Archive pour août, 2011

Le pélican

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Don quijote de la Mancha

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Au sujet d’une colline

Le manque d’entretien à l’origine du pire accident de tramway à Rio

Quelques années plus tôt, le chat dans le petit train jaune. Sur le marche-pied.

Infinita tristeza.

Une chanson de l’album Proxima Estacion, Esperança, enregistré par Manu Chao à Santa Teresa…

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Virginia Alvarez, 37 ans, Séville

Un quatrième post de la série “D’autres vies que les nôtres”, consacrée aux résidents du centre de réinsertion de toxicomanes dans lequel j’avais passé six mois, à Séville, en 2005, Proyecto Hombre.  

Ici l’histoire de Virginia, une des rares XX de ce centre, où la parité était encore plus mal en point qu’en politique, Virginia, et sa movida, ses petits joints le soir, sa solitude, et ses deux soeurs, qui nous fait voir que la dépendance aux drogues ne connaît pas plus les genres que les classes sociales. Pour l’article présentant mon travail là-bas, voir un post précédant du chat,  

http://lechatquifume.unblog.fr/2009/06/01/la-vie-nest-pas-un-chemin-de-roses/

Je m’appelle Virginia Alvarez, j’ai 37 ans, cela fait douze mois que je suis entré dans le parcours de réinsertion de Proyecto Hombre, cinq mois que vis dans la communauté fermée, la dernière phase du programme. Je considère mon passage à Proyecto Hombre comme une étape fondamentale de ma vie ; l’avant, et l’après.

J’ai commencé à me droguer sérieusement quand j’avais 25 ans, mais j’ai fumé mon premier pétard beaucoup plus jeune, aux alentours des quinze ans, avec mon frère et mes sœurs. Je suis la cinquième d’une fratrie de cinq, il y a depuis tout temps eu beaucoup de monde autour de moi. Le drame de ma jeunesse, c’est un frère toxicomane ; mon père, qui est par ailleurs une personne admirable, s’est illustré par une méconnaissance totale du processus toxicomaniaque ; quand il s’est rendu compte que son fils se droguait, celui-ci était déjà allé très loin dans les phénomènes de dépendance. La movida ; l’Espagne des années 80. A cette période, les gens qui fumaient des pétards – et beaucoup de gens en fumaient, paraissaient plus intéressants que les autres, c’était l’époque qui voulait ça, et c’est dans ces années-là que mon frère a sombré progressivement, glissant lentement du cannabis aux drogues dures, heureusement il ne se piquait pas, mais c’était à peine mieux mieux, il fumait l’héroïne…Cette découverte de l’addiction de mon frère par ses proches, a été un évènement central dans la vie de notre famille, qui ensuite s’est structurée autour de ses tentatives souvent avortées de sevrage, entre cures et rechutes, centres de réinsertion rechute, nouvelles rechutes…

Aussi j’ai passé une large part de mon enfance à vivre aux côtés d’un frère toxicomane que j’ai beaucoup aidé, et cela paraît incroyable que, en dépit de cela, j’ai pu moi-même sombrer dans la drogue, après avoir côtoyé de si près la longue descente aux enfers de mon frère ; mais je crois que tant que quelqu’un n’a vécu l’expérience de la drogue dans sa propre chair, il ne peut pas savoir réellement ce que c’est la toxicomanie. On a beau ne pas avoir consommé durant 7 ans, comme mon frère en a été une fois capable, un quelconque problème économique, des difficultés professionnelles, ou simplement une mauvaise journée, peut vous faire replonger.

Quoique considérée comme une personne sociale, j’ai eu une jeunesse relativement solitaire, solitaire, c’est-à-dire très dépendante d’une de mes sœurs et des quatre amies qu’il y avait dans ma vie, j’ai toujours eu peur d’affronter seule le monde extérieur, de partir seule en voyage ; à la maison, j’étais la graciosa, celle qui faisait le pitre, la petite dernière chouchoutée par ses aînés. Je prenais aussi des cours de théâtre ; mais dès que je sortais dans la rue, apparaissait un grand complexe d’infériorité…à toutes choses je cherchais quatre pattes au chat, mon père, qui est une personne pleine d’abnégation, luchadora, dédiait toute sa vie à son travail, ma mère était typiquement la mère au foyer de l’Espagne profonde, se dévouant corps et âme à ses cinq enfants, mon environnement familial ne ressemblait pas du tout à la caricature qu’on se fait parfois des familles où sévissent les problèmes de drogue, père alcoolique ou violent, pas du tout. Il était concentré sur sa petite affaire, recherchant de nouveaux clients, passant toute ses journées loin de la maison. Mais d’une certaine manière, mon père ne faisait pas grand cas de ma mère, il lui donnait l’argent nécessaire pour qu’elle puisse faire fonctionner le ménage, payer les courses, nous offrir des jouets, mais il manquait, par exemple, pour aller rencontrer nos professeurs au collège – ma mère, pour des raisons de niveau éducatif, mon père accaparé par son boulot, incapables de tenir le rôle qui aurait dû être le leur, pour élever leur petite dernière, celui-ci était joué par mes frères. Il m’a manqué cette dose d’affectivité de mes parents ensemble – je l’avais séparément, et elle ne suffisait pas.

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A 17 ans, après avoir obtenu mon bac, il a bien fallu que je démarre mes études ; ma grande sœur faisait alors son droit, elle a réussi à me convaincre que moi aussi j’en étais capable, j’étais une personne très influençable, ne sachant rien décider, incroyante en mes capacités, donc je ai suivi son avis. Finalement beaucoup des choses qui me sont arrivées dans la vie n’ont pas correspondu à de vrais choix, et d’ailleurs ne m’on pas particulièrement plu. C’était étrange, quand j’y repense, cette envie de rien en particulier qui m’animait.

Après avoir terminé mon cursus, j’ai réussi à décrocher un boulot dans une petite entreprise, j’étais une employée modèle, assidue, ponctuelle, je me levais tôt chaque matin, le seul luxe que je m’accordais, c’était un petit joint le soir avec ma sœur, qui était travailleuse sociale, et avec laquelle je partageais un logement, al mejor por la tarde cai un pequeno porrito, tout au plus parfois un petit pétard tombait déjà dans l’après-midi, et quand mes collègues de travail m’invitaient à sortir avec elles, je déclinais toujours, je mentais, ce week-end je ne peux, je vais à la campagne, ce que j’aimais, très simplement, c’était être chez moi, écouter un peu de musique classique, lire, éventuellement un ciné, mais toujours un petit joint le soir.

J’ai été amoureuse à 17 ans, durant un an, mais sinon je n’ai presque pas eu de vie affective…On formait un drôle de trio, ma grande sœur, son copain, et moi. Ma sœur appréciait beaucoup ma compagnie, c’est une relation qui dépassait de loin celle qui existe en général entre deux sœurs, mais elle en avait conscience, plus que moi. Un jour, elle m’a mis en garde contre les dangers de notre trop grande complicité, elle était inquiète, elle voulait que je réussisse à construire une vie indépendante de la leur. Elle avait évidemment raison, et bien que nous nous ressemblions, j’ai toujours su que ma sœur était une personne plus raisonnable que moi, et qui était moins sujette aux petits vices de la vie ; pendant qu’elle fumait un joint, j’en fumais trois…Au passage ; une grand-mère alcoolique, un père qui l’était en partie, mon frère toxico, un peu comme s’il y avait eu dans la famille un gène malin – l’alcool ne m’a jamais intéressé, il me faisait sentir mal.  

Donc j’ai quitté l’appartement de ma sœur, et je suis allé me réfugier…chez mon autre sœur ; elle aussi était fiancée. « Allons cette semaine à la plage » ; nous voilà partis tous les trois dans la petite voiture du fiancé. A ce même type qui nous vendait de l’herbe, on achète un paquitillo de cocaïne, une découverte, une révélation, un enchantement. C’est en 1992, l’exposition universelle à Séville, ma sœur mutée à Madrid, et moi qui reste avec son amoureux, avec lequel je m’entendais si bien. A chaque fois qu’il y avait une opportunité, c’est-à-dire chaque week-end, et comme j’étais indépendante financièrement, je m’offrais un petit paquet de cocaïne.

