Archive pour juillet, 2010

#1/10 Regarder les étoiles sous opiacés

C’est un soir en République Populaire Démocratique du Laos. Les rues sous le couvre-feu sont désertes, rendues à la poussière et aux moustiques. Les bombes en ont fini de tomber. Dans un bistrot clandestin qui distille son propre alcool de riz frelaté, le bruit des verres tintés dit que certains autochtones ont choisi de se saouler avant de dormir. Mais le silence occupe la plus grande partie de la place, et comme un gaz en altitude, se déploie, se déplie, se dilate, et son volume finit par embrasser toute la ville – le village – en fait une rue. Demain, dès cinq heures, le marché de jour bruissera d’une animation matinale, mais loin de la frénésie indienne ou de la passion commerciale chinoise ; le Laos est une terre d’indolence jusque dans ses marchés. On y boira un café sucré délicieux : les grains sont cultivés à quelques encablures, et torréfiés ici même, qui contrastera violemment avec les dosettes de Nescafé solubles du début du voyage. Le bateau lent nous a déposé au bout du jour sur cette rive du Mekong et reprendra sa route demain. Et la nôtre aussi. Le petit port fluvial reculé dans une campagne indochinoise a le charme des bergeries provençales et du camping sauvage au bord de l’Allier : celui de l’isolement et du retour aux sources. On a dîné d’une soupe aux nouilles et de morceaux de viande de bœuf cuits à la grille d’un petit barbecue d’intérieur,sur la terrasse en teck d’un restaurant dans cette rue unique qui relie l’embarcadère aux forêts primaires : schéma viaire simple comme un sourire d’enfant. On a vu les bougies s’allumer, et la dynamo enclenchée des vers luisants dès que le noir est tombé. L’électricité a un jour existé, mais les infrastructures mal entretenues, la corruption des agents de l’Etat, une crue du fleuve, toujours est-il que ce soir, les plombs ont sauté. A neuf heures, on a regagné la chambre, et le lit aux airs de couche nuptiale, avec la moustiquaire brodée en surplomb – un baldaquin contre la malaria. Le ciel était en pleine forme, poinçonné à l’or fin extrait dans les mines de la province d’Udoxmai. Et puis la tiédeur de la nuit a rappelé. On a répondu à l’appel. On est sorti s’enfoncer dans un grand fauteuil défoncé sur la terrasse, et on s’est allumé une cigarette. Le veilleur de nuit de la pension a entendu nos pas, il vient à nous. Il a l’air gêné des enfants timides et la pudeur des prostituées débutantes. On sent qu’il a quelque chose à nous proposer. C’est de l’opium. Le premier mouvement est de recul : la littérature de voyage incite rarement aux consommations stupéfiantes, et les guides regorgent de ces histoires arrivées jadis à des touristes occidentaux drogués qui ressemblent à des personnages de conte : dépouillés de leur passeport, vidés de leur compte bancaire, dénoncés à la police locale, overdosés, autant de récits brandis par les chantres du tourisme responsable pour faire office d’épouvantails. Bref, on a cru d’abord que la fleur de pavot allait garder ses secrets refermés sur elle-même. Et pourtant, jamais la filière de l’opium n’a été si courte qu’au Laos. Première oscillation. Baudelaire. Vacillement. Goûter aux produits du terroir. Basculement. La digue cède, on rappelle le Laotien, 250 000 kips le gramme, un carré de pâte visqueuse couleur du Mékong. Il assure le SAV, prépare l’installation. Une cannette hermétique de coca-cola qu’il perce de multiples petits trous fera office de pipe, il étale un peu de cette pâte à l’embouchure des trous, et approche la flamme d’un briquet. Les petites boules d’opium qui viennent d’apparaître grésillent, volcan avant l’éruption. On aspire par l’opercule supérieur de la boîte, la fumée d’opium remplit toute la cage pulmonaire. L’opération se répète. Les choses aux alentours prennent une autre tournure, la sensation d’un monde sans violence, Gandhi fumait-il de l’opium ? ou tout n’est que sérénité. Alors la tête renversée sur le fauteuil, on redécouvre par hasard le ciel d’étoiles. Infoutu de remettre le moindre nom sur l’une d’entre elles, on n’a jamais été fort pour Cassiopée, Galathée, et les constellations ont pour nous l’art abstrait de l’anonymat. Qu’importe, on laisse lentement la voûte céleste nous envoûter. Il y aurait des livres à écrire sur la contemplation des étoiles filant dans un ciel opiacé. Mille comètes dans la tête.

