J – 2 : Ségolove

Samedi 5 mai 2007, 18 h 22, quelque part dans une boîte mail

Que reste t-il de blanc quand la neige a fondu ? Cette question cruciale que se posait William Shakespeare et qui fut l’épitaphe du premier roman merdique  de Florian Zeller, mérite d’être reposée. Que restera t-il de blanc, de beau, de vrai et de pur quand la neige aura fondu sur les promesses de Nicolas Sarkozy (celui qui en 2002 promettait de ramener la sécurité en France, et qui en 2007, lorsqu’il va en banlieue, une seule fois durant toute sa campagne, rencontre cent jeunes triés sur le volet dans un gymnase gardé par 327 membres des forces de l’ordre), que restera t-il de blanc et d’honnête quand ses discours aujourd’hui policés par les circonstances dégivreront ? Alors des petits torrents dévaleront les flancs de la montagne, rameutant dans leur lit tout un tas de petites merdouilles jusqu’à devenir boueux, et convergeront tous vers le même fleuve à gros débit, sentant l’égout et les rats crevés, la mort. Cauchemar raisonné que celui de voir Nicolas Sarkozy devenir du jour au lendemain président de ma République, de la nôtre. La douleur de l’imagination me déforme la mâchoire. Je ne m’y résous pas, je ne m’y résoudrai pas. Je veux dire, je ne me résoudrai pas à ce que des amis, des gens biens, que j’aime, beaux et généreux, ne fassent pas tout pour que ce n’arrive pas. Il y aurait là une anomalie, mon petit Mako. Il faut voir l’électricité qu’il y a en cette terre de France, que j’ai préférée quitté pour le week-end, emportant avec moi mon baluchon rempli d’espoir et mes idées de gauche. Paquita, Cordoba, moi aussi, Andalousie par contre, poulpe, Béno, tapas. Trop d’efforts auraient été exigés de moi pour que je puisse supporter ces brigades de jeunes UMP fiers et cons qui défileront dimanche soir avec leur klaxons, et leurs ballons de baudruche gonflés à l’hélium, et leurs T-shirt bleus, et leurs refrains à la noix. Insupportable, je te dis, Mako. Dans le 18ème arrondissement, Ségo a fait 42% au premier tour, les affiches de Nicolas Sarkozy sont lacérées, on lui a crevé les yeux au métro Marx Dormoy, et on peut y lire, écrits au marqueur noir, ces mots : « Eugéniste ». « Chasseur d’enfants ». Mardi dernier, à Charléty, par un premier mai de soleil et de pelouse et de bières, j’avais la rose au poing, le sourire aux lèvres, le verbe haut et la langue bien pendue pour embrasser A., ma nouvelle amoureuse, qui votera pour lui, mais qui a pour elle d’avoir un pied à terre beau et lumineux de80 m²au rez-de-chaussée de la rue Vaneau, à deux pas de Solferino. Mis à disposition par sa grand-mère de droite. Et duquel j’essaie de contribuer à la décoration intérieure. Demain ne se fera pas sans toi, Agathe, je lui répète et l’ai accroché au mur, mot d’ordre juste de la ségosphère, sur fond rose violacé. Sans toi, non plus d’ailleurs Mako. A Charléty, pour écouter Sapho reprendre l’Affiche rouge, et nous dire de vivre, et d’avoir des enfants. Mais surtout, à Charléty pour écouter Ségo nous dire des choses simples et justes, quela Francene reniera pas ce qu’elle fut en mai 68, ce vent de liberté, que Monsieur Sarkozy, ce n’est pas le Général de Gaulle, que l’important, c’est l’amour, celui qu’on est capable de donner, et de recevoir, celui d’une mère à son enfant. Moi, et maintenant que tout devient possible, même le pire, et pour dimanche, pour voter maternant, j’ai offert ma procuration à ma maman. Qui n’aime pas trop Ségo, ses robes blanches qui moussent comme de la crème chantilly, ses discours un peu creux, et son ton monocorde, les quelques âneries qu’elle a le don de distiller au goutte-à-goutte, dès que tout devient un peu trop possible, ma maman qui votera quand même pour elle. Comme presque nous tous, ici. Qui trouvons à redire à la campagne socialiste. A son programme. Aux qualités de femme d’Etat de Ségolène. Mais nous tous, qui voterons en connaissance pour elle, pour la mettre en situation de. De nous protéger de.

http://www.dailymotion.com/video/x1vcgq

 Je ne puis trouver la paix, et je n’ai pas de quoi faire la guerre, et je crains, et j’espère, et je brûle et je suis de glace et je vole au-dessus du ciel, et je rampe sur la terre, et je ne saisis rien et j’embrasse le monde entier. Je vois sans yeux, et je n’ai pas de langue et je crie et je désire mourir, et je demande secours, et je me hais moi-même, et j’aime autrui.

