Qu’est-ce KIA encore ?!

Je me souviens de ma première mobylette, une MBK swing rose et noire, achetée en copropriété avec ma grande sœur Julie, à quatorze ans, deux mille cinq cent francs, et dont il fallait préparer à la main le mélange à 4% d’essence et d’huile, et qui a rendu ses services. Je me souviens aussi de ma première paire de rollers en ligne, à l’époque où c’était la mode, et qui ont beaucoup pris la poussière. Mon premier scooter 125 cm3, Peugeot Vivacity bleu nuit, bradé par un ami qui croyait me faire une fleur, 600 Euros je crois, une addition qui a dû depuis être multipliée par quatre après le changement successif et intempestif du jeu de verrous, de deux boîtiers de démarrage codé, d’un moteur complet, du frein à disque, d’un embiellage, et de sept ou huit ampoules. Mais lui-même me vendit son scooter pour s’acheter un deux-roues électrique auprès d’un importateur belge à l’époque où la technologie n’était pas encore tout à fait au point, et dont le moteur se répandit en une immense gerbe d’étincelles la troisième fois où il brancha la batterie à une prise secteur pour la recharger. Si bien que nous avons fait tous les deux simultanément deux très mauvaises affaires ! Et s’il me lit, par hasard, qu’il sache que je l’aime toujours (et encore). Et que je reste attaché à mon scooter attaché à l’heure qu’il est quelque part dans la Goutte d’Or (du moins je l’espère). Je me souviens de ma première voiture, une Twingo vert pomme, ayant appartenu à ma grand-mère (disons mamie), et dont notre grand-père (disons papi) nous fit cadeau, à mon petit frère et à moi pour une sorte d’euro symbolique (deux mille francs), de manière à ne froisser la susceptibilité d’aucun des autres petits enfants. Mais mamie devait conduire drôlement, puisqu’il fallait passer la quatrième à 45 km/h, sans quoi le moteur hurlait, et de toute façon, c’est mon petit frère qui se l’accapara, et je n’ai quasiment jamais eu maille avec cette voiture, sauf lorsque je recevais de temps à autre de la préfecture de police de Metz les amendes pour stationnements pourris de mon petit frère, puisqu’il avait été décidé de mettre la carte grise à mon nom (plus de bonus d’assurance, car meilleur conducteur, et de toute façon, droit d’aînesse). Donc ce ne fut pas vraiment ma première voiture. Je me souviens, mais de manière vague, de mon premier vélo, un vélo de cross jaune et noir, je me souviens surtout d’avoir crevé tout en haut d’une très longue montée, que je n’avais gravie que pour le plaisir de dévaler la pente de l’autre côté, et cela reste un souvenir douloureux de ma septième année (l’âge de raison, et donc de la douleur aussi, de la frustration, et de la colère froide). Je ne me souviens pas de mon premier bateau, puisque j’ai prévu de l’acheter cet été, dès que j’aurais un peu de fric (ou disons une part de bateau, pour être raisonnable/crédible/me faire mieux voir de mes créanciers, s’ils me lisent, et qu’ils sachent oh combien je les aime, et oh combien ils sont nombreux). Je me souviens très bien de mon premier 4*4 surtout, acheté 800 000 francs djiboutiens il y a quinze jours, de la marque coréenne Kia (d’ailleurs mon nouveau téléphone est de marque Samsung, j’ai une assez bonne connexion avec Séoul), modèle Sportage, d’une robe élégante qu’on pourrait qualifier de Bordeaux, et qui, comme un grand vin du médoc, s’est bonifiée avec l’âge. Ce que j’essaie en tout cas de me faire croire, puisque malgré la climatisation, le lève-vitre électrique, le lecteur CD, il y a quand même 180 000 bornes au compteur, soit un peu plus de 4 francs par kilomètre. Mais le garagiste qui l’a expertisée avant la vente était formel : difficile de faire meilleure affaire, le moteur turbo diesel est tellement propre qu’on le dirait sorti à peine du cellophane. La vente effectuée, j’ai dû demander une nouvelle avance à mon employeur pour payer le changement de carte grise et l’assurance. Mais Kia, à l’heure qu’il est, est bien là, garée devant mon portail, prête à vous promener jusqu’à la banquise de sel du lac Assal, ou au désert du grand Barra, vous qui viendrez me rendre visite (et oh combien je vous aime…).

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Evidemment, ce n’est pas ma voiture en photo (toujours pas d’appareil), ce que le décor avait déjà pu vous apprendre, photo tirée du site institutionnel de Kia, la mienne fait un peu plus neuve !

Histoire de ma première sortie avec Kia. C’est un vendredi midi, avec Yves (le prénom a peut-être été changé), je suis au volant, il y a du coca frais, de l’air frais, le plein d’essence (ou pour être plus précis, de gasoil, deux fois moins cher, d’ailleurs), la rue Kétanou, et des routes justement dégagées sous un soleil zénithal, des paysages deslumbrantes (c’est du portugais), bref, du bonheur en barre. Trajet sans histoire, une dizaine de kilomètres de piste au bout, on se gare près d’une école, on marche une heure, on passe la nuit dans un campement de montagne, au dîner, brochettes de mérou, le lendemain, promenade jusqu’à une cascade, je passe vite, car là n’est pas l’objet. Le trajet du retour, voilà l’objet. Un kilomètre avant de retrouver la route bitumée (donc sur la piste), je cale en haut d’une petite côte, et impossible de redémarrer. La batterie m’a l’air aussi réceptive que celle d’une certaine FIAT panda rouge que j’ai essayé longtemps de démarrer à Saint-Ouen un matin d’hiver. Alors qu’il doit faire quarante cinq degrés au soleil. Mais Yves a lui-même eu un 4*4, acheté 600 000 francs en février 2009, et revendu comme épave 100 000 francs en novembre, donc il s’y connaît un peu en mécanique. D’après lui, c’est le moteur qui a chauffé. On ouvre le capot. Effectivement, c’est incandescent à l’intérieur. Et, il n’y a pas trois minutes qu’on est arrêtés, et déjà trois habitants (on ne se doute pas qu’il y en ait avant de les voir débouler de nulle part) sont au chevet de Kia. Quelqu’un part en courant chercher un bidon d’eau, on remplit le radiateur, qui a soif, qui fait de gros bouillons au contact de l’eau fraîche, le même bruit que quand on pose un morceau de magret sur la plaque en fonte d’une pierrade, trois litres y passent. De là on constate qu’il y a une fuite au niveau du circuit de refroidissement. Le niveau de l’eau baisse tout seul. Il faut décider quelque chose. Yves décide qu’il prend les choses en main, et moi ça me va très bien, il s’installe au poste de commandement, rallume le moteur qui a eu le temps de se remettre de son coup de chaud, et on bifurque vers Tadjoura, quinze kilomètres au Nord, un détour, mais sinon, le garage le plus proche sur notre route, c’est Djibouti, 200 kilomètres au sud. Sur le trajet, on fait les fonds de poche, on a 3500 francs, une quinzaine d’Euros. C’est le budget qu’on annonce à notre arrivée au garage, ça a l’air de convenir, bientôt, six types sont penchés sur les entrailles de Kia, et ça dévisse, ça déboulonne, ça rustine, j’abandonne l’idée de contrôler l’exécution de la réparation, on boit du coca à l’ombre avec Yves, en fumant quelques cigarettes, il y a de l’entrain et de la bonne humeur dans ce garage de plein air, à un moment, l’apprenti mécano qui vient de tailler la durite du radiateur qui fuyait avec une lame de rasoir balance ladite lame de rasoir de manière assez incompréhensible dans le moteur, et durant dix minutes, avec un petit bout de bois, un autre type la cherchera, et finira par la trouver…On repart une heure plus tard, le coffre rempli d’un bidon de 5 litres, au cas où, nous a-t-on dit, ce qui n’est cela dit pas très rassurant sur la confiance que les mécanos ont de leur réparation, et avec un stoppeur érythréen sur la plage arrière, avec qui on essaiera d’échanger quelques mots d’anglais, entre deux chansons de Noir Désir. Lancés à 100 km/h dans les plus belles heures de la journée, quand le soleil se barre, on a presque complètement oublié l’incident, quand soudain, je suggère à Yves que la clim déconne un peu, puisque j’ai des retours d’air chaud au niveau des jambes. Cinq minutes après, il faut se rendre à l’évidence, ça surchauffe à nouveau à l’intérieur de la bête, l’aiguille indiquant la température du moteur flirte avec la zone rouge, on s’arrête, Yves m’apprend que si on continue de rouler, on va flinguer à coup sûr le joint de culasse, et sans doute aussi tout le moteur, moi, donc, ça me va bien qu’on s’arrête, même s’il fait nuit maintenant, et qu’on est, comme on dit en pareil cas, au milieu de nulle part (mais c’est déjà quelque part). On ouvre le capot ; il y a maintenant trois fuites dans un autre tuyau, comme trois petits geysers bouillants. Peu d’alternatives, donc ; je me vois mal réparer, remettre de la flotte éventuellement, refaire vingt bornes, et après ? Arta, où réside Yves est encore à 100 kilomètres.

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Dans l’ordre passent un ange (le silence), puis un camion (apparition céleste), on fait quelques signes avec nos lampes de poche, deux types dans la cabine ouvrent le carreau, on leur demande juste s’ils ont des réserves d’eau, à ce moment-là, il y a une belle scène qui donne foi en l’humanité (et contredit des thèses largement répandues dans la communauté expatriée, qui voudrait que les Djiboutiens ne sachent pas travailler et ne vivent que d’oisiveté et de qat) : le chauffeur descend, attrape dans son coffre une vieille caisse à outil, et la déverse d’un coup sur le macadam, 150 clés à mollette et 3000 boulons sur le sol. Cinq minutes après, il est transpirant, allongé sous la carrosserie, des gouttes d’eau tombent directement depuis le moteur brûlant sur son front, il a les mains là dedans, comme un chirurgien génial, à qui l’on n’ose pas faire la moindre remarque, seulement lui tendre les outils quand il demande une clé de huit ou un défibrillateur. La réparation dure une demi-heure, il a sorti un tube de silicone qui ressemble à de la pommade dont il enduit chaque pièce du circuit de refroidissement, un moment, on le verra même dénuder un fil d’étain avec ses dents, un héros, quoi. A la fin, ça goutte encore, mais beaucoup moins, les deux remontent dans leur camion, ne nous demandent pas un franc. Quand Yves remet le contact, je suis encore tout épaté de ce qui vient de nous arriver, finalement on continue la route à quarante kilomètre/heure, au point mort dans les descentes, pour froisser le moins possible la susceptibilité du moteur, les yeux rivés sur cette petite aiguille qui indique imperturbablement que la température de celui-ci s’est stabilisée à un niveau proche des normales saisonnières, on roule comme ça, sans clim, fenêtres ouvertes, au pas, recrachant la fumée dans la douceur de la nuit, on s’autorisera même un stop de ravitaillement en coca-cola, et quand on voudra remettre de l’eau dans le radiateur, le niveau n’aura presque pas bougé. Le passager d’Erythrée est stoïque à l’arrière, il se fout de ces contretemps, il nous taxe juste de temps en temps une cigarette, et ainsi va jusqu’à Arta où je décide de dormir vu qu’il est déjà onze heures, de même que l’Erythréen, qui se fera un peu prier d’abord, préférant dormir sur la banquette de la voiture, mais qui finira par accepter un matelas dans la chambre d’ami, et avant cela une pleine assiette de spaghettis au thon. Mais qui refusera la bière d’Ethiopie, avec qui l’Erythrée est en froid. Le lendemain, à sept heures, on file tous les deux vers Djibouti, je le dépose près du port, je vais prendre une douche, et je pars travailler. Aujourd’hui, j’ai fait revoir par un garagiste tout le circuit de refroidissement de Kia. Un joli prénom, quand même.

 


2 commentaires

  1. tinou dit :

    ERRATUM, le scooter mentionné stationne plus précisément dans un garage souterrain aux alentours de la rue des Rasselins, Paris 20, lieu certainement plus sûr que les alentours de la rue Myrha, Paris 18!
    Bises

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