Les yeux d’Eva

André Labeur ressemble à Georges Brassens – et également à Georges de profil, feu Georges et feux-follets aussi, cheveux blancs gris bouclés et clairsemés, rides horizontales sur le front, taulier de bar, chansonnier. On s’attend d’une seconde à l’autre à le voir bourrer sa bouffarde ou chanter la marguerite. Je finissais l’installation de l’exposition de mes « œuvres » en métal soudé au centre culturel Arthur Rimbaud, et passait sur chacune d’entre elles un chiffon imbibé de White Spirit pour en ôter la poussière et faire briller les chromes (un peu comme si je faisais du tuning). Lui dans le jardin faisait ses balances – bref, tous les deux nous bossions, mais c’était pour moi plus agréable, puisque cela se faisait dans une atmosphère perlée de chanson française « old generation », celle que j’adore trop : Ferrat, Brel, Caussimon, Barbara, deux trois couplets à chaque fois, le temps d’ajuster le retour, de changer l’accordement d’une guitare. Le soir, sous un spot de lumière jaune, et dans la nuit tiède, c’était encore mieux. Voilà notamment ce morceau (de bravoure, d’anthologie) qu’il a fait à la perfection, que je ne connaissais pas, émouvant aux larmes comme des épluchures d’oignon… Une musique de Jean Ferrat sur un texte de Louis Aragon.

1-05 Les poètes

Ah, Aragon, J’ai un truc avec Aragon. Je suis presque à chaque fois que je lis quelque chose de lui estomaqué par tant de musicalité silencieuse, par la beauté de la langue et par la justesse, et je me dis, mais comment fait-il ? Il y a en a quelques autres que j’aime, mais eux je sais comment ils font, Houellebecq écrit avec le cynisme et le désabusement d’un employé moyen qui regarde tous les soirs Questions, fourre sa prose dans un emballage cellophane et l’éclaire avec un néon de supermarché. Djian met des cocktails de rhum, des cigarettes, et des minijupes à chaque page. Piazza (Antoine), que j’ai découvert récemment, écrit sans jugement de valeur, et sans jamais de dialogue ; ce qui donne un résultat très chiadé, un bijou ciselé dans la plus pure et la plus classique des langues (lisez La route de Tassiga, 2008, éditions du Rouergue). Ce sont là des recettes, que sans pour autant prétendre à les reproduire, je comprends. Et j’aime ces trois là et je sais comment ils font. Mais Aragon…ça non, ça me dépasse que chaque mot soit si bien à sa place. On ne voit jamais les coutures, transparentes – on ne voit pas les rivets posés sur les rimes, ni les ciseaux tailler la métrique de chaque vers. On ne passe pas dans les cuisines ou dans les loges – il n’y a que le rideau rouge satiné, et la magie.

Par exemple ; « Son cri entrait dans mon être et on croyait y reconnaître du Rainer Maria Rilke ». (Est-ce ainsi que les hommes vivent – là chanté par Léotard).

02 Est-ce Ainsi Que Les Hommes Viven

Je crois que c’est le meilleur.

Pendant ce temps-là, Eva Joly est merveilleuse, avec sa franchise presque inconsciente (« ni pour la pitié ni pour l’aide »), poétesse même si tout le monde l’accable. J’ai donné aujourd’hui pour sa campagne, pour la première fois de ma vie, mais ce n’était pas un don de partisan, d’adhésion idéologique, et encore moins de militantisme, mais plutôt un don comme on en ferait à des chercheurs qui se battraient pour trouver un vaccin, ou à des humanitaires qui voudraient reconstruire Haïti ; un don de combat. Car cette campagne en est une au sens de celle de Russie ou de Crimée, une guerre si l’on veut, où les ennemis sont partout. En face bien sûr, à droite, François Fillon, qui moque son accent, et Copé qui veut éteindre, au nom des « intérêts supérieurs de la France », la parole antinucléaire de l’irradiante Eva.

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Mais aussi là, tout près, avec Hollande qui décidément, Hollande, Jadot, ancien porte-parole et ancien de Greenpeace qui a passé sa radicalité au hachoir en entrant en politique, comme on entre dans les ordres, chaste, chaste, visant la maroquin comme l’ambitieux prélat le Saint-Siège, l’appareil du parti qui lui savonne la planche, même au savon noir écologique aux olives et à la potasse. Alors donner pour Eva, pour livrer la bataille et leur faire voir. D’autant, d’autant que les nouveaux petits clips d’Eva font la part belle aux chatons (ce qui m’a rendu un peu gaga) ? Alors, les chatons, vous êtes inscrits ?

http://www.dailymotion.com/video/xmxfl7

 

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