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Demain deuxième volet : brûler les livres de Florian Zeller.

La grande série de l’été !

Comme les meilleurs quotidiens et newsmagazine, le ChatQuiFume vous propose à partir d’aujourd’hui et jusqu’à son anniversaire le 30 juillet (!), sa grande série estivale intitulée, Fumer après le sport et autres plaisirs majuscules, (je voulais l’appeler Regarder les étoiles sous opiacés et autres petits plaisirs interdits, mais c’était trop long comme nom de catégorie…) recueil de dix textes griffés par le chat à l’automne 2008, quelque part entre Bangkok et Goa, voilà pourquoi on y parle d’opium, entre autre. Mais pas seulement. 10 petites historiettes librement inspirées de ce qui fit un jour la gloire de Philippe Delerm, mais quand même plus subversives que de cueillir des mûres ou de prendre un bain le dimanche soir. Un riche été à tous. Sous le soleil de Satan.

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Un poème

…pour commencer la semaine. Ecrit il y a presque deux ans, je crois, mais que l’actualité récente ne dément pas. 

Je l’avais titré ; la cinquième internationale.  

Regardez nous filer dans des cieux toujours clairs/ A la vitesse du son et du seigle et du blé/ De nos spéculations denrées élémentaires/ Car le baril s’effondre tout comme l’immobilier/ Et nos options en stocks deviennent des chimères/ Le temps est aux actions/ Suicidaires

Mais nos comptes bancaires ne connaissent pas de fuite/ Nous connaissons nos droits et nos obligations/ Sont côtées à Wall Street nous surveillons les cours/ Nous ne voulons pas de mal  nous voulons faire le bien/ A la consommation Nous ne voulons pas le pouvoir/ Que le pouvoir d’acheter Les juges et la télé/ Lagardère

Nos amis sur les chaînes dans le poste de télé/ Et nos ennemis aux chaînes au poste à la santé/ Nous aimons la banlieue surtout pavillonnaire/ Nous aimons nos enfants et leurs écoles privées/ Nos paradis fiscaux sont d’ordre artificiel/ Il faut faire bouclier, l’imposition des mains, c’est bon pour les pédés/ Lagardère

On est de bons chrétiens mais seulement pour les nôtres/ Ceux qui peuvent fusionner ceux qui peuvent acquérir/ Ceux de notre lignée, nos filiales préférées/ Celles des filons d’or et de l’argent par les fenêtres/ Vous trouverez portes fermées on préfère vous prévenir/ CGT rmistes classes moyennes et martyre/ Suicidaires

Oh cours de pétrole qui s’envole/ Hérésie/ Oh taxation/ Pénitence/ ISF/ Satan !/ Satan !

Petit peuple gigolo vous usez votre temps/ Vous salissez vos mains Vous sentez la sueur/ Pour nous faire plus riche et plus à notre faveur/ Notre été à la Baule A Chamonix l’hiver/ Nous avons le chalet la villa la piscine/ Et nous avons le temps vous avez notre estime/ Lagardère

Nous avons les licences Nous avons la décence/ Les brevets de pharmacie De bonne moralité/ Nous avons l’honnêteté De cacher nos fortunes/ Nous avons la pudeur de nos pertes et profits/ Surtout de nos profits Quant à nos plans sociaux/ Nous comptons sur l’Etat Pour faire la providence/ Visionnaire

Et notre air supérieur de cadres supérieurs/ Fiche de paie éditée par le grand banditisme/ Nous sommes les justiciers du salaire de la peur/ Mais les bourses s’effondrent et v’là nos couilles qui gîtent/ Au-dessus de vos têtes comme l’épée de Damoclès/ Attention à la chute en golden parachute/ Suicidaire

Et pendant ce temps là à Djibouti…

 

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Crédits photo ; le chat qui fume !

