a assez duré, quitte le Bizetro, au moment même où Marc Lévy va visiblement prendre la parole pour remercier ces gens présents, dont on pressent qu’ils sont déjà pour nombre ceux ayant eu le privilège d’être crédités à la fin du roman : Leonello Brandollini, Antoine Caro, Susanna Lea, et une quinzaine d’autres. On me retient du bras ; «Ne partez pas déjà». Mais trop tard, je suis déjà en train de respirer de grandes goulées d’air frais sur le trottoir, dans la nuit de mars. Tiens, c’est le printemps depuis deux jours. 

On m’a demandé d’être mordant et caustique, cruel. Mais je n’ai pour Marc Lévy qu’un léger sentiment d’hébétement, devant un si évident «gap» ainsi que disent les gens diplômés d’école de commerce (et dont sa cour doit être pleine), entre la courbe des ventes et le talent littéraire. Point trait. Pas de haine recuite, pas de jalousie, pas même de petite animosité. Marc Lévy n’est qu’un bon bougre plein aux as ayant trouvé une drôle de martingale ; un collier de mots qui plaît aux filles, dont on se pare chaque année aux beaux jours, comme on achète une paire de Crocs, ces chaussures en mousse de plastique pas forcément sublimes (mais confortables). Il aurait tort de s’en priver. Marc Lévy prétend la modestie et l’humilité, dis qu’il déteste parler de lui, et on le croit, on le croit volontiers, il est gentil et patient avec la frénésie des jeunes filles venues faire signer le dernier opus comme échappées d’un concert de Patrick Bruel : Maaaaaarc, les joues rouges, le briquet. On aurait pu se dire tout ça ; ailleurs qu’au café d’en-bas. Une phrase que l’on pourrait trouver dans l’ouvrage sans qu’elle ne le dénature, le corrompe. Ni l’un ni l’autre n’ont inventé l’eau chaude ; tiède, plutôt. Un art moucheté. Le jour qui suit le cocktail, donc, Marc dédicace au salon du livre. Il y a des barrières Vauban, des files que je croyais réservées à Amélie Nothomb ; je pense à d’autres files, dans le 19e arrondissement le soir, sous le métro aérien à Stalingrad, la soupe populaire afghane. Marc Lévy signe à côté de Tristane Banon qui fait l’étonnée de tous ces photographes venus la flasher, et du fils de Georges Pompidou. De nombreuses lectrices, bien sûr, prennent Marc Lévy en photo avec leur smartphone. Il fait une chaleur. Moi je bois du vin rouge au stand du Tigre voisin, et je ris sous cape. Je file au stand JC Lattès, prélève un exemplaire sur le haut de la pile, des manutentionnaires viennent juste de renflouer les stocks, colle une pastille jaune sur la jaquette. Produits de grande consommation, abondance de biens ne nuisant pas ; j’achète aussi, par souci de crédibilité, et pour ne pas gâter mon nom, la correspondance d’Aragon.

 

Aussi. Je n’en veux pas à Marc Lévy ; j’en veux à la petite troupe qui l’accompagne, et dont la seule fréquentation du premier ou même second cercle de l’auteur français le plus vendu du XXIe siècle, semble conférer une incroyable supériorité, suffisance, une extrême onction. J’en veux à Josyane Savigneau, rédactrice en chef du monde des livres toujours prête à défendre les puissants, d’autre Lévy, Bernard-Henry et Justine, par exemple ; même quand leurs ouvrages n’en valaient pas la peine, alors que c’est quand même son boulot, la critique littéraire, et qui anima le samedi matin, au salon des auteurs, la rencontre avec Marc Lévy, complaisante et pleine de cirage. J’en veux bien sûr à son éditeur qui se gave comme un foie malade, n’est même pas capable de se payer les services de correction à même de nettoyer toutes les coquilles d’un livre qui doit faire 500 000 signes, sera vendu à un million d’exemplaires (p. 417 ; «trop tard n’existe pas quand on la chance que celui qui vous aime soit encore là pour le prouver» (sic)), ni d’écrire une quatrième de couverture qui ait un peu de tenue («Dans l’épave d’un avion emprisonné sous les glaces du Mont Blanc, Suzie Baker retrouve le document qui pourrait rendre justice à sa famille accusée de haute trahison. Mais cette découverte compromettante réveille les réseaux parallèles des services secrets américains. Entraîné par l’énigmatique et fascinante Suzie Baker, Andrew Stilman, grand reporter au New York Times, mène une enquête devenue indispensable à la survie de la jeune femme. Traqués, manipulés, Suzie et Andrew devront déjouer pièges et illusions jusqu’à toucher du doigt l’un des secrets les mieux gardés de notre temps.» Et en-dessous : «Des personnages qui vous collent à la peau, un suspense haletant…Avec ce nouveau roman, Marc Lévy cisèle une histoire d’une modernité surprenante»). J’en veux à tous ces gens là qui vont à la soupe, littéralement. Mais j’en veux beaucoup moins à Marc Lévy qu’à ce salaud de Yann Moix, polémiste enflé comme la grenouille de la fable, partouzard, pamphlétaire dangereux comme une armée du salut. Préparant un futur article sur la photo d’Arthur Rimbaud à Aden récemment retrouvée dans un vide grenier (à paraître dans le Tigre de mai), j’ai été obligé, pour les besoins de l’enquête, d’aller musarder sur le blog de Yann Moix, celui qui attaqua la Suisse à mains nues, prépara l’exfiltration de Polanski. Suis tombé très vite et par hasard, comme en panne, sur un post publié en avril de l’année passée, en pleine campagne présidentielle, consacré à Jean-Luc Mélenchon. Une phrase parmi mille, décrivant l’horrible Stal’ : «Une sorte de mort à chaussures, une petite serpillère pour tribunes excessives, un torchon à débats, rempli de morgue, de suicide, de contrepèteries intellectuelles, d’amalgames vicieux, de rapprochements sordides, de décisions moisies, de programmes nauséabonds». Ce genre de phrase qui à mon avis relève du pénal. Moix, nul en tout et perdu pour la littérature, veux pourtant en découdre, avec tout le monde, et notamment la meute. Se prend pour le loup, n’est que rongeur. Voilà un vrai nuisible. Médiocre, méchant, et protégé, quand Marc Lévy est doux comme l’agneau. A propos de Mélenchon encore, il dit : «ça sent le petit verre de vin, tôt, au zinc, avec les relents de haine mais tournés à l’envers : la haine déguisée en bons sentiments». Tôt le dimanche, je suis au salon des vignerons indépendants, porte de Champerret, alors que de partout sur les radios matinales on taxe Mélenchon d’antisémitisme pour sa sortie sur Pierre Moscovici et les 17 salopards de l’eurogroup. On n’y parle pas littérature, mais vinification, sulfite, vendanges, réforme de la PAC, tanins, robe. Le verre de rouge du petit matin sur le zinc est délicieux (qui se le permettent ? On le sait : le plus souvent ceux qui ont travaillé la nuit, hommes de ménage, éboueurs, ouvriers à la chaîne, les prolétaires). On en meurt du verre de vin au petit matin, mais on en vit aussi. Hein, Moix ? Au fait, le sentiment plus fort que la peur, Marc Lévy l’a révélé à ses lecteurs le samedi matin : ce n’est pas l’amour («même si ça aurait pu»). C’est le courage.

