De quoi Béhachelle est-il le nom ?

J’ai une amie qui tient un blog concurrent, qui s’appelle Le monde va mal, et qui publie environ un post tous les deux ans, preuve que le monde va vraiment mal.

La preuve en image (mais sans le son), incarnée dans toute sa dimension anthropomorphique ;  Béhachelle (on va essayer de parler comme lui). Ce n’est pas que je crève particulièrement d’envie de parler de lui, c’est juste que je ne peux pas faire autrement.

Je ne sais ce qui me possède/ Et me pousse à dire à voix haute/ Ni pour la pitié ni pour l’aide/ Ni comme on avouerait ses fautes/ Ce qui m’habite et qui m’obsède 

André Breton, 1919

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Béhachelle qui fait la une des sites d’information sur Internet ces jours, pour une histoire somme toute assez anodine, un petit canular, un poisson d’avril potache, mais dans lequel pourtant l’apprenti philosophe s’est laissé paner. Rien de grave (comme l’écrirait sa fille). Avec de la farine, et de l’huile végétale, sans plume, ni goudron, sans tarte à la crème, lui qui écrivait à ce propos (pourtant soi-disant pourfendeur des conflits oubliés, au Darfour, en Bosnie, ou en Atlantide, et qui devrait donc s’y connaître en termes de violence (force brutale des êtres animés ou des choses), « ces fameux entartages qui sont entrés dans les mœurs et, en tout cas, dans le langage et dont nul n’a l’air de mesurer la vraie violence, non seulement physique, mais symbolique…) »…

Pour avoir cru que Botul (quel drôle de nom) était, comme lui, un normalien agrégé, Béhachelle pédale donc un peu dans la semoule ces derniers jours. Heureusement, il y a son bloc-notes du Point pour les remettre sur les « i ». Mais tout ceci est secondaire, il révèle seulement un peu de l’inconséquence du personnage dans sa manière de travailler.

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Béhachelle mérite qu’on s’arrête à son cas, non pas tant pour ce qu’il est que pour ce qu’il incarne ; car, qu’on le veuille ou non, il est d’une certaine manière l’immanence même de la dégradation (de la spoliation) de la « culture philosophique française » par ceux qui prétendent la défendre (comme dirait François), la préserver des attaques totalitaires, antisémites, gauchistes, qui la guettent. On pourrait faire l’impasse sur lui s’il occupait la portion congrue ; or, force est de constater que, depuis 30 ans maintenant, il a réussi à parasiter (comme le ténia) les ondes, les idées, les éditoriaux, la digestion du monde, par une posture du coup d’éclat permanent. Et qu’il ait un brushing plutôt impeccable, et une chemise blanche découpée sur mesure chez des tailleurs de la rive gauche pour 300 € pièce, ce qu’on lit malheureusement sur tous les forums, je m’en fous complètement, il pourrait porter un short et des pataugas, ce serait la même chose.

Je ne dénie pas à Bernard-Henri L. le droit d’exister ; ni de défendre ses idées (même si je ne me battrais pas jusqu’à la mort pour qu’il puisse les défendre). Je ne lui dénie pas le droit de donner son avis, quand on lui pose la question, sur les écrivains talentueux de la nouvelle génération française (il répond Yann Moix, l’auteur de Podium, (son ami), qui a écrit ces dernières semaines un texte tout à fait navrant sur la Suisse, [http://didier-jacob.blogs.nouvelobs.com/archive/2010/02/02/la-suisse-cette-pute-la-derniere-pitrerie-de-yann-moix.html], Christine Angot, qui a signé de lui un portait dithyrambique et « assez faible sur le plan stylistique » (comme on dit), dans le dernier numéro du Point (son journal),  [http://www.bernard-henri-levy.com/bhl-selon-angot-le-point-du-4022010-3956.html], et Justine Lévy (sa fille…)).

Je lui dénie le droit (ou plutôt le droit légitime) d’être au conseil de surveillance d’un journal qui fut fondé par Jean-Paul Sartre, Libération, (pour surveiller quoi ? ou qui ?), d’avoir conseillé Ségolène Royal aux dernières élections présidentielles, de prétendre sauver la gauche en proposant la dissolution du PS, je lui dénie le droit légitime de porter son avis sur tout, et que son avis sur tout soit relayé partout, et la légitimité de se considérer comme un penseur.

Je lui dénie le droit légitime de juger de la vie d’Arthur Rimbaud (sujet qui me tient à cœur, ici, plus qu’ailleurs, où l’Institut français s’appelle Arthur Rimbaud, ici à Djibouti, où Rimbaud s’arrêta quelques mois, préparant sa caravane éthiopienne pour aller porter des armes au roi Ménélik) ; « Et je dois vous dire, au demeurant, que c’est sur ce point très précis que Baudelaire, à mon humble avis, reste à jamais plus admirable que Rimbaud : la vie est ailleurs…mais quelle erreur d’avoir cru que la vraie vie était ailleurs ! quelle inexcusable folie, quand on a été, sans bouger de Charleville, ce poète immense, de penser qu’il faut partir à Harrar pour traverser les langues et fixer les vertiges suivants ! une saison en enfer…pourquoi seulement une saison ? » (Ennemis publics, livre de correspondance avec Michel Houellebecq).  

Si l’on juge que la fuite à vingt ans vers l’Abyssinie du gamin des Ardennes, après ses illuminations et sa saison, s’apparente à une forme de suicide littéraire (ou poétique), alors le mot de Malraux se doit ; « le suicide d’un homme impose le silence et le respect ».

Je lui dénie encore le droit légitime de dire tout et son contraire. Ainsi, dans le même ouvrage, il écrit à Michel (cher Michel, comme il dit) ; « Il y a d’une part cette philosophie à laquelle vous dites ne pas connaître grand-chose mais dont vous avez une liberté d’usage que je vous envie, pour le coup, un peu : cette façon de dire comme ça, sans mollir, Schopenhauer pense que, ou Nietzsche répond que, ou l’argumentation de Spinoza sur ceci ou cela me semble irréfutable parce que…Impensable pour un philosophe professionnel ! Difficile pour un cul de plomb comme moi, dressé à l’idée que les philosophies sont des systèmes, des touts cohérents et fermes, et que rien n’est plus risqué que d’en prendre un bout, de l’isoler, de lui faire un sort particulier, de se l’approprier, bref, de le citer ! C’était la première leçon de Jacques Derrida lorsqu’il recevait les nouveaux normaliens, qu’on appelait comme à l’armée les conscrits (…) : pas de philosophèmes flottants ! pas d’énoncés philosophiques, jamais, désamarrés de leur page d’origine ! ne jamais dire par principe, « Hegel, ou Heidegger, ou Héraclite dit que… » ! car dégagé de son contexte, et pire encore, de sa langue d’origine, ce dire n’a plus le même sens, et n’a parfois, plus de sens du tout ! »

Trois pages, plus loin, on peut lire sous sa plume, la remarque suivante ;

« Je peux faire toutes les mises au point possibles et imaginables : je ne ferai qu’aggraver mon cas de salaud bourgeois qui ne connaît rien à la question sociale et qui ne s’intéresse aux damnés de la terre que pour mieux faire sa publicité. Kant disait que la politique c’est le destin. Il se trompait. C’est la réputation qui est le destin ».

Emmanuel Todd, sociologue, dans une tribune d’une rare violence et d’une salutaire lucidité publiée fin décembre, dans le Monde, tentait de décrypter ce qu’était le sarkozisme. Il écrivait, que, même s’il ne fallait pas faire de confusion, « on [était] quand même contraint de faire des comparaisons avec les extrêmes droites d’avant-guerre. Il y a toutes sortes de comportements qui sont nouveaux mais qui renvoient au passé. L’Etat se mettant à ce point au service du capital, c’est le fascisme. L’anti-intellectualisme, la haine du système d’enseignement, la chasse au nombre de profs, c’est aussi dans l’histoire du fascisme. De même que la capacité à dire tout et son contraire, cette caractéristique du sarkozisme ».

Sur le rapport à l’argent, Béhachelle, répondant à une question d’un journaliste de Marianne, dit cette semaine ; « Après, l’autre problème c’est que, sur l’argent, je pense qu’il faut arrêter avec l’hypocrisie bourgeoise : je préfère un président qui dit les choses, qui les assume, qui ne se cache pas, à un président qui fait la même chose mais sans le dire et en s’en cachant ; je pense que la culpabilisation de l’argent est une maladie française et qu’il est bon que ce tabou-là soit levé ; l’ère Mitterrand a commencé de le faire, l’ère Sarkozy continue, et tant mieux ».

La fortune familiale de Béhachelle, qui aurait été bâtie par son père grâce à la déforestation massive des forêts tropicale africaine, est estimée à plus de 120 millions d’Euros. Psalmodier l’hypocrisie n’est pas donné à tout le monde. 