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A 27 ans, ma sœur, qui voulait un enfant, souhaitait changer de vie, aller vers quelque chose de plus stable, de moins virevoltant ; j’ai dû m’éloigner une nouvelle fois.  

A l’université, où je travaillais maintenant, mes amis ne buvaient pas, ne fumaient pas, évidemment ne se droguaient pas, j’aimais bien sortir avec eux, voyager un peu, mais toujours quelque chose manquait, c’est-à-dire de fumer mes petits joints tranquillement chez moi, ou maintenant aussi un petit rail de coke, seule, ou avec ma sœur. A 27 ans, je suis retourné vivre dans la maison de mon enfance ; je me souviens de maman, qui se levait chaque matin, pour me préparer le petit-déjeuner, me presser une orange, le sourire aux lèvres toute la journée. Mais ce qui convenait quand j’avais 15 ans a commencé à m’énerver sérieusement maintenant que j’en avais douze de plus, on frisait le clash avec ma mère, quand celle-ci a eu une attaque, qui l’a laissée comme un légume, totalement infirme. Il y a eu d’abord quatre mois à l’hôpital, où elle luttait pour retrouver certaines facultés et pouvoir retourner chez elle, mais je me souviens qu’elle était heureuse durant cette période, d’avoir retrouvé ses trois filles près d’elle. Et petit à petit donc, son état physique s’est un peu amélioré, et elle a pu quitter l’hôpital. Alors, puisque mes sœurs étaient en ménage, j’ai hérité de la lourde tâche de m’occuper de ma mère impotente, qui ne pouvait se déplacer qu’en déambulateur.

Par bonheur, notre famille est issu d’un milieu social plutôt bourgeois, tous les frais inhérents à la dépendance de ma mère pouvaient être couverts, nous avons pris une employée de maison, qui s’occupait de toutes les tâches ménagères – moi j’étais l’infirmière !  Je langeais ma mère, je lui faisais prendre ses traitements, je lui donnais ses repas…,

A cette époque-là, j’ai commencé à prendre régulièrement de la cocaïne toute seule, dès que je quittais l’université. Je travaillais énormément, je me levais aux aurores le matin pour aller travailler, on avait aménagé mes horaires, de retour à la maison, ma mère m’attendait – pour tenir, y compris sur le plan physique, j’ai rapidement augmenté les doses, deux paquets de coke par semaine – je sentais que ma santé était en train de se détériorer, mais cela m’importait peu. Pour m’échapper, je me suis mis aussi à fréquenter un groupe d’étudiants des beaux arts, surtout un garçon qui avait un discours particulièrement virulent contre les drogues, nous flirtions ensemble, je me sentais bien avec lui, mais mes sentiments n’allaient pas au-delà de l’amitié : j’étais amoureuse du copain de ma sœur, qui le savait, et qui s’amusait à jouer avec nous sans que ma sœur ne s’en aperçoive.

C’est à-peu-près à ce moment-là qu’ont commencé mes problèmes de ponctualité. A l’université, j’étais la secrétaire particulière d’une femme qui avait un mandat politique ; plusieurs fois elle m’a fait des propositions intéressantes de placement, mais je n’ai su saisir aucune des opportunités, l’estime que je me portais n’avait jamais été aussi basse, et cela prenait des proportions de plus en plus dramatiques, ma vie tournait lentement au désastre. Rapidement, les membres de ma famille se sont rendus compte que j’étais en pleine dépression  - je me suis confié à ma sœur Karen, qui m’a conseillé de me tourner vers une psychologue particulière – celle-ci voulait que je démarre un traitement qui comptait des rendez-vous quotidiens dans son cabinet, difficilement conciliables avec la poursuite de mon activité professionnelle. J’ai dit que mes problèmes ne le justifiaient pas ; alors que c’est moi qui étais venue solliciter une aide, le premier vrai mensonge à moi-même, j’ai laissé tombé la psy.

Je suis vite devenue une consommatrice très régulière de cocaïne. Mais parallèlement, je continuais de prendre des cours de peinture, j’allais chez le coiffeur une fois par semaine, je voyais des concerts, j’avais un niveau de vie élevé, et mes revenus commençaient à manquer, la banque accroissait toujours mon découvert autorisé, connaissant les ressources de mes parents… Je passais aussi mon temps à me comparer à mes sœurs, c’était devenue une obsession, une vraie paranoïa.  

