Délicatesse de sepiolida

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Commençant à envisager sérieusement mon départ de Djibouti, et ce qui s’ensuivra, la rupture de bail, le déménagement, les malles ouvertes, ayant désormais un peu d’expérience de la chose, je me suis mis en tête de consommer d’ici la fin de mon séjour la plus grande partie des produits d’épicerie stockés sur l’étagère de mauvais bois de ma cuisine, et pour lesquels j’ai dans l’ensemble assez peu d’expériences ; ainsi, le passage parfois express, parfois rallongé, dans tous cas bon comme un café sucré (-parfois frappé), de diverses colocataires féminines en mes murs, a fait s’entreposer sur cette étagère, et parfois prendre la poussière, des sachets de quinoa, des paquets de blé précuit, des petites capsules de gousses de vanille, du sirop de soja, des briquettes de lentilles vertes du Puis, des pois cassés secs et inertes comme des boutons de manchettes.

Hier soir, donc, prenant les choses en main, j’ai fait l’inventaire, compilé l’ensemble des données sur un site de recettes participatif, qui m’a donné donc ceci, feuilles imprimées et posées négligemment sur le plan de travail, quand vais-je avoir le courage ? Velouté aux pois cassé et à la crème, ragoût de lentilles aux petits lardons, couscous sans couscoussière, lasagnes aux épinards et au chèvre, etc.

Faisant escale hier au supermarché LeaderPrice, the place to be, pour acheter les compléments qu’on ne trouve que là-bas, fromages de chèvre et autres lamelles de cochonnets, à ces projets gastronomiques, je tombais notamment sur ces deux promotions étonnantes ; petit pot de crème fraîche soldé à 100 francs au lieu de 690. Puis plus loin, dans le bac à surgelés, sachet de 500 grammes de petites seiches, bradé de 1790 francs à 50 francs. Je réalisai alors qu’on était le 31 octobre. Et qu’un certain nombre de produits arrivaient à expiration le soir même. Je glissai dans mon cabas les 6 pots de crème qui restaient – mais pour les petites seiches, que faire ? Car il y avait encore au moins 30 sachets. Or au taux de change du jour, le sachet initialement vendu à 7 € était donc soldé à 20 centimes d’Euros. Ce qui fait que ce n’est plus tant la variable financière qui vient limiter nos achats (qui fument) qu’autre chose ; de la place dans le congélateur ? L’anticipation de notre propension à manger de la seiche à répétition ? L’incertitude sur le côté caoutchouteux ?…Pour bien comprendre le problème, noter qu’à l’aune de cette promotion, on pouvait donc acquérir 5 kilos de petites seiches pour 2 €. Et de là la question : mais qu’est ce que je vais bien pouvoir foutre avec 5 kilos de seiches ? Je décidai raisonnablement de n’acheter que deux paquets ; j’ai testé hier soir la préparation à la sétoise (à Sète, on appelle les petites seiches des sépious), qui devait bien faire saliver Jojo, ou Paul Valéry, aussi, encore, du haut de son cimetière marin : d’abord couper deux oignons et trois gousses d’ail, les passer dans le hachoir, les faire revenir dans de l’huile d’olive jusqu’à ce que les oignons deviennent translucides, puis mouiller avec un verre de mauvais vin blanc (mais pas non plus le blanc de blanc vin de table – il faut pouvoir boire une petite rasade quand même en cuisinant), et ajouter deux cuillérées à café de concentré de tomates, bien mélanger, pendant ce temps-là, passer les faux poulpes dans une poêle pour évacuer l’eau qui reste de leur feu congélation, les dorer un peu à l’huile, de l’autre côté, après quelques minutes, joindre de la purée de tomates, des feuilles de laurier (tressées), selpoivre, piment doux, faire glisser les petites seiches toutes blanches au milieu de toute cette pigmentation, renifler pour voir si ça sent bon, confirmer, goûter.

Hier, mon riz basmati par contre était trop cuit, parce que Farid est arrivé en retard pour le dîner.

 


2 commentaires

  1. cha dit :

    ça se mange encore vivant ?
    bisous bisous

  2. edith dit :

    Eh oui, Adrien ,c’est moi, je sais tu n’y croyais pas ou plus, depuis le temps, comme quoi il faut garder espoir !
    Ce soir, j’ai commencé par errer sur le blog de Céline puis suis passé sur le chat qui fume (j’ai du taper « chat qui fume adrien Absolu » sur google et magie du net ton dernier papier apparait)
    Déjà deux articles, et ma fois, ça se lit ! …et comme tu parles cuisine dans celui là c’est gagné. Bref tu ne nous dis pas le plus important : elles étaient bonnes les seiches ? à lire je me dis que la sauce devait en tout cas bien les arranger.
    Je ne pensais pas que Leader price colonisait aussi l’Ethipie.
    Et qu’as tu fais des 6 pots de crème périmés le soir même ??
    Allez, je reprend ma lecture, avec tisane au lieu du café et chocolat à la place de la cigarette, à 51 ans il faut se ménager.
    Je t’embrasse
    edith

    Pour quand est prévu le retour? tu vas devoir

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