On pourra me dire ; mais qui êtes-vous, Monsieur le chat qui fumez avec votre porte-cigarette, pour conférer ou retirer des droits légitimes à faire ceci ou cela, et je dirai, ni plus, ni moins, que lui, qui, à ma différence, a avec lui, la maison Grasset, le quotidien Libération, la rédactrice en chef du monde des Livres, Josyane Savigneau, et les serveurs du café Lipp (où il aime à rappeler – on trouve cette assertion dans tous ces bouquins et presque tous ces entretiens, une forme d’obsession carnée, qu’il allait y dîner avec Romain Gary, commandant, comme lui, une « entrecôte pour deux »…).

J’aimerais que Gary soit encore là, pour lui répondre. Que Camus aussi soit là (à qui il projette de consacrer un de ses prochains livres, vade retro satanas). Mais ils ne sont plus là. Alors j’écris, avec mes griffes et mon mégôt.

Un type donc, qui dit, ça, qui dit tout ça, qui se félicite d’avoir écarté Ségolène Royal lors de le dernière présidentielle de l’influence « pétainiste, parce que souverainiste », de ce grand miraculé qu’est Jean-Pierre Chevènement, qui dit ça et tout ça, y compris qu’il ne comprend pas grand-chose au fait social, et qui se veut « penseur de la gauche », me paraît mériter à peu près tous les pamphlets, toutes les calomnies, qui sont écrites sur lui. Y compris la mienne, donc. Après, que l’on s’étonne que la gauche va mal… Que le monde va mal…

Il y aurait encore une infinité de choses à écrire. Ce que disait Deleuze à propos des nouveaux philosophes, que leur pensée était simplement nulle…Il faut avoir écouter son abécédaire pour connaître la valeur de cet homme-refuge.

Mais je ne peux que vous inciter à cliquer sur le lien suivant et à découvrir une petite polémique datant déjà un peu, mais éclairant d’un jour toujours neuf la stratégie béhachélienne.

http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49 

C’est un affrontement épistolaire avec Pierre Vidal-Naquet, le grand historien de l’histoire de la  résistance et de la lutte contre les totalitarismes. Il écrit au Nouvel Obs à propos du premier ouvrage de Béhachelle, le Testament de Dieu, lequel lui répond, le premier répondant ensuite au second, avec que Cornélius Castoriadis, (quel drôle de nom, mais lui a vraiment existé), n’apporte sa lumière à cet échange de lettres.

Enfin, et pour conclure, car évidemment, je me sens complètement vidé, à bout de nerfs !, cette une du Canard qu’une chatte sur un toit brûlant m’a mignonnement envoyé.

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BHL en haut, mais on s’en fout.

C’est déjà chat, en bas, l’histoire d’Arno Klarsfeld en mission spéciale à Haïti, pour faire le point sur la manière dont
la France pourra participer à la reconstruction, et notamment « identifier les problèmes prioritaires à résoudre après une telle tragédie », et qui ne ramène dans ses bagages que le chat du premier conseiller de l’ambassadeur, Voltaire, dont il n’est pas précisé s’il fumait ou pas, ou alors des cigares, comme tous les chats diplomates.

C’est déjà chat.

J’espère que je n’étais pas trop long.

Je vous embrasse.

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Le silence parlant des images, Göran Sonesson

 


2 commentaires

  1. Sacha dit :

    Salut Chat qui fume,
    va voir le blog de Maru le chat, un concurrent à toi : http://sisinmaru.blog17.fc2.com/

    Amitiés phoquestes,
    Sacha

  2. Gérard Manvussat dit :

    « Il faut avoir ***écouter*** son abécédaire pour connaître la valeur de cet homme-refuge. »

    DésolÉ, la lecture était plutôt agréable jusque là, mais le châtiment ne souffre point d’exception… Trois, quatre :

    Bordel de %#§?£ : le participe passé !
    Morne mérou, tu écris fort mal le français :
    A ta place, j’irais m’offrir un Bescherelle,
    Et le potasserais en mangeant des airelles.

    Copie-moi deux cents fois : « Les verbes du premier
    Groupe, à l’infinitif, se terminent en « -ER »,
    Un E ACCENT AIGU finit le participe
    Passé, rentre-toi ça dans l’oeuf nom d’une pipe !

    youtube.com/watch?v=BQhFVdfYODs

    tinyurl.com/jourdunetparticipeinfinitif

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