Archives pour la catégorie Le chat à Djibouti

Djibouliste

J’avais lu cet encadré dans la Nation avant-hier, organisation du tournoi de pétanque de l’amitié, vendredi 15 janvier, par la fédération bouliste djiboutienne, contacter Ousmeh,  début des parties à 9h30.

L’occasion me paraissait belle d’entrer en relations et en échange avec des Djiboutiens sur des aspects autres que ; professionnel/commercial/hiérarchique/intéressé. A condition d’exclure le fait que l’on puisse être intéressé par mon adresse à envoyer les boules titiller le bouchon, ce qui dut m’arriver deux fois durant la journée, sur une centaine de lancers…

Donc la difficulté première fut de trouver le boulodrome, ce qui me fit faire de bon matin trois fois le tour de la ville, et découvrir des quartiers que je ne connaissais pas encore, des quartiers où les chèvres sont en liberté et fouillent les tas de détritus au bord de la route, des quartiers où il y a une seule voie carrossée, et de laquelle partent plein de toutes petites venelles de terre, des passages bordés de casemate en tôle, sorte de bidonvilles, puisque c’est l’appellation générique, voilà, Balbala, en photo, toujours Google images, j’ai oublié mon appareil numérique en France.

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Avant de découvrir un vrai complexe bouliste, une vingtaine de terrains, certes à tendance rocailleuse, mais avec un système d’éclairage à base de panneaux solaires pour les parties nocturnes, financés en partie par la coopération française, m’a-t-on dit. La difficulté seconde fut de trouver des coéquipiers, le tournoi se déroulant en triplette. Mais en fait, non, car dès mon arrivée, je fus pris en charge par le président de la fédération, content semble t-il, de cosmopolitiser son tournoi, qui me demanda si j’étais plutôt tireur ou pointeur, afin de trouver des partenaires compatibles, le genre de question toujours un peu gênante. Car comment dire…Plutôt pointeur, je répondis. Tu manges les autres animaux, me demanda un vieux ? Ce fut l’une des meilleures blagues de la journée, pointeur, panthère, selon l’accent et la prononciation, à deux phonèmes prêts, une convergence possible. On me présenta à mes deux co-équipiers, le premier gardien au port autonome de Djibouti, le second jeune espoir de la boule djiboutienne, deux extraordinaires joueurs, je réglais l’intégralité des frais d’inscription de notre formation, en échange de quoi on reçut des t-shirts sponsorisés par une banque locale. Comme je vins les mains vides, on me fournit des boules, un petit chiffon doux pour les lustrer et enlever la poussière entre chaque coup, on m’offrit du thé, servi par une petite carriole, et comme je ne suis pas là depuis très longtemps, toujours ces raisonnements par l’absurde, essayant d’imaginer le nombre d’amibes dans cette bassine stagnante d’eau de rinçage de nos tasses en émail, alors qu’il suffit de boire à petites gorgées le chaï au lait, ils le préparent comme les Indiens, sans se poser de questions, vu qu’on nous l’a offert.

Sans entrer trop en avant dans les détails des scores, nous atteignirent les quarts de finale, en dépit de tout ce que je pus entreprendre pour nous faire éliminer plus tôt, mes deux co-équipiers, inlassablement, alignant les carreaux à neuf mètres de distance, la boule adverse catapultée dans un petit nuage de poussière, le Bon et la Brute tirant au colt, moi le Truand, venant placer mes boules de manière assez aléatoire dans un rayon d’un mètre cinquante autour de l’épicentre, eux m’encourageant toujours, d’une petite tape dans la main, d’un mot gentil, comme un cycliste parlerait à un de ses équipiers en déroute dans une montée alpine, ou irait lui chercher des bidons d’eau.

A midi, après deux matchs de poule, le président proposa la suspension temporaire du tournoi, que chacun rentrât chez lui, et qu’on se retrouve vers quinze heures, après la sieste, comme ça « c’est plus cool, on peut aller à la mosquée ou faire une sieste », me suggéra t-on.

De retour à quinze heures, les terrains étaient déserts, tout le monde somnolait dans un petit coin d’ombre, adossés à un muret sur lequel était inscrit en grosses lettres d’imprimante d’ordinateur, « association bouliste de Djibouti », la télévision était venue faire des images le matin, les joueurs et les spectateurs, la plupart mâchonnant leurs feuilles de qat, somnolence, légèreté,  léthargie, indolence, le tournoi ne reprit pas avant seize heures trente, il n’y a pas d’heure en fait, la seule heure qui vaille l’après-midi, c’est celle à laquelle on se réveille de la sieste.

Et là ce fut le petit moment de gloire…soudain il y eut un monde fou autour de notre terrain, au plus fort de la partie, je comptais 144 personnes composant le public, et quand bien même c’était le tournoi de l’amitié, quand 144 personnes vous regardent lancer une boule, vous vous appliquez drôlement. Je ne fus pas ridicule, mais l’extraordinaire tireur du matin, le jeune espoir, avait perdu en l’espace d’une sieste toute l’assurance et l’adresse qu’il avait quelques heures plus tôt, et nous nous inclinèrent à la nuit tombée, sous les applaudissements, mais sans demande d’autographes.

En ma qualité de seul non-djiboutien participant au tournoi, on m’annonça à mon départ qu’un lot m’était réservé, remise des prix le lendemain.

Pour les classes basses de la société djiboutienne, intégrer l’équipe nationale de pétanque, qui chaque année va disputer plusieurs tournois partout dans le monde, constitue l’une des seules opportunités crédibles de réussir à quitter un jour les frontières du pays.

Revue de presse djiboutienne…

…si l’on peut dire. Puisqu’en fait, il n’y a en tout et pour tout, à Djibouti, en incluant la presse quotidienne, la presse magazine, la presse d’entreprise, la presse spécialisée, la presse économique, la presse sportive, la presse féminine, et les magazines de programme télé, que deux titres à Djibouti, la Nation, un quotidien, et l’Eveil, un magazine, mais que je n’ai pas réussi à me procurer, on m’a dit qu’il existait.

Appliquant le principe proposé par Pete McCarthy, dans son ouvrage L’Irlande dans un verre, qui dit que le meilleur moyen d’appréhender un pays quand on débarque, c’est de s’installer dans un bistrot et de lire ses canards, j’achète assidûment la Nation depuis mon arrivée, que je feuillette à l’une des terrasses du centre-ville où l’on vous sert un café dégueulasse, je me répète, cherchant au hasard et en vain des petites annonces pour des 4×4 à vendre, mais trouvant autre chose, que je vous fais ici partager, tel un chat qui fume et qui a le sens du partage.

Une semaine à Djibouti donc, la Nation n’étant publiée que du lundi au jeudi, 4 éditions…La première chose qui frappe, et qui semble un gage de crédibilité de la parution, c’est la manchette, exact plagiat du Monde, ce qui fait aussi penser à un pastiche. Après la crédibilité est quelque chose de relatif, c’est là la subjectivité du regard du lecteur. Tout est retranscrit tel quel, donc pardonnez les quelques fautes d’orthographes…

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Ainsi, on trouve dans la presse djiboutienne libre et indépendante :

…Des nouvelles choquantes

 « Somalie ; la police religieuse du groupe islamiste radical somalien les shebab a infligé le fouet à un homme accusé d’avoir tenté de séduire une femme non accompagnée (…). Il a plaidé coupable et a été châtié en public ». 15 coups de fouet. Existe-t-il une version somalienne de Meetic ?

…Des nouvelles surprenantes

« Nouvel an 2010 ; le personnel de la présidence présente ses vœux au chef de l’Etat ». C’est l’inverse normalement, non ?

…Des règles de syntaxe ébouriffantes

« Pour les carrières exemplaires qu’elles ont mené, sur un laps de plus de trois décennies »… Moi, je croyais qu’on disait « laps de temps ». Or j’ai retrouvé dans un autre article exactement la même construction. Un laps ; à Djibouti, se suffit donc à lui-même. 

…Des information choc

« Le chef de l’Etat n’avait effectivement pas hésité de qualifier les deux dames de professionnelles rompues aux tâches de l’administration publique ». Discours à l’occasion d’une sorte de cérémonie de décoration d’une médaille de la République de Djibouti.

…Des encadrés publicitaires

« Annonce de l’électricité de Djibouti qui annonce à son aimable clientèle que les factures d’énergie sont exigibles à compter du 10 janvier 2010. Passé ce délai, des coupures seront systématiquement programmées à partir du 1er février 2010 ». A Djibouti, les factures ne sont pas adressées par courrier aux usagers. Chacun doit au début de chaque mois aller récupérer sa propre facture au siège de l’agence de l’électricité.

…Des petites annonces de recrutement

« Communiqué ; une société de la place est à la recherche de plusieurs candidats (…). Adresse de contact Recrutement2010@aol.com ». Et plus bas

« Une ambassade cherche à recruter une secrétaire, Abuhajer_2003@hotmail.com »

Pour une raison que j’ignore, plusieurs offres d’emploi ne citent pas explicitement l’employeur. Sans doute des sociétés maçonniques.

…Le coin des citations célèbres ;

« Mieux vaut sagesse que richesse », proverbe français (je connaissais pas).

« On n’offense personne en l’aimant », Florian. Pas de précision sur ledit Florian, serait-ce Florian Zeller vu la vacuité de la réflexion ?

Et la citation du jour

« On est aisément dupé par ce qu’on aime » Molière

Phrase qui méritait largement le titre de la citation du jour

…Des comptes-rendus scientifiques

« Ramadam Ali Ahmed a soutenu la première thèse de doctorat de physique. Des professeurs de l’Université de Franche Comté ont posé des questions pertinentes d’ordre scientifiques au doctorant. Ramadan Ali Ahmed nous a confié que ses travaux de recherche consistaient en la modélisation numérique de la croissance d’adsorbats métalliques sur des surfaces vicinales. Autrement dit, il est question d’analyser statistiquement en nombre, en taille et en forme  les îlots formés sur les marches ou sur les terrasses de surfaces vicinales afin de les contrôler ».

C’est effectivement beaucoup plus clair en le disant. Autrement. A noter que les Djiboutiens n’ont pas de nom de famille, la succession des trois noms que vous pouvez lire au début de la brève correspondant au nom de baptême, au nom du père, et à celui du grand-père paternel, dans l’ordre. Ce qui me ferait signer Adrien Régis Daniel. Ça me plaît.

…Du courrier des lecteurs acide et corrosif

 « Je tiens surtout avant de déballer l’objet de mon courrier à rendre un vibrant hommage à notre cher président Ismaïl Omar. (…) L’homme marche, coure (sic), et fonce pour humaniser notre continent déchiré par les conflits en particulier et le monde en général. Mais il faut tirer la charrue ensemble et dans la même direction pour faire de Djibouti le Dubaï de l’Afrique comme le souhaite notre guide ».

Pour avoir visité brièvement Dubaï, et brièvement Djibouti, j’avoue que l’idée de faire de Djibouti le Dubaï de l’Afrique ne me serait pas venue spontanément à l’esprit…

…Du courrier des lecteurs subversif et caustique

Parlant du président

« L’homme arrive à terme de son second mandat et vu l’ampleur de ses réalisations et des chantiers à parachever je pense sincèrement qu’il doit continuer. J’invite donc tous mes compatriotes à apporter leur pierre à l’édifice d’une nation prospère. A bon entendeur, salut ». Signé Loubak Ali

Sachant que la constitution interdit au Président de se présenter une troisième fois, mais qu’évidemment, il est en ce moment question de modifier cette constitution…je me demande si ce Loubak Ali, ce serait pas le nom de code d’une sorte de Henri Guaino djiboutien ! A bon entendeur…

…De grosses fautes de frappe

« L’auteur d’un attentat suicide qui a tué sept fonctionnaires de la CIA le 30 décembre était un Jordanien recruté par les services de renseignement de son pays, travaillant comme agent double à la solde d’Al Qaeda. L’auteur d’un attentat suicide qui a tué sept fonctionnaires de la CIA le 30 décembre en Afghanistan était un Jordanien recruté par les services de renseignement de son pays, travaillant comme agent double à la solde d’Al Qaïda, selon une chaîne de télévision américaine ».

Du mauvais usage de contrôle v ! Saurez-vous reconnaître les trois différences qu’il y a entre la première et la deuxième phrase ? 

…Des articles sur la lutte contre la pauvreté

« Le Président de la République, chef du gouvernement Ismaïl Omar Guelleh, a reçu en fin de matinée des promoteurs privés issus de la Diaspora djiboutienne d’Europe et d’Amérique du Nord, à propos du projet immobilier de la société FinDjib. Le projet en question consiste à construire une centaine de maisons de haut standing essentiellement destinées aux Djiboutiens vivant à l’étranger et leurs familles ». 

…Et enfin, ma préférée, j’aurais pu mettre tout l’article sans faire de coupe, des comptes-rendus sportifs émouvants à légère tendance géopolitique.

« Titre ; Football ; crevons l’abcès et ouvrons le débat.

Encore une fois, notre équipe nationale de football est battue. Elle est battue à domicile et éliminée par la Somalie. Un pays en guerre, en ruine, en état de siège depuis presque vingt ans. Djibouti est humiliée. Honte à nous, honte à notre football. (…) Et pour enfoncer un peu plus le clou, Djibouti est le dernier au classement des pays de la région loin derrière le Soudan le Yémen, l’Ethiopie, l’Erythrée la Somalie. Au classement FIFA 2009, notre pays est à la 189ème place alors que la Somalie se trouve à la 170ème position, ce qui veut dire que 19 pays nous séparent. Catastrophique ! Alors, la question est de savoir là où le bât blesse. Le président de la république et le gouvernement ne cessent d’apporter leur soutien politique, financier aux sports. Et notre football ne manque pas, aujourd’hui, des moyens financiers conséquents avec les subventions de quelques plus d’un millions de dollars. Il est temps de réagir et d’agir. Et d’exiger bien des résultats à la hauteur des moyens disponibles contrairement à ce que beaucoup pensent. Pour trouver ensemble le fond du problème, provoquons le débat et crevons l’abcès ».

A noter qu’au classement de l’IDH, indice de développement humain incluant PIB, alphabétisation et espérance de vie, Djibouti se rattrape, en se classant brillament au 155ème rang mondial, derrière le Soudan certes, mais devant l’Erythrée et l’Ethiopie, alors que la Somalie ne figure même plus dans le classement, données indisponibles, tout comme la Corée du Nord, le Groënland, ou Tuvalu. C’est dire.  

Théorie de la valeur

Je mange le saucisson qu’on m’a offert à ma soirée de départ, avec du pain mou et un filet d’huile d’olive, je bois des petites lampées de fine de cognac, un autre cadeau de Noël, et me tartine le haut du corps endolori par des coups de soleil brutalisant avec de la crème hydratante au beurre de karité, encore une attention pré-expatriation, tout en écoutant le concert de Bashung enregistré un dimanche à l’automne 2008 à l’Elysée Montmartre ; quatre cadeaux extrêmement utiles pour le corps et l’esprit, le moral et l’ataraxie. La loi de la rareté ; c’était un concept d’Adam Smith je crois, fondé sur le paradoxe de l’eau et du diamant, et qui démontrait sans trop se fouler qu’en plein milieu du désert, à un stade avancé de déshydration, vous échangeriez volontiers un 18 carats contre une gourde d’eau fraîche.

Et bien sauciflard, dijo, Bashung, et crème relaxante, c’est déjà pas mal en métropole, mais alors ici, au pays du soleil brûlant, du café dégueulasse, et du cabri farci, au pays de la rareté, c’est un don du ciel.

Bientôt mes provisions seront pourtant épuisées, on ne peut pas tenir un siège de 24 mois, ou alors il faut une logistique extraordinaire, une base arrière qui vous soit dédiée, et alors il faudra bien apprendre à vivre à la djiboutienne, avec la peau tannée par le soleil, et en allant chercher l’ivresse, non plus dans du raisin distillé, mais dans des feuilles de qat dont le broutage consiste en l’une des principales occupations des djibouboutiens pendant leurs jours de congés, et qui vous offrent alors le sepctacle, quand ils vous parlent, d’une bouche déformée par un rictus verdâtre. Au moins aussi glamour que les Indiens chiquant le bétel et crachant un liquide rouge sur le sol.  

On dit vraiment « brouter le qat », qui est d’ailleurs un vrai mot, et pas seulement l’occasion de placer un q au scrabble quand on n’a pas de u. Le qat désigne en fait les feuilles séchées d’un arbuste africain dont le nom botanique est catha eduls, je lis sur wikipedia, effet stimulant et euphorisant comparable à celui de l’amphétamine. Faudra que j’essaie ça, le week-end prochain.

Lire Un roman français de Frédéric Beigbeder à l’ombre d’une paillotte après avoir mangé du filet de mérou. Voilà ce qu’est pour l’instant Djibouti pour moi. Une langueur douce et solitaire, les livres étant une forme de compagnonnage particulière, pour les déracinés, comme une épaule sur laquelle poser sa tête, plus qu’un moyen de faire disparaître le temps, la possibilité d’être accompagné seul au milieu du désert, suivant les lignes de mots comme des lignes de vie.

Je suis allé plongé cet après-midi, au large de la petite île de Moucha. Bien qu’il ne la nomme pas explicitement, je suis à peu près certain que c’est celle qu’évoque Romain Gary au tout début des Trésors de la mer rouge, puisqu’il n’y en a pas d’autre. « Vingt minutes plus tard, je me retrouve sur un banc de sable, une bande étroite de quatre cents mètres, au milieu de la mer Rouge, face aux montagnes du Yémen : c’est ici que passe ses week-ends le dernier proconsul de France. A cent mètres du récif de corail, des bouillonnements soudains agitent des eaux émeraudes : les requins. Madagascar excepté, c’est la plus forte concentration de requins dans cette partie du monde…Je sens le sable bouger sous mes pieds et évite de baisser les yeux, pour échapper à la nausée : les crabes. Ils sont quelque vingt mille sur cet îlot : le sable bouge sans cesse, grouille, finit par donner le mal de mer. Ils sont jaunes avec des allures de danseuses en tutu ; des crânes sur pattes, avec des bouches rouges en cœur qui évoquent irrésistiblement celles des girls des Folies-Bergères, à l’époque de Mistinguett. C’est à peine s’ils s’écartent de votre passage ; le haut-commissaire de France a pour eux une tendresse qui se manifeste par des assiettes de sirop de grenadine sur lesquelles ils gigotent dans un immonde accouplement ».

Romain Gary écrit ces lignes en 1971. 40 ans après, les requins ont émigré un peu plus vers le Nord, les crabes ont disparu, reste le sable, le vent, la poussière qui balaie cet îlot désespéré. Seules constructions, quelques bungalows d’un club de plongée, le Lagon bleu, qui accueille des éco-touristes venus directement de France pour passer dix jours au bord de la mer Rouge, dont deux sous l’eau au moins en cumulé. Et quelques structures bétonnées, dont on ne peut manquer de se demander pourquoi elles sont si moches, notamment la dalle d’un terrain de basket, comme dans une banlieue américaine, là, au milieu de l’eau.  

Le soleil, je l’attrapai avant-hier, grisé par la vitesse et le vent, oubliant les rayons criminels du soleil de midi, je m’élançai en scooter vers la plage du Doraleh, à une quinzaine de kilomètres au Nord de Djibouti. Quand à un rond point, les deux seules directions indiquées furent, Djibouti Oil Terminal, à droite, et Ethiopia à gauche, j’hésitai, la frontière était quand même à trois cent kilomètres, les containers et les grues du port de Doraleh construits par les Dubaïotes peu engageants. Je m’arrêtai quelques secondes devant ce panneau brûlant. Au loin, un feu de brousse. Et soudain, je ne sais pas d’où, surgit un chameau. Un vrai.