Notre-Dame-des-Landes, priez pour nous

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Qu’ils viennent avec leurs gros bras gros sabots et leurs bulldozers, leurs CRS et encore la nuit, cinq heures du matin, l’automne, novembre, boucler les périmètres, donner des ordres d’évacuation, jouer à la guerre dans la forêt alors que les biches dorment encore, casser des cabanes, proférer des ultimatum et des injures, écraser les champignons oubliés par les cueilleurs, cachés près de la souche d’un vieux chêne, jusqu’à huit heures et demi, le temps de prendre une douche par l’ingénieux système de goutte-à-goutte juste mis en place, de faire chauffer l’eau dans la casserole en fer blanc sur le réchaud, de se préparer un café soluble, de pisser par-dessus les feuillages, de se préparer à se défendre. Qu’ils viennent les fiers-à-bras articulés d’un ministre de l’intérieur loin, bien loin de la frontière pyrénéenne franchie à pied par quelque aïeul républicain et catalan, ministre de l’antérieur, qu’ils viennent troubler la quiétude de la campagne nantaise au petit matin, la rosée sur les baies de raisin qui feront le gros plant, déranger les écureuils, les limaces, le phytoplancton, qu’ils viennent droits dans leur bottes, mais pas de caoutchouc, de cuir, de la Wehrmacht se faire voir, faire semblant de pouvoir être aussi ligneux, teigneux, sourds, violents que la droite sans pour autant que – pour nous qui avons voté pour eux  -cela ne change rien, comment peuvent-ils penser que cela ne change rien que de voir nos frères, nos sœurs, nos amis, nos amoureuses déloger par les si incarnantes compagnies républicaines de sécurité, comme les sans-fafs de l’Eglise Saint-Bernard, comme les manifestants du CPE, presque matraqués, dans les phares de l’aube comme des lapins de campagne, qui a fait cela peut tout faire, les matamores et les bras d’honneur, et se réfugier derrière les principes du droit, du texte, de la lettre, de la chose votée, brandie comme un talisman, se prosterner devant celle-ci comme devant un totem fou, comme si nous ne savions que l’on peut l’altérer, ou parler du bien commun, de l’intérêt public en omettant le bocage et la limace, le paysan ses vaches et la tranquillité du matin à la campagne, le silence confondant de l’automne sur un paysage vert et à peine vallonné, qu’ils viennent couler le béton dans lesquels ne tarderont pas à se figer comme dans la graisse froide nos rêves leurs ambitions leur réélection les limaces. Et qu’ils n’aient pas compris que bien sûr Notre Dame des Landes, pouvait-elle avoir un plus beau nom qui sente la pinède et l’œstrogène, sera leur tombeau, qu’ils réussiront peut-être à faire voler leurs avions, les regarderont, le réservoir inondé de kérosène prendre leur envol moins bien que des hérons cendrés, mais qu’ils auront tout perdu, la confiance et l’affection, surtout l’affection, qu’ils ne comprennent que nous aimerions les aider, mais que nous ne pourrons plus rien faire pour eux s’ils ne nous entendent pas, s’ils creusent grand leurs tombes et les fondations, que nous aimerions les épargner, mais ne pas alors qu’ils retournent le canon contre leur tempe, que nous souffrons autant que, qu’eux, que nous aimerions même les aimer, mais qu’ils nous y aident, et qu’ils jettent l’éponge, et sinon qu’ils reviennent, et alors ils rencontreront la blanche hermine, et d’eux c’en sera terminé.

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Le port de la boucle d’oreille chez le chat

Paru dans le Monde magazine M du 29 septembre 2012

Est-ce bien raisonnable de porter une boucle d’oreille ?

PARMI TOUTES LES FICELLES EMPLOYÉES PAR LES HOMMES pour exprimer leur désarroi existentiel et formuler une sorte d’appel au secours, le port de la boucle d’oreille s’avère particulièrement répandu et hautement efficace. Car nul ne peut décemment passer à côté de l’évidence selon laquelle un homme équipé d’une boucle d’oreille est dangereux pour lui-même. En effet, à l’instar de l’homme scarifié ou de l’homme s’étant fait implanter en sous-cutané de volumineuses boules métalliques, l’homme à boucle d’oreille a subi, de son plein gré, un acte relevant de la mutilation. Concrètement, il a laissé une esthéticienne le percer dans sa chair à l’aide d’un pistolet, dérivé des pistolets originellement usités pour marquer le bétail. Ce fut même peut-être pire. Car il arrive parfois que l’homme à boucle d’oreille ait été percé par un cousin armé d’un trombone déplié, mais non désinfecté.

Derrière cette démarche se cachent forcément des peurs profondes. Ainsi, au xixe siècle, les marins redoutant la noyade se mirent à porter des boucles d’oreille. Superstitieux, ils arboraient des anneaux dorés parce que ceux-ci avaient la forme d’une bouée. Aujourd’hui, si Bernard Lavilliers continue de promouvoir cette tendance, sans doute en raison de son passé de navigateur qui le poussa, à la fin des années 1970, à voguer entre New York et le Brésil, les modèles de boucle d’oreille et les peurs qui l’accompagnent ont bien changé.