Arrive un été, où je prends la résolution d’essayer de me tirer de la drogue. Dans les premières semaines, j’avais un caractère infernal, des sautes d’humeur, mais ça tenait, jusqu’à ce qu’un matin débarque dans notre maison de campagne un voisin, un ancien ami d’enfance qui m’avait fait la cour pendant des années, un ancien toxico. Alors je me suis laissée entraîner ;  on croyait qu’on vivait une époque formidable, en réalité on faisait surtout se droguer, lui était très amoureux, moi j’aimais bien mon petit coursier qui s’occupait de convoyer ma cocaïne, j’étais davantage dans une logique de manipulation que d’amour, mais j’avais quand même de l’affection pour Luis, qui était très gentil avec moi, on tirait des rails ensemble avant de faire l’amour, c’était cela, notre vie de couple, et puis il était guapo, très grand, charismatique. Il prenait un traitement contre l’hypertension.

En septembre, l’année a repris, de plus en plus souvent je manquais le travail, j’avais mon échappatoire, sa petite bicoque dans la campagne sévillane, mon amoureux, mais un amoureux qui ne bossait pas, et qui ne prenait pas seulement de la cocaïne, mais aussi de l’héroïne, ce que je me refusais à voir.  

Jusqu’au jour où moi-même j’ai plongé dans l’héro ; là, la dépendance vient très vite, après cinq ou six prises. Là où ma vie a tourné au cauchemar ; chaque nuit, je me couchais en me demandant quelle excuse je pourrais inventer le lendemain pour justifier de mon absence au travail, on faisait une heure de route tous les jours pour aller à Séville, trouver de l’argent, acheter nos doses, et puis on passait l’après-midi cachés et enfermés dans sa baraque, pour ne voir personne, toute la came partait en une demi-heure, cette vie-là était incroyablement stressante, et nous coûtait une fortune, avec l’essence, les courses, la drogue, c’était une accumulation de calamités sans précédent qui s’était abattue sur ma vie, et aux pires causes les pires remèdes, plus la situation périclitait, plus notre unique refuge était la drogue, c’était un piège dont je ne voyais pas du tout comment je parviendrais à m’extraire. Je n’avais absolument pas la volonté nécessaire pour affronter la situation, qui l’exigeait pourtant, un abandon à l’héroïne qui a duré six mois.

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L’été est revenu ; en même temps que les pires angoisses : il allait falloir, durant les vacances, vivre des journées entières en famille à la campagne. Etrangement, personne ne s’est rendu compte de rien ; Luis était là de temps en temps, on partait à sept heures du matin, après avoir volé quelques billets dans le portefeuille de papa, pour chercher l’héroïne à Séville, je revenais comme une fleur au milieu de la matinée, et puis le reste de la journée au bord de la piscine, on nous prenait pour le couple le plus heureux au monde, moi j’avais une peur bleue du syndrome d’abstinence, que j’avais connu chez mon frère, dans le cas où un matin Luis n’arriverait pas à trouver la dose – je lui avais demandé de me ramener de la méthadone, par précaution, c’est durant cet été que j’ai commencé à fumer la méthadone. Mais l’été a finalement passé ; il avait pas mal diminué mon désir de vivre.

Septembre, j’ai repris le travail tant bien que mal, il me fallait maintenant de l’héroïne au réveil, pour avoir le courage de me lever. Un jour de novembre, alors que j’étais en train d’aider ma mère à faire sa toilette, Luis est arrivé à la maison, il était tout pâle, il avait des maux de tête, mais c’est presque la première – et la dernière fois, que je l’ai vu dans un état à peu près normal. Il ne paraissait pas shooté. Et puis il s’est effondré.