Les premières lunes de Djibouti

Via Addis Abeba, et quatre heures de transit en demi-sommeil, avachi sur un siège inconfortable, laissant régulièrement choir de mes mains le livre de Paul Nizan, Aden Arabie, préfacé par Jean-Paul Sartre soporifique et qui se trouva être à ce moment là le seul livre que j’avais conservé en bagage à main, pas, ou mal remis d’une soirée de réveillon qui en fait se prolongea d’au moins 24 heures, ayant par ailleurs démarré dès le 29 décembre, sur la petite île bretonne d’Arz, caillou, ou bien morceau de terre dérivant au milieu du golfe du Morbihan, endroit tout à fait parfait pour passer quelques jours d’hiver avec vin blanc, promenades en zones marécageuses, vaches en pâturages, et, pour s’agrémenter, autres substances désinhibantes, via Addis Abeba, Arz, et puis Paris donc, un peu à l’Ouest, mais me dirigeant cependant vers l’Est, je suis arrivé hier matin à Djibouti, aéroport international. Première constatation ; ce n’est pas la fournaise dont Djiboubou peut avoir la réputation ; il fait doux, 25°C, avec un petit vent venu de l’océan, un temps qui devrait se maintenir d’après les prévisions météorologiques au moins jusqu’en mai, avant que n’arrive la vraie canicule, dans les 45, 48 degrés, m’a-t-on dit. Question ; Djibouti a-t-il un plan anti-canicule ? Que fait-il de ses vieillards ? Ensuite, on m’a déposé dans « ma villa qui donne sur la mer » qu’il faut bien le dire, j’avais un peu fantasmée, le terme villa étant si accommodant avec les rêveries d’enfant. La plage que je peux deviner au dessus du mur d’enceinte de ma propriété fait aussi office de décharge à ciel ouvert, et malheureusement il n’y a pas de piscine…alors que mon chef d’agence en a une ! Cela étant, c’est quand même un logement de standing, un énorme salon aux murs blancs et au mobilier en rotin, une belle chambre lumineuse, et une terrasse agrémentée d’un hamac « juste comme il faut », autour, quelques chats mal en point, et une végétation à base de palmiers et de fleurs roses, seraient-ce des bougainvilliers…Deux gardiens se relaient à mon portail, accourant comme des rois mages devant l’enfant Jésus à chaque fois que je me pointe avec le petit scooter qu’on a mis à ma disposition, avant que je n’achète, soit un 4*4, soit une moto à grosse cylindrée, là, les conseils que chacun s’empresse de me donner diffèrent, et moi je n’en sais trop rien, est-ce qu’on doit aussi faire attention à son empreinte carbone à Djibouti, et si j’achète un 4*4, est-ce que j’aurais envie d’en crever moi-même les pneus un soir où je rentrerai un peu trop bu…Mais il est vrai que mon idée première d’acheter une vieille petite berline mignonne, type 4L, comme en trouve tant à Madagascar, directement importées de France, ne tient pas trop la route, quand on voit justement l’état de, l’état du bitume dès qu’on sort des frontières de Djibouti ville, où l’asphalte cède à la rocaille, à la brique, et aux nids de poule.

Hier après-midi, accueilli par le directeur d’agence à Djibouti, on m’expliqua que ce grand bureau de 20m² dans lequel on m’avait introduit, avec un magnifique plateau en U, un ordinateur, une carte murale de
la Somalie et des surligneurs fluos dans une petite boîte,  allait être le mien, puis que les horaires de l’agence étaient les suivantes ; de 7h30 le matin à 13h30 l’après-midi et basta…sauf le lundi et le mercredi, où il faut s’en coller trois autres de 16 heures à 19 heures…sachant que le week-end commence le jour du seigneur, à savoir le vendredi à Djibouti (n’étant pas ubiquiste, il a bien fallu que le Seigneur arrange son planning avec les trois grands monothéismes) et se prolonge jusqu’au samedi soir. Qui, si on peut donc l’assimiler au dimanche soir en France, doit être le jour où on prend des bains chauds en mangeant des crêpes et en écoutant le masque et la plume…en podcast évidemment…

Des nouvelles qui me réjouirent.

