Archive pour septembre, 2011

La Grèce dégrade la note de deux agences de notation

J’ai pensé à ce titre tout à l’heure, ça m’a fait rire. Le notateur arrosé par une pluie de drachmes…Rêver, c’est pas interdit.

putelatpierregriechischekatze9979046.jpg

Merveille de la technologie (le gay-savoir)

On n’a pas fini de mesurer les ravages des nouvelles technologies sur nos vies, et sur l’intelligence collective. De tous ces bidules qui tweetent, pokent, downloadent, swiftent, surfent, lowcostent, coleslawent, bipent, doodlent, et floglastent, et invitent le fascisme, ou la débilité pure, dans nos intimités ; il convient de s’en prémunir comme des anophèles, avec force sprays répulsifs. Que mon petit frère qui me lira peut-être soit aussi souvent connecté à Facebook me laisse pantois, voire inquiet.

La dernière blague, donc, puisqu’il y en aura d’autres (exactement comme avec les propositions des députés UMP ; avec ma collègue Sarah, nous avions un jeu : trouver « l’idée UMP du jour » – et toujours authentique ; Lundi, l’allégeance aux armes. Mardi, interdir l’Euromillion. Mercredi ; faire don de ses RTT à la société. Jeudi ; rétablir la peine de mort. Vendredi ; déclarer la primaire PS inconstitutionnelle. Samedi ; interdire le hip-hop. Dimanche ; apéro saucisson_vin rouge à la Goutte d’Or – et encore bonne semaine). La dernière blague du deux point zéro : une application Androïd, le générique Google censé concurrencer l’iPhone (slogan de Google : don’t be evil…) intitulée « mon fils est-il gay ? » 

Un extrait de l’article paru chez Elle, et sans retouche, je sais, ça paraît fou, mais ce n’est pas un pellagique d’avril. 

« Pour 1,99 euro, les mamans soucieuses de l’orientation sexuelle de leur progéniture pourront enfin savoir si elles auront des chances de devenir grand-mères un jour. Le tout sans avoir besoin d’en discuter avec le principal concerné. Merveille de la technologie. « Vous avez un doute ? 20 questions pour savoir si tout est bien en ordre avec votre fils », annonce ainsi l’application dans sa présentation. « Bien en ordre » : le ton est donné. Dès le départ, l’homosexualité est considérée comme une anomalie.S’en suit un questionnaire bourré de clichés. Votre fils n’aime pas de football mais adore les comédies musicales ? Il écoute Mylène Farmer et passe du temps dans la salle de bain ? « Inutile de vous voiler la face ! [...] Il est gay ! [...] Acceptez-le ! Il est attiré par les garçons comme vous par les hommes. »

indochinepeggym.jpg 

Cela appelle quelques questions. Qu’un programmateur complètement disjoncté, pour rire, commette une telle application, ne surprend pas outre mesure, mais que fait « la chaîne de validation des applications d’Androïd » ? N’y a-t-il pas encore sur cette terre, dans les services de marketinge, chez les geekos, des gens qui aient encore un minimum de sang-froid ? De hauteur de vue ? Est-ce que le monde n’est-il pas en train de sombrer et se noyer dans son vomi ? Ne vaut-il pas mieux ouvrir un bouquin de Philippe Djian plutôt que de se connecter à Internet ? N’est-il pas préférable de boire un verre plutôt que de « rechercher le signal » ? 

Car moi-même, je suis un fan d’Indochine, j’aime me peindre les ongles en noir pour aller voir en concert Nicola Sirkis, j’ai l’oreille percée, j’écris parfois un peu de poésie, j’aime porter des jupes, ou des shorts en jeans, me mettre du khôl sur les paupières,  je n’apprécie pas trop les comédies musicales de Bollywood, mais j’adore celles de Christophe Honoré, j’aime les papillons et la couleur rose, fumer mes cigarettes avec un porte-cigarette, et cela étant, j’aime aussi un petit chaton guyanais qui peut attester de ses deux chromosomes X sans l’ombre d’un doute, poitrine et talons hauts. 

