J + 4 : Suite et fin.

Que dire que vous ne sachiez déjà ? Parler de vie privée alors, et de gastronomie. Samedi, sommes partis vers la baie de Somme en combi Volkswagen d’époque, pour y faire du char à voile sur les longs bandeaux de plage « aux reflets hypnotiques » sous le soleil de printemps, comme dit Télérama, s’étendant de part et d’autres de Fort Mahon ; mais le temps n’était pas au beau, et de vent, vers 14 heures, il n’y en avait pas assez pour faire dévier de sa trajectoire un volant de badminton – alors pour gonfler une voile… On partit à vélo, attendant la session de 18 heures, quand enfin le vent aurait enflé, et la mer se serait retirée, sous l’effet des mouvements de marée, découvrant de grandes portions de sables mous dans lesquels venaient s’enliser les roues des chars quand enfin on avait réussi à leur donner un peu de vitesse. Mais ce que j’ai aimé ; les crissements des pneus sur le sable, au son de crachotement comme un vinyle qui tournerait sous le diamant longtemps après la dernière chanson ; faire des virages sous le vent, lequel s’engouffrant vous fait comme un derviche tourner ou une essoreuse à salade ; regarder depuis son baquet arrêté au milieu de la plage les oiseaux argentés entre gris clair et gris foncé.

Le soir, on dîna dans le combi de côtelettes d’agneau et d’un riz légèrement graissé de jus de cuisson et herbé de Provence, puis de saucisses standard cuites à la poêle et qui auraient préféré une cuisson au barbecue, lequel on n’essaya pas de faire démarrer, manquant de petit bois. Le lendemain matin, on se réveilla d’un simple café accompagné d’une crêpe pour certains, au coin du feu ardent et de la cheminée à ciel ouvert du piano bar de cette vielle ferme picarde transformée en camping de bien-être, après un premier plongeon au saut du lit dans la piscine sous bulle. Vers quatorze heures, on fit halte à l’Auberge de la marine sans majuscule, qu’on nous avait recommandée, magnifique bâtisse joliment décorée de cartes navales, de vielles photos en noir et blanc, où on fut accueilli très chaleureusement par une poignée de mains de crevettes grises et un toast de foie gras au pain d’épices marbré. Puis, un kir, et le vin arriva au pichet, de même qu’un carpaccio de bar et une raviole ouverte à la tomate et aux oreilles de cochon, qui n’est pas ce qu’on croit, mais une plante qu’on ramasse sur les côtes, et qui a le goût de la mer, entre huître et roquette, l’aster maritime (Aster tripolium L.). Plus tard, un filet de turbot cachant sa purée de bintje, arrosé d’une sauce au homard écaillé, et de l’autre côté, un plus classique entrecôte chateaubriand et ses frites, le tout entrecoupé de plusieurs larges goulées de vin, alternant les couleurs, on hésita devant la carte écrite à la craie sur tableau noir au moment des desserts, et comme on hésita, on ajouta aussi le plateau de fromages, servi lui sur ardoise avec un trait de miel en décoration, mais aussi accompagnement, plus du pain très bon, je ne pris pas l’Irish coffee que d’autres choisirent ensuite, ayant été entre la poire et le fromage désigné comme conducteur pour ramener le Combi vers la place de la Bastille, ce que je fis avec sobriété et souplesse après qu’on eut rempli le frigo du combi de plusieurs litres de moules, pêchées à pied par Dédé, de son titre officiel, indiqué sur le devant de la façade de sa petite maison, où une femme à barbe nous reçut. Et l’on avait presque tout oublié du week-end électoral, le GPS indiquait une arrivée vers 19h20, sans compter les bouchons, ayant choisi un itinéraire sans autoroute, on passa par monts et par vaux, traversant des prairies de colza et des champs d’herbe à vache, du jaune et beaucoup de vert, à l’arrière, tout le monde dormait, c’était la séquence digestive comme cette campagne en avait connu plusieurs, sécuritaire, « présidentialisation », droitière, etc. Et finalement on arriva exactement à huit heures moins cinq dans l’appartement très loft de l’avenue de Flandres, le même que pour le premier tour, juste le temps d’attraper une rose que de brillants esprits avaient pensé à acheter en grands bouquets, et une coupe, qui fut remplie de bulles à 8 heures deux. Et l’on partit vers la Bastille.

J + 4 : Suite et fin.  dans Mai 2012 6_mai_bastille_010-225x300 

 


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