Rions un peu avec Eric Woerth

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« Est-ce que j’ai une tête à accepter des enveloppes de billets ? »

Ce type est manifestement passé par une grand école, vu son grand talent à se « nourrir sur le dos de la bête », comme on le dit ici de nos partenaires un peu trop enclins à se graisser la patte sur les enveloppes des projets. Moi-même suis-je aussi passé par une grande école, de commerce de surcroît, les pires, ce qui me rend bien légitime à les dézinguer, ainsi que seuls les Juifs ont aujourd’hui le droit de faire des blagues sur les Juifs, ou que la plupart des thérapeutes dans les centres de réinsertion des toxicomanes sont eux-mêmes d’anciens camés…Alors pourquoi parler ici des GE (réunies en France sous la bannière étoilée de la Conférence des Grandes Ecoles, une sorte de MEDEF étudiant…) ? Parce qu’une initiative, née aux Etats-Unis, à l’université d’Harvard, est en train de faire des émules en France, où l’on trouve l’idée super (comme cela se passa avec le Coca-Cola, Mc Donald’s, ou Ben Harper). Elle ne concerne pas à proprement parler toutes les grandes écoles, mais plus spécifiquement les MBAs, les Master in Business Administration, si l’on veut la crème de la crème des formations (de quoi faire une très bonne sauce normande), où il faut aligner une trentaine de nos anciennes briques par an pour avoir le droit de suivre des séminaires de coaching, de team-building, de iterative management (et où si l’on n’obtient pas un poste à 200k€ à la sortie, on a raté sa vie). L’ESSEC, mon école, lança elle-même une sorte de faux MBA (sous le slogan aguicheur, My Business Attitude, voyez l’acronyme), mais la greffe ne prit jamais, vraisemblablement pas assez cher pour être crédible, l’école a décidé de transformer à nouveau cette année son MBA en cursus grande école classique.

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L’initiative que j’évoque plus haut consiste en la signature par les étudiants de ces écoles, les futurs managers, comme ils aiment à s’appeler, d’une sorte de charte éthique, the MBA oath, qui se veut un peu le pendant du serment d’Hippocrate pour les dirigeants d’entreprise ; un code de bonne conduite, et en réalité un serment d’hypocrite. Je vous retranscris ici sa version française, légèrement remaniée pour les étudiants de l’ESSEC.

« En tant que futur diplômé de l’ESSEC, je porterai les valeurs de cette école. Je serai responsable des actions que j’entreprendrai dans le futur. Je veillerai à prendre en compte le bien-être de tous les acteurs avant de prendre une décision, en confrontant différents points de vue, avant de prendre une décision. En tant que cadre dirigeant d’entreprise, je reconnais mon rôle dans la société :

- Mon but est de rassembler des personnes et de gérer des ressources, afin de créer de la valeur que nul ne peut créer seul.
- Mes décisions ont des conséquences sur le bien-être des personnes à l’intérieur et à l’extérieur de mon entreprise, aujourd’hui et demain.

Par conséquent, je promets que :
- je gérerai mon entreprise avec loyauté et prudence, et ne privilégierai pas mes intérêts personnels au détriment de mon entreprise ou de la société ;
-  je comprendrai et respecterai, dans la lettre et dans l’esprit, les lois et les contrats régissant ma propre conduite et celle de mon entreprise ;
-  je m’abstiendrai de la corruption, de la concurrence déloyale ou de pratiques commerciales nuisibles à la société ;
- je protégerai les droits de l’homme et la dignité de toutes les personnes touchées par mon entreprise, je lutterai contre la discrimination et l’exploitation ;
- je protégerai le droit des générations futures à améliorer leur niveau de vie et profiter d’une planète saine ;
- je rendrai compte des performances et des risques induits par mon entreprise avec exactitude et honnêteté ;
- je développerai à la fois ma personne et les autres managers sous ma supervision afin que la profession continue de croître et de contribuer à créer une prospérité durable et solidaire.
- je respecterai les personnalités individuelles tout en visant l’excellence, l’innovation et la créativité.

Dans l’exercice de mes fonctions professionnelles, conformément à ces principes, je reconnais que mon comportement doit être un exemple d’intégrité, susciter la confiance et l’estime de ceux que je sers. Je serai responsable devant mes pairs et devant la société de mes actes et du respect de ces engagements.

Ce serment, je le fais librement et sur mon honneur ».

Première chose ; la très haute estime que les signataires auront d’eux-mêmes, « mon entreprise », les « managers sous ma supervision », « l’excellence, l’innovation, et la créativité », on dirait bien qu’aucun d’entre ceux qui signeront n’envisagent de devenir chômeur (pas plus que joueur de clarinette).  

Deuxième chose ; la grande vacuité du propos, l’impression de lever la poussière en soulevant les poncifs ; « Je protégerai les droits de l’homme et la dignité de toutes les personnes touchées par mon entreprise, je lutterai contre la discrimination et l’exploitation ». Et avant, c’était comment ? On pouvait s’asseoir sur ces principes, comme sur des coussins de mabraz ? En plus du fait que pour les droits de l’homme, il y a Amnesty, pour les discriminations, il y a la Halde, contre l’exploitation, l’abolition de l’esclavage…des secteurs déjà plus que bouchés.

Troisième chose ; la naïveté du constat. « Mes décisions ont des conséquences sur le bien-être des personnes à l’intérieur et à l’extérieur de mon entreprise, aujourd’hui et demain ». On pense à Sinsemilia. je vous souhaite tout le bonheur du monde…pour aujourd’hui comme pour demain…

Bref, non pas un tissu d’âneries, il serait difficile de contester le bien-fondé des assertions de ce mba Oath (un professeur de l’INSEAD, le plus cher MBA français, s’y emploie cependant, arguant que cet appel contient une incitation à « violer les obligations fiduciaires d’un manager », qui sont celles de maximiser la richesse des actionnaires, et que les décisions liées aux externalités de l’activité de l’entreprise doivent être prises par les pouvoirs publics – s’il est pour le moins cynique, ce propos a le mérite de la sincérité), mais plutôt un collier de fleurs bouffonnes, où les idées sucrées d’enfilent comme des perles. La différence qu’il y a, entre le serment d’Hippocrate, et cette ingénue déclaration d’intention, tient au fait que le médecin s’engage sur des choses concrètes ; apporter son assistance à une personne mal en point, ne pas refuser de délivrer des soins sous le prétexte que le patient ne peut pas les payer, etc. Des choses matériellement vérifiables. Alors que the MBA oath ressemble à un vœu chaste et pieux, à une chanson des gardes-suisses.

J’aurais éventuellement signé cet appel à la raison, si on me l’avait demandé (personne n’y a pensé), à condition qu’il ait contenu des éléments un peu plus factuels et quantifiables ;

- Ma rémunération ne dépassera pas cinq fois le montant de la rémunération de n’importe quel autre salarié de mon entreprise

- Je n’apprendrai pas à jouer au golf et je ne fumerai pas de cigares

- Je ne parlerai jamais à un de mes subalternes comme à du poisson pourri, du type de ceux avec lesquels on prépare le nuoc mam.  

- Je ne voyagerai qu’en seconde

- Je ne sauterai pas en golden parachute

- Je ne voterai pas à droite.

Mais ça évidemment, personne n’y a pensé.

On finit en beauté avec le lipdub de l’ESSEC, tourné l’année passée. Saurez-vous m’y reconnaître ?

(je plaisante, je n’y suis pas).

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