Archive pour avril, 2012

J – 11 : Paris/Colmar à la marche (à cloche-pied)

Dimanche soir, on avait pas beaucoup dormi et fait craquer nos mâchoires, ranger des sacs poubelles, croiser des électeurs matinaux dans le métro, manger des escargots avec Didier sur un coin du comptoir aux trois frères, bu du vin blanc et mis de la poire dans le café, puis un thé avec Mathilde au Sahara du Quai Branly après avoir traversé Paris en scooter ravagée par la pluie et le vent, tout en diagonale et en inspiration, comme Mélenchon aura fait campagne, en prenant quelques risques et en cherchant le panache, c’était encore un reste de samedi, on avait aussi lézardé devant une exposition sur les indiens et les femmes à barbe et les géants Noirs que l’on exposait les siècles passés dans les foires du trône et d’ailleurs comme des cabinets de curiosités, et finalement rejoint la soirée électorale dans le loft de l’avenue de Flandres, juste à un jet de caillou, à un cri de rossignol de la place Stalingrad, où à 20 heures 30, Jean-Luc Mélenchon vint verser quelques sanglots longs dans le micro, en annonçant le report du débarquement à la fin juin. Je hais les dimanches.

Le lundi, l’on vit aussi les résultats dans la commune d’Uffholtz, mon petit village d’Alsace où c’est le 21 avril à chaque élection. Je suis un des quarante-cinq chats.

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J – 16 : ma fille d’avril

 

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Mercredi soir, sous la bruine d’avril ; devant le cirque d’hiver clairsement le boulevard du temple une cinquantaine de militants écologistes qui n’ont pas pu entrer ; sur le fronton, un écran géant jouxte deux statues de bronze, ou de laiton, dans la nuit on ne sait pas trop, où des cavaliers s’apprêtent à donner l’assaut, une hampe au bras ; et au sol, deux blocs d’enceinte permettent de suivre l’ouverture de Dany Cohn Bendit, l’adagio de Cécile Duflot, et l’hallali d’Eva Joly, qui sonne, qui sonne…Elle a comme d’hab sa petite voix, ses ridules, son accent, son verre d’eau, son mouchoir pour se tamponner les tempes luisantes, faisant cela, elle fait tomber ses lunettes, c’est un moment de fragilité, et de douceur, comme toujours avec Eva, elle dit «Nous sommes chez nous, nous les Français et les Françaises, métèques venus des quatre coins du monde pour fairela France. Nousles métis et les immigrés, qui travaillons sur les chantiers, nous cassant le dos pour ériger des bâtiments, nous sommes chez nous. Nous les nègres, bougnoules, youpins, norvégiennes ménopausées, nous sommes la liberté d’aimer, l’égalité devant la loi, la fraternité », et dehors, sous la pluie, le parapluie comme arme de poing, dans les vapeurs de merguez et les ruissellements du ciel, tout le monde applaudit, et scande son nom.

Ce sera donc elle, ma fille d’avril.

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J – 18 : voir et nommer

Voilà, enfin ça chauffe un peu je trouve, enfin les fumerolles de l’élection comment à soufrir, comme à l’approche de Noël où il faut parfois attendre le 22 décembre pour parvenir à sentir les effluves natales, lorsque la crèche a trouvé sa place, que l’on a fini de rouler les truffes dans la poudre de cacao, que l’on s’apprête à ouvrir les huîtres, et qu’on allume des cierges…Eh bien là, je me mets enfin à ressentir l’adrénaline des derniers jours, les palpitations de la campagne, les barouds d’honneur, comme on le dit des vins. Ce soir, je vais voir Eva Joly faire des claquettes ou des numéros de bonneteau au Cirque d’hiver. Et plus le temps passe et plus je l’aime (bien que des amis bien intentionnés m’adressent des compilations d’article expliquant, mais vainement, pourquoi le vote écologiste en ce mois de mai, c’est Jean-Luc Mélenchon) ; j’ai même bravé mon devoir de réserve en accrochant aux murs de mon bureau sa profession de foi. Hier soir, documentaire sur France 2 sur les agriculteurs victimes de l’utilisation massive de pesticides depuis cinquante ans, sujet méconnu : cancer, handicaps, lymphomes, et des combats sans fin contre les mutuelles agricoles, aussi dures en affaire que des études notariales, pour faire reconnaître ces infirmités en maladies professionnelles. Tout ramène à l’écologie.

Par contre, sur un autre plan, scène marrante ce midi dans un cinéma de la Garede Lyon, où à l’heure du déjeuner, je suis allé voir en compagnie d’un chat, Blanche-Neige le film (ne riez pas). Une dame devant nous, visiblement prenant très à cœur la projection, l’agrémentant à haute voix de ses commentaires : « Qu’est-ce qu’elle est belle, Blanche Neige… ». Mais à un moment plus perfide, suite à l’apparition de la mère castratrice de Blanche neige à l’écran, un « Oh la salope », échappée fugace de la Tourette.

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Je lis aussi en ce moment un opuscule d’une trentaine de pages, aussi fin que mignon et intéressant : « Les yeux d’Œdipe (inutiles, sauvés) ; quand le google, face au monde, saura voir et nommer », de Frédéric Metz, Institut de démobilisation.

Voir et nommer. Google prend dans ce cas une minuscule, il est une sorte de minotaure.

J – 19 : longanimis animus

Dimanche après-midi, dans un décor en fond de scène ressemblant à un trompe-l’œil, donjons et mâchicoulis du Château de Vincennes, François Hollande sur la grande scène discourant sur l’espoir de la Franceà gauche ; j’ai trouvé ça ennuyeux et venteux ; il faisait même un peu froid, Aurélie Fillipetti et Najat Vallaud-Belkacem ayant plus de peine à chauffer la salle outdoor que le convecteur mon bureau l’hiver, la sténodactylo qui prenait en direct le discours, affiché en sous-titres pour les malentendants, se trompa quatre fois de suite, lorsque FH(M), citant l’héritage du premier François président dont il se revendiquait, elle écrivit Frédéric Mitterrand [à la place de]. La foule se gaussa plusieurs dizaines de seconde, oubliant même d’écouter le discours de l’autre.

A la fin, on ne chanta quela Marseillaise, et ni l’Internationale ni le Chiffon rouge, puis nous dispersâmes sous les notes  de la rengaine mécanique et débilitante de campagne, le Changement c’est maintenant _

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Et je me remémorai le premier jour de mai 2007 où nous étions installés sur les pelouses de Charléty pour soutenir Ségolène, et Renaud et Thiéfaine avaient chanté, et il faisait grand beau…

Au bas des messages que je reçois d’un coopérateur d’Europe-écologie les Verts, cette citation.

« Charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur et maîtrise de soi… » (Epître aux Galates – chapitre 5 – verset 22).

Je fais les recherches qui s’imposent.

Longanimité, : du latin longanimis, patient, de longus (« long »), qui dure et animus (« esprit »)[1]

  1.  (Littéraire) Patience avec laquelle un être puissant et bon endure les fautes, les insultes qu’il pourrait punir.
    • Il fallut à M. de Morvelle toute la longanimité d’un candidat pour ne rien laisser voir de l’humeur que lui causait cette chicane. — (Julie de Quérangal, Philippe de Morvelle Revue des Deux Mondes, T.2,4, 1833)
    • Hélas! Messieurs, le Dieu de nos pères, qui devait armer d’un papier vengeur la main de l’électeur, s’est montré d’une longanimité, d’une indifférence sans pareille. — (Émile Combes; Discours du 4 septembre 1904 à Auxerre)

C’est bien, mais c’est dur.

J – 23 : libafichop

Tout à l’heure, parcourant Paris en scooter pour aller boire un café avec mon éditeur (car oui, j’ai un éditeur !), je vis, du côté du pont d’Austerlitz, les officielles affiches de la campagne ; Bayrou tout sourire comme s’il venait d’entendre une histoire belge ; Sarkozy côté vampire, yeux plus bleus que le bleu de tes yeux ; Hollande dans un photomaton ouvert sur la campagne ; Marine Le Pen, pin-up de minitel rose, Mélenchon général d’armées, Cheminade l’air soucieux de celui qui se demande comment raccourcir le temps de trajet vers Mars. La plupart avait les yeux percés, des scarifications de stabilo boss sur le visage, des griffures de papier, et gondolaient comme à Venise sous les coups de la colle à tapisserie.

Tous sauf : Jean-Luc Mélenchon, Eva Joly, & Philippe Poutou, intacts. Le travail avait été bien fait.  

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J – 24 : Charlotte

Aujourd’hui, mon grand-père, dont on ignore pour qui il votera le 22 avril, fête ses 89 ans. Il est encore cependant un roseau vert (une sorte de Stéphane Hessel n’ayant pas atteint la postérité, et n’ayant jamais été diplomate en Israël, qui préférerait faire des mots croisés et manger du chocolat noir plutôt que d’écrire pour les indignés) – capable faire des plans d’architecte beaux comme des gravures de Rembrandt, de cuisiner des crêpes, de la sauce milanaise, et des pommes de terre poêlées qu’on appelle en Alsace bragelti. Il est un spécialiste de la pomme de terre, comme le sont peut être beaucoup d’Alsaciens qui ont connu la guerre, les privations, les évasions à bicyclette, Mulhouse au temps du trolley, et l’oie gavée tout l’automne à l’abri d’une cave au fond de laquelle on la rejoignait lorsque les sirènes annonçaient le survol et les bombardements imminents d’on se sait plus trop qui, zone grise, l’Alsace, en temps de guerre, pour perpétuer la tradition d’un déjeuner de Noël au fois gras. Aussi cette publicité pour le Comité catholique contre la faim et pour le développement, le laisserait sans doute circonspect.

