Be happy, go lucky

Ce pourrait être le titre d’une fable de la Fontaine, le ministre et la milliardaire, une petite histoire loufoque et lourde de sens, avec une morale qui tomberait comme le couperet d’une démission ; morale possible : il n’y a pas de fumée sans feu, l’argent n’a pas d’odeur pour celui qui n’a pas d’odorat, ou bien celle-ci, qui vole le fisc vole un bœuf, c’est une petite historiette comme le gouvernement actuel a eu le talent d’en inventer des dizaines depuis 2007, et où au bout des collusions d’intérêt, survient la collision avec l’opinion. Mais ce que cette connivence complice entre Eric Woerth, parfait dépositaire de l’identité UMP, arrogant sûr de lui, libéral jusqu’à la moelle, et la riche un peu toquée, héritière de l’empire l’Oréal, aura eu le mérite de révéler, c’est surtout à mon sens, le fonctionnement du boulier fiscal, où l’on libelle des chèques de 30 millions d’Euros à des gens qui ne vivent pas vraiment dans le dénuement, qui ne sont pas, comme on dit, dans le besoin. Moi, j’avais été content l’année passée de recevoir, de la part de la Direction du Trésor (de guerre), et au titre de la prime pour l’emploi, un chèque de 800 €. Vu à travers le prisme de mon séjour à Djibouti, 30 millions d’Euros, c’est à peu près le montant totalisé de l’aide au développement qu’octroie l’Etat français à ce pays en cinq années. Avec cet argent, dont nous avons à l’agence la charge d’assurer la meilleure affectation possible, on réhabilite des quartiers, on y amène l’eau et l’électricité, on met en place des programmes de prévention contre le VIH, la tuberculose, on finance des laboratoires d’analyse, des assistants techniques, l’édition de livres scolaires, etc. etc. Evidemment, il faudrait beaucoup plus d’argent. Aussi, quelles qu’en soit la profondeur des raisons, quand on vient à renflouer de cinq années d’APD (aide publique au développement) de Djibouti une octogénaire française qui possède une île dans un archipel de l’océan indien, et avec le même argent, celui des contribuables français, il me semble qu’on est là face à une incohérence qui ne discute pas. Comme d’habitude, j’ai lu l’éditorial de Claude Askolovitch dans le JDD ce dimanche, consacré (un peu) à ce sujet, et comme d’habitude, j’ai trouvé que ce qu’il est écrit est admirable, de très loin le meilleur éditorialiste actuel. Cliquez sur le lien, si vous voulez.  

J’ai beaucoup tardé à vous écrire depuis mon précédent post, la faute à la coupe du monde, au temps qui passe, à la chaleur, à la sieste, au rosé. Djibouti s’est depuis apprêtée dans sa tenue d’été, celle du vent de sable, des 45°C à l’ombre, des départs massifs de sa population vers les hauts plateaux éthiopiens ou somalilandais, où l’air est plus frais, somalilandais, cet adjectif qui n’existe pas, ainsi que le confirme le correcteur orthographique de Word, à l’image de ce pays un peu fantôme, mais pas plus que la Somalie de Mogadiscio, le Somaliland, cette partie Nord du territoire somali, dont les frontières sont mises à 25 km de Djibouti-ville, et qui dispose d’un gouvernement, d’une monnaie, d’un drapeau, et d’une certaine stabilité politique, qui revendique son autonomie administrative depuis une vingtaine d’années, et que la communauté internationale s’échine à ne pas reconnaître.

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Une drôle de nouvelle ce matin, sur les écrans radars. Le prix de trois marques de cigarette en baisse. De vingt centimes, c’est tout relatif. Mais on est tellement habitué à des hausses, quasiment conditionnés, que ça surprend toujours un peu. Un peu comme si Eric Woerth proposait de revaloriser le SMIC. Le chat a eu le plaisir d’y retrouver ses chatons, toujours dans les bons coups, Lucky strike, la marque des pionniers, des GI américains débarqués sur les côtes normandes en 44, la marque de Kurt Cobain et de James Dean, l’original Red, it’s toasted, et s’il est vrai que je n’aime pas les marques, d’habitude, (sauf celles d’affection), je fais exception pour celle au bull’s eye. Car le chat qui fume des lucky strike…sauf à Djibouti, où visiblement personne ne détient la licence de production, et où j’ai dû me rabattre sur le joli paquet doré des Benson & Hedges. La joie d’entendre Roselyne Bachelot (dont j’ai appris qu’elle avait été l’une des plus fidèles franc-tireuses lors des parties de chasse présidentielles (pestilentielles) organisées dans la forêt de Rambouillet, ce qui en dit long sur sa conception de son ministère à l’écologie et à l’environnement qu’elle occupa un temps – la petite copine de François Fillon), Roselyne Bachelot se disant « scandalisée par cette tentative d’attirer de nouveaux fumeurs » et promettant de relever les taxes, vieux réflexe pavlovien ; mais pourquoi le bouclier fiscal ne s’appliquerait-il pas aussi aux fumeurs ; interdiction de se voir taxer de plus de 50% du montant réel du tabac grillé, ce qui mettrait peut-être le paquet à un Euro ou un Euro cinquante ?! Ici, on peut échanger six bouteilles de coca consignées contre deux paquets de cigarette, ce qui ne me paraît pas choquant. Enfin voilà, scandalisée, dit-elle, parle t-elle des cigares du pharaon Blanc, qui les aligne sur note de frais ? Non, des petits fumeurs humbles et impénitents qui casquent pour remplir les caisses que l’Etat dilapide en missions de bons offices à l’égard des clercs qui lui sont fidèles. Fumer, il est vrai, est devenu un acte de désobéissance civile, tel que l’avait théorisé Thoreau en sa forêt de Walden ;

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Que Roselyne Bachelot rentre chez elle avec ses crocs en plastique et ses tenues fuchsia, et qu’elle nous laisse avec le petit rond rouge de la petite Lucky avec lequel on est si bien. Et pourquoi pas, une chanson de Pierre Bachelet.

Bachelet, Bachelot ; toute la différence entre la balourdise bruyante et la grâce chuchotante.

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