Archive pour mars, 2011

Mon coeur en fusion

« Bon, je préférerais ne pas mourir, bien sûr. Mais tôt ou tard la dame distinguée arrive, le problème est que parfois ce n’est pas une dame, qu’elle est encore moins distinguée, mais qu’elle est, comme dit Nicanor Parra, dans un poème, une pute chaude, ce qui fait claquer des dents le plus endurci ». C’est une phrase prononcée par Roberto Bolano, écrivain chilien, au seuil de sa vie, et de sa postérité. La phrase est rapportée par Philippe Lançon, critique littéraire à Libération, et qui est sans conteste la plus belle plume journalistique qu’il ne m’ait été donné de lire. Libé vit encore de belles plumes, comme de beaux restes, quand tout le reste a tendance à partir à vau-l’eau, ou plus loin encore, dans l’eau fangeuse qui fait les mares dans lesquelles se sont assoupi les journalistes complaisants, et les maquettistes maquereaux qui ont fait de Libé un gratuit payant. Du temps de Val, sur la fin, je n’achetais Charlie que pour y lire les petits trésors qu’y déposait chaque semaine Philippe Lançon, ses chroniques sabrées comme celles d’un marchand de sable pour y réveiller les morts. Philippe Lançon a aussi écrit un livre, Je suis un innocent et je ne sais pas écrire, signé sous le pseudonyme de Gabriel Lindero, mais son intelligence et son style métaphorique sans rien avoir des métaphores qui se regardent pisser tiède, empreinte mieux les petites tenues cintrées de la critique. Par exemple, dans ce texte sur Roberto Bolano, il écrit : « un vautour lui mange le foie depuis sept ans ». Tout le monde aura compris. Une fois, de temps en temps, quand j’y pense, j’imprime au kilomètre toutes les dernières parutions de Lançon, et je lis ça, allongé sur mon lit, ou à la plage, comme on peut déguster des poésies de Francis Ponge ; à petites goulées pétillantes, comme quelque chose de très bon, d’infiniment supérieur à tout ce qu’on peut lire, au quotidien, surtout dans un quotidien. Philippe Lançon vient de recevoir le prix du journalisme littéraire Hennessy. Ses textes sont des petits verres serrés de VSOP.

La mort est arrivée comme une pute chaude sur le Japon claquemuré par la vague, déferlante et tremblante, la terre en ses derniers soubresauts, ou rugissants. La dizaine de milliers de japonais dont la trajectoire vitale s’est arrêtée le 11 mars, a dû voir arriver la vague submergeante comme une pute chaude, ou pire. Ou rien du tout ; les catastrophes naturelles engloutissent des milliers de vie d’un seul coup sans que la mémoire médiatique ne parvienne à en fixer une seule ; tout va trop vite, et déjà la mer reflue ses victimes sur les plages, comme les migrants d’Ethiopie noyés vers le Yémen, et dont on ne parle pas. Ceux-là, et les autres, n’auront pas connu le la distinction de s’éteindre dans leur lit de mort naturelle, dans ce pays pourtant raffiné qu’est le Japon, où, après que les pommiers aient donné leurs fleurs, on cueille chaque fruit un à un à la main, gantée de blanc, on lustre chaque pomme pour que leur robe éclate de rouge, on enveloppe individuellement chacune d’entre elles dans une feuille de papier blanc. Son linceul.

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Les catastrophes nous renvoient tous à la petitesse de nos vies. Comme d’apprendre une nouvelle sur l’autoroute, ce que disait Delerm dans la nouvelle du même nom, pour lui, la mort de Brel serait toujours une autoroute à trois voies, avec un gros camion Antar sur la file de droite. Le séisme au Japon, cela sera pour moi une petite télévision branchée sur France 24 dans une pièce sombre d’une arrière cour à Obock, toute petite ville du Nord, à l’heure où les hommes commencent à mastiquer le qat.

D’instinct (maternel), j’ai d’abord pensé à ma maman. Elle est médecin volontaire dans une association médicale d’intervention d’urgence, Medilor, et peut être appelée d’une seconde à l’autre à partir sur le front de n’importe quelle catastrophe sanitaire qui pourrait intervenir et qui l’exigerait, pour perfuser, recoudre, ablater, panser, ce qui peut encore l’être. Maman était en Haïti l’an dernier. Et puis bon, évidemment, le Japon, la troisième puissance économique mondiale, qui tient dans ses mains comme un carré d’as ouvert la créance de tous les Etats-Unis d’Amérique ; on ne parle pas d’Action contre la faim. On n’a pas besoin de maman.

Ensuite, j’ai pensé que j’allais m’offrir un cocktail de sushis au restaurant le Melting-Pot le soir, par solidarité, et parce qu’on peut essayer de trouver des motifs de se réjouir à tout, lorsqu’on est impuissant au reste.

