Que la montagne est belle

Ça y est, ils recommencent avec leurs conneries. Il fait entre vingt et vingt cinq degrés la nuit, et les gardiens du quartier résidentiel du Héron où je demeure s’enveloppent le soir venu dans des doudounes avec des cols en poils, des trucs polaires, et font semblant de grelotter. Ils m’avaient déjà fait le coup l’an dernier quand je venais d’arriver. Ils se font même des petits feux en grillant des cagettes de bois, une sorte de chauffage d’appoint. C’est assez comique. Retour à Djibouti. Après une longue absence, je veux dire sur mon blog, je m’en excuse, je me sens à l’égard du chat fumant des responsabilités frisant les obligations et qui sont peut-être absurdes, mais je ne suis jamais serein quand un délai de plus d’une semaine s’écoule entre deux billets. Mais je viens de passer trois semaines en France en pleine errance, ou plutôt en itinérance, puisque l’errance désigne l’absence de but précis, alors que le mien était bien clair : revoir mes amis. Qui à Saint-Haon le Châtel (Haute-Loire), qui à Aubenas (Ardèche), qui à Dijon (Côte d’Or), qui à Voussac (Allier), qui à Mulhouse (Haut-Rhin), pas les endroits les plus glamours de France, mais eux le sont cependant, et c’est un joli tour de France (dans une Ford Ka, en écoutant les stations de radio locales). De là qu’il découle des moments rares, boire des matés au coin d’un feu de cheminée avec la presse du jour, boire du champagne une veille de réveillon en écoutant le dernier concert hommage à Jean Ferrat donné à la fête de l’humanité cet automne, et le visage sublimé par les ans de Allain Leprest reprenant « On n’était pas riche ». Boire du rhum agricole auprès d’un poêle agricole en écoutant le sillon de Jean Ferrat lui-même, avec le diamant (brut) posé sur le vinyle. Boire un chocolat chaud entre deux pistes d’une station vosgienne. Avec toujours des gens autour. Apprendre des naissances à venir, découvrir des reconversions professionnelles, jouer à des jeux de société, embrasser des gens. C’était trop pour le chat, qui n’a pas trouvé un clavier ni une connexion pour y coucher ses tourments durant ces trois semaines françaises. Djibouti offre le temps, et n’offre presque que cela, c’est ce qu’on se dit certains jours (certains soirs) où les amis sont trop loin, et la vibration de l’Afrique un peu éteinte, mais le temps, c’est déjà beaucoup.

Meilleurs vœux. Que 2011 soit limpide comme les eaux qui bordent les îles Moucha, salée comme la banquise du lac Assal, sulfureuse comme les cheminées volcaniques qui entourent la lac Abhé, trois des premières attractions touristiques ici.

Ici, deux attentions qui m’ont bouleversé. La première, une enveloppe envoyée de France à mon adresse postale ici, adresse militaire, que je communique au cas où d’autres se sentiraient des velléités…

SP 85005 Armees, 00801 France. Précédé de mon nom. Simple.

Dans l’enveloppe, rien d’autre qu’une carte plus ou moins postale que j’ai scannée pour vous.

 love.jpg

C’est un dessin de Yves Saint-Laurent (gouache sur papier), et 1982, c’est mon année de naissance. Love, 1982. Pas de signature, pas d’expéditeur, rien que de l’amour dessiné par un créateur de mode. Je ne sais qui a envoyé cette carte, mais il faut bien que ce soit quelqu’un, qui ait noté ainsi d’une écriture assez élégante mon adresse sur l’enveloppe. J’aime bien les années paire.

La deuxième, c’est un fax envoyé par mon petit frère depuis son bureau de Greenpeace, la copie d’une « astreinte » d’un huissier de justice me réclamant ses droits, usurpés, mais il est maître (de la situation du moins). Il s’est pointé le 30 novembre en personne (faut-il n’avoir rien à foutre de son temps) à mon domicile parisien pour me réclamer le paiement d’un obscur reliquat d’impôt en ma qualité d’autoentrepreneur (n’y a-t-il pas là une niche qui me protégerait ?). Je n’étais évidemment pas là, mais mon colocataire a bien voulu recevoir sa plainte. Son astreinte, comme il est dit.

significationdecontraintepdf.jpg

Le notaire a écrit dans le rapport ; « Des voisins ont confirmé que la personne habitait bien à cette adresse et son nom est inscrit sur la boîte aux lettres ». François Millet a accepté de recevoir la supplique notariale en qualité d’ « ami » comme il l’a écrit à la main. Car il faut bien des qualités pour recevoir convenablement un huissier. François Millet l’a fait en qualité d’ « ami ». Qu’il en soit ici tendrement remercié. J’ai adoré voir cette amitié officialisée par un acte notarial.

significationactepdf.jpg

Bonne année à tous. Le chat fume à nouveau des Bensons Red.

 


Un commentaire

  1. theronagnes dit :

    Ouf, le chat qui fume reprend du service…il m’a bien manquée même si je savais par Alexandre qu’il allait revenir! Oui, que la belle montagne ardéchoise (si chère à Jean Ferrat)est très belle. Amusant que vous connaissiez Aubenas tout près de Burzet où la maison familiale de mes vacances est située.Bonne année au chat.

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