Les moyens du temps

Les moyens du temps marcel_gauchet 

Voici Marcel Gauchet, historien, philosophe, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes de Sciences Sociales (EHESS), co-fondateur avec Pierre Nora il y a trente ans, de la revue du Débat, sur les ondes de France Culture avant-hier, 26 mai 2010, au micro de Brice Teinturier, et Julie Clarini, dans l’émission Du Grain à Moudre, Marcel Gauchet, c’est vraiment un nom de jeune, et qui dit en substance, des choses desquelles je me sens proche, des coups de griffe que j’ai essayé de donner tout seul dans quelques uns de mes derniers billets, mais il y a là en plus le poids de la sagesse et de l’expérience qui leste le propos, alors le voici, un discours oral retranscrit presque sans aucun additif, c’est dire si Marcel Gauchet est un brillant orateur, en haut de casse, les mots sur lesquels sa voix s’accentue en même temps qu’elle se ralentit, une voix qui ressemble un peu à celle de Michel Foucault, un autre toujours jeune.

« Nous sommes dans le moment du creux de la vague, c’est à un dire à un moment de crise majeure, sur le plan économique, sur le plan social et sur le plan identitaire à l’échelle de l’Europe. (…) De là à savoir ce qui peut sortir de ce phénomène de tourment profond où nous sommes, je serais bien en peine de le dire, je crois que la prudence est de mise en effet, mais au-delà il faut bien dire que nous sommes dans un pot au noir (poteau noir ?, ndlr) dont on ne voit rien de clair surgir, et notamment pour une raison, c’est que nous sommes au niveau encéphalogramme PLAT de la vie collective ; nous avons en fait vécu depuis trente ans un mouvement profond de nos sociétés qui a conduit à les détourner de la réflexion, avec une idée fondamentale, c’est que tout ça marche tout seul, et que plus ça marche tout seul mieux ça marche. C’est l’essence au fond du libéralisme dans sa version primaire, mais cela a profondément pénétré les esprits, ça s’est accompagné d’un mouvement d’ultraspécialisation de la connaissance scientifique et universitaire qui fait que les DIRECTIONS générales ne sont plus discernables, nous n’avons pas d’esthétique de rechange et ce qui pointait à l’horizon, nous ne voyons pas les artistes d’avant-garde qui ont très souvent dans l’histoire été les INDICATEURS de la voie qui allait se dessiner ; nous ne voyons pas une philosophie correspondant à une sensibilité comme un peu l’existentialisme en 1945, l’exemple absolu, nous n’avons pas de tels mouvements où les idées se connectent sur un sentiment de vécu, par la majorité des acteurs sinon tous, de telle sorte que nous sommes en peine, et pour moi l’enjeu du moment c’est la capacité de nos société à redécouvrir cette chose élémentaire qu’elles n’auraient jamais dû oublier ; qu’elles ont besoin d’idées pour vivre et pour fonctionner, elles ont essayé de s’en passer et ça ne leur a pas réussi. (…)

Au lancement de la revue du Débat, ce qui dominait la conscience collective, c’était une idéologie bien particulière, pour la ramasser en un mot ; révolution ; l’idée que l’histoire est faite pour aboutir vers un terme, une transformation majeure qui constituera l’avènement d’une société de type supérieur. Alors il y avait toutes sortes de manières de l’entendre, il y avait beaucoup de divisions, c’était très conflictuel, mais il y avait une sorte de perspective, d’ailleurs une partie des gens s’y opposaient, vertement, avec violence, mais c’était ça qui organisait la vie intellectuelle, et autour de cette perspective, vous aviez justement une VITALITE des idées, les gens pouvaient par ailleurs soutenir des thèses folles, ils étaient obligés de les ARGUMENTER, et les idées étaient au centre de la discussion collective, pas simplement dans le milieu des intellectuels, mais beaucoup plus largement, dans la cité, je remonte un peu plus en arrière parc que l’exemple est resté mémorable, une discussion comme celle qui a eu lieu entre Sartre et Camus au sortir de la deuxième guerre mondiale, concernait non pas seulement un étroit milieu intellectuel mais tous les citoyens éclairés qui d’une manière ou d’une autre se retrouvaient, dans les options en présence et je pense que c’était CELA, les technocrates de l’époque encore au début du Débat étaient des gens dont le souci n’était pas seulement de mettre en musique la politique gouvernementale, ou de trouver des remèdes aux dysfonctionnements de la mécanique, c’était des gens qui cherchaient des PERSPECTIVES de TRANSFORMATION sociale, raisonnables, vers plus de justice, plus d’efficacité, mais tout cela au nom d’une recherche de l’idéal collectif et après la discussion des moyens du temps ».

La discussion des moyens du temps mériterait d’être reprise là où elle a été laissée…

Note plus légère, en contrepoint. Cette photo ce matin dans la Nation. Djibouti est un pays où la chèvre est considérée comme un animal domestique.

 

sanstitre.bmp

 


Autres articles

Répondre

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier