Archive pour août, 2011

Flacons

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Ça, c’était ma réserve d’alcool avant : pastis de contrefaçon, Rum brun Cazanova contenance un litre, faux rhum blanc de marque Contessa XXX Rhum à moins de quatre Euros la bouteille, et qu’on ne peut boire qu’en le mélangeant avec le délicieux thé noir afar à la cannelle, aux clous de girofle, et à la cardamome (et non mone), crème de châtaigne trouvée dans un placard, abandonnée par un ancien locataire, et du scotch indien de cette marque célébrissime pour ses délicieux whiskys tourbés qu’est 8 PM…

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Et voilà ma petite réserve aujourd’hui : de gauche à droite, délicieux porto doux, cognac VSOP, champagne rosé Pol Roger 2000, single malt whisky écossais Glenlivet 18 ans d’âge, armagnac supérieur, vrai Ricard, et calvados de la distillerie du pays d’auge Busnel.

Entre temps, j’ai racheté le petit fonds de commerce éthylique du directeur de l’agence du Yémen qui a quitté ses fonctions !  

Le pays de la soif

Confetti  de la Corne de l’Afrique, la République de Djibouti, si elle ne connaît pas les mêmes famines que ses voisines somaliennes ou éthiopiennes, vit sous la menace permanente des pénuries d’eau, que la sécheresse de ces trois dernières années exacerbe. Reportage dans ce petit pays qui traverse ces temps-ci ses heures les plus chaudes. 

Mercredi 10 août 2011. Un avion militaire A340, en provenance de Roissy, fait rugir ses quatre réacteurs en atterrissant sur le tarmac de l’aéroport Ambouli de Djibouti. A son bord ; non pas un contingent de légionnaires venus prendre la relève des frères d’armes dans ce pays qui héberge la plus grande implantation de forces françaises en dehors de métropole, mais 20 tonnes de PlumpyDoz, un complément vitaminé au goût de beurre de cacahuète, destiné à être distribué à 12 000 enfants en situation de carence alimentaire. C’est le premier convoi d’aide humanitaire acheminé par la France dans la Corne de l’Afrique depuis que la crise alimentaire qui y sévit est devenue phénomène médiatique, et c’est Djibouti qui en est le bénéficiaire. Rien que de très normal, cela dit, géopolitiquement parlant ; la relation de la France avec ce petit territoire blotti tout au fond de la Corne, enserré par les géants somaliens et éthiopiens, et la mer Rouge, a l’intensité et la complexité des histoires séculaires : une centaine d’années de coexistence plus ou moins pacifique, de liens de subordination puis d’émancipation, soldé par l’indépendance djiboutienne de la tutelle coloniale, en 1977, la dernière survenue sur le continent africain.

La Corne de l’Afrique connaît depuis trois années une des pires sécheresses de son histoire contemporaine. La relative impossibilité pour les organisations humanitaires de se déployer en Somalie, ajouté au fait que ce pays, dépourvu de toute structure de gouvernement depuis 20 ans, vit au jour le jour un chaos éreintant, aggravé par la terreur que font régner des milices insurgées shebab se réclamant de la mouvance islamiste Al-Qaeda, font que la situation a viré au drame dans ce pays – que la sécheresse y a semé la mort. Les chiffres de la famine sont connus, mais c’est toujours le même vertige à les répéter, quand on essaie de se représenter les tragédies humaines qu’elles sous-tendent ; 10% des enfants de moins de 5 ans qui décèdent toutes les onze semaines, des taux de malnutrition aigüe qui dépassent les 30% dans certaines régions du Sud, des centaines de milliers de réfugiés sur les routes. Pour Djibouti, dont le destin est affectueusement imbriqué avec celui de la Somalie – on y parle la même langue -, la situation est difficile à vivre ; outre l’afflux de migrants qui viennent peupler de leurs misères le camp de réfugiés d’Ali-Addé, ou les faubourgs de Balbala, le grand bidonville de Djibouti où vivent entassés sous des constructions fragiles, de tôles et de planches, 200 000 personnes, il y a la certitude que la situation sera toujours moins sévère à Djibouti que de l’autre côté de la frontière, ce qui convoque l’humilité et la pudeur. Hiérarchie des douleurs. Il n’en demeure pas moins qu’un cinquième de la population djiboutienne vit aujourd’hui des heures terriblement difficiles ; souffrant de la faim, mais surtout de la soif.

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Pour comprendre la réalité que connaît aujourd’hui ce pays, il faut d’abord parler de géographie. Et de démographie ; quoique relativement peu peuplé, avec seulement 800 000 habitants, Djibouti a connu au cours des deux dernières décennies des taux d’accroissement de sa population de plus de 5% par an, qui ont accentué la pression anthropique sur les ressources limitées de ce territoire faiblement doté par la nature. A Djibouti, pas de gisements de minerais, de puits d’hydrocarbures, ou de mines diamantaires ; mais des roches noires de basalte, témoignage du passé volcanique du pays situé sur la faille du rift, et des petits buissons épineux d’acacias. Peu de contrées donneront un tel sentiment de désolation à les parcourir, suivant par exemple la RN1 reliant la capitale aux districts du nord ; la bande bitumée traverse sur deux cents kilomètres un désert de rocaille, où la végétation est presque tout à fait absente, laissant apparaître par intermittence la nappe bleue profonde de la mer, qui somnole dans le golfe de Tadjoura serti de magnifiques récifs coralliens, ou la masse blanche et hypnotique de la banquise du lac salé d’Assal, en contrebas, enfoncé 166 mètres en dessous du niveau de la mer, sur laquelle réverbère les rayons du soleil. Faisant la route aux heures les plus chaudes du jour, on peut se remémorer les descriptions épiques qu’ont fait de ces paysages infernaux Monfreid, Loti, ou Kessel, qui ont aimé cette terrible et magnifique austérité, ou ce mot juste d’Albert Londres, sur Djibouti : « 40°C à l’ombre, mais d’ombre ici, il n’y en a point ».

Il y a deux Djibouti ; celui de la capitale, qui regroupe près de 70% de la population totale du pays, seule métropole digne de ce nom, fécondée il y a 120 ans par la création de son port, et l’arrivée des Français, et qui auparavant, n’était qu’une minuscule bourgade de pêcheurs. Et celui de l’intérieur des terres, sanctuaire des dromadaires, des pasteurs nomades, ou des éleveurs sédentaires, vivant des petits villages voisinant autour d’un puits ou d’un forage creusé par quelque projet de coopération – là, la vie n’a pas sensiblement évolué depuis un siècle. Le téléphone mobile est arrivé, qui sert bien à retrouver trace des bêtes égarées, lorsque le troupeau s’est dispersé, et parfois la télévision, lorsque des panneaux solaires ont été installés ; mais à part cela, on continue à cuire les galettes de blé au four traditionnel en argile, et à scruter les pluies qui tardent toujours à venir.

Ces deux Djibouti partagent néanmoins une même calamité ; il n’y a pas assez d’eau pour tous.

C’est pourtant parce que la rade de Ras Djibouti, assez large pour y concevoir un beau terminal portuaire, semblait être sise au-dessus d’une nappe phréatique abondante, que le gouverneur français Léonce Lagarde ordonna le déplacement de la capitale de la colonie, alors côte française des Somalies, d’Obock à Djibouti, en 1888. Mais ce qui convenait pour une ville de quelques dizaines de milliers d’habitants ne suffit pas, quand on parle aujourd’hui de 550 000 âmes, au total de l’agglomération. D’années en années, la nappe s’épuise ; la ressource aquifère se raréfie ; alors que les besoins croissent. En 2010, la production d’eau de l’ONEAD, l’office en charge de la distribution, est passée pour la première fois sous la barre des 15 millions de m3, soit moins de 30 litres par jour et par personne, quand la consommation moyenne mondiale est de 165 litres. La faiblesse de la pression dans les canalisations fait que l’eau ne parvient souvent plus à graviter jusqu’aux zones les plus élevées. C’est là le drame du quartier de Balbala, perché sur une petite colline ; il est arrivé cet été que les robinets soient à sec durant quinze jours d’affilée, et les cercles diplomatiques bruissaient de rumeurs sur les premières « émeutes de la soif » à Djibouti. Quand on ajoute à cela le fait que les mois estivaux sont caniculaires, et que l’eau, quand elle coule, atteint des taux de salinité qui la rendraient non potable selon les normes sanitaires de l’OMS, on comprendra mieux l’épée de Damoclès qui pèse au-dessus de la capitale djiboutienne, la situation empirant chaque année, et le biseau salin, c’est-à-dire les infiltrations d’eau de mer dans la nappe, gagnant du terrain.

Quant aux terres de l’intérieur du pays, elles vivent assujetties à la clémence du ciel, dépendantes des précipitations, seules à même d’arroser et de faire un tant soi peu verdir l’immensité pierreuse. Ou de recharger puits, réservoirs, et citernes enterrées, sans lesquelles il n’y aurait pas de vie possible. Or dans certaines régions de Djibouti, il n’a pas plu depuis douze mois ou plus ; la forêt relique de genévriers du Day est en train de mourir sur pied. Conséquence de la sécheresse, les zones de pâturage disparaissent progressivement, ce qui fragilise le bétail, souvent la seule richesse des populations de l’intérieur. On estime que la taille du cheptel ne représente plus que 40% de ce qu’elle était en 2003 pour les ovins, et 60% pour les camélidés. C’est tout l’équilibre économique de ces populations qui est alors en péril ; faute de pouvoir vendre les bêtes, les rentrées d’argent disparaissent, en même temps que la diète est privée de ces précieuses protéines animales que pouvaient offrir le lait de chèvre ou la viande.

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Ces deux Djibouti, aussi disparates soient-ils, n’en sont pas moins indissociables ; les estimations données par le PNUD, en cet été 2011, font état de 120 000 personnes en zones rurales, nécessitant une assistance humanitaire, et de 60 000 personnes en milieu urbain en insécurité alimentaire. Ces dernières souffrent surtout de la hausse des cours céréaliers, qui grèvent leur pouvoir d’achat ; le prix du sac de farine de sorgho, ou de blé, a été multiplié par deux en cinq ans. Pour Djibouti, exportateur net, il n’y a rien pour amortir ces chocs spéculatifs. Quant aux populations rurales, cela fait deux années déjà, depuis l’automne 2009, que le Programme alimentaire mondial (PAM) assure l’approvisionnement en denrées d’une quarantaine de milliers d’individus, ciblant les êtres les plus vulnérables – jeunes enfants, femmes enceintes, malades du SIDA. C’est un flot incessant de pick-up et de camions qui parcourt les pistes défoncées de l’hinterland djiboutien pour pouvoir offrir à ceux-là les 2147 Kcal syndicales par jour auxquelles ils ont droit.

Retour sur le terrain. Mardi 09 août. Un cortège de 4*4 en file indienne approche de la minuscule bourgade d’Hindi, située à quelques 40 kilomètres d’une piste caillouteuse de la capitale, au sud du pays. Au sud de nulle part. 180 familles stationnent déjà, malgré l’heure matinale, et la distance que beaucoup d’entre elles ont eu à parcourir, attendant la distribution de vivres qui leur a été promise. On franchit le cordon de sécurité tenu par les forces militaires djiboutiennes, chargées de la logistique ; des dizaines de bidons d’huile d’olive sont sagement disposés en enfilade, sous la garde des fusils mitrailleurs, à côté de sacs de riz, de sucre, ou de cageots de dattes, un des fruits les plus prisés ici en ce mois sacré du Ramadan, avec lequel le prophète, selon la mystique, rompit le jeune. Il y a dans l’air, ne serait-ce le caractère tragique de cette distribution, que vient rappeler la vue de certains petits corps démesurément maigres, quelque chose d’une kermesse ; trois jeunes ministres se sont déplacés, santé-solidarité-budget, un slogan possible pour une campagne, et serrent les mains qui se tendent en habitués de la chose, les caméras de la première chaîne tirent des rushs, on a monté à la hâte un petit chapiteau sous lequel les autorités s’assoient. Les notables locaux sont invités à faire connaître leurs doléances ; davantage de camions-citernes pour pallier aux insuffisances du seul forage de la zone, tari depuis plusieurs semaines, des soins vétérinaires pour préserver le bétail, des compléments alimentaires. Une des femmes au micro fait rire l’assistance en moquant ces ministres quadra, fraîchement émoulus du dernier remaniement de mai, et que personne ne connaît ici ! Plus loin, des infirmiers et des médecins s’affairent déjà sous les tentes réservées à la vaccination des enfants, ou à la détection de la malnutrition. L’heure de vérité : celle du test dit du « périmètre brachial » – un mètre ruban, placé sur l’avant-bras de jeunes bébés en pleurs, détermine le caractère sévère ou non de la sous-alimentation ; de là dépend les doses de suppléments nutritionnels qui seront administrées à chacun. Certaines mères consciencieuses reprochent à l’agent du ministère de la santé, lorsque le résultat est par trop favorable, d’avoir mal exécuté la mesure ! Deux heures plus tard, tout l’aréopage autorisé remonte dans les véhicules climatisés ; cette distribution, indépendamment de son impact réel, aura été en tout cas, pour le pouvoir en place, l’occasion de faire l’ouverture du vingt heures…

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Cela pour dire cependant que la réponse à la crise alimentaire née de cette sécheresse longue et amère comme un jour sans moofo, ces gros pains de grains qu’on consomme en pays danakil, commence à se structurer. Le gouvernement djiboutien a réactivé la cellule de gestion des catastrophes en sommeil, a nommé un coordinateur, a ouvert un compte dans la première banque de la place, où les grandes richesses du pays sont invitées à déposer leurs dons. Le président de la République en personne a versé 3 millions de francs. Parallèlement, la communauté internationale des bailleurs, et le système des Nations Unies, se sont également lancé dans la collecte de fonds. Un appel humanitaire, à l’initiative du PAM, de l’OMS, du PNUD, de la FAO, et de l’UNICEF avait déjà été lancé en décembre 2010, afin de réunir des moyens supplémentaires pour traiter l’urgence, preuve que la situation était compromise depuis plusieurs mois. Son actualisation en juin 2011 a permis de renouveler cette invite à la générosité des Etats ; sur les 33 millions de dollars collégialement demandés, seize restent à trouver.
La France, au total, a donné 30 millions d’Euros pour la Corne de l’Afrique, et 3 Millions pour Djibouti.

Quand on rencontre quelques jours plus tard le représentant du PAM à Djibouti, M.T., celui-ci se refuse à tenir des propos alarmistes. La baie vitrée de son bureau donne directement sur la mer, on est dans le quartier résidentiel du Héron, gagné sur l’eau à coup de grandes opérations de remblai au cours du siècle passé, les murs des villas sont hauts, blanchis à la chaux, des sociétés de sécurité privées assurent le gardiennage. On peine ici à imaginer les calamités qui se jouent à quelques dizaines de kilomètres, mais M.T, en poste depuis plusieurs années, connaît bien le terrain.  

« Evidemment que la situation est difficile, pour des gens qui n’ont pas vu la pluie ou presque depuis plusieurs mois, mais elle l’a toujours été à Djibouti. Cela fait des années que le PAM apporte un appui aux populations vulnérables, sans lequel elles ne pourraient pas s’en sortir. Mais les dernières enquêtes que nous avons conduites ne laissent pas apparaître une détérioration très marquée de la situation ». Outre ces distributions, le PAM assure aussi l’approvisionnement en vivres du camp de réfugiés d’Ali-Addé, et de nombreuses cantines scolaires.

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Le jour où nous nous sommes rendus au camp de réfugiés d’Ali-addé, situé à quelques encablures de la frontière avec la Somalie, ce n’est cependant pas à une distribution de vivres que l’on était en train de procéder…mais de kérosène, pour inciter les ménages à cuisiner à partir de ce combustible, plutôt qu’au charbon ; les collines alentours, après une dizaine d’années d’exploitation excessive, sont en effet presque entièrement déboisées. Il régnait étrangement à l’intérieur du campement une ambiance apaisée, certainement toute autre que celle qui doit prévaloir dans les mouroirs que sont les camps surpeuplés de Dadaab au Kenya (400 000 réfugiés) ou de Dodo Alo en Ethiopie (120 000). La vie sociale s’y est en effet naturellement développée, comme dans toute construction pérenne des hommes ; échoppes où l’on peut siroter le thé noir afar, taxiphones, dispensaires, associations de jeunes. Sans ironie, le site d’accueil provisoire a les apparences d’un festival d’été, après que les scènes aient été démontées, sauf que les tentes « deux secondes » ont été remplacées par des canadiennes blanches floquées au logo du HCR ! Plus loin, dans le quartier somali, les résidents ont reproduit l’habitat traditionnel, le « toukhoul », sorte de case arrondie faite de bric et de broc, patchwork de couvertures, de fibres végétales tressées et de bâches.

Malgré cela, Ali-Addé lui aussi approche de la saturation ; avec 16 700 réfugiés, il atteint quasiment la taille de la deuxième ville du pays. Des réfugiés somaliens ou éthiopiens, arrivés en masse au moment du régime sanguinaire du derg, et qui ont pu bénéficier de la clause du prima facie qui ne discrimine pas à l’entrée les ressortissants d’un pays en guerre, sont là pour certains depuis bientôt vingt années. Depuis le début de la sécheresse, les nouveaux arrivants se sont faits plus nombreux chaque mois – 870 pour le seul mois de juillet, contre 200 en rythme de croisière. On assistera d’ailleurs, durant notre visite dans le camp, à l’arrivée de deux minibus conduisant depuis le poste frontière de Loyada, une trentaine de nouveaux réfugiés somaliens, accueillis par les jeunes enfants du camp en chansons dialectales. Contrairement aux régions d’origine de la majorité des réfugiés, c’est-à-dire les provinces sudistes de la Somalie, la vie semble ici possible ;  mais quelle vie, cela dit, quand sa durabilité ne repose que sur l’assistance des organisations onusiennes ?

Voilà le paradoxe, et le dilemme, auquel est confrontée actuellement la jeune République. Alors que les corps décharnés tombent comme des mouches en Somalie, on ne meurt pas – ou pas encore, de la faim ni de la soif à Djibouti. Et alors que Djibouti peine cependant à nourrir tous ses enfants, le pays a tout de même fait don, au début du mois d’août, de plusieurs dizaines de tonnes de denrées à la Somalie de Mogadiscio ; étonnante démarche, mais parfaitement normale pour les responsables djiboutiens, estimant de leur devoir de frère d’aider un voisin plus désemparé, et de leur devoir de musulman d’accomplir la zakat, l’aumône, l’un des préceptes de l’Islam durant le Ramadan. De son côté, Fewsnet, le système d’alerte précoce des famines, piloté par la coopération américaine, et qui le premier avait tiré la sonnette d’alarme à Djibouti sur l’imminence de la sécheresse – en janvier 2010 déjà, prévoit dans son dernier bulletin que la situation alimentaire devrait s’améliorer dans les zones rurales d’ici la fin de l’année, une fois la période de soudure passée. Il y a donc consensus pour reconnaître que la situation, si elle est grave, n’est pas désespérée– et si Sartre ne voulait pas désespérer Billancourt, c’est-à-dire la gauche prolétarienne, alors on est en droit de vouloir préserver Balho ou Bondara, deux villages situés dans les zones les plus affectées. Certes ; mais trop souvent, ces dernières années, les existences dans ces confins ont imité la survie, et l’on ne voit pas très bien comment la pente douce pourrait durablement s’inverser. La déclivité des précipitations dans cette région du monde est annoncée par les experts climatiques ; et c’est tout un mode de vie ancestral, celui des pasteurs nomades, qui est aujourd’hui interrogé. La capacité de résilience de ceux-ci n’est pas en cause, ils ont derrière eux des générations de broussards qui se sont accommodés des temps difficiles et des terres arides. Mais l’atavisme est impuissant, quand les pluies ne suffisent plus à régénérer les puits, L’asservissement au programme alimentaire mondial n’est pas davantage une solution de long terme. Alors ?

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Il y a là des choix de long cours à faire, lorsque l’urgence aura été dépassée. Politiques, sociaux, culturels. Soit encourager la sédentarisation, en construisant des écoles, des centres de soins, et en promouvant autant que faire se peut une petite agriculture irriguée et maraîchère de subsistance. Soit abandonner les populations nomades à leur sort, les remettant entre les mains clémentes du ciel, et d’Allah. Pour les Djiboutiens, pieux musulmans dans leur majorité, et adeptes du Mektoub, qui voit en tout évènement une fatalité et la volonté du Grand Créateur, cette dernière option n’est pas forcément la moins digne des deux.

En loukoum géant/ sur un Tapie volant

Combien ça vaut, une élection présidentielle ? Un fauteuil au FMI ? Le soutien politique de Tapie ? 45 Millions d’Euros, c’est-à-dire à peu près le montant du transfert de Pastore au PSG ? Ou celui des indemnités touchées par Tapie lors de son arbitrage, au titre du préjudice moral subi ?

Je m’en rappelle précisément, c’était un beau soir de printemps, on avait commandé des tartes flambées, ouvert en grand les vitres de l’appartement sur le murmure du centre-ville historique de Colmar, les pas des passants sur le pavé, une bière fraîche, hop, 23 avril 2007, moins connu que le 21 du même nom, cinq années plus tôt, mais pas plus joyeux en fait, déjà sur le trajet, on avait croisé la petite clique de jeunes militants haut-rhinois UMP, lycéens, blancs-becs, blanc de blanc, comme les grands crus d’Alsace, grands cons, qui tenaient à la main des ballons de baudruche bleus et blancs, comme s’ils allaient à un match du Racing, au final Ségolène Royal aimable figurante, les dés déjà lancés pour le deuxième tour, les bans affichés. Sur France 2, après l’annonce des premiers résultats, les invités politiques s’étaient succédé sur les plateaux, comme d’habitude, comme toujours, appelant à la mobilisation, remerciant les électeurs qui ne s’étaient pas laissés convaincre par les injonctions démagogiques d’un camp, les ruades populistes de l’autre, appelant au sursaut, surjouant l’humilité, ou déprimant à la télé, montrant leurs crocs, bavant leurs idées tamponnées par un hypothétique peuple majoritaire, buvant le petit lait, caillant comme de la crème, larmant de crocodile, toute la panoplie des déguisements politiques un soir d’élection, mais chacun dans son rôle, crédible, tenant la posture.

Et puis Bernard Tapie est arrivé sur un plateau, était-ce encore Arlette Chabot, ou Alain Duhamel ; d’autres dinosaures, et j’ai découvert ce soir là que Bernard Tapie avait soutenu Nicolas Sarkozy, qu’il avait fait sa campagne, et qu’il appelait à voter pour lui au deuxième tour, qu’il appelait de ses vœux, de ses lumières, de son fric, à l’élection de Nicolas. Quelque chose clochait drôlement, cela dit. Je l’ai dit aux gens qui partageaient ce moment de télévision avec moi ; quelque chose clochait. Bernard Tapie, si pimpant d’habitude, dans ses arguments siglés comme une marque de luxe, cintrés comme un costard à tailler à ceux qui ne lui revenait, le Pen en premier lieu, cinglés comme un ton coupant et acéré, un performeur, perforeur, orateur, politique-né, et qui là peinait à trouver ses mots, bafouillait des arguments éculés précoces, pédalait dans la semoule. Manquait de convaincre, pourtant meilleur VRP de France, et reconnu comme tel.

Et pourtant quelque chose clochait. Tapie l’acteur, plutôt médiocre au théâtre, vaudeville, comme si son corpus idéologique de gauche avait été saisi dans un bas de contention ; obligé de réciter une partition écrite pour quelqu’un d’autre. Car il y avait quelque chose d’étrange, à ce que Tapie, ancien ministre de Mitterrand, et radical non valoisien, s’affiche avec la clique bleue, consorts et consanguins, suive une trajectoire boueuse à la Eric Besson, alors que j’avais toujours considéré Tapie davantage taillé pour la lumière que pour la fange, il me semblait que Tapie et Ségo auraient dû s’entendre.

Quelque chose clochait, et je l’ai vu tout de suite, je l’ai senti, j’ai dit, il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne savais pas pourquoi, mais ça ne collait pas, Tapie en Sarkozye.

Après, cela devient tellement convenu que j’en perds mon sang-froid ; Christine Lagarde qui affirme qu’il n’y a rien eu de contraire au droit, Stéphane Richard, son ex dir-cab, mais toujours faux-cul, qui jure qu’elle a consulté différents avis avant de décider l’arbitrage, qu’une très large majorité des personnes consultées, dont lui, étaient pour l’arbitrage, assurant qu’il n’y a pas eu de pression de l’Elysée, Christine Lagarde se disant confiante, sereine, déterminée à continuer à assurer sa mission au FMI, à « suivre sa feuille de route », sereine, déterminée, arghh, feuille de route, Valérie Pécresse appelant l’opposition à la retenue, au respect de la présomption d’innocence, à la séparation des pouvoirs, déterminée. Alors que quelque chose clochait depuis le début dans cette affaire ; Tapie n’est pas plus de droite que mon chat, que Renaud, ou que Guy Bedos. Mais qu’on puisse devenir mercenaire à tout âge, qu’on puisse se prostituer pour 300 millions d’anciens francs, ça oui, je peux le comprendre.

L’autre blague, c’est quand on apprend que le magazine Vanity Fait a décerné à Christine Lagarde le prix de la sixième femme la  mieux habillées au monde. Sans parler de la coupe de cheveux.

« Cette cinquantenaire au teint hâlé, qui assume sa chevelure grise, s’affiche régulièrement dans des tenues Chanel et ne sort jamais sans son sac de la maison Hermès, sur lesquels elle a fait graver ses initiales ».  

On ne prête qu’aux riches, effectivement. Autrement dit M : « Sans raison/ Ils ne cessent de sévir/ Comme une contravention/ Pour excès de plaisir »

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Randa

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« Naître. Errer. Mourir. Pourrir. Etre oublié ». Nicolas Bouvier

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