QU’IL SOIT JEUNE, BRANCHÉ HIP-HOP et adepte des petits diamants à l’oreille ou plus vieux, fan de Johnny Hallyday et porteur de boucle d’oreille en forme de tête de husky (il en existe pour de vrai), l’homme à boucle d’oreille craint surtout qu’on ne le remarque pas. En s’accessoirisant ainsi, il obtient la garantie que les membres de sa tribu le repéreront aisément, que les vendeurs de bijoux s’intéresseront à lui et que même les agents de sécurité des aéroports se pencheront sur son cas. Car l’homme à boucle d’oreille a de grandes chances de sonner au moment de franchir le portique détecteur de métaux. Si le port de la boucle d’oreille permet donc à certains de maintenir un semblant de vie sociale, il tend surtout à avoir un effet sérieusement décrédibilisant d’un point de vue stylistique. Car, tout comme le port de chaînettes, de bagues fantaisie et de bracelets type gourmette, celui-ci devrait être exclusivement réservé aux membres de la gent féminine. Au vrai, un homme digne de ce nom n’aura jamais le droit qu’à deux bijoux : sa montre et son alliance (précisons que la pince à cravate est autorisée, mais que c’est un accessoire plutôt qu’un bijou).

Marc Beaugé

Mercredi 3 octobre, j’écris au médiateur du Monde.

Envoyé : mercredi 3 octobre 2012 09:20
À : mediateur@lemonde.fr
Objet : Marc Beaugé et la boucle d’oreille

J’ai été horrifié à la lecture de la chronique mode de Marc Beaugé (n° du 29 septembre) sur le port de la boucle d’oreille chez l’homme. Sur un ton badin, c’est en fait un réquisitoire absurde qui y est développé, où y sont déployés des arguments d’autorité : l’homme à l’anneau souffre de «désarroi existentiel», est «dangereux pour lui-même», «craint qu’on ne le remarque pas». Comme si j’écrivais ; quand même, quelle ringardise de s’appeler Marc, il n’y a bien plus que les évangélistes, les écrivains best seller, et les héros de feuilleton en couple des années 80 pour porter un tel prénom. D’abord deux erreurs factuelles pour commettre un bon mot, c’est un peu cher : non, les boucles d’oreille ne sont pas comme de ceinture, et ne sonnent pas aux portiques des aéroports, et non, ce ne sont pas des esthéticiennes qui percent les oreilles, mais dans 90% des cas, les bijoutiers, ou les salons de tatoueurs perceurs. Et d’où finalement Marc Beaugé décrète t-il qu’un «homme digne de ce nom» (sic) ne portera jamais la boucle ? Et Corto Maltese, Bertrand Cantat, Jean-Paul Gaultier ? Des hommes frappés d’indignité ? Ou des has been, des tantes ? Des écorchés surtout. La boucle d’oreille est une petite préciosité, une figure de style, que M. Beaugé et son écriture bourgeoise ne semble pas comprendre.  

Vendredi 5 Octobre, 16h17, réponse de Marc Beaugé sur ma boîte mail

content que le texte vous ai plu!

bien à vous

Marc

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Piraterie et pitrerie judiciaire

Mon article à paraître dans la revue d’automne du Génépi

Pendant longtemps on crut la piraterie définitivement reléguée aux récits d’aventure d’Henri de Monfreid en mer Rouge, aux superproductions hollywoodiennes, vestiges presque romantiques d’un temps ancien, comme les attaques de diligences, ou les duels à l’épée. Si bien que la France, en 2007, abrogea la loi vieille de presque deux cents ans, faisant état de l’infraction de piraterie. Et puis à nouveau fleurirent, au tournant des années 2000, dans le golfe d’Aden, des abordages : bateaux de plaisance, voiliers, navires de fret, sans distinction. Cela se fit sur un mode plutôt artisanal au début, vieilles kalachnikovs réformées, frêles esquifs, échelles, avant que la corporation ne se professionnalise peu à peu, usant alors de bateaux-mère, de moyens logistiques de plus en plus sophistiqués : roquettes, GPS, etc. Même si ce n’est pas là le propos de l’article, on dira cependant un mot sur les motifs ayant conduit à la recrudescence de la piraterie, sans que par ce biais on ne cherche à absoudre juridiquement les pirates, mais peut-être un peu moralement. La Somalie est un Etat failli, depuis la retraite du dictateur Siad Barré en 1991, en proie à une guerre civile dont personne ne voit le bout. L’absence d’Etat, donc d’institutions régaliennes, justice, police, a conduit un certain nombre d’opérateurs, privés ou publics, à abuser scandaleusement de la situation ; au fil des ans, sur la dernière décennie, on a vu de plus en plus de bateaux-usines venir littéralement piller les ressources halieutiques de la Somalie, en ses eaux territoriales et poissonneuses, ou d’autres chimiquiers dégazer au large de ses côtes, ou se délester de substances toxiques dont le retraitement aurait couté cher s’il s’était opéré dans les règles de l’art, et selon les standards environnementaux occidentaux. De là, et pour partie en situation de légitime défense, les petits pêcheurs somaliens se mirent à patrouiller en leur eaux, accomplissant de fait une mission de service public que ne pouvait plus leur propre Etat. Le pas est cependant parfois étroit entre le vice et la vertu, et on assista bientôt aux premiers assauts délibérés de pirates, qui se rendirent rapidement compte de la nouvelle manne qui s’offrait à eux. Il existe évidemment une certaine omerta sur le prix d’un otage, mais celui-ci peut, selon la nationalité du captif, se mesurer en centaines de milliers d’euros, sans parler de la valeur des bateaux réquisitionnés ou des cargaisons.

Voilà pour le cadre général. De 2008 à 2009, trois attaques particulièrement médiatisées concernèrent des embarcations menées par des ressortissants français ; dans l’ordre le Carré d’as, le Ponant, et le Tanit, cette dernière la plus tragique des trois puisqu’elle se solda par la mort du skipper, tombé sous les balles du commando français intervenu pour libérer l’équipage.

Jusqu’à peu, et compte tenu du vide juridique en la matière, les pirates étaient habituellement relâchés sitôt avoir été capturés, une fois leur embarcation  et leurs armes détruites. Mais à son arrivée à l’Elysée, Nicolas Sarkozy donna l’ordre de poursuivre les pirates ayant eu maille à partir avec des intérêts français, c’est-à-dire de les rapatrier en France pour les traduire devant les tribunaux dela République. J’allais écrire extrader, mais le terme est impropre, quand on considère plus précisément les conditions dans lesquelles s’opéra le premier transfert de prisonniers somaliens, capturés, non pas en mer, mais sur le territoire somalien, une fois la rançon versée : le 4*4 dans lequel s’enfuyaient partie des assaillants (en tous cas présentés comme tel) mitraillé par des forces militaires françaises héliportées. Les vices de procédure furent légion ; absence d’autorisation écrite du gouvernement somalien permettant l’intervention française sur son sol, absence d’avocats, ou de traducteurs mis à disposition des pirates dans le délai prévu, non-signification des chefs d’inculpation, etc. Ce n’est qu’après coup que furent prises les dispositions permettant de « maquiller » au mieux l’opération, de lui donner un vernis légal ; la Cour de cassation reconnut ces entorses, mais estima aussi que, compte tenu de l’éloignement de la Somalie, et du contexte spécifique, il ne pouvait pas être attendu le même respect des règles de droit que sur le territoire métropolitain.

En tous les cas, aujourd’hui, nombre d’Etats européens se sont dotés d’un arsenal juridique permettant de juger de manière extraterritoriale les actes de piraterie survenus dans les eaux somaliennes, essentiellement quand ils concernent leurs ressortissants, mais pas seulement. La France a de son côté, par la loi de novembre 2010, réintroduit le crime de piraterie dans le code pénal, retranscrivant la convention internationale de Montego Bay (1994), texte de référence sur le sujet. 

Vingt-deux pirates ont été incarcérés dans des prisons françaises ces cinq dernières années. Encore une fois, au-delà de la question de la culpabilité, qui ne nous regarde pas, ce qu’il revient de raconter, c’est plus sûrement la condition de détenu somalien en France. Quand on lit les dépêches, les articles de presse sur le sujet, il est un moment où l’on ne peut s’empêcher de sourire – sans se moquer, mais certains tableaux offrent à voir un tel décalage culturel que cela en est burlesque – exactement les mêmes ressorts de l’humour que ceux dont usèrent les scénaristes d’un Indien dans la ville….Leur arrivée à bord d’un Transall, avion de transport militaire sur le tarmac du Bourget, leur descente de l’appareil emmitouflé de couvertures ; celui-ci qui demanda qu’on lui montre où étaitla France sur une planisphère, juste après avoir débarqué sur notre sol, et s’il pouvait rentrer chez lui à pied…Ou plus tard en garde à vue, ceux-là, affamés, qui acceptèrent la « ration de combat » qu’on leur proposa, plutôt qu’un jambon-beurre ou un kebab, et en redemandèrent, ce qui de mémoire de gendarme, n’était jamais arrivé (et ce qui en dit quand même long sur la qualité gastronomique des collations servies aux gardés à vue…). Ce détenu vêtu durant plusieurs mois de deux pantalons, contre le froid mordant du printemps français… – il fait 35°C toute l’année en Somalie !

Il n’y a pourtant pas tant matière à rire, quand on connaît parfois la suite de l’histoire. De nombreux détenus souffrent aujourd’hui de troubles psychiatriques, qu’explique leur profond isolement, moral, culturel, et physique : apathie, paranoïa, syndrome de Ganser, un trouble dissociatif pouvant se caractériser par des comportements absurdes (tel ce détenu qui se mit à boire du shampooing), etc. Dépourvus, naturellement, de toute attache en France, ils n’ont pas vu leur famille depuis leur arrestation, et n’ont parfois pas eu d’autres interlocuteurs depuis leur arrivée que leurs avocats. L’un des Somaliens a tenté l’année passée de s’immoler par le feu. Un avocat raconte : « Lors de notre premier entretien, il m’a dit qu’il voulait être condamné à mort. Je lui ai répondu que ce n’était pas possible. Il a eu un regard plein de tristesse, comme s’il était déçu ».

Il y a une constante dans leurs différentes histoires ; coupables ou innocents, il est certain que l’ensemble des Somaliens déplacés en France a été complètement dépassé par les évènements.

Or le procès du Ponant a abouti à l’acquittement de deux inculpés, la justice ayant donné crédit à leurs dénégations, selon lesquelles ils n’étaient que pêcheurs de langoustes, bateliers, chauffeurs réquisitionnés parfois de force par les vrais commanditaires des attaques, ou commerçants de chèvres…Ceux-là ont donc quitté la prison dela Santé le jeudi 15 juin 2012, avec le « kit indigent » ; un ballot de vêtement, un ticket de métro, cinq tickets restaurants, une puce de téléphone. Et sans papiers, naturellement (donc clandestins ; comble de l’ironie, si le parquet avait fait appel, ils auraient alors été en situation régulière, pouvant opposer leur convocation judiciaire). Le premier soir, leurs avocats leur ont payé une chambre d’hôtel pour qu’ils n’aient pas à passer la nuit dehors, avant qu’ils ne trouvent une brève hospitalité chez une compatriote rencontrée au tribunal, dans les bancs du public. Mais quel avenir pour eux, à plus long terme, sinon celui de se clochardiser dans les rues parisiennes ?

Naturellement il n’est pas question de les rapatrier en Somalie, ce qu’interdisent les conventions migratoires, où ils risqueraient leur peau ; alors que faire, compte tenu de l’absurdité, de l’inanité d’une telle situation ? Personne ne pourra soutenir que l’incarcération en France de pirates somaliens est une solution durable, d’abord juridiquement, et sans même évoquer le problème de la réinsertion post-enfermement. Les pistes à suivre sont probablement contenues dans le rapport de l’émissaire spécial des Nations unies sur le sujet, Jack Lang (oui, vous avez bien lu, Jack Lang, le vrai…). D’abord donner à la Somalieles moyens, financiers notamment, permettant de réaliser son propre développement, réhabiliter la filière piscicole, le système des télécommunications, et l’aider à renforcer sa gouvernance et à restaurer l’Etat de droit, ce qui apparaît comme un préalable (et aussi un peu à court terme, soyons lucides, comme un vœu pieu). Ou encore aider la Somalieet les Etats voisins (Puntland, Somaliland, Kenya, Ouganda, etc.) à se doter d’un appareil juridique et carcéral permettant aux inculpés d’être traduits devant la justice en filière courte, et le cas échéant, aux condamnés de purger leur peine localement. Et qu’importe après tout, si tous se voient accorder l’amnistie, comme l’a proposé au début du mois d’août, le président de transition Sharif Cheikh Ahmed, à condition qu’ils relâchent les otages et rendent les navires capturés à leurs propriétaires.

Pour conclure, on notera encore que les avocats parisiens des deux Somaliens relaxés ont intenté une procédure en réparation pour détention abusive, et demandent à la Franceau titre des dommages et intérêts quelque 500 000 €. Ce qui pourrait faire, si le tribunal suivait les avocats sur ce chemin, de deux modestes pêcheurs de langoustes, parmi les plus grandes fortunes de Somalie…Presque une fable.

 

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Mogadiscio jadis…

 

Vague de froid à l’âme

 C’est une chronique de François Morel sur France Inter, dont l’accroche un peu racoleuse, lui avait permis de figurer l’espace de quelques heures en tête du bandeau d’actualité insolite et sauvage de Yahoo !, ce qui m’avait fait cliquer dessus, l’écouter et l’aimer. Armé d’un casque depuis mon bureau du sixième étage, je viens d’en dactylographier les deux premières minutes.

« Ferme ta gueule, Nora Berra, ferme ta gueule Nora Berra, qui a donc recommandé aux SDF d’éviter de sortir de chez eux. (..). Au nom de tous les chroniqueurs qui ont besoin d’idée, merci à tous, je me demande quand même si mâcher le travail des humoristes nécessiteux à ce point là n’est pas un peu tuer le métier.

Le ministère en charge dela Santépar ailleurs recommande en période de grand froid de penser à se couvrir la tête, de se munir d’une écharpe pour recouvrir le bas du visage et particulièrement la bouche, de s’habiller très chaudement.

Régulièrement, des annonces à ce sujet sont diffusées sur l’antenne de France inter, des annonces forcément impersonnelles dont je ne voudrais pas me moquer puisqu’elles partent d’un bon sentiment : celui d’éviter des maladies des souffrances peut-être même de sauver des vies. Je me demandais juste comment avait-on pu en arriver là. La société est-elle devenue si perdue pour que l’Etat se sente obligé de prendre en charge le minimum de conscience qu’il faut avoir acquis pour exister ? Notre civilisation est-elle elle devenue si inhumaine si indifférente aux autres si individualiste pour que les ministères se sentent contraints de pallier l’absence de solidarité minimum entre les hommes ?  Quelle perte de conscience plus engourdissante encore que le froid nous paralyse ? Quelle monstrueuse société est la nôtre si nous oublions de dire les mots les plus simples les plus réconfortants ? Que sont devenues avec le temps les voix des pauvres gens de Léo ferré qui nous disaient tout bas leurs pauvres mots : « Ne rentre pas trop tard surtout ne prends pas froid » »…

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Il y a quelques semaines, j’avais lu un entretien que François Morel avait donné à Libération. Il y disait ceci.

« Je ne suis pas un éditorialiste politique, j’aime parler de tout, l’air de rien. Et désarmer l’adversaire plutôt que de l’attaquer frontalement, car ainsi il n’a plus rien à dire. Ceux qui me font rire sont tous des artistes désarmants. J’adore l’humour de Darry Cowl, Yolande Moreau, Jean-Jacques Sempé, et aussi Pierre Desproges à sa façon. Il y a un côté «comprend qui peut», comme disait Boby Lapointe. Si tout le monde ne comprend pas, ce n’est pas grave, on ne peut pas faire rire tout le monde. C’est le désespoir, sinon, de vouloir expliquer l’humour à des gens qui n’ont pas les outils. Parfois, les gens regardent un dessin de Sempé et disent : «Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle.» Le vendredi à 9 h 01, après ma chronique sur France Inter, je suis sûr que des tas de gens se disent ça. J’aime bien. - Vous avez peur ? Honnêtement, oui. Lorsque je m’en prends à Anne Sinclair et passe deux minutes à demander en direct «Pourquoi souriez-vous, Anne Sinclair ?» je suis ému, je bafouille et j’en ai honte ».

Je coupe. Les références m’avaient plu, et le titre de l’article : « J’ai le courage des timides », aussi. J’avais regardé alors sur Youtube cette vidéo qu’il évoque – quelques jours après, j’ai appris qu’effectivement, il y avait actuellement un projet de film, dont le scénario, signé Abel Ferrara, reprendrait scrupuleusement l’affaire DSK, avec Gérard Depardieu dans le rôle de DSK, et Isabelle Adjani, dans celui d’Anne Sinclair. Pourquoi souriez-vous, Isabelle Adjani ?

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La  première chronique, celle sur Nora Berra, écoutée il y a une dizaine de jours, m’est revenue ce matin (ou était-ce hier soir), lorsque, entre mon réveil, un café pris au vol et mon ordinateur, déjà en retard, je m’arrêtais un instant à écouter la speakerine de la gare de Lyon, qui, non cette fois-ci, n’annonçait pas un nouvel accident de personne, ou un retard sur la ligne D en raison du grand froid, mais délivrait un message moins directement en phase avec le monde du rail, et ses traverses, dont je ne peux me rappeler l’exactitude des termes employés, mais dont l’objet était de nous informer, nous remerciant par avance de notre compréhension (« chers usagers »), que, afin de lutter contre la mendicité, nous étions invités à ne pas donner aux gens qui faisaient la manche dans l’enceinte de la gare (je ne crois pas que le terme de « manche » fut employé, mais je ne remets plus la litote) – « pas donner » quoi, une cigarette, une pièce, un ticket restaurant, un sourire – il ne fut pas précisé, la speakerine invisible planquée derrière quelque hygiaphone nous enjoignait seulement à ne pas donner.

Depuis quarante jours que je suis de retour à Paris, ayant moi-même, pourtant cintré dans un paletot de laine, disposant d’un appartement avec chauffage et d’une paire de gants, eu du mal parfois à surfer correctement la vague de froid, j’ai été (je le suis toujours) impressionné par le nombre de personnes vues, croisées, saluées, évitées sur des trottoirs, devant des cartons, des bouches d’aération du métropolitain, des portes cochères. Que l’alcool et les cigarettes soient alors un expédient nécessaire pour passer l’hiver, cela se comprend intuitivement.

Bref – des vies de chaloupe, de dérive, à qui la SNCFpréférait que l’on ne donne pas, comme Bartleby (I would prefer no to).

Cette réflexion me vient en parallèle de la chronique de Morel, parce qu’elle participe je crois d’un même élan, d’une même désespérance de cette ingérence de la chose publique (mettez un cache-nez) dans nos choix contingents, et nos engagements particuliers (ne donnez pas aux clochards), alors même que le cœur de métier n’est pas rempli, que les raisons objectivement motivées pour lesquelles existent notamment un ministère de la santé ou une compagnie nationale de chemin de fer ne sont pas remplies, que les missions de service public ne sont pas assumées – je parle de la pénurie des centres d’accueil d’urgence, concernant le grand froid, et des tarifs ferroviaires concernant les petites bourses.

A la fin de son intervention, la speakerine conclut ainsi : si vous voulez donner, vous pouvez vous tourner vers des ONG qui sauront utiliser correctement votre argent – c’est-à-dire, implicitement, autrement qu’en le cramant dans du mauvais gin.

Je ne me souviens plus s’il fut fait mention du principe d’exonération d’imposition à hauteur de 66% des dons auprès d’associations de solidarité. S’il fut avancé comme argument ultime que les SDF ne délivraient pas de reçu fiscal.

L’annonce de la mort de Kim Jong-il fait plonger les Bourses

Putain, qu’est-ce qu’elles sont susceptibles…

(d’autant que cela fait longtemps, me semble t-il, que la Corée du Nord avait perdu son AAA)

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Le jeu des sept erreurs (mao boy)

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Saurez-vous les retrouver ?

L’ai-je déjà dit ? (oui). Il y en a un à l’UMP qui commence à me rendre complètement nerveux (même si je viens de m’offrir une friction du cuir chevelu chez un barbier indien, et que les pommades ayurvédiques ont quelque peu fané mon bouquet de nerfs), et ce n’est pas Jean-François Copé, chef de meute, et qui, qu’on le veuille ou non, fait le boulot pour lequel il est payé (moins grassement que dans son ancien cabinet d’avocat d’affaires), dézinguer la gauche (d’une droite), monter au créneau (en rayant la carrosserie), hurler aux loups (Saint François du Gévaudan), car il le fait, me semble t-il, de bonne foi, avec le sourire, et même, allez, avec panache. Aussi m’a-t-il fait éclaté de rire l’autre dimanche (l’autre), en arguant du fait, en direct sur le plateau de France 2, que somme toute, les primaires socialistes n’avaient pas mobilisé davantage les Français que la grande braderie de Lille (ce qui est par contre sûr, c’est qu’on y mangea moins de moules) (qu’on y but moins de bières) (et qu’on y fit moins de bonnes affaires) (François Hollande étant un article largement surcoté, bibelot au design vintage, mais auquel on aurait donné un bon coup de polish, parfait pour la déco d’un loft de Montreuil, ou d’un vieux palais du faubourg de Saint Honoré auquel on souhaiterait donner un air « indus »). Non, celui qui me grimpe sur le dos, c’est FF (je n’aime pas trop les initiales redoublées, sauf cas exceptionnel, comme AA ou CC), qui, sous le voile satiné d’une humilité feinte, se prend pour la mariée de l’année (comme toujours trop belle). Pétri d’une ambition à faire pâlir d’envie un boulanger, prototype conservateur et bourgeois, lorgnant le 7ème arrondissement de Paris comme un vieux pervers une nymphe scolarisée en bottes, baudruche démocrate chrétienne, rien ne l’étouffe, même pas l’hostie de messe (et encore moins la modestie). Sa dernière sortie (de crise), lorsqu’en parlant de celle-ci, il évoqua la possibilité que, après que les livres d’histoires (drôles) aient renseigné les années fastes d’après deuxième guerre comme les trente glorieuses, les mêmes histrions manuels (pas mon petit frère, mais presque) évoquent un jour le premier quinquennat de son amant des riches président comme « les années courage » (sic) (et resic)… Il n’y eut qu’une voyelle de trop (un « a » en l’occurrence) dans l’expression filloniste, pissant dans les violons, pour qu’on parvienne finalement et plus fidèlement aux années de la cucurbitacée. C’est-à-dire l’extrême courage d’avoir aboli l’ISF et défiscalisé les heures supplémentaires…

La pelote de nerfs ? Car qu’on l’interroge sur le cannabis, le nucléaire, ou l’adoption par les homos, n’importe quoi d’un peu moderne, FF, j’en mets ma main au feu, sera toujours contre, mais étrangement son image demeurera moderne. En 1981, si François Fillon eut été en âge, il eut été de même contre la peine de mort (et que ma pogne brûle dans d’atroces souffrances si je dis faux). Alors ce soir, je peux l’écrire, oui Rachida, je t’aime.

Merveille de la technologie (le gay-savoir)

On n’a pas fini de mesurer les ravages des nouvelles technologies sur nos vies, et sur l’intelligence collective. De tous ces bidules qui tweetent, pokent, downloadent, swiftent, surfent, lowcostent, coleslawent, bipent, doodlent, et floglastent, et invitent le fascisme, ou la débilité pure, dans nos intimités ; il convient de s’en prémunir comme des anophèles, avec force sprays répulsifs. Que mon petit frère qui me lira peut-être soit aussi souvent connecté à Facebook me laisse pantois, voire inquiet.

La dernière blague, donc, puisqu’il y en aura d’autres (exactement comme avec les propositions des députés UMP ; avec ma collègue Sarah, nous avions un jeu : trouver « l’idée UMP du jour » – et toujours authentique ; Lundi, l’allégeance aux armes. Mardi, interdir l’Euromillion. Mercredi ; faire don de ses RTT à la société. Jeudi ; rétablir la peine de mort. Vendredi ; déclarer la primaire PS inconstitutionnelle. Samedi ; interdire le hip-hop. Dimanche ; apéro saucisson_vin rouge à la Goutte d’Or – et encore bonne semaine). La dernière blague du deux point zéro : une application Androïd, le générique Google censé concurrencer l’iPhone (slogan de Google : don’t be evil…) intitulée « mon fils est-il gay ? » 

Un extrait de l’article paru chez Elle, et sans retouche, je sais, ça paraît fou, mais ce n’est pas un pellagique d’avril. 

« Pour 1,99 euro, les mamans soucieuses de l’orientation sexuelle de leur progéniture pourront enfin savoir si elles auront des chances de devenir grand-mères un jour. Le tout sans avoir besoin d’en discuter avec le principal concerné. Merveille de la technologie. « Vous avez un doute ? 20 questions pour savoir si tout est bien en ordre avec votre fils », annonce ainsi l’application dans sa présentation. « Bien en ordre » : le ton est donné. Dès le départ, l’homosexualité est considérée comme une anomalie.S’en suit un questionnaire bourré de clichés. Votre fils n’aime pas de football mais adore les comédies musicales ? Il écoute Mylène Farmer et passe du temps dans la salle de bain ? « Inutile de vous voiler la face ! [...] Il est gay ! [...] Acceptez-le ! Il est attiré par les garçons comme vous par les hommes. »

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Cela appelle quelques questions. Qu’un programmateur complètement disjoncté, pour rire, commette une telle application, ne surprend pas outre mesure, mais que fait « la chaîne de validation des applications d’Androïd » ? N’y a-t-il pas encore sur cette terre, dans les services de marketinge, chez les geekos, des gens qui aient encore un minimum de sang-froid ? De hauteur de vue ? Est-ce que le monde n’est-il pas en train de sombrer et se noyer dans son vomi ? Ne vaut-il pas mieux ouvrir un bouquin de Philippe Djian plutôt que de se connecter à Internet ? N’est-il pas préférable de boire un verre plutôt que de « rechercher le signal » ? 

Car moi-même, je suis un fan d’Indochine, j’aime me peindre les ongles en noir pour aller voir en concert Nicola Sirkis, j’ai l’oreille percée, j’écris parfois un peu de poésie, j’aime porter des jupes, ou des shorts en jeans, me mettre du khôl sur les paupières,  je n’apprécie pas trop les comédies musicales de Bollywood, mais j’adore celles de Christophe Honoré, j’aime les papillons et la couleur rose, fumer mes cigarettes avec un porte-cigarette, et cela étant, j’aime aussi un petit chaton guyanais qui peut attester de ses deux chromosomes X sans l’ombre d’un doute, poitrine et talons hauts. 

Faut-il que je présente un certificat ? 

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http://www.elle.fr/Societe/News/Mon-fils-est-il-gay-la-scandaleuse-appli-Android-1731666

Fireball

J’avais eu peur un temps, que ma rage soit partie, que ma haine ne soit plus recuite, mais qu’elle se contente de mijoter bien gentiment et à feu tout doux sans jamais attacher au fond de la casserole – que je souffre d’une sorte d’impuissance politique, plus capable d’atteindre l’éjaculat idéologique, bandant mou pour la gauche comme un caramel. Ces quelques mois à Djibouti avaient presque fini par anesthésier ma faculté, pourtant surdimensionnée, à m’intéresser à la petite vie politique hexagonale, faisant de moi un socialiste neurasthénique.  Mais je suis maintenant rassuré ; je vois que je suis encore capable de faire des grimaces depuis mon lit, où je fais la sieste sous un climatiseur qui est une des plus belles inventions de l’homme, à François Fillon, en pensant à lui, comme ça spontanément, ça me vient –  l’espèce d’image de marque dont semble bénéficier François Fillon dans l’opinion, une sorte d’impunité, la réputation de sage hindou, de moine taoïste, mesuré, concret, sérieux, économe, bouddhiste, m’énervant au plus haut point, tant je le considère comme un homme politique assez veule, daté, conformiste, conservateur, sectaire et tout à fait prévisible.

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Déjà au moment de l’épisode Eva Joly, j’avais eu envie de lui cracher à la figure : « Nous sommes tous Norvégiens », déjà une petite érection élective. Mais je m’étais contenu. Alors même que le premier ministre de la France avait tenu des propos ouvertement « anticonstitutionnels », violant ventre à terre l’idéal républicain, comme ils aiment si bien à dire, se moquant bien du monde – foulant au pied la qualité de citoyen français, une et indivisible. Et voilà que la semaine dernière, il y a eu cet épisode de la règle d’or – de là m’est revenue une phrase de mon premier roman – non publié à ce jour, les éditeurs sont des gens assez veules : « oh mes chères petites aménorrhées, vous vous évitiez bien des tracas », aménorrhées, ce joli mot qui désigne les filles qui n’ont pas leurs règles. Comme vous le savez certainement, François Fillon a signé une tribune dans le Figaro, demandant une sorte d’union sacrée des partis politiques autour de cet impératif de restriction budgétaire, ce qu’il appelle la règle d’or, mais du toc, du plaqué, de la joaillerie chinoise, une règle qu’on pourrait trouver bradée au manège à bijoux de chez Leclerc. Daniel Cohn-Bendit m’a fait rire ; « François Fillon dit ‘vous êtes des débiles mentaux, mais débiles mentaux, suivez-moi’ » ! J’ai beaucoup d’affection pour les débiles mentaux, depuis que j’ai participé à l’animation d’un camp de vacances pour quatorze d’entre eux en Irlande à l’été 2009, je suis allé lire cette tribune pour voir à quoi Dany faisait allusion ; effectivement, Fillon tient ces propos à propos de la gauche, quelques lignes avant d’appeler de ses vœux la concorde ; « Contrainte par ses primaires, l’opposition semble par avance répondre non, quelle que soit la question (…). Pendant que le président de la République et la chancelière allemande mettent toute leur crédibilité dans la balance pour défendre notre monnaie et que la politique que nous menons garantit le maintien de la notation de la France au plus haut, le Parti socialiste semble attaché à la multiplication des emplois publics et des contrats aidés, montrant ainsi qu’il n’a pas encore pris la mesure des efforts que nous devons accomplir pour tenir nos engagements de réduction du déficit et de la dette. ». 

La manœuvre est tellement grosse, la ficelle tellement farinée, que Fillon en devient grotesque, car qui irait baiser la main qui vient de le gifler, à part Jésus, qui irait boire à la bouche de celui qui vient de l’insulter ? Fillon cherche à mettre la gauche « face à ses contradictions », comme ils aiment si bien à dire, mais il ne fait que se mettre lui-même face à son ridicule ; ça sent l’incurie, comme dirait papa. Il ignore même les règles de la civilité.