Rions un peu avec Eric Woerth

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« Est-ce que j’ai une tête à accepter des enveloppes de billets ? »

Ce type est manifestement passé par une grand école, vu son grand talent à se « nourrir sur le dos de la bête », comme on le dit ici de nos partenaires un peu trop enclins à se graisser la patte sur les enveloppes des projets. Moi-même suis-je aussi passé par une grande école, de commerce de surcroît, les pires, ce qui me rend bien légitime à les dézinguer, ainsi que seuls les Juifs ont aujourd’hui le droit de faire des blagues sur les Juifs, ou que la plupart des thérapeutes dans les centres de réinsertion des toxicomanes sont eux-mêmes d’anciens camés…Alors pourquoi parler ici des GE (réunies en France sous la bannière étoilée de la Conférence des Grandes Ecoles, une sorte de MEDEF étudiant…) ? Parce qu’une initiative, née aux Etats-Unis, à l’université d’Harvard, est en train de faire des émules en France, où l’on trouve l’idée super (comme cela se passa avec le Coca-Cola, Mc Donald’s, ou Ben Harper). Elle ne concerne pas à proprement parler toutes les grandes écoles, mais plus spécifiquement les MBAs, les Master in Business Administration, si l’on veut la crème de la crème des formations (de quoi faire une très bonne sauce normande), où il faut aligner une trentaine de nos anciennes briques par an pour avoir le droit de suivre des séminaires de coaching, de team-building, de iterative management (et où si l’on n’obtient pas un poste à 200k€ à la sortie, on a raté sa vie). L’ESSEC, mon école, lança elle-même une sorte de faux MBA (sous le slogan aguicheur, My Business Attitude, voyez l’acronyme), mais la greffe ne prit jamais, vraisemblablement pas assez cher pour être crédible, l’école a décidé de transformer à nouveau cette année son MBA en cursus grande école classique.

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L’initiative que j’évoque plus haut consiste en la signature par les étudiants de ces écoles, les futurs managers, comme ils aiment à s’appeler, d’une sorte de charte éthique, the MBA oath, qui se veut un peu le pendant du serment d’Hippocrate pour les dirigeants d’entreprise ; un code de bonne conduite, et en réalité un serment d’hypocrite. Je vous retranscris ici sa version française, légèrement remaniée pour les étudiants de l’ESSEC.

« En tant que futur diplômé de l’ESSEC, je porterai les valeurs de cette école. Je serai responsable des actions que j’entreprendrai dans le futur. Je veillerai à prendre en compte le bien-être de tous les acteurs avant de prendre une décision, en confrontant différents points de vue, avant de prendre une décision. En tant que cadre dirigeant d’entreprise, je reconnais mon rôle dans la société :

- Mon but est de rassembler des personnes et de gérer des ressources, afin de créer de la valeur que nul ne peut créer seul.
- Mes décisions ont des conséquences sur le bien-être des personnes à l’intérieur et à l’extérieur de mon entreprise, aujourd’hui et demain.

Par conséquent, je promets que :
- je gérerai mon entreprise avec loyauté et prudence, et ne privilégierai pas mes intérêts personnels au détriment de mon entreprise ou de la société ;
-  je comprendrai et respecterai, dans la lettre et dans l’esprit, les lois et les contrats régissant ma propre conduite et celle de mon entreprise ;
-  je m’abstiendrai de la corruption, de la concurrence déloyale ou de pratiques commerciales nuisibles à la société ;
- je protégerai les droits de l’homme et la dignité de toutes les personnes touchées par mon entreprise, je lutterai contre la discrimination et l’exploitation ;
- je protégerai le droit des générations futures à améliorer leur niveau de vie et profiter d’une planète saine ;
- je rendrai compte des performances et des risques induits par mon entreprise avec exactitude et honnêteté ;
- je développerai à la fois ma personne et les autres managers sous ma supervision afin que la profession continue de croître et de contribuer à créer une prospérité durable et solidaire.
- je respecterai les personnalités individuelles tout en visant l’excellence, l’innovation et la créativité.

Dans l’exercice de mes fonctions professionnelles, conformément à ces principes, je reconnais que mon comportement doit être un exemple d’intégrité, susciter la confiance et l’estime de ceux que je sers. Je serai responsable devant mes pairs et devant la société de mes actes et du respect de ces engagements.

Ce serment, je le fais librement et sur mon honneur ».

Première chose ; la très haute estime que les signataires auront d’eux-mêmes, « mon entreprise », les « managers sous ma supervision », « l’excellence, l’innovation, et la créativité », on dirait bien qu’aucun d’entre ceux qui signeront n’envisagent de devenir chômeur (pas plus que joueur de clarinette).  

Deuxième chose ; la grande vacuité du propos, l’impression de lever la poussière en soulevant les poncifs ; « Je protégerai les droits de l’homme et la dignité de toutes les personnes touchées par mon entreprise, je lutterai contre la discrimination et l’exploitation ». Et avant, c’était comment ? On pouvait s’asseoir sur ces principes, comme sur des coussins de mabraz ? En plus du fait que pour les droits de l’homme, il y a Amnesty, pour les discriminations, il y a la Halde, contre l’exploitation, l’abolition de l’esclavage…des secteurs déjà plus que bouchés.

Troisième chose ; la naïveté du constat. « Mes décisions ont des conséquences sur le bien-être des personnes à l’intérieur et à l’extérieur de mon entreprise, aujourd’hui et demain ». On pense à Sinsemilia. je vous souhaite tout le bonheur du monde…pour aujourd’hui comme pour demain…

Bref, non pas un tissu d’âneries, il serait difficile de contester le bien-fondé des assertions de ce mba Oath (un professeur de l’INSEAD, le plus cher MBA français, s’y emploie cependant, arguant que cet appel contient une incitation à « violer les obligations fiduciaires d’un manager », qui sont celles de maximiser la richesse des actionnaires, et que les décisions liées aux externalités de l’activité de l’entreprise doivent être prises par les pouvoirs publics – s’il est pour le moins cynique, ce propos a le mérite de la sincérité), mais plutôt un collier de fleurs bouffonnes, où les idées sucrées d’enfilent comme des perles. La différence qu’il y a, entre le serment d’Hippocrate, et cette ingénue déclaration d’intention, tient au fait que le médecin s’engage sur des choses concrètes ; apporter son assistance à une personne mal en point, ne pas refuser de délivrer des soins sous le prétexte que le patient ne peut pas les payer, etc. Des choses matériellement vérifiables. Alors que the MBA oath ressemble à un vœu chaste et pieux, à une chanson des gardes-suisses.

J’aurais éventuellement signé cet appel à la raison, si on me l’avait demandé (personne n’y a pensé), à condition qu’il ait contenu des éléments un peu plus factuels et quantifiables ;

- Ma rémunération ne dépassera pas cinq fois le montant de la rémunération de n’importe quel autre salarié de mon entreprise

- Je n’apprendrai pas à jouer au golf et je ne fumerai pas de cigares

- Je ne parlerai jamais à un de mes subalternes comme à du poisson pourri, du type de ceux avec lesquels on prépare le nuoc mam.  

- Je ne voyagerai qu’en seconde

- Je ne sauterai pas en golden parachute

- Je ne voterai pas à droite.

Mais ça évidemment, personne n’y a pensé.

On finit en beauté avec le lipdub de l’ESSEC, tourné l’année passée. Saurez-vous m’y reconnaître ?

(je plaisante, je n’y suis pas).

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Be happy, go lucky

Ce pourrait être le titre d’une fable de la Fontaine, le ministre et la milliardaire, une petite histoire loufoque et lourde de sens, avec une morale qui tomberait comme le couperet d’une démission ; morale possible : il n’y a pas de fumée sans feu, l’argent n’a pas d’odeur pour celui qui n’a pas d’odorat, ou bien celle-ci, qui vole le fisc vole un bœuf, c’est une petite historiette comme le gouvernement actuel a eu le talent d’en inventer des dizaines depuis 2007, et où au bout des collusions d’intérêt, survient la collision avec l’opinion. Mais ce que cette connivence complice entre Eric Woerth, parfait dépositaire de l’identité UMP, arrogant sûr de lui, libéral jusqu’à la moelle, et la riche un peu toquée, héritière de l’empire l’Oréal, aura eu le mérite de révéler, c’est surtout à mon sens, le fonctionnement du boulier fiscal, où l’on libelle des chèques de 30 millions d’Euros à des gens qui ne vivent pas vraiment dans le dénuement, qui ne sont pas, comme on dit, dans le besoin. Moi, j’avais été content l’année passée de recevoir, de la part de la Direction du Trésor (de guerre), et au titre de la prime pour l’emploi, un chèque de 800 €. Vu à travers le prisme de mon séjour à Djibouti, 30 millions d’Euros, c’est à peu près le montant totalisé de l’aide au développement qu’octroie l’Etat français à ce pays en cinq années. Avec cet argent, dont nous avons à l’agence la charge d’assurer la meilleure affectation possible, on réhabilite des quartiers, on y amène l’eau et l’électricité, on met en place des programmes de prévention contre le VIH, la tuberculose, on finance des laboratoires d’analyse, des assistants techniques, l’édition de livres scolaires, etc. etc. Evidemment, il faudrait beaucoup plus d’argent. Aussi, quelles qu’en soit la profondeur des raisons, quand on vient à renflouer de cinq années d’APD (aide publique au développement) de Djibouti une octogénaire française qui possède une île dans un archipel de l’océan indien, et avec le même argent, celui des contribuables français, il me semble qu’on est là face à une incohérence qui ne discute pas. Comme d’habitude, j’ai lu l’éditorial de Claude Askolovitch dans le JDD ce dimanche, consacré (un peu) à ce sujet, et comme d’habitude, j’ai trouvé que ce qu’il est écrit est admirable, de très loin le meilleur éditorialiste actuel. Cliquez sur le lien, si vous voulez.  

J’ai beaucoup tardé à vous écrire depuis mon précédent post, la faute à la coupe du monde, au temps qui passe, à la chaleur, à la sieste, au rosé. Djibouti s’est depuis apprêtée dans sa tenue d’été, celle du vent de sable, des 45°C à l’ombre, des départs massifs de sa population vers les hauts plateaux éthiopiens ou somalilandais, où l’air est plus frais, somalilandais, cet adjectif qui n’existe pas, ainsi que le confirme le correcteur orthographique de Word, à l’image de ce pays un peu fantôme, mais pas plus que la Somalie de Mogadiscio, le Somaliland, cette partie Nord du territoire somali, dont les frontières sont mises à 25 km de Djibouti-ville, et qui dispose d’un gouvernement, d’une monnaie, d’un drapeau, et d’une certaine stabilité politique, qui revendique son autonomie administrative depuis une vingtaine d’années, et que la communauté internationale s’échine à ne pas reconnaître.

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Une drôle de nouvelle ce matin, sur les écrans radars. Le prix de trois marques de cigarette en baisse. De vingt centimes, c’est tout relatif. Mais on est tellement habitué à des hausses, quasiment conditionnés, que ça surprend toujours un peu. Un peu comme si Eric Woerth proposait de revaloriser le SMIC. Le chat a eu le plaisir d’y retrouver ses chatons, toujours dans les bons coups, Lucky strike, la marque des pionniers, des GI américains débarqués sur les côtes normandes en 44, la marque de Kurt Cobain et de James Dean, l’original Red, it’s toasted, et s’il est vrai que je n’aime pas les marques, d’habitude, (sauf celles d’affection), je fais exception pour celle au bull’s eye. Car le chat qui fume des lucky strike…sauf à Djibouti, où visiblement personne ne détient la licence de production, et où j’ai dû me rabattre sur le joli paquet doré des Benson & Hedges. La joie d’entendre Roselyne Bachelot (dont j’ai appris qu’elle avait été l’une des plus fidèles franc-tireuses lors des parties de chasse présidentielles (pestilentielles) organisées dans la forêt de Rambouillet, ce qui en dit long sur sa conception de son ministère à l’écologie et à l’environnement qu’elle occupa un temps – la petite copine de François Fillon), Roselyne Bachelot se disant « scandalisée par cette tentative d’attirer de nouveaux fumeurs » et promettant de relever les taxes, vieux réflexe pavlovien ; mais pourquoi le bouclier fiscal ne s’appliquerait-il pas aussi aux fumeurs ; interdiction de se voir taxer de plus de 50% du montant réel du tabac grillé, ce qui mettrait peut-être le paquet à un Euro ou un Euro cinquante ?! Ici, on peut échanger six bouteilles de coca consignées contre deux paquets de cigarette, ce qui ne me paraît pas choquant. Enfin voilà, scandalisée, dit-elle, parle t-elle des cigares du pharaon Blanc, qui les aligne sur note de frais ? Non, des petits fumeurs humbles et impénitents qui casquent pour remplir les caisses que l’Etat dilapide en missions de bons offices à l’égard des clercs qui lui sont fidèles. Fumer, il est vrai, est devenu un acte de désobéissance civile, tel que l’avait théorisé Thoreau en sa forêt de Walden ;

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Que Roselyne Bachelot rentre chez elle avec ses crocs en plastique et ses tenues fuchsia, et qu’elle nous laisse avec le petit rond rouge de la petite Lucky avec lequel on est si bien. Et pourquoi pas, une chanson de Pierre Bachelet.

Bachelet, Bachelot ; toute la différence entre la balourdise bruyante et la grâce chuchotante.

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