Allo Lola, c’est encore moi / J’ai beaucoup pensé à toi Lola

En ce moment, et quand on regarde la politique de la France, de manière générale, mais aussi de manière particulière, c’est bien d’avoir des amis (hier, j’ai eu un fou rire en écoutant à la radio Xavier Bertrand se féliciter du fait que l’Ump savait être force de proposition pour le gouvernement, et que par exemple, c’est l’Ump qui avait proposé la suppression des allocations familiales pour les parents dont les enfants s’adonnent avec un peu trop de joie et de libertinage à l’absentéisme scolaire ; si j’avais été l’intervieweur, je lui aurais demandé je crois, s’il en était vraiment fier, que cette proposition vienne de l’Ump, s’il y avait de quoi éprouver de la fierté, et il aurait répondu oui, car lui (et lui seul) sait quelles sont les attentes véritables des Français, qui veulent que l’on s’occupent de leurs problèmes véritables, et que le peuple ne marche pas dans les pas et la voix de ces milliardaires de gauche, etc.. le refrain bêlant que ces types entonnent tous les jours dans le karaoké kafkaïen de leur posture de karateka sur décor kathakali …).

C’est donc bien d’avoir des amis pour se sentir soutenu, des gens qui écrivent de jolies choses qu’on aimerait avoir écrites, mais on ne peut pas tout faire, et d’autres personnes le font à merveille.

C’est pour cela que je vous recommande Lola Lafon, qui fait de la danse, de la musique, et de l’écriture, et que j’avais découvert il y a trois ans dans Libé à qui elle avait donné son journal de la semaine. Tout ce qu’elle avait écrit était tellement bien que j’avais découpé la page de Libé pour la coller dans mon carnet de vie !…Je suis retombé dessus par hasard, et c’est inouï à quel point ses mots, trois années après, restent d’actualité, une qualité intemporelle que leur a octroyé l’action de notre gouvernement depuis trois ans, une valeur hors du temps (qui passe et qu’il fait) (et il pleut, et le temps passe lentement), tant il est vrai que notre gouvernement stagne, stagne dans la médiocrité et la perversité, et comme toute eau stagnante, prolifération d’amibes et de larves.

Je vous ai sélectionné pour chaque jour de la première semaine de décembre 2007 de Lola quelques lignes qui parlent, qui parlent et qui crient et qui dansent. Et pour tout lire, c’est ici.

Samedi 

Nijinski qui affirmait : «Je suis un homme bondissant et pas un homme assis. J’ai d’autres habitudes que celles du Christ. Il aimait être assis. Moi, j’aime danser.» C’est, paraît-il, la «journée sans achat». Alors, «si tu veux avoir une vie, vole-la !» (Lou Andreas Salomé), sera mon conseil du jour. 

Dimanche 

«Ici, 250 familles sans logis en lutte depuis le 3 octobre pour un logement. Nous sommes en situation régulière, français, nous avons un travail payé au lance-pierres.» A cet endroit, l’affiche est chevauchée par une autre similaire, qui lui fait écho : «. au lance-pierres, au lance-pierres.» A l’intérieur de la Bourse, en face, 200 auteurs dédicacent et vendent leurs livres. C’est la Fête du Livre organisée par le Figaro Magazine (encore !). Ce dimanche, la littérature française est bien à sa place, dans le Palais Brongniart, derrière des doubles vitrages soigneusement clos pour ne pas que les chants des mal logés viennent déranger les dédicaces. Quelques uniformes devant ladite fête conseillent aux auteurs de garer leurs voitures plus loin et ajoutent : «Merci de votre collaboration, monsieur.» Les flics ont vraiment le mot juste, quand ils ne le font pas exprès.

Lundi

L’amour producteur efficace, plein d’autoroutes de bébés fabriqués consciencieusement, les corps étalés, le Paris-Plage du couple, si on peut m’épargner, merci. Juste raconter si vous êtes amoureux, électriques d’envies, désirants, malheureux, exaltés ou en colère. L’amour ne produit pas autre chose que des extraits d’étincelles inoubliables, c’est déjà vraiment bien.

Mardi

Je pense à cette phrase de l’écrivaine anglaise Helen Zahavi : «Les droits sont une illusion. Les droits n’existent pas. Vous possédez uniquement ce que vous pouvez défendre et si vous ne pouvez pas le défendre, vous ne le possédez pas.» 

Mercredi 

N’ayant pas de télé, c’est avec retard que je tombe sur les propos de Brice Hortefeux dans Capital. Question : «Y aura-t-il toujours des sans papiers sur le territoire français ?» Hortefeux : «Si vous rêvez d’une société idéale dans laquelle il n’y aurait que des citoyens honnêtes, propres [.], la vérité c’est que c’est un combat permanent.» Le FN devrait demander des droits d’auteur à ce gouvernement.

Jeudi

Ouvrir grand les bras quand les mots frappent au cœur, fouiller le vivant. Ecrire pour ne pas être renversée par le reste. Ecrire cette peur qui nous tient, à avoir autant peur de mourir que de vivre presque morts.

Vendredi

Il est de retour de Chine et éructe sa jouissance interminable du coup de rein en force : «voyoucratie/enragés/voyous/empoisonner la vie/procès assises/criminels/pedigree judiciaire». En ces temps d’hystérie identitaire, je ferais bien circuler une «Déclaration d’indescendance». On y déclarerait ne vouloir descendre de rien ni de personne. On se réjouirait d’être les enfants des mots, des idées qui nous tiennent chaud, celles qu’on invente. On lirait Guyotat : «La réduction de l’affect à la petite zone humaine qu’est la famille, et encore pire, après, au couple, est quelque chose de terrifiant pour moi. On devrait pouvoir vivre avec l’humanité entière.»

lola.jpg

Et puis Lola, aujourd’hui. Qui a sorti un bouquin au joli titre, De ça je me console, et qui a elle aussi un blog, http://levaweb.free.fr/wordpress/

Elle a de la matière en ce moment, puisqu’elle a passé toute son enfance en Roumanie et sait de quoi elle parle quand elle écrit dans ses derniers billets des phrases aussi percutantes que : « Il est temps de passer de la nausée au vomissement (Mujeres Creando) » ou bien  « Il faut une certaine dose de tendresse pour se mettre à marcher malgré tout ce qui s’y oppose, pour se réveiller après une si longue nuit. Il faut une certaine dose de tendresse pour virer tous les fils de pute qui traînent par ici. Mais parfois il ne suffit pas d’une certaine dose de tendresse, il faut y ajouter…une certaine dose de plomb (déclaration de principe de l’Ejército Zapatista de Liberación Nacional) ».

Lola n’a pas peur de la castagne, et puis on a envie de la suivre un peu partout, de se promener dans ses révoltes et d’y adhérer, puisqu’elle les porte, que sa prose est adhésive, et que ce qu’elle dit, quand elle l’écrit, plein de finesse et de poésie, tombe tout d’un coup sous le sens comme une pomme sur la tête de Newton. Eurêka, Lola. Ainsi, je vous invite passionnément à lire un billet coécrit avec Peggy Sastre, une autre écrivaine, et parue dans Libé cet été au sujet de l’affaire Polanski, les Filles de rien et les hommes entre eux. Où elle en renvoie un paquet dans les cordes, dont BHL, évidemment, et sans le nommer, le plus fervent socio du réalisateur, et elle décrypte la mobilisation autour de cette grande cause qu’a été la défense de Polanski comme si sans elle, on n’avait que Canal + en brouillé, et qu’elle nous offrait l’abonnement au décodeur.

Lisez cela.

Après, on a un peu de mal à comprendre pourquoi Ni putes ni soumises, et sa fièvre du féminisme, accepte de porter le combat autour de Sakineh, solidairement avec la puritaine et partisane misogynie de Bernard-Henri Levy.

C’est un billet de liens et de rencontre.

A bientôt, Lola

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Un commentaire

  1. Nadine Morano dit :

    «La suspension des allocs, «c’est comme l’arme nucléaire, il faut l’avoir parce que c’est une arme de dissuasion»»

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