Archive pour juillet, 2011

Pour l’Algérie

Pour l’Algérie, qui à la faveur de la partition du Soudan, Nord et Sud opposés aujourd’hui aussi violemment que dans une boussole, force magnétique et milices privées, est devenue ce week-end le plus grand pays d’Afrique, pour l’Algérie natale ou presque de ma chère colloc Sarah, pour l’Algérie de mon papa, celle d’après l’indépendance, et celle d’avant les violences islamistes du FIS qui plongèrent le pays au début des années 90 dans une casuistique dont il ne s’est pas encore vraiment tiré, l’Algérie dans laquelle il vécut au milieu des années 70, coopérant comme tant d’autres, mais aussi objecteur de conscience, l’abonnement à Charlie à tarif spécial, et ce qu’il nous en a raconté, les champs d’oliviers, les mille-feuille vendus au mètre carré dans les pâtisseries de Tlemcen, les réveillons passés à la belle étoile du désert, les roses des sables, l’hospitalité des Algériens, les cinémas, pour l’Algérie de Camus, né en Constantine, dont je viens de terminer un petit livre, recueil de ses articles de presse publiés de 1945 à 1958, deux ans avant sa mort, chroniques algériennes, ses reportages sur la Kabylie affamée par la hausse des prix des céréales, déjà, juste après la guerre, juste après le soulèvement de Sétif, la Kabylie qui n’avait en tout et pour tout à vendre au monde que des olives et des figues, pas de centrales nucléaires, pas de « biens manufacturés », allez joindre les deux bouts en ne vendant que des figues et des olives, à l’Algérie qui fut trois départements français un jour, et qui causa la brouille de Camus et de Sartre, de Camus et de Jean Daniel, de Camus et des intellectuels de gauche en général, qui dénonçant comme un chœur d’hommes les méfaits de la colonisation, n’ont pas pardonné à Camus, éventuellement, de choisir sa mère plutôt que la liberté, ou le ciel bleu d’Alger, l’ombre donné dans les arrière-cours les fins d’après-midi d’été, l’illettrisme de sa mère, les souvenirs se son enfance dans la poussière du Maghreb, plutôt que les chants ivres de l’indépendance, l’Algérie des moines de Tiberine, qui dans le film de Xavier Beauvois, boivent un verre de vin rouge en écoutant de la musique classique, et en pleurant de joie, alors que dehors les portes de leur monastère, les couteaux sont déjà sortis, l’Algérie de la goutte d’Or, où j’habite, rue Saint-Mathieu, juste en face de la jolie église Saint-Bernard, avec ses grossistes en feuille de menthe qui bradent la botte à trente centimes, moins cher que le khat, l’Algérie des Trois frères, rue Léon, où l’on mange le couscous, ou des escargots sur le zinc et la pinte à trois euros, et le café calva, l’Algérie de Julien, du Gavroche, rue Ramey, où l’on joue et perd des tournées au 421, l’Algérie des algériens, des kabyles, des berbères, des arabes, celle que j’aime sans jamais y avoir mis un pied, Camus mort sur une route ensoleillée de l’Yonne dans la voiture de Michel Gallimard une après-midi de janvier 1960 après un repas gastronomique, les moines de Tiberine  morts égorgés dans la neige des montagnes de l’atlas, mais l’Algérie bien vivante, et toute jeune, avec son pétrole, son Islam, et son passé français, l’Algérie et son futur à inventer.

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