#8/10 La collecte des canettes

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« Le brûlant s’est levé et frappe à la porte de nos vies en chantier les zéboueurs éboueront nos collectes classés des trésors qu’on ignore, à partir de maintenant je chante…  ». Disaient les Têtes Raides. Des trésors qu’on ignore en France, ce sont les canettes métalliques qu’on balance sans en avoir l’air dans nos collectes classées. Recyclées ? Tu parles. Je vous raconte. La pauvreté ambiante du Brésil (6ème pays au rang de la faim dans le monde) balance à la figure de sa dernière frange une incessante nécessité de survie. Alors on fait, et avec les moyens du bord. La faim justifiant tous les moyens, donc les canettes. La fin des cannettes (recyclées), c’est la fin (finalité) de ceux qui les ramassent. Collectionneurs. Collecteurs. Fête de rues, terrasses de restos, beuveries privées, stades de football ; partout on a le respect de ces cylindres métallisés qui valent 3 réais le kilo, épaves de bières et de sodas écrasées d’un coup de pied expert, et récoltées dans un grand sac en plastique jeté sur l’épaule d’un de cette corporation des chercheurs de latas. Lataões. Latinhas. On croise les collecteurs au petit matin. Direction Lapa. Ça passe sur la balance du quincailler. Ils repartent moins courbés, plus légers, avec quelques billets verts dans la poche. Le cœur plus léger, peut-être. C’est quand même pas Byzance, Rio. Mais c’est une façon jolie de survivre que de recycler. D’abord c’est un hommage à la nature, et un bras d’honneur aux millions de milliards de tonnes annuelles de déchets américains. Et tout est bon pour faire un bras aux américains quand on est brésilien. Et puis il y a aussi de jolis moments. Des moments éthiques. Le collecteur ambulant qui interroge du regard le fêtard immobile sur le trottoir sur l’état du remplissage de sa canette. Vide, il la veut. Pleine, il continue son chemin. Mi-pleine, il se passe quelque fois un acte de solidarité qui voit le buveur entamé une descente de sa bière en radical « cul-sec ». L’ambulant repart tout sourire avec son éphémère trophée. L’autre, bourré  et généreux. Donc heureux. A Rio ? Rien en se perd, rien en se créé ; tout se recycle. Et l’argent se gagne parfois dans la sueur des canettes vides.

Musique de Chico de Buarque ; quando eu for eu vou sem pena

 


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