Balbala vu du ciel

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Cet après-midi, je suis monté dans un hélicoptère MI-17 (appareil de transport lourd soviétique) pour accompagner, non pas Yann Arthus-Bertrand,  mais le travail d’un bureau d’études recruté pour réaliser la cartographie de Balbala. Il a fallu une matinée pour équiper la grosse abeille ; radar, GPS, écran laser, quatre ordinateurs, des câbles partout ; avant, avant le développement de ce genre de technologie portant le nom de LidarGrammétrie, il fallait des semaines pour réaliser le levé topographique au sol d’un quartier ; plusieurs géomètres à temps plein arpentant chaque ruelle, délimitant chaque parcelle, pour un résultat souvent aléatoire. Là, il nous a fallu trois heures ; l’hélicoptère a suivi un plan de vol fait de 16 lignes droites, quadrillage haussmannien sur l’anarchie du slum, qu’il se devait de suivre 450 mètres au-dessus du sol, avec une tolérance à droite ou à gauche de trente mètres.

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Un jeune ingénieur de Lausanne, penché au-dessus du vide, casque et masque de ski, harnaché en mousqueton, dans un style à mi-chemin entre le surf et l’alpinisme, tenait pendant chacun des trajets en ligne droite une sorte de caméra infra (quelque chose) réfléchissant au sol des ondes permettant la capture dans un disque dur de dizaine de points par mètre carré. Les rayons sont donc passés sur chacune des petites venelles en terre de Balbala, chacun des taxis verts comme de petits lézards se faufilant entre les entrailles d’une roche, chacun des toits de tôle dessinant le bidonville, chacun des mômes courant dans la poussière. Vu d’en haut, Balbala est une fourmilière, une ruche pleine d’alvéoles ; l’oued Ambouli à sec dessine dans son delta de grandes racines, comme un arbre immense qui se serait allongé dans la glaise : les portiques du port à container sont d’agréables balançoires ; au bout de chaque ligne l’hélicoptère fait un 360, ou une chaussette, c’était le terme ; l’air frais entre alors dans l’habitacle mais on n’a pas froid. Passer l’après-midi dans un hélicoptère est une chose agréable, mieux qu’une sieste, comme une séance de cinéma muet, du coton dans les oreilles pour amortir aux tympans le tournoiement du rotor, le monde vu d’en haut est assez miraculeux. Ce sont là quelques unes des joies de mon métier.   

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