Je me repais de douleur, en pleurant je ris, également me déplaisent la mort et la vie, voilà l’état, Madame, où par vous je me trouve. 134ème poème du Canzoniere de Pétrarque. Oui, voilà l’état où je me trouve, par elle, et contre lui, qui assène des vérités qui n’appellent aucune répartie, et qui en fait un programme présidentiel. Je crois que

- Il faut travailler plus pour gagner plus.

Je souhaite que

- Nul ne puisse se voir prélever plus de la moitié de ce qu’il a gagné.

Mais aussi

- Les moutons qu’on égorge dans les baignoires.

Je dis, elle dit, à quoi bon l’argent, on s’en fout de travailler plus pour gagner plus, ce qu’on veut, c’est gagner plus en travaillant pareil, qui aura le courage et l’aplomb d’aller demander à une caissière, à un manœuvre, à un ouvrier technicien de surface, de travailler plus, sous prétexte que c’est comme ça que ça se passe « dans toutes les démocraties modernes » ?

J’en ai personnellement rien à foutre. Que Forgeard commence par rendre le pognon. Qu’il a volé. Enculé de patron parti d’Airbus avec 7 millions d’euros d’indemnités, quand certains salariés ont vu leurs salaires réévalués de 2 euros quarante sur l’année. Et Nicolas Sarkozy joue aux vierges effarouchées. Très bien. Il y joue. La question qui importe est : êtes-vous dupe ? Il a inventé un truc incroyable en cette fin de campagne, c’est l’histoire de taper sur mai 68, pour dénoncer tous les maux que cette période aurait engendré pourla France, ses valeurs, son économie. Le plus fort, c’est qu’il explique la dérive du capitalisme par l’héritage de mai, qui a tout dérégulé, qui a fait que tout se valait, le culte de l’individualisme, conneries sans fin, abîme sans fin de conneries, décharge à ciel ouvert de conneries et d’immoralité. Quoique. Je ne pense pas que Sarkozy soit immoral. Il est amoral. Je pourrais continuer à lister pendant des pages et des pages ce qu’il y a, ce qu’il y a eu de choquant, d’aberrant, de scandaleux, dans les discours, les postures, les actes de Nicolas Sarkozy durant cette campagne. Vain. Ce serait vain. Mais juste un exemple. Le jour où Ségolène et François Bayrou ont dialogué ensemble, et ils l’ont fait dans un luxueux hôtel parisien, le WestIn, ce qui est plutôt compréhensible, ils n’allaient pas se foutre dans une chambre d’un Campanile, ou à la terrasse du café des sports, bref, ce jour-là, Nicolas Sarkozy était sur le terrain, à Valenciennes, une visite d’une usine qui lui avait été organisée sur mesure par Jean-Louis Borloo. En sortant de l’usine, il s’est adressé aux journalistes en ces termes : « Moi, je suis le candidat du terrain, je ne suis pas le candidat des grands hôtels parisiens ». Alors qu’il n’a jamais été élu autre part qu’à Neuilly-sur-Seine. Bref. Mako.

On n’est pas dans un concours de beauté, ou de mots croisés, on doit élire un président. On répond pas à un sondage qualitatif, bordel, on élit un président pourla France. Dansces cas-là, que signifie le vote blanc ? Qu’on n’a pas été capable d’établir une hiérarchie entre deux candidats en tous points différents ? Ça me paraît étrange. Je pense que voter blanc, c’est juste être un peu lâche. C’est ne pas avoir envie de voter pour Ségolène, et pas non plus le courage d’aller jusqu’à voter pour Sarkozy. Un caprice. Comme si on votait de la même manière que lorsqu’on est interrogé sur ses préférences en tant que consommateur. Pour un aspirateur. Sans opinion. Mako, je crois pas que tu sois sans opinion. Ni anarchiste. Même si la geste est belle. Alors, lequel, Mako ? Lequel veux-tu ? Sarkozy. « Je ne pense pas qu’on devienne pédophile. je pense qu’on l’est déjà à la naissance ». Il a menti, en tant que ministre de l’Intérieur, sur le processus de régularisation des sans-papier à l’été 2006 en fermant les robinets dès que le nombre de6000 aété atteint, qui correspondait à ce qui avait été annoncé en amont. Il est soutenu par Berlusconi plutôt que par Prodi, par Aznar plutôt que par Zapatero. Il a soif, de pouvoir par exemple, il est torturé de tics nerveux. Il est patriote. Sa rivière charrie les armes. Il nous oppose les uns aux autres. Ségolène. Elle a compris un certain nombre de choses. Elle a eu le courage et l’audace de faire sortir le PS de certains archaïsmes :

- Les régimes spéciaux de retraite

- Le tout nucléaire

Pour n’en citer que deux. Elle a eu un 16/20 en environnement. Nicolas Sarkozy un 8/20. Noté par Hulot. Et alors ? Pourquoi voter pour Ségo ? Parce que c’est une femme. C’est pas une raison. Si, ça peut en être une. Je crois pas. Moi, je crois. Elle est belle. Faudra pas être en retard au rendez-vous.

 Ad

 


Répondre

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier