#10/10 Ecrire du mal des gens qu’on n’aime pas (sur son blog!)

C’est un plaisir vain, mais oh combien salutaire. Un art de la catharsis, ce magnifique et théâtral mot grec qui évoque simultanément les châteaux cathares et le sorbet cassis. Ça ne sert évidemment à rien, il n’est pas question de convaincre quiconque, d’ailleurs j’imagine que la plupart de mes chers lecteurs en sont convaincus par avance, et n’ont pas besoin des moustaches de sourcier du chat pour savoir que des gens comme Eric Woerth, ou Nicole Guedj, ou Didier Barbelivien, ne valent pas un clou, mais mériteraient plutôt des coups de marteaux. L’idée n’est pas de construire un débat théorique argumenté, avec force première partie, deuxième partie, thèse, antithèse, synthèse, on n’est pas dans un amphithéâtre de Sciences Po, on est dans la litière du chat, son mégot à la lippe. La mauvaise foi est d’ailleurs recommandée, l’excès, voire l’injure ; bref, un petit ton pamphlétaire, qui n’exclut pas une certaine poésie de la langue. La finalité est plutôt celle de se défouler, de ruer dans les brancards, de hurler avec les loups, pendant qu’au loin, la caravane passe ; mais toujours du côté des loups, la bave aux lèvres, plutôt que des chiens dociles et asservis, des toutous allongés sur le tapis, et qui savent lécher.

Mordre, alors. Comment s’y prend t-on ? Pas dur. Souvent, c’est bien évidemment l’actualité qui donne les clés, il suffit de mettre le contact ; une nouvelle affaire de détournements de fonds, une déclaration raciste, une nouvelle loi restrictive sur le tabac ; il suffit d’avoir l’oreille. Mais quand le fil de l’AFP n’offre pas la truculence attendue, il faut alors faire quelques recherches par soi-même. On a ses têtes. Son manuel de procédures. Taper Philippe Val, Bernard-Henri Lévy, ou Eric Besson, sur Google Actualités. Deux millions deux cent cinquante huit mille trois cent vingt deux réponses en sept centième de secondes, il y en a qui ne chôment pas. Tiens, le premier vient d’écrire une lettre ouverte pathétique à la rédaction de France Inter pour affirmer en grand clerc que l’éviction à la rentrée de la doublette Guillon-Porte ne répondait à aucun ressort politique, mais que nul ne pouvait prétendre indûment « prendre l’antenne en otage ». Tiens, le second vient de confondre, dans son bloc-notes du Point le présentateur Frédéric Taddeï (tréma) avec le joueur de foot de l’AS Monaco Rodrigo Taddei (point sur le i), arguant que le contrat du premier à France télé avait été prorogé jusqu’en 2014, alors que c’est exactement ce qui est arrivé au second (véridique !). Tiens, le troisième vient d’expulser un nouveau bataillon de kurdes, avec son lot (mais pas de consolation) de femmes et d’enfants scolarisés, tiens encore, il va se marier à la rentrée avec une jeune tunisienne de 30 ans sa cadette. Tiens, tiens. Voilà. Ça marche quasiment à tous les coups (même si pendant les vacances d’été c’est un peu plus difficile, ils se carapatent tous à Saint-Tropez ou à Sainte-Maxime, et depuis leur terrain de tennis ou leur yacht, il leur est plus ardu de créer la polémique). Alors voilà, cette matière visqueuse entre les doigts, il suffit de dérouler le fil, de trouver quelques associations d’idée, ou des homophonies (j’aime beaucoup la chute d’un de mes derniers billets, « Bachelet, Bachelot ; toute la différence entre la balourdise bruyante et la grâce chuchotante »…), parfois complétées par quelques recherches subsidiaires, Pierre Vidal-Naquet critiquant il y a 25 ans déjà le peu de méthode au travail de M. Levy, voire son incroyable inconséquence intellectuelle. Plus on écrit, plus on furieux, plus c’est facile, plus c’est agréable. On essaie de lâcher deux ou trois petits obus qui tombent pas trop loin de la cible, jamais pile dessus, bien sûr, on ne veut blesser personne, on veut simplement dire, dire encore, réaffirmer qu’il y a certaines personnes qu’on n’aime pas, et cela pour de bonnes raisons, mais in fine pour, le cœur léger, et parfois aussi pour de mauvaises raisons, mieux aimer ceux qu’on aime. Comme vous mes petits lecteurs chéris adorés, ces quelques mots empreints (et non emprunts, car je ne pourrais les rembourser) d’une suintante démagogie très sincère concluant en beauté cette série juilletiste qui j’espère vous aura plu, des petits plaisirs majusculement interdits, mais qu’on saurait forcément s’autoriser, car sans quoi la vie ne vaudrait pas beaucoup plus qu’un bouton de manchette de Xavier Bertrand. Et bam !

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C’en est fini des petits plaisirs licencieux, mais pas de la vie du chat. Un nouveau billet à suivre dans la journée. Des bisous !…

 


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