En loukoum géant/ sur un Tapie volant

Combien ça vaut, une élection présidentielle ? Un fauteuil au FMI ? Le soutien politique de Tapie ? 45 Millions d’Euros, c’est-à-dire à peu près le montant du transfert de Pastore au PSG ? Ou celui des indemnités touchées par Tapie lors de son arbitrage, au titre du préjudice moral subi ?

Je m’en rappelle précisément, c’était un beau soir de printemps, on avait commandé des tartes flambées, ouvert en grand les vitres de l’appartement sur le murmure du centre-ville historique de Colmar, les pas des passants sur le pavé, une bière fraîche, hop, 23 avril 2007, moins connu que le 21 du même nom, cinq années plus tôt, mais pas plus joyeux en fait, déjà sur le trajet, on avait croisé la petite clique de jeunes militants haut-rhinois UMP, lycéens, blancs-becs, blanc de blanc, comme les grands crus d’Alsace, grands cons, qui tenaient à la main des ballons de baudruche bleus et blancs, comme s’ils allaient à un match du Racing, au final Ségolène Royal aimable figurante, les dés déjà lancés pour le deuxième tour, les bans affichés. Sur France 2, après l’annonce des premiers résultats, les invités politiques s’étaient succédé sur les plateaux, comme d’habitude, comme toujours, appelant à la mobilisation, remerciant les électeurs qui ne s’étaient pas laissés convaincre par les injonctions démagogiques d’un camp, les ruades populistes de l’autre, appelant au sursaut, surjouant l’humilité, ou déprimant à la télé, montrant leurs crocs, bavant leurs idées tamponnées par un hypothétique peuple majoritaire, buvant le petit lait, caillant comme de la crème, larmant de crocodile, toute la panoplie des déguisements politiques un soir d’élection, mais chacun dans son rôle, crédible, tenant la posture.

Et puis Bernard Tapie est arrivé sur un plateau, était-ce encore Arlette Chabot, ou Alain Duhamel ; d’autres dinosaures, et j’ai découvert ce soir là que Bernard Tapie avait soutenu Nicolas Sarkozy, qu’il avait fait sa campagne, et qu’il appelait à voter pour lui au deuxième tour, qu’il appelait de ses vœux, de ses lumières, de son fric, à l’élection de Nicolas. Quelque chose clochait drôlement, cela dit. Je l’ai dit aux gens qui partageaient ce moment de télévision avec moi ; quelque chose clochait. Bernard Tapie, si pimpant d’habitude, dans ses arguments siglés comme une marque de luxe, cintrés comme un costard à tailler à ceux qui ne lui revenait, le Pen en premier lieu, cinglés comme un ton coupant et acéré, un performeur, perforeur, orateur, politique-né, et qui là peinait à trouver ses mots, bafouillait des arguments éculés précoces, pédalait dans la semoule. Manquait de convaincre, pourtant meilleur VRP de France, et reconnu comme tel.

Et pourtant quelque chose clochait. Tapie l’acteur, plutôt médiocre au théâtre, vaudeville, comme si son corpus idéologique de gauche avait été saisi dans un bas de contention ; obligé de réciter une partition écrite pour quelqu’un d’autre. Car il y avait quelque chose d’étrange, à ce que Tapie, ancien ministre de Mitterrand, et radical non valoisien, s’affiche avec la clique bleue, consorts et consanguins, suive une trajectoire boueuse à la Eric Besson, alors que j’avais toujours considéré Tapie davantage taillé pour la lumière que pour la fange, il me semblait que Tapie et Ségo auraient dû s’entendre.

Quelque chose clochait, et je l’ai vu tout de suite, je l’ai senti, j’ai dit, il y a quelque chose qui ne va pas. Je ne savais pas pourquoi, mais ça ne collait pas, Tapie en Sarkozye.

Après, cela devient tellement convenu que j’en perds mon sang-froid ; Christine Lagarde qui affirme qu’il n’y a rien eu de contraire au droit, Stéphane Richard, son ex dir-cab, mais toujours faux-cul, qui jure qu’elle a consulté différents avis avant de décider l’arbitrage, qu’une très large majorité des personnes consultées, dont lui, étaient pour l’arbitrage, assurant qu’il n’y a pas eu de pression de l’Elysée, Christine Lagarde se disant confiante, sereine, déterminée à continuer à assurer sa mission au FMI, à « suivre sa feuille de route », sereine, déterminée, arghh, feuille de route, Valérie Pécresse appelant l’opposition à la retenue, au respect de la présomption d’innocence, à la séparation des pouvoirs, déterminée. Alors que quelque chose clochait depuis le début dans cette affaire ; Tapie n’est pas plus de droite que mon chat, que Renaud, ou que Guy Bedos. Mais qu’on puisse devenir mercenaire à tout âge, qu’on puisse se prostituer pour 300 millions d’anciens francs, ça oui, je peux le comprendre.

L’autre blague, c’est quand on apprend que le magazine Vanity Fait a décerné à Christine Lagarde le prix de la sixième femme la  mieux habillées au monde. Sans parler de la coupe de cheveux.

« Cette cinquantenaire au teint hâlé, qui assume sa chevelure grise, s’affiche régulièrement dans des tenues Chanel et ne sort jamais sans son sac de la maison Hermès, sur lesquels elle a fait graver ses initiales ».  

On ne prête qu’aux riches, effectivement. Autrement dit M : « Sans raison/ Ils ne cessent de sévir/ Comme une contravention/ Pour excès de plaisir »

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