Et puis il y a eu ce bordel atomique. Julien était avec moi à Obock, alors qu’on recevait hallucinés toute l’info des premières minutes, avant que la cataracte n’ait eu le temps de s’habituer à ces portions d’autoroute avec des plaies béantes comme des lèvres, à ces voitures emportées par des raz-de-marée filmés depuis le ciel, mais pas par Yann-Arthus Bertrand, « Yann-Dieu » comme l’appelle l’écrivain écolo-dissident Iegor Gran… Défilait un bandeau sur France 24 ; « les autorités japonaises annoncent que les centrales nucléaires ont été mises à l’arrêt simultanément au séisme et qu’aucun incident ne serait à déplorer ». Julien est une sorte de mec dubitatif, artiste et nihiliste, qui n’aime pas les ambassadeurs qui boivent du champagne et exhibent leurs maîtresses, pas plus que Strauss-Kahn comme candidat de la gauche, et encore moins l’indulgence que l’on peut avoir pour Marine le Pen, et pas non plus que je reprenne mes coups lorsque je l’affronte aux échecs, Julien est un mec qui ne se-fera-pas avoir-comme-ça-par-la communication-de-crise, et n’est pas un mec qu’on achète avec des promesses, ou des pots de vin, sauf lorsqu’il a trop bu, comme nous tous. Au contraire, il aime Colette Magny.

 

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Dans les mails qu’il m’envoie, maintenant qu’il est rentré en France, pour me raconter une nuit d’amour, il écrit « J’ai passé la nuit avec une fille sublime et on a fait les chatons toute la nuit ». Philippe Lançon pourrait écrire ce genre ce choses. Mais là, à Obock, à jeun, Julien est un cœur révolté, qui me dit, tu verras, dans six mois, on nous annoncera que c’est pire que Tchernobyl. Il n’a pas fallu attendre six mois. Là, on nous annonce que le taux de radioactivité est seulement 3000 fois supérieur à la normale, qu’est-ce que ça veut dire, rien, c’est aussi abstrait qu’un bonus de trader, et on ne voit pas de véritable issue à la catastrophe, on ne sait quand les cœurs en fusion auront un peu refroidi, c’est un scénario à la BP, quelqu’un bientôt va proposer de couler un sarcophage de béton armé sur la centrale. Et qu’on n’en parle plus. Quand j’étais petit, Hiroshima était un des trucs qui me faisait le plus peur. Autant que la sorcière de la rue Mouffetard. Mes parents me chantaient la chanson de Moustaki : Hiroshima.

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Plus tard, j’ai pensé à mon papa, dans l’album photo duquel j’avais un jour trouvé ce vieil autocollant, très simple, années 70, Flower Power, Halte à l’industrie nucléaire. Combat pour la vie. C’est beau comme du Schweitzer. Un visionnaire.

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Les années soixante-dix. L’histoire de la création de Greenpeace, une dizaine de types (américains) vibrionnants qui s’embarquent depuis Vancouver sur un vieux rafiot pour rejoindre Atchimka et aller défier la puissance états-unienne qui s’apprête à faire exploser une charge atomique au large de l’Alaska, là où il n’y pas grand monde à part des ours blancs et des crabes. Il y a là sur le bateau tout ce que l’époque, la côte Ouest américaine dans les années 70, était capable de fabriquer de hipsters ; des journalistes pour la presse underground, des cultivateurs de chanvre, des animateurs dans des maisons associatives, des activistes contre la guerre du Vietnam, des chargés de TD en ethnologie. Et puis aussi des écrivains ayant encore leur œuvre à écrire, des professeurs d’université. Une joyeuse clique, et un capitaine caractériel ayant roulé sa bosse sur toutes les mers du monde, un peu Achab traçant son erre contre un Moby-Dick de plutonium. Le Phyllis Cormack, rebaptisé Greenpeace, navigue vers Amchitka en arrêtant parfois sa route dans des villages indiens, ou des villes fantômes spécialisés dans la production de crabes manufacturés, parfois il y a des pannes mécaniques, et la date de l’essai est reporté, la bateau fait demi-tour vers Vancouver, puis repart vers le Nord, Nixon ment, des collectifs se forment à terre, on envoie des dépêches pour raconter l’odyssée marine du Greenpeace, quand
la VHF autorise les communications, que la météo se calme, certains vomissent par-dessus bord, le mal de mer, ou les cuites au whisky, tout l’équipage finit par se haïr, ou le feindre, ou haïr la promiscuité, ou cette fuite en avant vers un ennemi presque imaginaire et qui se dérobe, on soupçonne même l’un des membres de l’équipage, parce qu’il a un peu plus les pieds sur terre que d’autres, est un peu plus « pragmatique », d’être un agent double de la CIA, c’est dire le climat de psychose qui règne, et celui qui raconte l’histoire, Robert Hunter, en a tellement marre, un soir, il a punaisé sur le rideau tiré sur sa couchette, Fuck off,  et le matin, il va prendre le petit déjeuner avec ce mot doux badgé à son t-shirt, c’est la débandade de toute communauté humaine qui vit dans un espace trop confiné quand elle n’est pas régentée par un ordre militaire, mais quand même, à l’arrivée à Vancouver, ils sont des héros, et s’en aperçoivent. L’histoire sera écrite d’une traite, sifflée comme une bière brune, par Robert Hunter, qui au retour, en bisbille avec ses collègues, en plein tourment dans sa relation conjugale, et au bord de la dépression nerveuse, viendra se terrer dans la cabine du Greenpeace mouillant tranquillement  tout l’automne suivant dans le port de Vancouver, l’inspiration dopée par la bière, l’insomnie, et des centaines de cigarettes, comme il le raconte dans la préface, un peu Kerouac, si l’on peut dire. Les combattants de l’arc-en-ciel., aux éditions Nature writing, le manuscrit est resté vingt ans au bord de l’eau avant d’être publié. De là est né Greenpeace.

Ces mecs avaient cela dit, bien compris vers où soufflait le vent.

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Ce livre, c’est mon petit-frère qui me l’a offert pour Noël. Car quand on parle de Greenpeace, quand il y a un pétrolier qui menace de s’échouer et de déverser sa bile noirâtre sur des plages toujours très jolies, ou une plate-forme d’extraction d’hydrocarbures qui explose par deux mille mètres de fonds, quand les centrales nucléaires japonaises s’affolent et que le cœur du réacteur fait de la tachycardie, c’est aussi de lui qu’il s’agit, tout aussi chat, chat écolo qui fume des joints, boit du maté, porte des pantalons larges comme des jupes découpés dans du coton biologique amérindien, et travaille à GP.

Aujourd’hui, il m’envoie régulièrement des nouvelles du Japon ; des analyses assez fines de la situation. Et notamment cette vérité implacable ; toute l’industrie nucléaire a toujours bâti son discours en matière de sécurité sur l’argument suivant : le nucléaire aurait développé sa sûreté sur la base de la défense en profondeur, ce qui veut dire que la redondance et la variété des garde-fous et des moyens de mitigation seraient tels qu’ils devraient en théorie empêcher toute catastrophe d’ampleur de se produire. Or dans le cas de Fukushima, ce qui s’est passé est limpide ; les digues de protection anti-crues s’élevaient à 10 mètres. Or la vague s’est dressé sur la pointe des pieds jusqu’à 17 mètres et elle a tout submergé : la perte conjointe des sources d’alimentation électrique et d’eau de refroidissement de tous les réacteurs du site ont conduit à une entrée quasi mécanique dans un scénario catastrophique. 

Le lien vers l’article d’Alain Vallee.

Le Japon est un des premiers partenaires de Djibouti. Son agence de développement, la JICA, a financé l’acquisition du bac qui relie la capitale aux villes du Nord, Tadjoura et Obock, de l’autre côté du golfe, un moyen de transport qui a considérablement contribué à désenclaver le pays afar. Le Japon finance aussi la construction d’un centre de recherches, a ouvert une ambassade, et s’apprêtait à installer à Djibouti sa première base militaire à l’étranger depuis la seconde guerre mondiale…C’est dire si les autorités djiboutiennes ont fait la gueule après le séisme, imaginant déjà le reflux de l’argent nippon, comme l’argent de Dubaï s’est évaporé avec la crise financière qui a frappé le petit émirat. Mouvement de marée économique. Djibouti croit toujours à sa pleine lune, et un peu en sa bonne étoile. Les ciels sont toujours superbes. Après le tremblement de terre, le gouvernement djiboutien, avec un empressement louche, a pondu des communiqués de condoléances, des messages d’amitié au peuple japonais endeuillé, des déclarations de solidarité binationale. L’agence de presse djiboutienne a même annoncé que le peuple djiboutien était tout disposé à aider le peuple japonais en quoi qu’il s’agisse, et a eu le bon ton de préciser que c’est le geste qui comptait. Djibouti est un des Pays les Moins Avancés (PMA, appellation contrôlée). Djibouti est plein de bienséance avec les misères du monde riche, et moins avec les siennes.  

