En passant

 En passant dans Le chat à Djibouti Ticket-de-voyage1-973x1024

La semaine dernière, je suis parti à Tadjoura en bac (mais sans réfrigérateur, et sans chèvre, et sans fûts) pour aller rencontrer des bénéficiaires de microcrédits. J’ai vu des carnets de crédits très bien tenus, où les emprunteurs signent avec leur pouce encré chaque dépôt fait au titre des échéances qui se répètent tous les mois comme des phrases classiques sur du papier à musique, j’ai vu des coffres-forts fermés à double tour, un album photo de tous les membres de la coopérative, beau comme le livre de l’inconnu du photomaton (Kassowitz), l’amoureux d’Amélie, j’ai rencontré des gens qui ne comprenaient pas grand-chose aux grands principes de la microfinance, du crédit revolving, à l’exclusion bancaire à laquelle les programmes de développement devaient s’efforcer de remédier et qui n’était pas une fatalité, mais qui néanmoins, avec 100 000 ou 200 000 francs, avaient pu reconstituer le stock de leur petite épicerie, ou poser quelques chevrons, une plaque de tôle, et ajouter une terrasse à leur petit restaurant, j’ai rencontré une femme qui vendait des galettes de farines, et dont le micro prêt auquel elle avait souscrit lui permettait maintenant d’acheter les sacs de farines à des grossistes plutôt qu’à des petits épiciers usuriers, et accroître ainsi sa marge, une autre femme qui projetait de commercer avec le Yémen, dès que la situation là-bas le permettrait, pour acheter des cageots de mangue ou des barils de fuel, le rapide calcul mental qu’elle fit devant moi fit apparaître des bénéfices mirobolants à la revente, et elle me dit avec une sorte de condescendance de celle qui a réussi, ou s’apprête à le faire, ou croit qu’elle réussira, que ce n’était pas à des activités génératrices de revenus qu’elle rêvait, mais bien au business international et à l’import-export, et qu’elle n’était pas du genre à faire cuire des galettes dans un vieux four yéménite, je rencontrai aussi une autre femme qui avec l’argent du prêt venait de s’acheter un nouveau pick-up en contradiction évidente avec l’objet de l’emprunt tel que libellé dans son contrat, et bien d’autres histoires.

Pendant ce temps là, Greenpeace crochète les centrales nucléaires comme de vieilles masures abandonnées, pour les squatter tout l’hiver.  Et moi je peins des fresques de Corto Maltese à l’hôtel Corto Maltese de Tadjoura.

Photo-AA-en-corto-maltèse dans Le chat à Djibouti.  

 


Autres articles

2 commentaires

  1. tinou dit :

    Je sais que tu aimes employer le verbe aimer dans tes articles. Moi j’aime voir que Greenpeace est un des fils rouges (ou verts?) du chat.
    Et vu que j’ai horreur du site officiel de Greenpeace France, je me dis que beaucoup d’adhérents ferait mieux de venir chiner ici!
    Bises

  2. inconnue dit :

    trés jolie la fresque.

Répondre

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier