Au bout du rouleau

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Ce matin, j’ai la peau comme celle d’un grand brûlé. Non pas de cloques, pas de lambeaux de peaux qui s’en vont (et qu’on retrouve ça et là) comme on effeuillerait un artichaut, mais la peau tannée par le soleil comme un vieux cuir, rêche, brûlante, et que parvient à peine à assouplir la crème hydratante dont je m’oins, à l’huile d’olivier. C’est d’avoir, hier, disputé le tournoi de beach-volley organisé sur la plage du Héron par la fédération djiboutienne. Pourtant, le rendez-vous était matinal pour un vendredi, où les matinées sont grasses comme du saindoux. Mais aux premiers matchs disputés dans la relative clémence du soleil, à 8 heures, succédèrent les matchs du soleil de onze heures, puis les matchs du soleil de treize heures, et la triplette dont j’étais le capitaine (l’équipe des 3A, non pas de l’école internationale du commerce et développement, mais d’Ali, Alex, et Adri, Ali, ayant remplacé au pied levé (ainsi qu’au bras levé, lui permettant alternativement de contrer ou de smasher) Farid, dont la ligne téléphonique, lorsque nous essayâmes de le joindre au petit matin, face aux récriminations d’une équipe de militaires allemands, qui eux étaient arrivés à l’heure (la fameuse ponctualité germanique) et faisaient pression sur le staff pour que notre équipe soit déclarée forfait général, fut décrochée par la voix d’une fille de la nuit qui nous expliqua que Farid, s’étant couché à sept heures du matin, et dormant dans ses bras, ne pourrait pas se présenter devant le filet de beach-volley à l’heure convenue – il finit par émerger en début d’après-midi, alors que nous avions déjà bien fini de transpirer nos cinq litres…), la triplette A-A-A, du nom des meilleures andouillettes, quitta alors la compétition par une défaite en forme d’amande honorable (très effilée, et un peu grillée), au stade des demi-finales.

Pour revenir un peu sur le déroulé de cette compétition, et donner à ce billet des airs de compte-rendu sportif, on peut dire ;

-         que sept équipes étaient engagées dans la compétition, réparties en deux poules de deux et une poule de trois

-         que le sort d’A-A-A fut tiré dans la poule aux œufs d’or, celle aux trois équipes, et que nous disputâmes donc un match de plus que les autres, de bon matin

-         que chaque match se déroulait en deux sets de 21 points, ce qui n’est pas rien

A dix heures du matin, alors que nous avions déjà disputé la bagatelle (pour un massacre) de cinq sets, il fut décidé que l’on jouerait des quarts de finale croisés à six équipes, si bien que toutes les équipes furent repêchées (au filet) sauf les allemands, arrivés les premiers, et qui étaient déjà repartis. A-A-A figura ensuite parmi les meilleurs perdants de ces quarts de finale (« lucky loser ! »..) ce qui nous offrit notre ticket pour les demi-finales dont le coup d’envoi fut donné à treize heures. Et c’est là que je voulais en venir, au tableau ; il fait cinquante cinq degrés au soleil, tous les autres compétiteurs se serrent sous une petite tente qui a été montée là pour l’occasion, pour offrir de l’ombre ; les corps ruissellent, de sueur à flux tendu bien sûr, d’eau de mer, aussi, dans laquelle chacun va se plonger après chaque partie, mais aux 28°C à peine rafraîchissant ; la crème solaire dégouline, elle reflète sur la peau, créant un effet loupe, (ou miroir), se mélangeant avec le sable, le sel, tout brûle. Pieds nus dans une paire de tennis inondées, qui passent de pied en pied et de mycoses en mycoses au fil des matchs (le sable chauffant comme un gril, plus personne évidemment ne joue pied nu), c’est là qu’il faut trouver la force d’aller plonger dans ce sable chauffé à blanc pour ramener la sphère caoutchouteuse, et la faire passer par-dessus le filet ; deux heures et demi de temps cumulé sur le terrain, deux ou trois cent manchettes ont fendillé un petit os de mon poignet, devenu tout rouge.

Et pourtant, il y eut de beaux échanges, dont un fut même filmé par la RTD, la télé locale ; on n’était pas des branques !

Après les matchs, avec une vélocité incroyable, les Djiboutiens s’allumaient des cigarettes sous la tente ; sur les affiches annonçant le tournoi, il était mentionné que celui-ci était placé sous le signe de la lutte contre le tabac. Mais ce pays, pas plus que nous, ou toi ou moi, ne sommes à une contradiction près.

Ce mot de Baudelaire. 

« Parmi l’énumération nombreuse des droits de l’homme que la sagesse du XIXe siècle recommence si souvent et si complaisamment, deux assez importants ont été oubliés, qui sont le droit de se contredire et le droit de s’en aller ». 

S’en aller, ce que nous fîmes, au moment où les autres participants commençaient à déjeuner sous la tente de spaghettis bolognaises, offerts par la production, et livrés dans des petits sachets plastiques ; je n’avais pas faim, mais plutôt soif, malgré les quatre litres de flotte avalés. J’ai compté.

 

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