Notre-Dame-des-Landes, priez pour nous

 Notre-Dame-des-Landes, priez pour nous dans Les griffes à l'air 1787777_6_2268_ill-1787777-af74-roj12022d-0225_f7adcaf8de151c8dd45a593e24d1305a-300x239

Qu’ils viennent avec leurs gros bras gros sabots et leurs bulldozers, leurs CRS et encore la nuit, cinq heures du matin, l’automne, novembre, boucler les périmètres, donner des ordres d’évacuation, jouer à la guerre dans la forêt alors que les biches dorment encore, casser des cabanes, proférer des ultimatum et des injures, écraser les champignons oubliés par les cueilleurs, cachés près de la souche d’un vieux chêne, jusqu’à huit heures et demi, le temps de prendre une douche par l’ingénieux système de goutte-à-goutte juste mis en place, de faire chauffer l’eau dans la casserole en fer blanc sur le réchaud, de se préparer un café soluble, de pisser par-dessus les feuillages, de se préparer à se défendre. Qu’ils viennent les fiers-à-bras articulés d’un ministre de l’intérieur loin, bien loin de la frontière pyrénéenne franchie à pied par quelque aïeul républicain et catalan, ministre de l’antérieur, qu’ils viennent troubler la quiétude de la campagne nantaise au petit matin, la rosée sur les baies de raisin qui feront le gros plant, déranger les écureuils, les limaces, le phytoplancton, qu’ils viennent droits dans leur bottes, mais pas de caoutchouc, de cuir, de la Wehrmacht se faire voir, faire semblant de pouvoir être aussi ligneux, teigneux, sourds, violents que la droite sans pour autant que – pour nous qui avons voté pour eux  -cela ne change rien, comment peuvent-ils penser que cela ne change rien que de voir nos frères, nos sœurs, nos amis, nos amoureuses déloger par les si incarnantes compagnies républicaines de sécurité, comme les sans-fafs de l’Eglise Saint-Bernard, comme les manifestants du CPE, presque matraqués, dans les phares de l’aube comme des lapins de campagne, qui a fait cela peut tout faire, les matamores et les bras d’honneur, et se réfugier derrière les principes du droit, du texte, de la lettre, de la chose votée, brandie comme un talisman, se prosterner devant celle-ci comme devant un totem fou, comme si nous ne savions que l’on peut l’altérer, ou parler du bien commun, de l’intérêt public en omettant le bocage et la limace, le paysan ses vaches et la tranquillité du matin à la campagne, le silence confondant de l’automne sur un paysage vert et à peine vallonné, qu’ils viennent couler le béton dans lesquels ne tarderont pas à se figer comme dans la graisse froide nos rêves leurs ambitions leur réélection les limaces. Et qu’ils n’aient pas compris que bien sûr Notre Dame des Landes, pouvait-elle avoir un plus beau nom qui sente la pinède et l’œstrogène, sera leur tombeau, qu’ils réussiront peut-être à faire voler leurs avions, les regarderont, le réservoir inondé de kérosène prendre leur envol moins bien que des hérons cendrés, mais qu’ils auront tout perdu, la confiance et l’affection, surtout l’affection, qu’ils ne comprennent que nous aimerions les aider, mais que nous ne pourrons plus rien faire pour eux s’ils ne nous entendent pas, s’ils creusent grand leurs tombes et les fondations, que nous aimerions les épargner, mais ne pas alors qu’ils retournent le canon contre leur tempe, que nous souffrons autant que, qu’eux, que nous aimerions même les aimer, mais qu’ils nous y aident, et qu’ils jettent l’éponge, et sinon qu’ils reviennent, et alors ils rencontreront la blanche hermine, et d’eux c’en sera terminé.

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