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J – 26 : c’est officiel

La question que je suis en train de me poser à l’instant même où je couche ces lignes à l’encre noire sur pochette cartonnée rose, seule support à dispo, est celle de ma probable schizophrénie : comment puis-je être aussi excédé par le retard du train SNCF dans lequel je suis confortablement installé et qui circule actuellement une heure quinze au-delà de l’horaire initialement affiché, au point de ressentir l’impérieuse envie, voire le besoin de fracturer une de ces larges baies vitrées dont on fait maintenant des trains Intercités, avec le marteau idoine, et être en même temps aussi admiratif, aussi épaté par ces mecs, et ces filles, sont-ce Coupat ou d’autres, peu m’importe (je suis en train de lire le très bon ouvrage du journaliste David Dufresne sur le sujet, Tarnac, Magasin général), qui à la Toussaintde l’année 2007, ont posé nuitamment en plusieurs endroits de France des fers à béton sur les caténaires de lignes à grande vitesse afin de perturber gravement le trafic…

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J’y vois là cependant la constance de mon ressentiment envers la SNCF, ce qui est quelque chose de rassurant.

C’était ma contribution au débat sur la politique des transports, pour mai 2012…

J – 29 : peut-être pour ça aussi qu’on te dit ville rose

Et pour le Capitole, et l’ouverture de la revue de presse de Bruno Duvic où même les mémés aimaient la castagne, parce que Mélenchon est en train de devenir un peu dingo, drogué à l’hélium des grandes hauteurs sondagières, parce que le Mac Do était vide et que les tireuses et les stands à merguez faisaient le plein sur les trottoirs de la grande place…

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J – 31 : l’art de corriger les fautes

Je suis depuis quelques semaines en cours du soir un cycle de formation au métier de correcteur, un métier qui offre plusieurs avantages, dont celui de pouvoir être pratiqué en toute saison, n’importe où, y compris depuis chez soi, avec un minimum d’outillage, un stylo pouvant à lui seul faire l’affaire. C’est très intéressant, j’y apprends les rudiments de l’orthotypographie, qui est une sorte de travail de joaillier de la langue, ou parfois de bucheron quand la copie est très mauvaise, de chirurgien orthopédique pour pied de page, un travail d’autiste aussi….

« Orthotypographie est un beau néologisme. Sa formation, fort différente de celle d’orthotypographia (rareté néolatine forgée il y a quatre siècles : ortho + typographia = typographie correcte) ne doit rien à la préfixation. C’est un mot-valise subtil : orthograph[e] + typographie. Il est parfait pour désigner l’armada des prescriptions à la fois orthographiques et typographiques, par exemple celles qui concernent l’écriture des titres d’œuvres »

Jean-Pierre Lacroux, avant-propos de son œuvre posthume

Les gens qui nous l’enseignent sont très sympas et très compétents, quoiqu’un peu autistes aussi, mais dans leur genre ; anciens chefs correcteur du Monde, des éditions Larousse, d’autres maisons d’éditions, etc.

 Quand bien même l’orthotypo est une matière assez peu sujette à l’air et aux fluctuations du temps, pleine d’inertie, les profs ne se foulent pas trop sur le choix des textes qui nous sont donnés à corriger, ne renouvèlent pas chaque trimestre les exercices, et n’ont pas peur de la poussière.

Hier soir, ça parlait de John Major, du minitel, d’Ivan Lendl, de francs français et d’URSS.

Il nous fut indiqué, lors de la première session de cours, qu’il ne fallait en aucun cas envisager trouver un emploi à l’issue de la formation…En tous cas ne pas viser les postes au sein des rédactions (presse quotidienne) ou des grandes maisons d’édition, tous trustés par la syndicat des correcteurs, plaçant ses inféodés selon des principes de cooptation ancestraux…des militants trotskistes, ou anarchistes, empochant mensuellement pour une ronde de trois heures tous les soirs sur les épreuves prêtes à partir aux rotatives, vingt mille francs, et le reste du temps à consacrer aux études marxistes et au militantisme…

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Il nous fut aussi raconté qu’à l’examen d’entrée au service de correction du Monde, une des questions de culture générale fréquemment posée à l’oral était celle des crus du beaujolais, dont il fallait citer six noms ; par exemple Brouilly, Fleury, Juliénas, Moulin-à-vent, Saint-amour, Chiroubles…

Un repaire d’anarcho-autonomes et de buveurs de vin rouge libertaires. Voilà une belle corporation.

NiDieuNiMaitreNiCroquette dans Mai 2012

J – 33 : pseudo

Paru dans le dernier numéro du Tigre, en vente dans tous les meilleurs kiosques, rubrique courrier des lecteurs, d’un qui ne s’y est pas trompé.

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Article déjà publié sur le chat.

Oui, plutôt cargo culte que cargo de nuit.

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Plutôt Joseph Kessel, ce lion, que Stéphane Hessel

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La diversité, en mai 2012, c’est Eva qui l’incarne, aussi, et elle qui pourrait aussi endosser la formule packagée sur le film entourant mes mouchoirs de papier posés devant moi en ce jour de rhume : « Quadruple épaisseur : douceur et résistance ».  

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