« Il y a pourtant au Parti socialiste des économistes éclairés et des responsables sincères » : plus haut, il se permet de donner des gages de crédibilité à certains socialistes, de décerner ses satisfecit, comme s’il était le président d’un jury qui aurait autorité sur « ce qui est bon pour l’économie française », et qu’il pouvait délivrer le diplôme afférent, grade de mastère, avec les trois spécialités : baisse d’impôts, mise à sac de la fonction publique, méritocratie libérale. Fillon a la triple mention. Les élections de 2012 le renverront néanmoins à ses chères études, éventuellement notariales, puisque l’activité conviendrait bien à ce bourgeois de la Sarthe (le département, pas le philosophe).

François Fillon est mon viagra politique.  

La photo est de mon fidèle lecteur et néanmoins ami, artiste peinte-plasticien-photographe, Julien Quentin.

En loukoum géant/ sur un Tapie volant

Combien ça vaut, une élection présidentielle ? Un fauteuil au FMI ? Le soutien politique de Tapie ? 45 Millions d’Euros, c’est-à-dire à peu près le montant du transfert de Pastore au PSG ? Ou celui des indemnités touchées par Tapie lors de son arbitrage, au titre du préjudice moral subi ?

Je m’en rappelle précisément, c’était un beau soir de printemps, on avait commandé des tartes flambées, ouvert en grand les vitres de l’appartement sur le murmure du centre-ville historique de Colmar, les pas des passants sur le pavé, une bière fraîche, hop, 23 avril 2007, moins connu que le 21 du même nom, cinq années plus tôt, mais pas plus joyeux en fait, déjà sur le trajet, on avait croisé la petite clique de jeunes militants haut-rhinois UMP, lycéens, blancs-becs, blanc de blanc, comme les grands crus d’Alsace, grands cons, qui tenaient à la main des ballons de baudruche bleus et blancs, comme s’ils allaient à un match du Racing, au final Ségolène Royal aimable figurante, les dés déjà lancés pour le deuxième tour, les bans affichés. Sur France 2, après l’annonce des premiers résultats, les invités politiques s’étaient succédé sur les plateaux, comme d’habitude, comme toujours, appelant à la mobilisation, remerciant les électeurs qui ne s’étaient pas laissés convaincre par les injonctions démagogiques d’un camp, les ruades populistes de l’autre, appelant au sursaut, surjouant l’humilité, ou déprimant à la télé, montrant leurs crocs, bavant leurs idées tamponnées par un hypothétique peuple majoritaire, buvant le petit lait, caillant comme de la crème, larmant de crocodile, toute la panoplie des déguisements politiques un soir d’élection, mais chacun dans son rôle, crédible, tenant la posture.

Et puis Bernard Tapie est arrivé sur un plateau, était-ce encore Arlette Chabot, ou Alain Duhamel ; d’autres dinosaures, et j’ai découvert ce soir là que Bernard Tapie avait soutenu Nicolas Sarkozy, qu’il avait fait sa campagne, et qu’il appelait à voter pour lui au deuxième tour, qu’il appelait de ses vœux, de ses lumières, de son fric, à l’élection de Nicolas. Quelque chose clochait drôlement, cela dit. Je l’ai dit aux gens qui partageaient ce moment de télévision avec moi ; quelque chose clochait. Bernard Tapie, si pimpant d’habitude, dans ses arguments siglés comme une marque de luxe, cintrés comme un costard à tailler à ceux qui ne lui revenait, le Pen en premier lieu, cinglés comme un ton coupant et acéré, un performeur, perforeur, orateur, politique-né, et qui là peinait à trouver ses mots, bafouillait des arguments éculés précoces, pédalait dans la semoule. Manquait de convaincre, pourtant meilleur VRP de France, et reconnu comme tel.

Et pourtant quelque chose clochait. Tapie l’acteur, plutôt médiocre au théâtre, vaudeville, comme si son corpus idéologique de gauche avait été saisi dans un bas de contention ; obligé de réciter une partition écrite pour quelqu’un d’autre. Car il y avait quelque chose d’étrange, à ce que Tapie, ancien ministre de Mitterrand, et radical non valoisien, s’affiche avec la clique bleue, consorts et consanguins, suive une trajectoire boueuse à la Eric Besson, alors que j’avais toujours considéré Tapie davantage taillé pour la lumière que pour la fange, il me semblait que Tapie et Ségo auraient dû s’entendre.

Quelque chose clochait, et je l’ai vu tout de suite, je l’ai senti, j’ai dit, il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne savais pas pourquoi, mais ça ne collait pas, Tapie en Sarkozye.

Après, cela devient tellement convenu que j’en perds mon sang-froid ; Christine Lagarde qui affirme qu’il n’y a rien eu de contraire au droit, Stéphane Richard, son ex dir-cab, mais toujours faux-cul, qui jure qu’elle a consulté différents avis avant de décider l’arbitrage, qu’une très large majorité des personnes consultées, dont lui, étaient pour l’arbitrage, assurant qu’il n’y a pas eu de pression de l’Elysée, Christine Lagarde se disant confiante, sereine, déterminée à continuer à assurer sa mission au FMI, à « suivre sa feuille de route », sereine, déterminée, arghh, feuille de route, Valérie Pécresse appelant l’opposition à la retenue, au respect de la présomption d’innocence, à la séparation des pouvoirs, déterminée. Alors que quelque chose clochait depuis le début dans cette affaire ; Tapie n’est pas plus de droite que mon chat, que Renaud, ou que Guy Bedos. Mais qu’on puisse devenir mercenaire à tout âge, qu’on puisse se prostituer pour 300 millions d’anciens francs, ça oui, je peux le comprendre.

L’autre blague, c’est quand on apprend que le magazine Vanity Fait a décerné à Christine Lagarde le prix de la sixième femme la  mieux habillées au monde. Sans parler de la coupe de cheveux.

« Cette cinquantenaire au teint hâlé, qui assume sa chevelure grise, s’affiche régulièrement dans des tenues Chanel et ne sort jamais sans son sac de la maison Hermès, sur lesquels elle a fait graver ses initiales ».  

On ne prête qu’aux riches, effectivement. Autrement dit M : « Sans raison/ Ils ne cessent de sévir/ Comme une contravention/ Pour excès de plaisir »

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