A l’hôpital de la Macareña, s’est posé le dilemme de dire, ou non, aux médecins qu’il se droguait. Le neurologue est arrivé, dans cette chambre, où le père de Luis était penché au-dessus du lit dans lequel son fils unique demeurait allongé dans le coma. Totalement inconscient, intubé. Je pensais que cela pourrait peut-être le sauver, aider les médecins à trouver le juste traitement ; mais j’ai juste laissé entendre, implicitement, qu’il était possible qu’il ait pris quelquefois des stupéfiants, que je n’en savais rien, mais que ce n’était pas à exclure, une vérité partielle, comme toujours savent les inventer les toxicomanes, donner des entournures de respectabilité à la réalité. Au début, le diagnostic n’était pas posé. Et puis on m’a dit qu’il avait fait une attaque cérébrale ; qu’on allait l’opérer, tenter une opération délicate, mais qui pouvait réussir, parce que Luis était jeune ; il s’agissait en gros de placer un cathéter dans la boîte crânienne pour en extraire le liquide. Il y avait deux opérations. La première s’est bien déroulée. Le chirurgien est venu me dire que, dans une demi-heure, tout serait fini. Mais quand il est ressorti du bloc, j’ai vu que quelque chose n’allait pas. Luis était mort. Une artère avait été touchée. On ne pouvait rien faire, m’a dit le médecin, il avait le corps d’une personne de 80 ans…

Ça a été un choc psychologique terrible ; la personne avec qui j’avais tout partagé depuis un an, l’héroïne, et surtout mes peurs et mes angoisses, me laissait seule pour affronter ma pauvre condition. Je n’ai alors pris plus que de la méthadone, je passais mes journées à dormir pour essayer de réduire les doses, les premières semaines, ma famille mettait mon comportement sur le compte du deuil impossible, mais ils ont fini par s’apercevoir qu’il y avait quelque chose d’autre. J’ai été convoqué à une sorte de conclave où nous étions tous réunis ; on a parlé de mon comportement étrange, mon grand frère Nico, ex-toxico, a demandé si je n’avais pas un problème avec la drogue. Mais le moment n’était pas encore venu : non, mais n’importe quoi !!, j’ai hurlé, niant, de honte, de colère, je me suis enfuie de la maison, et je suis allé me réfugier chez notre ex-dealer ; durant cinq jours, je n’ai fait que prendre de l’héroïne et dormir. Un soir, j’entends le gyrophare d’un fourgon de police en bas de l’immeuble ; je sors, sur le trottoir, mes deux sœurs, mon père, mais qu’est-ce que tu fous là, dans ce quartier mal famé ?, on me demande. J’avais en fait prêté ma bagnole au type, qui était recherché depuis longtemps, qui avait été pris en filature par la police et avait été arrêté ; ma sœur était passée à ce moment-là et avait reconnu ma voiture. De là cette scène tout à fait improbable, digne d’un film hollywoodien, sur ce trottoir en pleine nuit, je le raconte aujourd’hui en riant, parce que c’était grotesque, mais qu’est-ce que j’ai pleuré de honte en revivant cette scène, et moi qui gueulais à mes sœurs, mais quoi, je suis majeure, je fais ce que je veux !, et à la police, les papiers de la voiture sont en règle !!! J’ai réussi à convaincre tout le monde de me laisser là, une nuit, je ne voulais pas rentrer avec eux, pas comme ça, leur promettant de revenir à la maison le lendemain. Et le lendemain matin, mes deux frères sont arrivés, ils m’ont pris par les bras, un de chaque côté, on est passé par une pharmacie acheter de la méthadone, et on est rentrés. Ça a été une semaine de grande tendresse à la maison, tout le monde était là, tout le monde pleurait, et tout le monde s’embrassait.

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Huit jours après, j’ai démarré le programme de Proyecto Hombre. Dès le premier jour, il m’est apparu de manière limpide, que c’était pour moi la seule voie à suivre. Six mois de plus, et je serais morte, ou bien j’aurais sombré dans la prostitution. Si l’on veut, le décès de Luis, en accélérant les choses m’a sauvé ; c’est triste et tragique, la perte d’un être si jeune, et je fais ce programme de réinsertion aussi pour lui. Je profite de chaque jour ici, pour accomplir un travail sur moi-même qui soit le plus approfondi possible ; je découvre les instruments qui permettent de gérer la frustration d’une existence sans drogue. J’ai eu beaucoup de chance dans ma détresse ; ma famille est un soutien extraordinaire, mes collègues également ; je pourrais retrouver mon poste après la fin du programme. J’apprends lentement à ouvrir mon cœur aux autres ; je sens qu’en sortant d’ici, j’aurais besoin de partager ma vie avec quelqu’un, de me marier et d’avoir des enfants…

Le chat fait sa toilette

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Merci à Gabrielle Gérard, créatrice, styliste, graphiste, et modiste, pour la nouvelle tapisserie du blog, d’inspiration tropicaliste. Retrouvez sa très jolie marque Ambrym sur www.ambrym.fr

Quant à moi, j’ai parfois l’impression que le chat est ma sentinelle.