Ce matin, le chauffeur de l’agence a été délégué à mon bien-être, pour m’accompagner dans toutes les petites tâches liées à mon arrivée…pour laquelle on m’a remis une enveloppe de 250 Euros statutaire, soit quelques 60 000 francs djiboutiens, un  golden hello qui fait chaud au cœur. Il s’est agi d’acheter des baffles pour sonoriser mon ordinateur et être moins seul le soir, du produit à lentille pour ne pas devenir aveugle, et d’ouvrir une connexion Internet, et un compte bancaire, à la BIMR, j’aurais pu éventuellement m’en passer, mais la perspective d’ouvrir un compte à une banque dont l’acronyme signifie Banque Indosuez Mer Rouge m’a rendu un peu gaga.

Cet après-midi, je suis allé me promener à Djiboubou. Comme à Madagascar, et dans beaucoup de pays d’Afrique j’imagine, un centre ville assez coquet, de restaurants et de constructions coloniales délabrées, car on n’est pas dans le triangle d’or. Et puis dès qu’on dépassé ces trois quatre rues, une organisation urbaine anarchique, l’absence de parcellaire, de schéma viaire cohérent, des baraquements de fortune, ou d’infortune, c’est selon, des gens qui vendent des légumes, leur étal à même le trottoir, des fresques murales scandant des slogans hygiénistes, le premier que j’ai vu, c’est « la propreté c’est la fierté », qui, j’en suis navré, m’a un peu fait penser au Arbeit macht frei en devanture d’Auschwitz, ou plus méchant encore, Ein Laus , dans Tod, ou quelque chose d’approchant, un pou, et c’est la mort. Alors que les Djiboutiens ont l’air parfaitement pacifistes. Et propres.

Enfin, pour poursuivre sur cette histoire de 3ème Reich, je suis allé me faire couper les cheveux cet après dans un salon qui s’appelait Les ciseaux d’argent, comme le jeune homme qui m’a fait asseoir sur le siège ne m’a pas demandé comment je les voulais, je l’ai laissé faire, perdu dans mes pensées, rouvrant les yeux, reprenant conscience de moi-même soudain, je me vis avec les cheveux raccourcis sur les tempes et une raie de côté très marquée, plaquée sur le crâne, la coupe qu’aurait eu Hitler s’il avait lui-même été aryen, donc blond. Sortant des ciseaux d’argent, je me les ébouriffais furieusement, et là ça va, c’est une bonne coupe de volontaire international. A noter que je m’aventure déjà dans la prostitution, ou disons la perversion de mes idéaux, puisque j’ai enlevé pour l’instant ma boucle d’oreille. Et mon collier en plume d’ara que m’avait offert Gaby, pièce unique, Gaby aussi, elle est styliste, son show room est au Boulevard Barbès, n°84, sa marque est Ambrym, son site Internet c’est Ambrym.fr, c’est magnifique, je porte ce soir un de ses t-shirts noirs avec des ailes d’ange dans le dos.

Pour terminer sur une note culturelle, je peux vous dire que ce qui fait l’un caractères les plus remarquables de Djiboubou, c’est à la fois sa taille (toute petite), son accès à la mer (crédit illimité), et le fait que le pays voisine avec l’Ethiopie (85 millions d’habitants), qui, depuis la guerre avec l’Erythrée qui a fini par faire sécession, n’a plus d’accès à la mer. Djiboubou est donc le port de l’Ethiopie, et tous les jours, au moins 3000 camions partent d’ici pour se taper les 1000 bornes de routes pourries jusqu’à Addis. Le berceau de la culture ragga. C’est ça non ?

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