Brazil

Parfois, il se passe des choses étranges, des concours de circonstances aggravantes, qui font croire en la loi des séries, ou en la malédiction vaudoue. Rien de grave, mais quand même. Où il est révélé que la technologie (aidée par la race féline, et l’inconséquence des hommes) peut tout torpiller, si elle le décide.

Ça commence jeudi, à treize heures trente, pour le début du week-end. De retour à la villa, il y a une sorte de flaque d’eau qui dépasse de la cuisine, et a gagné le carrelage du salon, en fait c’est la machine à laver qui visiblement a des fuites. Comme on n’a pas le réflexe d’éponger immédiatement (ou serpiller, c’est selon l’instrument utilisé) – et de fait, Khadira s’acquittant ici de toutes les tâches d’entretien, les réflexes se perdent vite, tout est une question d’entraînement – même si la vaisselle, c’est comme le vélo, je pense pas que ça puisse se désapprendre, après quelques allers-retours, il y a de la flotte partout, les petits chatons viennent béatement barboter là dedans, et rapidement, revêtement à tendance boueuse dans le salon.

Ensuite, avec Emmanuel (c’est son vrai nom), on va plonger. Nous sommes quatre en palanquée. Je mesure la pression de ma bouteille avec manomètre avant de me la foutre sur le dos, 210 bar, rien que du très classique. A la première respiration sous l’eau, inexplicablement, la pression n’est déjà plus que de 180 bar. On commence à descendre, le long du filin, mais pour la première fois depuis que je plonge, j’ai des difficultés pour équilibrer mes oreilles, les quelques millions de m3 au-dessus de moi me compressent les tympans, je souffle dans mon nez comme un dégénéré, je déglutis en tournant la mâchoire, tout ce qu’il faut faire en ces cas-là, le chef de plongée me regarde un peu perplexe, il arrête pas me faire le signe, est-ce que tout est ok, en plaçant pouce et index de manière à former un rond, moi je lui réponds par le même geste, mais il est pas dupe, il me montre l’oreille sous l’eau, mais qu’est-ce que j’y peux, les choses finissent par se régler d’elles-mêmes, on continue à descendre, quand au bout d’une dizaine minutes, je regarde le compteur, je n’ai plus que 120 bar, pas étonnant vu que j’ai respiré comme un bœuf sur l’enfant Jésus pendant tous ces moments, concentré sur la préservation de l’intégrité physique de mon système auditif. L’oxygène dès lors est compté, on dérive lentement, on voit pas grand-chose, jusqu’à arriver sur une sorte de tombant, où il y a des magnifiques tables de corail et des poissons non moins jolis. Mais voilà, je vais pas finir la plongée en apnée, il reste que 30 bar, et il faut bien remonter, au meilleur moment, pour une plongée qui a duré 32 minutes sur une durée prévue d’une heure. Comme c’est la règle en la circonstance, toute la palanquée remonte. A la surface, je vois mes collègues me lancer des regards de fiel à travers leur masque (très inquiétant), je suis atterré quand je vois que leur manomètre affiche pour chacun une pression de plus de 100 bar. Même pas la moitié d’oxygène consommée. Dans ces cas là, il vaut mieux faire profil bas, et la fermer, on regagne le bateau, et le pire arrive quelques minutes après ; des dauphins se mettent à faire des sauts de cabri à quelques encablures du bateau, et la palanquée que nous suivions, est exactement sur eux, il est absolument certain que nous aurions pu les voir, voire nager, avec les dauphins, sans mes conneries d’asphyxie prématurée. De retour dans le bateau, ils s’extasient, à quel point c’est rare de voir des dauphins en plongée bouteille, et tous les discours habituels dans ce genre de situation.

Le soir, on est sur la terrasse, je lis tranquillement Djian en buvant du porto, moment sacré, et ça évidemment, le dernier Djian, Emmanuel est au courant, incidences, aussi quand il me demande de venir dans sa chambre, sur un ton plutôt impératif, je viens vite, je cours même, le boîtier de réglage du ventilateur est en train de fumer (comme tous les personnages de Djian dans Incidence, hommage à la petite princesse), de fumer mochement, le genre court-circuit, avec projet d’explosion à suivre, et feu qui se propage le long des fils électriques. Je file dans la cuisine, dans la cuisine-piscine, j’humidifie un chiffon qu’on appose sur le boîtier, avec cette odeur de cochon grillé qui commence à se répandre, je vais ensuite vers le compteur électrique pour faire sauter le disjoncteur, mais alors, la lumière reste, car le groupe électrogène a pris le relais, ce pour quoi il est censé, gentiment, doctement, le moteur du groupe électrogène s’est mis à tourner, alors il faut mobiliser Mohamed, le gardien, qui finit par arriver à ses fins, a-t-il siphonné le reste du gasoil, j’en sais rien. Plongé dans l’obscurité, ça va un peu mieux.

Ensuite, on sort. Vers le riche hôtel Kempinski, construit par des investisseurs dubaïotes, vestige d’un temps ancien, pour la Full Moon Party, transats sur le sable et alternance de musique électronique, de Téléphone, et d’autre chose nettement moins bien. D’abord le lune n’est même pas pleine, mais enfin, c’est un détail, je pense pas que les gérants du Kempinski s’embarrassent vraiment de considérations sur le cycle des menstruations lunaires, ce qui compte, c’est qu’on soit jeudi soir. Non, le problème vient de la voiture diplomatique d’Emmanuel, un Partner pourri, mais à plaque verte, qui est comme fou ; tous les gadgets électroniques fonctionnent, et impossible de les arrêter. Radio, phares, passe encore, on en a besoin, mais même les essuie-glaces sont incontrôlables, ce qui procure un peu un sentiment de ridicule, quand il n’a pas plu depuis deux lunes. Et sur le tableau de bord, une injonction STOP STOP clignote de manière répétitive.

De retour à trois heures du matin, bruit bizarre dans la cuisine de ladite machine à laver. Un peu ébréché (ah non, on dit éméché, c’est vrai), je m’approche, la touche, et bim, châtaigne, uppercut, décharge. Il est vrai que le cordon d’alimentation baigne. Je débranche tout en priant, et ça va. Je survis. Je suis encore là pour vous le raconter.  

La suite ce matin. Réveillé par le bruit de la queue du chat (ou plutôt par le bruit de l’effet de la queue du chat), qui fait tomber dans la cuisine un magnifique pot de verre faisant office de sucrier. Les petits morceaux de sucre sont vautrés par terre, dans la flotte, au milieu des éclats de verre. Là, l’idée de faire quoi que ce soit d’intéressant dans cette cuisine les prochaines heures disparaît complètement.

Ensuite, c’est plus dur à dire, mais il faut quand même le dire, il y a une odeur assez forte, et plutôt nauséeuse, dans ma chambre, assez caractérisée. Où après quelques minutes d’enquêtes, je découvre qu’un chat (mais lequel) a pris ma penderie, et précisément le tas composé par mes pantalons de costume, pour sa litière. Donc là, il faut bien manoeuvrer, parce qu’il y a urgence. Dernière chose, le robinet crachote un dernier filet d’eau, et cesse complètement.

Derrière la maison, Mohamed m’appelle pour me montrer la piscine qui s’est constituée dans la nuit, et la canalisation qui a sauté. Trouver un plombier à Djibouti un vendredi n’est pas cousu de fil blanc.

Depuis midi, cependant, les choses ont l’air de rentrer dans l’ordre, les caprices sont finis, mais faut-il y voir un signe, un courriel de mise en garde envoyée depuis la messagerie divine, et si oui, lequel ? J’attends vos suggestions.

 


Un commentaire

  1. juju dit :

    Il y a des jours comme ça…
    A croire que la malédiction née à Djiboubou chez toi s’est ensuite envolée vers Poitiers chez nous cette nuit… soirée très sympa (et très arrosée) avec tous les potes de promo de Yann; sortie de boîte vers 5h; on s’aperçoit qu’on s’est fait vandalisés les essuie-glaces, les balais ont été inversés, l’un est tout tordu. Pas grave. Arrivés à la maison, en pleine tempête (vents à 130km/h d’après météo france), on découvre que la porte du local à compteur électrique de la copropriété s’est complètement arrachée, et gise au milieu de l’allée qui mène au garage en bois. Pas grave. …lequel garage nous dévoile, à mesure que l’on s’approche, qu’il a perdu la totalité de son mur de droite, lui aussi arraché par les bourrasques. Les planches jonchent en vrac la petite cour, recouvrant par endroit les différentes quilles renversées: le barbecue, le mobilier de jardin, l’enrouleur du tuyau d’arrosage… Pas grave. Ce midi, après une bonne grasse mat’ et un début de remise en ordre de la cour, on retrouve tous les potes de la veille au flunch pour un dernier brunch avant que chacun reprenne sa route. Et là, sur le parking, la lumière du jour et un coup d’oeil avisé de Yann révèlent que non seulement les essuie-glace ont bel en bien subi le coup de colère d’un passant, mais que celui-ci s’est aussi acharné sur le bas du pare-brise, fêlé à plusieurs endroits. A changer. Pas grave…

    Bon courage pour la remise en ordre chez toi.
    Bisous
    Juju

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