 

Mogadiscio mon amour

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Fireball

J’avais eu peur un temps, que ma rage soit partie, que ma haine ne soit plus recuite, mais qu’elle se contente de mijoter bien gentiment et à feu tout doux sans jamais attacher au fond de la casserole – que je souffre d’une sorte d’impuissance politique, plus capable d’atteindre l’éjaculat idéologique, bandant mou pour la gauche comme un caramel. Ces quelques mois à Djibouti avaient presque fini par anesthésier ma faculté, pourtant surdimensionnée, à m’intéresser à la petite vie politique hexagonale, faisant de moi un socialiste neurasthénique.  Mais je suis maintenant rassuré ; je vois que je suis encore capable de faire des grimaces depuis mon lit, où je fais la sieste sous un climatiseur qui est une des plus belles inventions de l’homme, à François Fillon, en pensant à lui, comme ça spontanément, ça me vient –  l’espèce d’image de marque dont semble bénéficier François Fillon dans l’opinion, une sorte d’impunité, la réputation de sage hindou, de moine taoïste, mesuré, concret, sérieux, économe, bouddhiste, m’énervant au plus haut point, tant je le considère comme un homme politique assez veule, daté, conformiste, conservateur, sectaire et tout à fait prévisible.

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Déjà au moment de l’épisode Eva Joly, j’avais eu envie de lui cracher à la figure : « Nous sommes tous Norvégiens », déjà une petite érection élective. Mais je m’étais contenu. Alors même que le premier ministre de la France avait tenu des propos ouvertement « anticonstitutionnels », violant ventre à terre l’idéal républicain, comme ils aiment si bien à dire, se moquant bien du monde – foulant au pied la qualité de citoyen français, une et indivisible. Et voilà que la semaine dernière, il y a eu cet épisode de la règle d’or – de là m’est revenue une phrase de mon premier roman – non publié à ce jour, les éditeurs sont des gens assez veules : « oh mes chères petites aménorrhées, vous vous évitiez bien des tracas », aménorrhées, ce joli mot qui désigne les filles qui n’ont pas leurs règles. Comme vous le savez certainement, François Fillon a signé une tribune dans le Figaro, demandant une sorte d’union sacrée des partis politiques autour de cet impératif de restriction budgétaire, ce qu’il appelle la règle d’or, mais du toc, du plaqué, de la joaillerie chinoise, une règle qu’on pourrait trouver bradée au manège à bijoux de chez Leclerc. Daniel Cohn-Bendit m’a fait rire ; « François Fillon dit ‘vous êtes des débiles mentaux, mais débiles mentaux, suivez-moi’ » ! J’ai beaucoup d’affection pour les débiles mentaux, depuis que j’ai participé à l’animation d’un camp de vacances pour quatorze d’entre eux en Irlande à l’été 2009, je suis allé lire cette tribune pour voir à quoi Dany faisait allusion ; effectivement, Fillon tient ces propos à propos de la gauche, quelques lignes avant d’appeler de ses vœux la concorde ; « Contrainte par ses primaires, l’opposition semble par avance répondre non, quelle que soit la question (…). Pendant que le président de la République et la chancelière allemande mettent toute leur crédibilité dans la balance pour défendre notre monnaie et que la politique que nous menons garantit le maintien de la notation de la France au plus haut, le Parti socialiste semble attaché à la multiplication des emplois publics et des contrats aidés, montrant ainsi qu’il n’a pas encore pris la mesure des efforts que nous devons accomplir pour tenir nos engagements de réduction du déficit et de la dette. ». 

