Mes particules élémentaires

La vie suit son cours, évidemment, comment pourrait-il en être autrement ? Travail, lecture, un peu de qat, un peu de bateau, un peu de sport…Rien de nouveau sous le soleil de Djibouti, sauf que les choses se mettent en place, doucement, agréablement, une forme de routine qui est nécessaire, comme la palpitation d’un cœur, il ne peut pas y voir trop souvent de grandes amplitudes, sinon tachycardie, il faut bien que le rythme cardiaque s’installe, trouve son tempo. Mais dans ce quotidien qui parfois se répète, il y a bien entendu toujours des choses qui m’apparaissent comme pas banales, relativement éloignées des occupations que je pouvais avoir en France ; comme jouer (et perdre 5000 Francs en dix minutes) au black-jack du casino de l’hôtel Sheraton (avant-hier), ou voir des fonds marins extraordinaires, simplement avec masque et tuba, des patates de corail, comme on dit, dix mètres au large d’une étendue de sable déserte (hier). Recevoir une coupe et des posters de l’office de tourisme de Djibouti, simplement pour avoir pris part au tournoi de pétanque de l’amitié, sans l’avoir gagné, ni avoir été particulièrement brillant, simplement en raison du fait que je sois blanc et que tous les autres joueurs étaient noirs (remise des prix la semaine dernière).

J’ai lu ces jours l’assez intéressant bouquin de correspondance entre Houellebecq et BHL, qui s’appelle Ennemis publics. J’y ai découvert le style de Houellebecq que je ne connaissais pas, extrêmement affûté, drôle, pittoresque, sa pensée un peu déglinguée, mais souvent édifiante. Rien de nouveau sous le soleil de BHL, qui se prend perpétuellement pour un astre, celui sans qui les guerres oubliées (il les cite dix fois dans le livre, Burundi, Darfour, Angola, etc.) auraient été ad vitam aeternam laissées dans l’oubli, celui sans qui l’antisémitisme, s’il n’était pas là en vigie, à en traquer les moindres nuances, s’instillerait dans le cœur de la France, celui sans qui Sartre, Camus, Malraux, n’auraient pas eu de descendance.

Houellebecq dit des choses aussi simples et belles que « Sur l’amour, on n’est pas regardant, je crois, on le prend où on trouve », ou « Dans la poésie, ce ne sont pas uniquement les personnages qui vivent, ce sont les mots. Ils semblent entourés d’un halo radioactif ».

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Je lui ai écrit une lettre ce soir pour le féliciter !

Dans la presse française, qui m’arrive ici le samedi, aussi quelques perles. J’apprends que la Grèce est vraiment mal barrée, que la situation financière de la Grèce risque de mettre en danger « l’existence même de la zone Euro », si la trésorerie du pays devait encore se dégrader. A ce sujet, un petit encadré sur les eurosceptiques, qui prennent leur revanche, dit le titre : « Les dirigeants allemands avaient accueilli, on s’en souvient, avec beaucoup de réserve l’idée de faire entrer dans l’Euro des pays du Sud, « les pays du Club Med », « les cueilleurs d’olive » ! ». Je ne sais pas si cette expression a vraiment été utilisée, mais parler des Espagnols ou des Grecs comme des cueilleurs d’olive, me paraît un peu réducteur. Voire raciste. De la part des Allemands, ces mangeurs de saucisse, ces buveurs de bière.

Je redécouvre la joie du coca-cola. En pays musulman, bien que l’expression religieuse soit ici plutôt modérée, on boit un café, ou un coca-cola en terrasse d’un bistrot, ou au restaurant, plutôt qu’une bière. Le pays est largement victime de ces sodas trop sucrés ; les Djiboutiens en consomment des quantités incroyables, et le taux de diabète est l’un des plus élevés au monde. Mais servi frais, avec une cigarette, c’est juste bon. J’avais presque oublié.

Ma petite chatte et ses chatons en puissance lovés dans son ventre gonflé comme une petite montgolfière a disparu depuis 48 heures. D’après Omar, le gardien, elle s’est cachée pour mettre bas. Moi je flippe un peu qu’elle se soit faite écrasée. Il y a vraiment beaucoup d’animaux morts dans les rues. Cet après-midi, j’ai vu des corbeaux (ou corneilles, j’en sais rien, des oiseaux noirs assez répugnants) en train de picorer un tout petit chien allongé sur un trottoir. Mort de faim, si ça se trouve. Il y a souvent des odeurs pestilentielles ; c’est le fait d’une capitale où le tout-à-l’égout fonctionne mal, où les déchets sont stockés dans les rues, où il fait chaud, ce qui accélère la putréfaction de tout. Mais sinon, j’aime bien Djibouti.

 


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Un commentaire

  1. Tinou dit :

    J’aime bien l’évolution d’une vie, à 10 ans déjà le chat (qui ne fumait pas encore) écrivait aux personnes qu’il aimait bien. Il y a eu Franck Leboeuf, il y a eu aussi didier roustand mais plus pour lui mettre un coup de griffe de ne pas parler assez des cigognes alsaciennes pour privilégier les chèvres parisiennes et marseilaises. Aujourd’hui c’est Houellebecq, le chaton est devenu chat mais l’instinct est resté le même… D’ailleurs un chat sachant chasser devrait faire la différence entre le corbeau freux (corvus frugilegus) et la corneille noire (corvus corone corone) Un moyen simple, la couleur du bec, noire pour la corneille, blanc gris pour le corbeau… Alors, corbeau ou corneille à djibouti?

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