J – 56 : tétine au miel

C’est il y a vingt minutes, sur la ligne 2 du métro (aérien, donc, sur cette portion), entre Jaurès et la Chapelle. Un petit bébé est allongé dans une poussette, sa maman sur un strapontin juste à côté, et le bébé qui suçote le doigt de celle-ci. Juste à côté, un clochard, ou disons, un marginal, qui ne prétend plus, et peut-être depuis longtemps feindre de ne pas l’être – le visage est rougeaud, cerné, l’alcool est passé par là, et puis d’autres intempéries. La discussion s’engage. L’homme, qui a d’incroyables oreilles décollées et des cheveux gris éparpillés, demande pourquoi elle ne prend pas la tétine, ou la sucette. La maman explique que non, elle la rejette, elle mime, elle a quelque chose comme trente cinq ans, un bonnet orange, un air très sain – de bonne santé, de bonne composition, d’honnêteté. Elle ne fuit pas le dialogue, s’intéresse à ce qu’a à lui dire le clochard, qui justement lui dit que, dans ce cas, il y a peut-être quelque chose à faire, ce que sa maman à lui faisait, et là, on mesure le chemin parcouru, c’est-à-dire qu’elle mettait des petites boules de miel à l’intérieur de la tétine, hein qu’en pensez-vous, ça ne peut pas faire mal à un enfant du miel, dit celui, qui, comme dirait papa, n’a pas du sucer que des glaçons dans sa vie, et ne sera pas à Villepinte demain, c’est bon le miel. Oui, c’est une bonne idée, acquisse la maman. C’était l’humain d’abord, slogan de Jean-Luc Mélenchon sur la ligne 2 du métro un samedi soir.

 

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