Devine qui vient à Djibouti ce soir…

Oui, devinez qui est passé nous voir mardi soir. Un type plutôt petit, pressé, avec de légers TIC. Non,  pas Elie Semoun…pas Philippe Lucas… 

Eh oui, le petit Nicolas, de retour de la Réunion et de Mayotte où il est allé présenter ses vœux au peuple ultramarin (un mot que j’aime), a fait une escale technique à Djibouti. Est-ce qu’il y avait pas assez de carburant pour rallier Paris, une avarie technique, une avanie et framboise ? Toujours est-il que le secret a été bien gardé, puisque tout le monde, dans les services consulaires, était au courant, sauf moi. Même l’ambassadeur était au courant. C’est dire. Donc Sarcophage atterrit à l’aéroport d’Ambouli à onze heures du soir, il est accueilli par le Premier ministre, et conduit à la demeure du président, à Halamousse. 45 minutes de rencontre bilatérale, une conférence de presse de dix minutes, et la voiture présidentielle reprend la route de l’aéroport. A deux heures du mat’, il était reparti. Moi qui espère rester deux années ici, je me dis, trois heures, pour visiter le pays, c’est un peu court…Il a même pas eu le temps de goûter au qat présidentiel. Qui paraît-il est au qat de la roture ce qu’un Pouilly-Fuissé est à un jeune muscadet. Car évidemment, le président qate. 

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Tout à l’heure, au petit restaurant le carrefour, où je mange souvent le soir une petite farita, du poulet grillé au feu de bois avec de la mayonnaise et de la salade verte, au moment de régler la note, N.S. apparaît sur la petite télé (image un peu brouillée, bien sûr, une vraie antenne, pas le câble, ou le satellite, on trouve encore ici des télés avec antenne métallique). L’adorable patron me dit ; oh, mais il a même pas eu le temps de dormir chez nous. Je lui dis que de toute façon, il ne dort pas souvent. Peut-être que nos lits sont pas assez confortables, il me répond, en riant à moitié, mais je crois déceler une pointe de vrai doute dans sa voix. Peut-être se demande t-il vraiment : nos lits sont ils assez confortables, pour le Président de la République Française ?! Le mien l’est, en tout cas.

Et j’aurais pu lui chanter cette jolie berceuse cosaque que j’ai découverte récemment :

Doucement s’endort la terre
Dans le soir tombant
Ferme vite tes paupières
Dors mon tout petit enfant

Dors en paix près de ta mère
Fais des rêves bleus
Au matin dans la lumière
Tu t’élanceras joyeux

Sur ton lit la lune pose
Ses rayons d’argent
Quand s’apaisent gens et choses
Dors mon tout petit enfant

De quoi ont-ils parlé ? Des accords de coopération militaire, semble t-il.
La France verse chaque année une pension de 30 000 000 Euros à l’Etat de Djibouti pour avoir le droit d’y garder ses hommes. A l’échelle du PIB de Djib, 663 millions de dollars, ce n’est pas négligeable (4,5%, je le dis pour vous épargner le calcul)… Ont-ils parlé de l’affaire du juge Borrel, ce juge français  qui enquêtait sur l’attentat du Café de Paris, retrouvé mort en 1995, le corps brûlé, projeté en bas d’une falaise ? Pendant longtemps, la thèse du suicide fut la thèse officielle, avant d’être plus ou moins battue en brèche par de nouvelles expertises médicales invalidant le suicide…et donc incriminant une autre thèse…mais on n’a pas trop le droit d’en parler…, cette version ayant constamment été refusée par les autorités françaises, avec force falsification de documents, corruption de témoins , etc, pour d’évidents intérêts stratégiques. Bref, scandale diplomatico-économico-politique à la sauce Françafrique, qui continue d’être LE sujet sensible des relations France Djiboubou. Nicolas I avait promis à son investiture qu’il ferait la lumière sur cette affaire, mais les plombs ont sauté, et c’est de nouveau tout noir.

Sinon, il y a quand même de jolies perles ici, des trucs attendrissants. En me documentant un peu sur l’affaire précitée, j’ai trouvé cette phrase, que je mets à mon Panthéon de « la poésie sans faire exprès » : « Bernard Borrel, explique pour sa part Moumin Bahdon, était venu nous aider à moderniser notre code pénal et notre code de procédure pénale et il a effectué un travail formidable. C’était un bourreau de travail qui quittait son bureau vers 14h30. Il a efficacement aidé mon département ». Inutile de vous préciser qu’il n’y a, chez le sieur Bahdon, aucune ironie. Voilà Djibouti. Moi, je quitte mon bureau parfois vers 15 heures, mais c’est pour surfer sur Internet, parce que chez moi, j’ai une connexion de 64Ko…   

 


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