Passe passe le temps il n’y en a plus pour très longtemps

Passe passe le temps il n'y en a plus pour très longtemps georges-moustaki-est-decede-cette-nuit-a-207x300

Je l’ai vu au Divan du monde, une sorte de club perché sur les premiers contreforts de Montmartre, un soir de 2008, alors qu’il ne faisait pas encore nuit. C’était une soirée d’hommage à Georges Brassens, et lui qui avait écrit Les amis de Georges trente années plus tôt, était venu chanter une chanson calme de l’ami donc, Les passantes peut-être, en duo avec une de ces jeunes créatures que la nouvelle scène française a eu la grâce parfois, et parfois le tort de produire au kilomètre depuis dix ans, une sorte de Pauline Croze ou d’Anaïs, ou d’Olivia Ruiz, je ne me souviens plus, sinon qu’elle était sémillante, et que lui, tout enveloppé dans une pudicité qui oscillait entre timidité naturelle et poids des ans, portait un t-shirt blanc trop grand, fruit of the loom, et qu’il chantait droit comme un «i» d’une voix douce et pénétrante ; qu’il n’était pas un dieu de la scène, ou plus, s’il le fut jamais, je ne crois pas, il avait déjà l’air vieux, sage, immense. Georges Moustaki, dont une speakerine de FIP m’apprit cet après-midi le décès, faisant monter en moi une vague d’émotion qui me rappela celle qui me submergea lorsqu’un flash info d’Inter m’avertit de celui de Bashung un samedi soir de 2009, a bercé mon enfance, et les longs trajets en automobile et en famille avant que la France n’ait été complètement criblée d’autoroute, et quand la musique s’écoutait encore sur des k7 dans des autoradios, quand papa chantait, «Voilà ce que c’est mon vieux Joseph / que d’avoir pris la plus jolie / des filles de Galilée /celle qu’on appelait Marie». Quelques années plus tard, Sylvette m’apprit qu’avant chaque épreuve importante de sa vie, et pendant longtemps ce furent d’abord des examens universitaires, elle écoutait le matin, avant de quitter son chez-soi, Ma liberté, ce que je me suis mis à faire aussi, par mimétisme, tendresse pour Sylvette et affection pour la chanson, avant mes entretiens d’embauche, qui furent nombreux ces douze derniers mois, et Moustaki me porta chance, puisque je dois maintenant payer des impôts. Plus récemment, j’entendis au bar du Cinquante, cinquante rue Lancry, où le dimanche soir on chante à tue-tête, une chanson qui s’appelait Sans la nommer. Je la trouvais superbe, tendance sublime, rentrant chez moi, je fis les recherches nécessaire sur l’internet et ne fus pas long à découvrir qu’elle était de Moustaki, écrite et chantée par lui, ce qui ne me surprit pas, et me fit plaisir, puisqu’il est rassurant de se voir conforter dans ses goûts, de cultiver son jardin intime, d’y cueillir de nouveaux fruits. Et maintenant qu’on l’entonne presque chaque dimanche, et que j’ai également fini par apprendre que celle qu’il ne fallait pas nommer, c’était la révolution permanente, nous levons à chaque fois un poing rageur, et faisons de la politique. Ce fut l’une des premières chansons que je réussis approximativement à gratter sur des cordes de guitare lorsque je m’y essayai à Djibouti, et pourtant il y avait un barré. Et qui donc me fit découvrir la dame brune, où Moustaki chante avec Barbara, qui est celle-ci justement, la longue dame brune, et qui a tant marché ? Julien, peut-être. Hier soir encore, les petits hasards de la vie, rentrant en RER d’un dîner dans une pizzéria du cinquième arrondissement, un peu saoul, je choisis sur iPod en digestif musical un album live de Moustaki que j’avais téléchargé quelques jours plus tôt, et le stations, Saint-Michel, Châtelet, défilèrent sans que je ne m’en aperçoive. Cheveux en bataille, barbe de trois ou dix jours, la gueule de Moustaki est pour moi celle de la douceur ; et quand parfois je suis tenté de déraper sur le chemin boueux des propos antisémites, c’est le juif errant de Moustaki, le pâtre grec qui me rattrape de justesse pour me remettre sur un chemin plus droit et plus digne. Alors ce soir, j’écoute Moustaki, et c’est un peu de ma vie qui défile, et de mon enfance, Digoin, Paray-le-Monial, de l’harmonica, et c’est toujours parfait. 

Image de prévisualisation YouTube

 

 


Un commentaire

  1. Nanou dit :

    Merci pour cette page touchante, ton enfance a été bercée par ces chansons douces et inoubliables, pour nous c’était toute notre adolescence, les premiers 33T, à peu près la même epoque que ceux de Maxime Leforestier. Et si une chanson m’a suivie pas à pas, aux quatres coins de ma route, c’est bien « la solitude », écrite pour Reggiani, à la fois pleine forte et melancolique.
    Gros bisous Adrien, profite de ces douces soirées d’été,
    Nanou

Répondre

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier