Sous une croûte de sel

Quelques nouvelles en vrac, comme on déchargerait un cargo non containerisé, et pour garder le contact. Ce mois de janvier ne s’étant pas prêté particulièrement aux longs développements. Apprivoiser 2011.

Je suis retourné au lycée cet après-midi. Les lycéennes ont la fraîcheur des clémentines de la Saint-Nicolas et des seins qui pointent sous des chemisiers tendus comme la corde d’un arc. Faire comme si on n’avait rien vu. Au lycée français Kessel, ai participé au forum des métiers pour aider les lycéens de première et de terminale à se trouver une orientation, à se choisir une vie pas trop pourrie. Installé dans la salle des gens sérieux (j’avais deux amis représentant l’intermittence en salle des artistes, photographes, infographistes, journalistes, disait le programme, manouches ou ménestrels, si l’on sait lire entre les lignes)…Je rigole. Moi, je siégeais à côté d’une DRH et d’un expert-comptable. Ça m’a fait un peu flipper sur ce qu’est devenu ma vie…Economiste chargé de projet, emphasait le carton posé devant moi (à côté d’une bouteille de flotte). Je n’ai pas fait de thèse, j’ai d’emblée précisé pour calmer le jeu.

« César, ouvre-toi », a dit tout à l’heure Mahfoud, le chauffeur de l’agence, croyant employer la formule magique commandant à l’ouverture de la petite caisse de la trésorerie. Rendons à Sésame ce qui lui appartient.

J’étais jeudi soir au meeting d’investiture du président djiboutien sortant, et qui devrait, selon toute logique, le rester après le scrutin du 8 avril (Sainte Julie). Logique implacable du pouvoir en place, je veux dire, que le continent africain connaît bien, avec ce que cela implique de leviers à actionner, de moyens à mobiliser, de voix discordantes à mettre sous silencieux. On m’a proposé de devenir le correspondant AFP pour Djibouti. Pas sûr que cela soit compatible avec ma position actuelle ici, ma candidature est en cours de traitement par les autorités compétentes. Je me suis néanmoins déjà essayé à l’exercice de la dépêche, qui impose une rigueur quasi-monacale de la syntaxe et du lexique, de laquelle je ne suis pas le plus coutumier, par essence. Ma tentative.

Djibouti. Le président Ismaël Omar Guelleh officiellement candidat à sa réélection
Ismaël Omar Guelleh, l’actuel président de la République de Djibouti, a été officiellement investi ce jeudi candidat à la prochaine élection présidentielle d’avril, à l’occasion du congrès de l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), qui s’est déroulé au club hippique de la capitale. 
Déjà investi le 25 décembre dernier par son propre parti, Ismaël Omar Guelleh s’est vu ainsi adouber par la même coalition de quatre partis (RPP, FRUD, PSD, UPR) qui l’avait déjà soutenu lors du précédent scrutin de 2003, devant près de 9000 personnes et dans un show à l’américaine parfaitement orchestré.
Candidat à un troisième mandat, après que le parlement ait entériné en 2010 l’abrogation de la limitation constitutionnelle des deux mandats, « IOG » comme l’appelle ses soutiens, fait figure de grandissime favori au scrutin prévu pour se dérouler le 8 avril 2011, les partis d’opposition peinant à se fédérer et manquant d’un véritable leader à même d’incarner la possibilité d’une alternance. 

Non publié. Communiqué de l’agence djiboutienne de l’information le lendemain.

21/01/2011 – L’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP) désigne M. Ismail Omar Guelleh comme son prochain candidat à l’élection présidentielle d’avril 2011
La coalition des partis politiques formant l’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP), réunie en convention jeudi soir à Djibouti-ville, a désigné le Chef de l’Etat, M. Ismail Omar Guelleh, comme son prochain candidat à l’élection présidentielle d’avril 2011.
L’investiture de M. Ismail Omar Guelleh retransmise en direct par la Radiotélévision nationale (RTD), s’est déroulée dans l’enceinte de l’ancien club hippique de Djibouti, au cours d’un grand rassemblement auquel ont assisté, outre les principaux ténors de l’UMP, plus de 12.000 de leurs militants et sympathisants.
Rappelons que la coalition UMP est composée du Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), du Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD), du Parti Social Démocrate (PSD) et enfin de l’Union pour les Partisans de la Réforme (UPR). 

Je trouve que je me tire honorablement de la comparaison. En réalité, 9000 personnes (ou 12 000 !) assises le cul sur des sièges en velours, une immense banderole sur scène annonçant « la pluralité au service de l’intérêt commun », une ambiance aimable de kermesse, des bouteilles d’eau distribuées, des danses afars retransmises sur les écrans géants, des chansons en somali à la gloire du premier personnage, faisant saturer les caissons de sons placés à quelques mètres seulement de ma position d’écoute.
Lorsque j’ai voulu protéger mes tympans en m’introduisant un doigt dans l’oreille, on m’a dit que cela pourrait être mal interprété, susceptibilité djiboutienne, je suis donc parti tôt pour éviter les acouphènes. J’ai demandé pourquoi on mettait le son aussi fort. C’est pour que les sourds sachent pour qui voter, m’a-t-on répondu.

J’ai acheté un nouveau téléphone, dont je viens de passer une petite demi-heure à découvrir les nouvelles fonctionnalités. Et notamment l’existence d’une dizaine de messages SMS préenregistrés, destinés visiblement à gagner du temps et à faire face aux situations les plus communes de la vie d’entreprise. « Je suis en retard, j’arrive à… », « Je suis en réunion, rappelez-moi à… », « Je suis occupé, je t’appelle plus tard », « J’arrive à… », « Réunion annulée », « Rendez-vous à… », « Rendez-vous dans… », « Veuillez appeler ». On sent les paramétrages faits pour un cadre exécutif lambda et moyennement poétique. Mais le dernier message sauve tout. « Moi aussi je t’aime ». Comme quoi. L’amour au format smartphone.

Ma collègue de la mission éco nous envoie chaque matin une revue de presse des dépêches couvrant l’actualité de la sous-région. Ce matin, j’ai bien aimé celle-ci.

Des pirates somaliens menacent de tuer des pêcheurs sud-coréens
BOSASSO, 23 janvier (Reuters) – Des pirates somaliens ont menacé dimanche de tuer tout pêcheur sud-coréen qui tomberait entre leurs mains après la mort de huit pirates lors d’une offensive menée par l’armée sud-coréenne. (…). Privilégiant le versement de rançons, les pirates somaliens ne s’en prennent jusqu’à présent que très rarement aux otages.
« Nous n’avons jamais prévu de tuer mais désormais nous chercherons à nous venger », a indiqué à Reuters par téléphone un pirate se présentant sous le nom de Mohamed.
« Nous ne demanderons plus de rançon pour des navires coréens, nous les brûlerons et nous tuerons les membres d’équipage. Nous allons redoubler nos efforts. La Corée s’est attirée elle-même des ennuis en tuant mes collègues », a-t-il ajouté
.

Ce que j’ai aimé, c’est l’utilisation du vocable professionnel et corporatiste de « collègues », parlant de types qui blottis dans de petites embarcations type rafiots et bardés de kalachnikov de réforme, attaquent les bateaux chimiquiers. A quand la création d’un comité d’entreprise ? Pirates du monde entier, unissez-vous.

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Enfin hier, j’ai cuisiné une daurade en croûte de sel. J’en rêvais depuis longtemps, l’idée de la croûte de sel se formant dans la chaleur du four et enserrant le poisson entier et seulement dévidé comme un joyau dans son écrin blanc… C’est formidable, très facile, et délicieux. On fait un lit de un centimètre d’épaisseur de gros sel sur lequel on dispose le poisson, on le farcit avec des zestes d’orange et on mouille ses entrailles d’un filet d’huile d’olive. Puis on mélange un kilo de gros sel avec deux blancs d’œuf, et on nappe de cette préparation qui va aussi pour dégivrer un petit morceau de route l’hiver, le poisson en ses écailles. On le dissimule là-dessous, sous cette neige à l’iode. Comme un skieur tombé dans la poudreuse. Puis on enfourne. Les cristaux de sel s’unissent les uns aux autres (Cristaux du monde entier, unissez-vous), formant une chape, une camisole, un fourreau. Là-dedans, le poisson transpire et sue, mais sans rien perdre de la flotte qui humidifie ses tissus, la vapeur d’eau prise au piège de la saline coque. On sort du four, on casse avec le dos de la spatule de bois. On sert avec du riz et de la ratatouille. Puis on regarde au mur vidéo-projeté, 2001 l’Odyssée de l’Espace, et on finit les bouteilles de vin blanc. Bisous.

 


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