J – 31 : l’art de corriger les fautes

Je suis depuis quelques semaines en cours du soir un cycle de formation au métier de correcteur, un métier qui offre plusieurs avantages, dont celui de pouvoir être pratiqué en toute saison, n’importe où, y compris depuis chez soi, avec un minimum d’outillage, un stylo pouvant à lui seul faire l’affaire. C’est très intéressant, j’y apprends les rudiments de l’orthotypographie, qui est une sorte de travail de joaillier de la langue, ou parfois de bucheron quand la copie est très mauvaise, de chirurgien orthopédique pour pied de page, un travail d’autiste aussi….

« Orthotypographie est un beau néologisme. Sa formation, fort différente de celle d’orthotypographia (rareté néolatine forgée il y a quatre siècles : ortho + typographia = typographie correcte) ne doit rien à la préfixation. C’est un mot-valise subtil : orthograph[e] + typographie. Il est parfait pour désigner l’armada des prescriptions à la fois orthographiques et typographiques, par exemple celles qui concernent l’écriture des titres d’œuvres »

Jean-Pierre Lacroux, avant-propos de son œuvre posthume

Les gens qui nous l’enseignent sont très sympas et très compétents, quoiqu’un peu autistes aussi, mais dans leur genre ; anciens chefs correcteur du Monde, des éditions Larousse, d’autres maisons d’éditions, etc.

 Quand bien même l’orthotypo est une matière assez peu sujette à l’air et aux fluctuations du temps, pleine d’inertie, les profs ne se foulent pas trop sur le choix des textes qui nous sont donnés à corriger, ne renouvèlent pas chaque trimestre les exercices, et n’ont pas peur de la poussière.

Hier soir, ça parlait de John Major, du minitel, d’Ivan Lendl, de francs français et d’URSS.

Il nous fut indiqué, lors de la première session de cours, qu’il ne fallait en aucun cas envisager trouver un emploi à l’issue de la formation…En tous cas ne pas viser les postes au sein des rédactions (presse quotidienne) ou des grandes maisons d’édition, tous trustés par la syndicat des correcteurs, plaçant ses inféodés selon des principes de cooptation ancestraux…des militants trotskistes, ou anarchistes, empochant mensuellement pour une ronde de trois heures tous les soirs sur les épreuves prêtes à partir aux rotatives, vingt mille francs, et le reste du temps à consacrer aux études marxistes et au militantisme…

J - 31 : l'art de corriger les fautes dans Mai 2012 logo_blog

Il nous fut aussi raconté qu’à l’examen d’entrée au service de correction du Monde, une des questions de culture générale fréquemment posée à l’oral était celle des crus du beaujolais, dont il fallait citer six noms ; par exemple Brouilly, Fleury, Juliénas, Moulin-à-vent, Saint-amour, Chiroubles…

Un repaire d’anarcho-autonomes et de buveurs de vin rouge libertaires. Voilà une belle corporation.

NiDieuNiMaitreNiCroquette dans Mai 2012

 


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