La manœuvre est tellement grosse, la ficelle tellement farinée, que Fillon en devient grotesque, car qui irait baiser la main qui vient de le gifler, à part Jésus, qui irait boire à la bouche de celui qui vient de l’insulter ? Fillon cherche à mettre la gauche « face à ses contradictions », comme ils aiment si bien à dire, mais il ne fait que se mettre lui-même face à son ridicule ; ça sent l’incurie, comme dirait papa. Il ignore même les règles de la civilité.

« Il y a pourtant au Parti socialiste des économistes éclairés et des responsables sincères » : plus haut, il se permet de donner des gages de crédibilité à certains socialistes, de décerner ses satisfecit, comme s’il était le président d’un jury qui aurait autorité sur « ce qui est bon pour l’économie française », et qu’il pouvait délivrer le diplôme afférent, grade de mastère, avec les trois spécialités : baisse d’impôts, mise à sac de la fonction publique, méritocratie libérale. Fillon a la triple mention. Les élections de 2012 le renverront néanmoins à ses chères études, éventuellement notariales, puisque l’activité conviendrait bien à ce bourgeois de la Sarthe (le département, pas le philosophe).

François Fillon est mon viagra politique.  

La photo est de mon fidèle lecteur et néanmoins ami, artiste peinte-plasticien-photographe, Julien Quentin.

Tom, né sous le signe de la Vierge

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Tom est né cette nuit, aux alentours de deux heures du matin, alors que je dormais, et que Farid assurait la cellule de veille, se permettant d’enquiller des petits godets de la bouteille du champagne qu’on avait ouverte prématurément, et délibérément, pour accélérer la sortie de crise, pour faire appel d’air, pour encourager le minot, et soutenir la maman, qui était quand même entrée dans le service de maternité quelques 24 heures plus tôt, il y en a qui sont pas pressés, pour cela, le champagne que j’avais acheté dans l’après-midi, un bras, 10 000 francs, quarante Euros, je ferai suivre la facture aux parents, s’appelait Mumm, Cordon rouge qui m’avait fait penser à Mummy, un bon champagne pour un accouchement, bu avec un cigare Cohiba offert quelques heures plus tôt par Aude, une de mes locataires en partance, moi bailleur social, et donc Tom est arrivé au milieu de la nuit, j’avais les yeux fermés, autant de sommeil que d’une kératite qui ravage ma cornée depuis deux jours, Farid est entré dans la chambre, et m’a dit, ça y est, Tom est né, il venait de lire le texto envoyé par Maman, mais pas Mumm, Maman aujourd’hui grand-mère, « Dormez tranquille, Tom est né et semble en pleine forme comme sa maman ! », 02:28:09, non pas l’heure de l’accouchement, mais celui de réception du message, Tom est né, m’a dit Farid, qui, j’ai demandé ?, j’étais encore dans un rêve étrange, Farid est pour cela un très bon ami car quelqu’un qui ne dort jamais la nuit et donc toujours capable d’assurer une garde, ou d’être d’astreinte, pour prévenir au cas où des bébés viendraient à naître durant la nuit, mes félicitations, hommages, et grandes pensées de courage au papa et à la maman, qui est aussi ma grande sœur…

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Pour sa naissance, une petite berceuse cosaque, un peu austère, mais très jolie. Comme la vie.

La sculpture est du chat.

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Permis / pas permis

Même si ce n’est pas très glorieux - mais quand même d’une sacrée force comique, je ne résiste pas à l’envie de vous montrer ici comment on peut notamment obtenir son permis (moto) à Djibouti (mais j’aurais eu l’élégance de masquer le nom de l’heureux émetteur de la missive, comme ils le font parfois dans le Canard enchaîné – d’ailleus, Antoine, qui vient du Sud-Ouest, en connaît un rayon sur ce volatile, et la cuisson des magrets à la braise…), et à quel type de subterfuge il faut parfois faire appel, et jusqu’où s’abaisser… En attendant, la législation sur la reconnaissance des permis bateau passés à l’étranger a changé en France (et en ma défaveur, slave a de soie), le jour même où je réussisissais enfin à palper entre mes doigts le petit papier rose tout frétillant… ça ne me donne pas une folle envie de soutenir la règle d’or. D’ici peu, je devrais m’attaquer au permis poids lourd. D’ici là je vous embrasse. Cliquer sur le document pour le rendre lisible.

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Obock en noir et blanc

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