#2/10 Motel

Les Brésiliens feraient bien l’amour comme ils respirent. Si ce n’étaient les contraintes matérielles. Et pour cause, la plupart des jeunes, jusqu’à 25 ans, vivent encore chez leurs parents, souvent dans la promiscuité d’une chambre à partager. Mais les Brésiliens ont réponse à tout ce que la vie leur a fait de crasse. La plupart n’ont pas d’argent, ils sont d’autant plus festifs dans les immenses fêtes de rue, gratuites, qui déchaînent la ville le vendredi soir (cachaça à 1 R$). Ils se sont inventés le plus beau carnaval du monde, et le match de foot qui passe deux fois par semaine à la télé est leur soirée d’opéra. Ils n’ont pas d’endroit pour baiser. Ils ont inventé les motels. On entre dans un motel comme dans un moulin, mais personne n’est là pour le voir. En voiture jusque dans le garage. Un ascenseur qui mène directement dans la chambre. Une chambre pensée, conceptualisée pour l’acte d’amour. Des miroirs sur les murs, la radio et la télé dont on règle la fréquence depuis les panneaux de commande au dessus du lit, un grand lit, une baignoire hydro-masseuse pour se relaxer, des préservatifs sur la table, des fioles de whisky dans le frigo-bar. Motel du vice ? Du plaisir ? Les Brésiliens aiment le plaisir d’en prendre et moi j’aime les Brésiliennes. Après l’amour, on finira dans la baignoire remplie de mousse et d’huiles essentielles, tout nus. Une cigarette fumée sur le lit en regardant son reflet au-dessus de la tête, et on repartira le sentiment du devoir accouplé, de l’amour accompli, l’amour a un prix, 36 R$ pour deux heures de motel, le prix d’une place de cinéma à Paris.

Chanson de Beth Carvalho, a Dança da solidão.

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