Dans leurs rêves !

SNCF: Bussereau estime que la grève « n’a servi à rien »

Ce matin, zigzaguant sur Internet, je ne pus m’empêcher de cliquer sur le lien conduisant vers cette brève relayée par le Figaro, sachant d’avance qu’elle allait me faire enrager, mais comme le poisson attiré par un halo de lumière, ayant sans doute l’intuition pourtant qu’il va y risquer sa peau, s’y rend toutes nageoires ouvertes, j’ai l’habitude de me précipiter vers les déclarations des pontes de l’UMP, et comme de la liqueur de Fehling en précipité, de virer alors au rouge sanguin – en règle général, mais plus précisément lorsqu’ils commentent des mouvements de grève.

PARIS — Le mouvement de grève à la SNCF « n’a servi à rien », a jugé mercredi le secrétaire d’Etat aux Transports Dominique Bussereau, alors que syndicats et direction ont entamé dans la matinée des discussions après deux semaines de conflit.

« Cette grève n’a servi à rien puisqu’il n’y a pas eu de négociations pendant cette grève. Les discussions qui commencent aujourd’hui étaient prévues quoi qu’il arrive par la SNCF », a estimé M. Bussereau sur LCI.

Interrogé sur un éventuel paiement des jours de grève, M. Bussereau s’est prononcé contre, rappelant que « depuis une circulaire qu’avait prise Jean-Pierre Raffarin, à l’époque Premier ministre, on ne paie plus les jours de grève ».

Donc voilà. Un type estime qu’une grève n’a servi à rien. Un ministre. Mais qu’en sait-il ? Ne sait-il pas que la grève est avant tout le marqueur d’un rapport de force, et que sans ces grèves qu’il juge un peu vite inutiles, on n’en serait sans doute pas là. Cette phrase d’Helen Zahavi, écrivaine anglaise d’origine israélienne, que les grévistes de Sud Rail et de la CGT Cheminots, qui auront toujours mon soutien, quoi qu’il en soit, et quoi qu’on en dise, et quoi qu’il m’en coûte (c’est-à-dire rien), a priori, ont compris mieux que tout le monde : « Les droits sont une illusion. Les droits n’existent pas. Vous possédez uniquement ce que vous pouvez défendre, et si vous ne pouvez pas le défendre, vous ne le possédez pas ».

« Donc voilà, beaucoup d’argent perdu par la SNCF, beaucoup de désagréments pour les clients », a commenté M. Bussereau.

Donc voilà.  Un type, un ministre des transports, un type qui vient de se faire étriller par Ségolène Royal en Poitou-Charentes, nous sort la rengaine habituelle, débile, culpabilisante, comme si on faisait  grève pour s’amuser, prendre du bon temps – et prend-il le soin de préciser que les jours de grève ne seront pas payés ; imagine t-il que le sacrifice financier met en transe  ces cheminots machinaux ou conducteurs de loco ?

Sur l’analyse du traitement médiatico-politique qui tend à devenir la règle en matière de mouvement social, je ne crois pas avoir jamais lu rien de meilleur que ce qu’écrivit, à l’automne 2008, au moment des luttes contre la suppression des régimes spéciaux, Pierre Marcelle, dans sa chronique donnée à Libération, No smoking. Hommage du chat qui fume.

« La démocratie, c’est la vérité du jour de sondages impressionnistes et incontrôlables, selon lesquels «l’opinion-publique-désapprouve-la-grève-des-cheminots-ayant-pris-le-pays-en-otage-pour-défendre-leurs-privilèges». (…) Comme si, derrière celle-ci, l’objectif encore indicible, mais qu’il convient d’ores et déjà de banaliser, consistait, à terme, en l’abolition de toute grève ; laquelle, si l’on a bien compris, il faudra bientôt savoir terminer avant de l’avoir entamée (dans leurs rêves !) ».

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Donc il y a Dominique Bussereau, qui tient son rôle de salaud de service ; qui le fait même avec une certaine bonne volonté, paraît-il.

Et il y a le clown, le pitre, le saltimbanque poujadiste, qui dit bien pire, mais en plus drôle, si bien qu’on lui en veut moins. J’en voudrais – pour preuve – toujours moins à Frédéric Lefèvre qu’à Xavier Bertrand.

C’est là une dépêche de l’AFP.

« Le ministre de l’Industrie Christian Estrosi a jugé inacceptable, mercredi sur France 2, la poursuite de la grève à la SNCF malgré la paralysie du transport aérien, affirmant que SUD rail aurait été capable de faire « la grève du déblaiement » après le séisme en Haïti. « C’est un peu comme si SUD en Haïti avait refusé de faire les déblaiements, de continuer à faire la grève du déblaiement. Moi je dis dans ce cas-là, on ne peut pas l’accepter », a affirmé le ministre.  « Il y en a qui ont un comportement inacceptable, a estimé M. Estrosi, et qui, alors qu’il y avait une situation exceptionnelle, un phénomène naturel, et qu’il y avait un devoir de solidarité, la nécessité de respecter les droits de l’Homme tout simplement, ont continué à avoir un comportement de repli sur eux-mêmes ». Le ministre a affirmé que les syndicats grévistes à la SNCF, la CGT et SUD rail, auraient du respecter un « devoir de solidarité », afin de permettre l’acheminement des voyageurs, bloqués par la paralysie du trafic aérien dû aux cendres du volcan islandais. 

Moi je dis qu’il y a à la fois le droit de grève mais aussi le devoir de solidarité», a déclaré M. Estrosi, racontant avoir dû porter assistance en tant que maire de Nice, à «près de 400 personnes qui pendant deux nuits d’affilée ont dû se coucher à même le quai de la gare ». 

Le séisme du 12 janvier en Haïti a fait au moins 220.000 morts et quelque 1,3 millions de sans-abri, principalement dans la capitale Port-au-Prince ».

Je vous l’ai retranscrit en intégralité, parce que je trouve que la fin est assez subtile ; on dit souvent que la neutralité du ton à laquelle sont contraints les journalistes de l’AFP les empêche de prendre position ; ici, sous couvert de donner des informations factuelles et chiffrées, m’est avis que le type se paie très clairement la tête de ce ministre grand-guignolesque. En douceur, certes, mais en douceur, en douceur, en douceur et profondeur ! 

 


Un commentaire

  1. tinou dit :

    Merci pour cette chronique qui, si un jour ce blog s’internationalise, mériterait de ne pas tomber que dans l’oreille des sourds. Ca me rappelle étrangement une autre remarque de ce même Bussereau un jour de mars 2007; alors que 9 collectifs avaient été crées en France, regroupant au total une centaine de grévistes de la faim demandant l’interdiction des cultures OGM, ce connard alors ministre de l’Agriculture, et donc seul maître a bord pour prendre la mesure attendue avait affirmé, « je ne peux en aucun cas decréter une interdiction de la culture du MON810 puisque je suis incapable de juger la dangerosité des OGM… Les grévistes (de la faim je précise) ne me font pas peur »
    Je crois que ce mec n’allie comme personne incapacité, dédain, connerie

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