Archive pour juin, 2011

Aujourd’hui c’est vendredi et je voudrais bien qu’on m’aime

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Chlorophylle

Ce jeudi, j’ai planté un arbre. Représentant l’agence à l’occasion de la visite organisée par les autorités djiboutiennes dans la forêt du Day, pour commémorer la journée mondiale de l’environnement, j’ai planté un arbre sous les caméras de la RTD, comme les autres officiels, Ministre, FAO, PAM, et puis moi, dans l’ordre protocolaire, poussant frénétiquement et à mains nues la terre dans le petit trou où j’avais déposé la bouture de genévrier qu’on m’avait donnée, pour faire de belles images, salopant mon pantalon de costard, et puis jouant de l’arrosoir sur le plant. Il y a un contentement qui survient, après avoir planté un arbre.

La forêt du Day est à peu près tout ce qui reste à Djibouti de couvert végétal. Voilà ce que j’écrivais il y a trois mois dans la nouvelle plaquette de présentation de l’agence.


Dans le cadre de la lutte contre la désertification, le FFEM a octroyé à la République de Djibouti un cofinancement de 1 million d’Euros pour ce projet, d’un montant total de 11,6 millions d’Euros, les autres partenaires financiers du projet étant le FIDA, le PNUD, et le PAM. Les fonds accordés par l’Agence sont destinés à la mise en œuvre d’actions de sauvegarde de la forêt de genévriers du Day. Dernière forêt primaire du territoire djiboutien, avec le massif du Mabla, sa superficie a été divisée de plusieurs fois ces cinquante dernières années, sous l’effet de la désertification, du surpâturage, et de la surconsommation des ressources boisées pour leur valorisation en matériaux de construction ou en charbon de bois. Pourtant, cette forêt, outre l’intérêt que présente sa sauvegarde pour le patrimoine culturel et mémoriel du pays, tant elle est devenue un symbole du paysage djiboutien, est aussi un repaire de biodiversité aujourd’hui menacé, autant qu’un rempart contre l’érosion des sols. Des interventions conjointes, sur la mobilisation des eaux de ruissellement, sur la mise en défens d’une partie de la forêt, articulées avec un programme de reboisement à partir de jeunes pousses de genévriers, pourraient parvenir à stopper le déclin de cette forêt, et à garantir sa permanence. 

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Le village du Day est situé à 150 kilomètres de Djibouti. Il faut environ une heure et demi de route, puis une heure et demi de piste, pour y accéder. J’ai donc décidé de passer le week-end là-bas, j’ai laissé partir la dizaine bagnoles en cortège après le déjeuner vers Djibouti, Antoine m’a rejoint, conduisant ma voiture, Orbissa nous a accueilli. C’est la dernière maison du village, d’extérieur, cela ressemble à une grande et assez moche casemate, avec des murs en parpaing tout juste recouvert d’un enduit blanc approximatif. Mais à l’intérieur, c’est très cosy. L’ameublement est sommaire, mais au moins ça n’est pas encombré ; au sol des nattes tressées, des coussins pour s’adosser au mur, deux lits en métal d’hôpital, une télévision avec le satellite. La vie spartiate.

Le Day est perché à 1600 mètres d’altitude et assez difficile d’accès. Mais l’air y est divinement frais et vivifiant ; le Président y a une résidence secondaire. Il a aussi un jardin dans lequel pousse le khat le plus coté de Djibouti. Sur son injonction, Electricité de Djibouti a tiré des lignes vers le village, installé un gigantesque groupe électrogène sur la colline ; l’électricité est gratuite, tout comme l’eau. Les habitants de ce village ne sont pas les plus mal lotis du pays. Beaucoup d’ailleurs disposent eux aussi d’un petit lopin de terre ; Mohamed, notre hôte, nous emmène visiter le sien ; trois cent plants magnifiquement alignés, la terre est retournée, d’un beau brun sombre et humide, à côté, les quelques choux font triste figure, et les plants de tomate ont crevé, les fers à béton qui étaient censés faire office de tuteur reposent au sol. Chaque après-midi, Mohamed fait les cent mètres qui le séparent du jardin pour se couper une vingtaine de branches. Il consomme le khat quotidiennement, il en tire une certaine fierté. Il dit ; sans le khat, je suis fini. Je n’arrive pas à dormir. Je fais des cauchemars. De drôles de cauchemars. Avec des trains, ou des serpents, parfois des souris. Avec le khat, je suis à mon aise ». Jeudi, il a passé l’essentiel de la soirée à regarder des parties de catch diffusées via le câble, sur une chaîne type MTV, tout en mâchonnant les feuilles.

Orbissa s’est levée à cinq heures du matin le vendredi, pour allumer le feu, préparer les galettes, la bouillie de fèves, le thé afar.

48 heures au Day. Il n’y a rien à faire, sinon profiter de l’altitude, du silence, de la tranquillité du petit village. Se lever, petit-déjeuner des lamelles de foie et du thé noir, gratter quelques cordes de guitare, changer la roue du 4*4 qui a crevé dans la montée, mettre quelques traits de pastel sur un cahier. Et puis une petite balade, jusqu’à l’ancienne résidence d’été du gouverneur de France, en ruine, mais disposant d’une vue magnifique sur la montagne qui là s’ouvre, comme une plaie béante, jusqu’à la mer, et le golfe du Ghoubet. Sirotant un coca, l’après-midi, dans une des petites boutiques du village, on questionne sur le passé de la forêt. Il y a trente ans, les arbres étaient verts, nous dit-on, tout ceux qui ont crevé aujourd’hui. Il se murmure qu’un Français, un certain Jacques Blot, aurait inoculé un poison à tous les arbres, et serait responsable de la déperdition de la forêt ; durant trois mois, à la fin des années 80, il s’est promené avec une seringue contenant un liquide bleu, et donnait méthodiquement une piqûre à chaque arbre. Quand il est parti, les arbres ont commencé à flétrir. C’est une légende de brousse ; ils ont l’air d’y croire, à Jacques Blot, équarisseur sylvicole. Renseignement pris auprès d’autres sources, JB était un expert en botanique et sauvegarde des espèces boisées en danger, qui fit un travail remarquable pour la connaissance de la forêt du Day, qui déboucha sur les premiers plans de protection ciblée. Turpitudes du destin des hommes. On imagine la controverse Wikipedia s’il disposait d’une notice.

Le retour est chaotique.

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On termine les vingt kilomètres de piste sans crever, mais à cinq cent mètres du but, une suspension lâche, qui donne l’impression que la voiture roule sur une jambe de bois. A vitesse réduite, on s’emmanche sur le goudron, après avoir mis un quart d’heure à boucler le dernier demi kilomètre. Mais une trentaine de kilomètres plus loin, alors que la jauge du réservoir d’essence indique encore la disponibilité de la moitié du tank, je tombe en panne sèche. On pense d’abord que l’aiguille est restée bloquée. Heureusement, il y a une boutique que l’on vient de dépasser trois kilomètres plus au Nord, la seule de toute la route vers Djibouti, où l’on peut trouver du gasoil. On arrête la première voiture qui passe ; ce sont quatre Chinois qui reviennent du lac Assal, le coffre de leur pick-up est rempli de plusieurs centaines des petits sachets de billes de sel qui sont vendus là-bas,
la Chine fait tout en grand. On essaie de leur expliquer, dans un mandarin maladroit, notre situation. Alors ils veulent absolument qu’on siphonne leur réservoir ; une bouteille, du scotch, un trou pour appeler l’air, évidemment ça ne fonctionne pas, il faudrait un tuyau, la seule chose qu’on ait et qui y ressemble, c’est le tuyau du narguilé qu’on avait monté dans le Day. La scène est plus drôle qu’autre chose ; en fin de compte, ça ne marche pas, et ma chicha pue l’essence. Déjà qu’elle tirait mal…Ils finissent par admettre l’idée que le mieux est sans doute de nous convoyer vers la pseudo station, après avoir estimé entre eux les risques que ce soit une embuscade. Le réservoir boit ses vingt litres, je trouve étrange que l’aiguille soit remontée tout en haut, mais bon, on démarre, après voir pompé durant dix minutes. Deux kilomètres plus loin, plus rien sous la pédale, et la voiture s’immobilise d’elle-même, sur le bas côté, il y a de l’air dans le réservoir, dit quelqu’un, on pompe, on redémarre, on cale au bout d’un kilomètre, trois fois comme ça, jusqu’à ce qu’on abdique, et finissions par rentrer en stop à Djibouti, en 4*4 climatisé conduit par un député du Nord de retour d’un mariage…

Mon garagiste, je dis « mon », car il est un peu le médecin traitant de ma voiture, le référent qui peut ensuite m’envoyer vers les spécialistes, et qui ne prend pas la carte vitale, mais accepte les ardoises, un homme de confiance, qui travaille au black, a fait le lendemain les cent kilomètres de Djibouti vers ma place de stationnement, et après avoir diagnostiqué une fuite dans le tuyau d’arrivée d’essence dans le moteur, a ramené Kia au bercail…Je pense de plus en plus sérieusement à vendre ma voiture et à acheter une moto. Je suis d’ailleurs en train de passer le permis ; ce qui ne veut rien dire du reste : j’ai beau avoir le permis bateau, je n’ai pas de bateau !

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