Faut-il que je présente un certificat ? 

chatrose0008011.jpg

http://www.elle.fr/Societe/News/Mon-fils-est-il-gay-la-scandaleuse-appli-Android-1731666

A propos de compatriotes

Je rentre aujourd’hui d’un séjour en Guyane, où je suis allé voir mon petit amour CC, nez poudré blanche colombe. J’ai adoré la Guyane, qui est une sorte de Djibouti de chlorophylle – le même dépaysement – c’est-à-dire qu’on ne sait pas vraiment où l’on est, en Amérique du Sud, en France, chez Pocahontas (ou pour Djibouti, dans un Macao africain, un protectorat français, une base militaire…). La même insoumission de paysages globalement homogènes, le désert de rocaille donnant l’écho aux forêts équatoriales, le même sous-peuplement, la même immensité vide, la même langueur, le même sentiment d’évanouissement, de dissolution, propre à ces territoires dont tout le monde se fout, sauf les gens, bien réels, qui les habitent ; on m’a dit à Cayenne, le jour de mon arrivée, et alors qu’on venait de découvrir l’existence de champs pétroliers off-shore (j’avais écrit chants) au large des côtes guyanaises, avec une sorte d’émerveillement, « ce soir on a fait l’ouverture du jité, et pas celui de RFO, non, celui de TF1 ! D’habitude, on ne peut que s’attendre au mieux qu’à un entrefilet à chaque décollage d’Ariane… » J’ai adoré la Guyane où habite Chat, indépendamment des raisons inavouables qui me l’ont fait aimer par elle et pour elle, ce blog ne versant pas dans la prose érotique, pour ce qu’elle est, une terre à fleur de peau et à fleur d’eau.
La Guyane est une expérience de l’émotion. J’en aurais chialé souvent, comme au moment des adieux à l’aéroport de Rochambeau, comme dans Orly de Brel, où j’atterris huit heures plus tard avant de réembarquer pour Djibouti.

carteguyane.jpg

1. Les Hmong. C’est le dimanche,  le jour de mon départ, et des journées du patrimoine. Nous nous rendons dans le petit village au nom cabossé de Cacao, fondé en 1977 par l’arrivée d’une communauté venue des confins laotiens, réfugiée politique, traquée par le Pathet Lao communiste, pour avoir aidé les Français durant la guerre d’Indochine, et les Américains durant la guerre du Vietnam… Des milliers de Hmong avaient déjà obtenu l’asile en France métropolitaine.
La Guyane faisant alors face à un besoin de peupler ses 80 000 kilomètres carrés, et la transportation et l’esclavage ayant été abolis,  on avança l’idée que des Hmong puissent venir s’installer dans cette partie de la France sur l’équateur, pour s’adonner à des tâches agricoles, ce qu’ils faisaient déjà au Laos. Ce qui fut fait. Le 6 décembre 1977, 250 Hmong descendent de l’avion à l’aéroport de Cayenne ; ce que montrent les images en noir et blanc que diffuse le vidéoprojecteur dans la petite salle municipale, un documentaire d’époque façon INA, caméra épaule, on pense d’abord aux premières images au génocide khmer. On voit donc ces Laotiens poser un pied hésitant sur les marches de la passerelle, les photographes sur le tarmac, les flashes qui crépitent, comme pour l’arrivée de la délégation d’un chef d’Etat étranger. Conduits sur le site de Cacao, qui n’est alors qu’une parcelle de forêt vierge, des tentes ont été dressées par la préfecture, pour les accueillir en cette nuit inaugurale. Demain, il faudra se mettre au boulot, défricher, mettre la terre en brûlis, construire des maisons, des écoles, apprendre le français, mais ce soir, on peut seulement se reposer du voyage, on leur a préparé une soupe aux nouilles, les sourires sont timides, mais il y a des sourires, voilà, s’apprivoiser. Vingt ans plus tard, les Hmong ravitaillent l’essentiel des marchés de Cayenne, assurant l’approvisionnement agricole de presque toute la Guyane, maïs, maracujas, ananas, céréales, produisant en aquaculture la crevette dans des bassins qu’ils ont creusés. Ils ont fait la fête pour le premier bachelier de la communauté. Mais chaque dimanche, le marché de Cacao est en lui-même une fête ; ce dimanche, il y a un atelier pour apprendre la confection des nems ; on y mange du riz cantonnais, on y boit du lait de soja ou de la bière chinoise. On peut y acheter des tissus, de l’artisanat lao. Je discute avec une femme qui doit avoir une trentaine d’années, et qui nous apprend à bien humidifier les feuilles de riz pour les rouler en printemps. Elle me dit qu’elle est née au Laos, qu’elle est arrivée à l’âge de trois ans en Guyane. Je lui demande si elle est depuis retournée au Laos. Non, me répond t-elle un peu surprise. Mais vous savez, mon pays, c’est la France. C’est dit avec la retenue et la douceur timide des asiatiques. C’est émouvant. Sur le marché, des vieilles qui sont les pionnières, sans doute parmi les premières arrivantes, vendent des petits régimes de banane. Elles comptent dans un français balbutiant la monnaie qu’elles doivent vous rendre. Et se trompent. C’est juste beau. J’en ai les larmes aux yeux, je suis fier d’être français comme depuis longtemps je ne l’ai pas été. Elles ont le visage fripé, les yeux ridés, sont nées dans les rizières qui  bordent la Nam-Ou, et les grandes plantations de pavot, ont peut-être fumé de l’opium dans leur jeunesse, et ce sont aujourd’hui des compatriotes.

guyane.jpg 

2. Les Noirs Marrons. Saint Laurent du Maroni ; la ville du bagne dans lequel Guillaume Seznec éclusa douze années de sa vie, fait face au Suriname. Entre les deux, la rivière Maroni. Il se dit, il se murmure, que les ressortissants surinamais, des femmes enceintes jusqu’aux dents, viendraient au dernier moment accoucher du côté guyanais du fleuve, dans l’espoir que leur môme puisse, en tant que Français de sol, toucher les allocs qui vont de pair (un bon cheval de bataille pour la Droite Populaire). J’en sais rien, j’en n’ai pas vu. C’est une ville de transit, cela dit, donc de trafic, contrebande, drogue, or, plantes médicinales, etc. Donc une ville assez bordélique, sur sa frange nord, le quartier de la charbonnière, que certains considèrent comme un coupe-gorge, moi tout s’est très bien passé, j’ai mangé du poulet grillé au barbecue arrosé de rhum, mais il faut dire que c’était un lundi soir. La ville regorge d’habitations créoles traditionnelles, très belles, l’architecture est très fonctionnelle, des persiennes dans tous les murs de façade permettent de moduler la lumière et favorisent la circulation de l’air, colorées, il y a des balcons de bois, les rives du fleuve offrent de jolies promenades. Le matin, je trouve une petite embarcation qui me passe du côté surinamais, de là, je cherche une pirogue pour la descente du fleuve. Les Surinamais que j’ai rencontrés étaient marrants, grosses chaînes, dents en or, ceinturons, cuir, lunettes de soleil, j’ai tout de suite eu l’impression de me trouver dans un clip de hip hop, sauf que les types bossent dur, enquillent des caisses dans les pirogues, remplissent des bidons d’essence, se dépensent – ils sont pas là à roucouler autour de leurs poules. Un gars en treillis, tressé, rasta punk, a accepté de me convoyer jusqu’au bled que je convoitais, Apatu, deux heures de pirogue vers le sud, rive française du Maroni, les capsules des boîtes de bières sautent ici dès dix heures du matin, il est difficile de ne pas être ivre. Il s’agissait je crois d’un déménagement, dans la pirogue, une machine à laver, une télé, pleins de cartons, la femme du gars, un nourrisson, une fillette. Nous cinq descendant le fleuve, noyés régulièrement sous les averses (o)rageuses que savent sécréter les forêts trop vertes des tropiques, et on se retrouve sec aussi sec qu’on était mouillé dès que le soleil ressort. Je dors dans le carbet communal – carbet, un mot bien guyanais, désignant une structure couverte et légère en bois ou tressage permettant d’accrocher son hamac. Les quelques villages du Maroni, auxquels on n’accède qu’en pirogue, sont peuplés par les bushimene, ou noirs marrons, esclaves affranchis ou évadés, ayant fui à travers les forêts l’oppression et le servage. J’ai lu pas mal de choses sur les destins de ces noirs marrons, au cours de mon séjour, et jamais l’expression, que certains voulaient me semble t-il insérer dans les manuels scolaires, des « bienfaits de la colonisation » ne m’aura t-elle fait autant marrer. Comme si l’on évoquait « le rôle bénéfique de l’holocauste ». A Apatu, une route depuis l’an dernier a désenclavé le village, mais qui demeure néanmoins campé sur ses positions : la vaisselle et la lessive continuent de se dérouler au bord de l’eau, la nuit est noire et nourrie des bruits mélodieux de la forêt, ou du clapotis du fleuve. Au seul bar du village, perché au dessus des eaux, LCI nous parle de la faillite à venir de la Grèce, et du mauvais sang des banques françaises. Les enfants rentrent de l’école, courent dans tous les sens. Toutes les fillettes sont tressées, et dans leurs cheveux, des perles vertes résonnent avec préciosité avec la couleur de leur uniforme. Les noirs marrons du fleuve Maroni sont eux aussi des citoyens français. Tout comme Eric Ciotti. Ni plus ni moins.

logoguyane.gif

3. Les Galibi. Sur la plage des Hattes, village d’Awala-Yalimapu, les tortues luths viennent pondre dans le sable chaque année, entre avril et juin, leurs œufs. C’est un spectacle prodigieux, qui se passe de nuit ; dans ces mois-là, toutes les petites auberges du village sont en permanence occupées. Moi, quand j’y viens, je suis à peu près seul au monde. J’accroche mon hamac dans le carbet d’un couple d’amérindiens ; tout au bout de la dernière rue bitumée. Le village d’Awala, situé dans une zone de réserve naturelle, est la plus grande enclave amérindienne de Guyane (donc de France). Seuls y vivent des Galibis, qui administrent la commune, et continuent de préserver autant que possible la mémoire des anciens, et leur culture. Cela étant, les gens ne portent pas des pagnes, ou des colliers de plumes ; mais des jeans, ou des shorts, et se déplacent en 206 ou à vélo. A la tombée du jour, je me suis retrouvé à l’épicerie du village à siroter une bière antillaise avec deux habitants, faciès parfaitement indien, qui, après m’avoir expliqué comment ils chassaient le caïman au fusil, ou cuisinaient le pécari en sauce au vin rouge, m’ont demandé pour qui je comptais voter aux primaires du parti socialiste. Eux aussi ont leur carte d’électeur. Au loin, le rythme frappé sur les peaux des percussions, d’une troupe qui répète pour un festival créole qui se déroulera en octobre en Martinique. Je vais faire un tour sur la plage, la lune est basse, orange, ronde, l’eau tiède, le ciel cinglé d’étoiles. C’est bien. Je fume une cigarette.

Ainsi, la Guyane, est, plus que toute autre, terre de métissage, la magie de l’ensemble résidant dans le fait que tout le monde est parfaitement citoyen français, chinois, créole, métro, anciens esclaves, anciens bagnards, la France comme un enduit, une sauce de nappage, de l’argent de poche, une devise sur le fronton d’une mairie, ce qu’on veut en faire. Il est donc en France un endroit où l’on peut manger du cochon bois ou du poulet boucané, téléphoner au Surinam avec Orange Karaïb au tarif local, être un aristocrate en fin de race, voir des jaguars traverser des petits ponts suspendus au-dessus d’une crique (cela m’est arrivé), orpailler de l’or, regarder les matchs de ligue des champions à quatre heures de l’après-midi, se préparer des ti-punch à la belle cabresse, et avoir peur de la dengue.
La France est un pays plein de ressources. Et la Guyane donne souvent envie de pleurer.

Post-scriptum.

Je lis ce jour cette formidable proposition de Jean-François Copé ; que chaque Français à sa majorité ou au moment de sa demande de naturalisation fasse serment d’allégeance aux armes. Ce genre d’idées donnant justement envie de faire allégeance aux larmes.

Le chat qui fume

dscf2689.jpg

La petite mendiante gitane

dscf2617.jpg

Au café du canal

dscf2625.jpg

Romea sans Julieta

dscf2717.jpg

Coeur d’artichaut

dscf2709.jpg

Porte-clés

dscf2700.jpg

Trader

dscf2686.jpg

12

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier