Fireball

J’avais eu peur un temps, que ma rage soit partie, que ma haine ne soit plus recuite, mais qu’elle se contente de mijoter bien gentiment et à feu tout doux sans jamais attacher au fond de la casserole – que je souffre d’une sorte d’impuissance politique, plus capable d’atteindre l’éjaculat idéologique, bandant mou pour la gauche comme un caramel. Ces quelques mois à Djibouti avaient presque fini par anesthésier ma faculté, pourtant surdimensionnée, à m’intéresser à la petite vie politique hexagonale, faisant de moi un socialiste neurasthénique.  Mais je suis maintenant rassuré ; je vois que je suis encore capable de faire des grimaces depuis mon lit, où je fais la sieste sous un climatiseur qui est une des plus belles inventions de l’homme, à François Fillon, en pensant à lui, comme ça spontanément, ça me vient –  l’espèce d’image de marque dont semble bénéficier François Fillon dans l’opinion, une sorte d’impunité, la réputation de sage hindou, de moine taoïste, mesuré, concret, sérieux, économe, bouddhiste, m’énervant au plus haut point, tant je le considère comme un homme politique assez veule, daté, conformiste, conservateur, sectaire et tout à fait prévisible.

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Déjà au moment de l’épisode Eva Joly, j’avais eu envie de lui cracher à la figure : « Nous sommes tous Norvégiens », déjà une petite érection élective. Mais je m’étais contenu. Alors même que le premier ministre de la France avait tenu des propos ouvertement « anticonstitutionnels », violant ventre à terre l’idéal républicain, comme ils aiment si bien à dire, se moquant bien du monde – foulant au pied la qualité de citoyen français, une et indivisible. Et voilà que la semaine dernière, il y a eu cet épisode de la règle d’or – de là m’est revenue une phrase de mon premier roman – non publié à ce jour, les éditeurs sont des gens assez veules : « oh mes chères petites aménorrhées, vous vous évitiez bien des tracas », aménorrhées, ce joli mot qui désigne les filles qui n’ont pas leurs règles. Comme vous le savez certainement, François Fillon a signé une tribune dans le Figaro, demandant une sorte d’union sacrée des partis politiques autour de cet impératif de restriction budgétaire, ce qu’il appelle la règle d’or, mais du toc, du plaqué, de la joaillerie chinoise, une règle qu’on pourrait trouver bradée au manège à bijoux de chez Leclerc. Daniel Cohn-Bendit m’a fait rire ; « François Fillon dit ‘vous êtes des débiles mentaux, mais débiles mentaux, suivez-moi’ » ! J’ai beaucoup d’affection pour les débiles mentaux, depuis que j’ai participé à l’animation d’un camp de vacances pour quatorze d’entre eux en Irlande à l’été 2009, je suis allé lire cette tribune pour voir à quoi Dany faisait allusion ; effectivement, Fillon tient ces propos à propos de la gauche, quelques lignes avant d’appeler de ses vœux la concorde ; « Contrainte par ses primaires, l’opposition semble par avance répondre non, quelle que soit la question (…). Pendant que le président de la République et la chancelière allemande mettent toute leur crédibilité dans la balance pour défendre notre monnaie et que la politique que nous menons garantit le maintien de la notation de la France au plus haut, le Parti socialiste semble attaché à la multiplication des emplois publics et des contrats aidés, montrant ainsi qu’il n’a pas encore pris la mesure des efforts que nous devons accomplir pour tenir nos engagements de réduction du déficit et de la dette. ». 

La manœuvre est tellement grosse, la ficelle tellement farinée, que Fillon en devient grotesque, car qui irait baiser la main qui vient de le gifler, à part Jésus, qui irait boire à la bouche de celui qui vient de l’insulter ? Fillon cherche à mettre la gauche « face à ses contradictions », comme ils aiment si bien à dire, mais il ne fait que se mettre lui-même face à son ridicule ; ça sent l’incurie, comme dirait papa. Il ignore même les règles de la civilité.

« Il y a pourtant au Parti socialiste des économistes éclairés et des responsables sincères » : plus haut, il se permet de donner des gages de crédibilité à certains socialistes, de décerner ses satisfecit, comme s’il était le président d’un jury qui aurait autorité sur « ce qui est bon pour l’économie française », et qu’il pouvait délivrer le diplôme afférent, grade de mastère, avec les trois spécialités : baisse d’impôts, mise à sac de la fonction publique, méritocratie libérale. Fillon a la triple mention. Les élections de 2012 le renverront néanmoins à ses chères études, éventuellement notariales, puisque l’activité conviendrait bien à ce bourgeois de la Sarthe (le département, pas le philosophe).

François Fillon est mon viagra politique.  

La photo est de mon fidèle lecteur et néanmoins ami, artiste peinte-plasticien-photographe, Julien Quentin.

 


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