J – 57 : Jacques Cheminade, Life on Mars

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Cheminant il y a quelques jours en direction du RER B, je fus accosté à l’entrée de la bouche de métro légèrement cariée par des militants dont je ne fus pas capable d’identifier à la seconde l’appartenance partisane : Front de Gauche ? Témoins de Jéhovah ? Je continuai ma route, mais eu le temps de lire en passant la titraille du tract… « Qui a peur de Jacques Cheminade ?! ». Arrivé au tourniquet, je fis demi-tour ; rebroussai chemin sur quelques mètres pour finalement me saisir du feuillet ; je me souviens plus trop de l’apparence des colporteurs matinaux, sinon qu’ils étaient deux, ce qui me paraissait déjà beaucoup pour Jacques Cheminade.

Je fus content en effet de les avoir rencontrés, après avoir lu quelque part que la masse volumique du parti Solidarité et progrès se composait au total d’une cinquantaine de militants dévoués, population trente fois inférieure à celle des pandas – vivant dans la sauvagerie de leur biotope s’entend. Le même plaisir de la rareté que de lever un lièvre, maraudant en forêt l’automne, que de cueillir un trèfle à quatre feuilles, dont le très grand Eric Chevillard écrivit un jour sur son blog l’Autofictif que « s’il portait chance, incontestablement, il était si hasardeux d’en trouver un que tout son pouvoir bénéfique s’épuisait dans cette bonne fortune ». Phrase que l’on peut être amenée à relire deux fois pour être sûre de l’avoir bien comprise, et qui ensuite emplit de joie.

Le programme du parti au nom fleurant bon la gauche, ou l’arnaque, me laissa perplexe, car, à l’analyse, son contenu échappait complètement aux classifications périodiques des éléments politiques connues : un atome de pensée économique crypto-léniniste, quelques molécules frontistes, d’autres électrons libres, et une dimension cosmique inédite dans le paysage politique ; je reprends là Libé, ayant perdu depuis le tract que j’avais pourtant l’intention de coller dans mon carnet de vie, compilation intelligente de tous les petits bouts de papier que l’on ne veut pas jeter : 

« Accélérer les programmes d’exploitation et d’industrialisation lunaire, créer une atmosphère artificielle sur Mars et un pont terrestre eurasiatique de l’Atlantique à la mer de Chine, mais aussi orienter l’effort scientifique vers les armes à bouffées électromagnétiques, enseigner l’astrophysique (qui permet de voir et de comprendre au-delà de la «banlieue Terre»), autonomiser les établissements scolaires sous forme de «Républiques en petit», et apprendre dès la maternelle le «chant choral» ou remettre la langue de Villon et de Rabelais au poste de commande dans l’enseignement ».

Quelque chose qui me fit penser au critique rock Yves Adrien, rock thermidor, quelque chose d’infini, quand le programme anticrise du PS ou de l’UMP d’augmenter la TVA ou de se serrer la ceinture plutôt que les coudes, évoque plutôt le parti-fini bien connu des éboueurs marseillais.

Cela étant, crédit doit être donné à Jacques, dont j’appris ce matin en écoutant distraitement France Inter depuis mon lit, qu’il venait de déposer ses 500 signatures au CC, d’avoir, lorsqu’il eut la première opportunité d’être candidat en 1995, été un des premiers, avec Arlette, à taper aussi sauvagement sur le grand capital et annoncer la crise à venir avant tout le monde.

Prophète farfelu, mage, avec quelque chose en lui de Thierry Meyssan plus que de Tennessee, mais cependant diplômé d’HEC et de l’ENA, ménestrel, sourcier, ainsi va Jacques Cheminade sur son petit sentier à la pente légère, entre 0 et 1%.

Je fus cependant heureux de l’entendre renvoyer dans ses buts Pascale Clark, qui décidément, m’insupporte chaque jour davantage, presqu’autant qu’Ariane Massenet. Il y eut notamment cet échange ; Cheminade interrogé sur les raisons de la non-validation de ses comptes de campagne en 1995.  

« - Le compte a été rejeté pour des raisons absurdes, en s’asseyant sur le code civil, parce qu’on a  dit : « Vous avez présenté des prêts de personnes physiques sans intérêt, or l’absence d’intérêts dénote une intention donatrice » – on va la chercher & on requalifie en don ; à ce moment là il y avait trop de dons… Or le code civil dit : « Un prêt se caractérise par la nécessité de rembourser, avec ou sans intérêts », donc probablement on a cru que j’étais un musulman, parce que je ne voulais pas d’intérêt.

Pascale Clark, interloquée. – Un musulman. Et alors ?

Cheminade. – Oui. Parce qu’on est contre le prêt intérêt. Blanc. Les Musulmans sont contre le prêt à intérêt. Voyant qu’elle ne comprend rien…Non c’est une plaisanterie, vous savez…

- Ouais, de pas très bon goût, d’ailleurs. Pas très bon goût.

Par-dessus, la voix de Cheminade. – « Il faut en faire parfois à la radio ».

Retour en arrière. Pascale Clark visiblement n’a pas réussi à suivre le raisonnement un peu alambiqué de Cheminade, et on lui pardonnera. Tout à coup, elle entend le mot « musulman ». Là, elle croit à un dérapage, et se couvre, avec ce « de pas très bon goût » répété deux fois.

Or la blague n’est pas si mauvaise, et en tout cas, on ne peut y voir aucune connotation raciste ou dépréciative.
Cheminade a l’air de connaître effectivement la finance islamique, que je connais moi surtout pas le biais de la microfinance du même nom, largement pratiquée à Djibouti – répondant aux principes de la charia, finance islamique, en accord avec le droit musulman donc, est basée sur deux principes : « l’interdiction de l’intérêt et la responsabilité sociale de l’investissement ». La banque se rémunère cependant – non pas en demandant des intérêts, mais en achetant elle-même le bien pour le compte du client – et en le lui revendant avec une marge – une sorte de leasing. Au final, ça ne change pas grand-chose, sauf que formellement il n’y a pas d’intérêt…Que l’honneur est sauf. Sauf celui de Pascale Clark.

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