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Indochine, que j’aime autant que Philippe Lançon, mais pas pour les mêmes raisons, pas tant pour la qualité de ses textes que pour le souvenir d’un amour adolescent, pour la mèche tombante de Nicola Sirkis, pour les verres de rouge bus en écoutant « savoure le rouge », pour les fleurs posées délicatement sur la tombe littéraire pleine ouverte de Salinger, pour les filles maquillées avec du khôl et les ongles vernis de noir, vient de sortir une chanson en japonais, un Ange à ma table, « dont les bénéfices seront reversés aux victimes » (une phrase tout autant d’appellation contrôlée). C’est kitsch. Mais Indochine a toujours pu se le permettre.

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C’était un post-hommage à Philippe Lançon, au Japon, à Indochine, et à Greenpeace.

Vous pouvez aussi financer l’achat de pièces du futur bateau de Greenpeace, un nouveau Rainbow Warrior.

http://anewwarrior.greenpeace.org/?lang=fr

Ulysse

Hier, j’ai été invité à dîner chez Ulysse. Ulysse supervise les chantiers que nous exécutons à Djibouti. Ulysse est un ingénieur italien de 70 ans, et qui a une barbe blanche bien taillée, et de belles rides. Quelqu’un me disait, il y a pas très longtemps (mais je ne me souviens plus ni qui, ni où) qu’il suffisait de regarder les rides d’un visage pour savoir si la personne avait eu une vie heureuse. Ulysse a des rides qui sont comme le prolongement d’un sourire, d’une espièglerie. Il a dû avoir une vie heureuse, comme quelqu’un qui aurait fait un beau voyage. Sa vie est loin d’être finie. Il a soixante-dix ans, largement de quoi être en retraite, tant au niveau de ce qu’il a déjà donné que de ce qu’il a aussi reçu, et depuis dix ans, chaque chantier dont il a la charge est soi-disant le dernier. A chaque fois il replonge. Peut-être qu’il a développé une relation toxicomaniaque avec le travail, comme certaines personnes qui sont nées dans la première moitié du XXème siècle, et qui ont commencé à travailler vers quatorze seize ans, comme apprenti, à une époque et dans une région où au déjeuner, il y avait des petits bocaux de tomates séchées, et où on travaillait soixante heures par semaines, où on se levait avec le soleil et où se couchait peu après lui, après une cigarette fumée devant la maison. Il a une résidence secondaire sur la côte à une trentaine de kilomètres de Rome. Il a fait construire à côté une maison pour chacun de ses enfants. Il se peut d’ailleurs qu’il les ait construites lui-même. Quand il rentre chez lui, il découvre à chaque fois que son potager n’a pas été correctement entretenu durant son absence. Il ne s’en plaint pas vraiment ; son fils qui pourrait s’en occuper, travaille en tant qu’ingénieur auprès des tours de contrôle, et voyage autant que lui. Ulysse est actuellement seul à Djibouti, sa femme est demeurée en Italie. Lors de son dernier séjour italien, il a ramené de l’huile d’olive, et du basilic, et des pignons de pin. Je ne sais pas comment il a eu connaissance de ma folle passion pour les pâtes au pesto, je lui en ai sans doute glissé un mot au hasard et comme on lance un ballon à la contrée, quand on discute avec un Italien, si l’on ne parle pas de football, ou de vespa, ou de la gauche radicale, on en vient vite à parler antipasti, bruschetta, et pizza au feu de bois. Alors voilà, il m’a invité à dîner, c’était une drôle de tablée, Ulysse, François, son adjoint, plus jeune que lui d’une quarantaine d’années, Français expatrié à Djibouti depuis neuf ans, mariée avec une fille d’ici, père de quatre petits enfants, et une belle et longue barbe ourlée comme un bouquet d’aubépine, de quelqu’un qui ne boit pas d’alcool. X, jeune ingénieur libanaise en mission d’une semaine à Djibouti, et moi-même. Ulysse a cuisiné les pâtes au pesto en s’appuyant sur les instructions données au téléphone par sa femme distante de quelques 8000 bornes, tout est affaire de dosage pour faire un bon pesto, m’a-t-il dit, et j’ai approuvé. Et moi-même. La hotline délocalisée était performante. Un pur délice. Et une drôle de tablée. Ulysse a sorti une bouteille de vin rouge maison, de sa production artisanale. Un peu râpeux, comme l’est un vin dans lequel on n’a pas rajouté de glycérol, et qui n’a pas été oxygéné façon Mondovino. On a parlé de l’Arabie Saoudite, où Ulysse a travaillé une dizaine d’années à construire des routes, et aussi des villas je crois, pour tous les cheiks de la famille royale, en parvenant toujours à tenir les délais, ce qui lui a valu le respect de toute la péninsule arabique. On a parlé du Cap Vert, qui est peut-être le plus beau pays pour vivre. Après on a siroté un petit whisky. Ulysse, monumental comme une œuvre Joyce, dans lequel serait inscrite toute l’Italie.  

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