Djibouliste

J’avais lu cet encadré dans la Nation avant-hier, organisation du tournoi de pétanque de l’amitié, vendredi 15 janvier, par la fédération bouliste djiboutienne, contacter Ousmeh,  début des parties à 9h30.

L’occasion me paraissait belle d’entrer en relations et en échange avec des Djiboutiens sur des aspects autres que ; professionnel/commercial/hiérarchique/intéressé. A condition d’exclure le fait que l’on puisse être intéressé par mon adresse à envoyer les boules titiller le bouchon, ce qui dut m’arriver deux fois durant la journée, sur une centaine de lancers…

Donc la difficulté première fut de trouver le boulodrome, ce qui me fit faire de bon matin trois fois le tour de la ville, et découvrir des quartiers que je ne connaissais pas encore, des quartiers où les chèvres sont en liberté et fouillent les tas de détritus au bord de la route, des quartiers où il y a une seule voie carrossée, et de laquelle partent plein de toutes petites venelles de terre, des passages bordés de casemate en tôle, sorte de bidonvilles, puisque c’est l’appellation générique, voilà, Balbala, en photo, toujours Google images, j’ai oublié mon appareil numérique en France.

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Avant de découvrir un vrai complexe bouliste, une vingtaine de terrains, certes à tendance rocailleuse, mais avec un système d’éclairage à base de panneaux solaires pour les parties nocturnes, financés en partie par la coopération française, m’a-t-on dit. La difficulté seconde fut de trouver des coéquipiers, le tournoi se déroulant en triplette. Mais en fait, non, car dès mon arrivée, je fus pris en charge par le président de la fédération, content semble t-il, de cosmopolitiser son tournoi, qui me demanda si j’étais plutôt tireur ou pointeur, afin de trouver des partenaires compatibles, le genre de question toujours un peu gênante. Car comment dire…Plutôt pointeur, je répondis. Tu manges les autres animaux, me demanda un vieux ? Ce fut l’une des meilleures blagues de la journée, pointeur, panthère, selon l’accent et la prononciation, à deux phonèmes prêts, une convergence possible. On me présenta à mes deux co-équipiers, le premier gardien au port autonome de Djibouti, le second jeune espoir de la boule djiboutienne, deux extraordinaires joueurs, je réglais l’intégralité des frais d’inscription de notre formation, en échange de quoi on reçut des t-shirts sponsorisés par une banque locale. Comme je vins les mains vides, on me fournit des boules, un petit chiffon doux pour les lustrer et enlever la poussière entre chaque coup, on m’offrit du thé, servi par une petite carriole, et comme je ne suis pas là depuis très longtemps, toujours ces raisonnements par l’absurde, essayant d’imaginer le nombre d’amibes dans cette bassine stagnante d’eau de rinçage de nos tasses en émail, alors qu’il suffit de boire à petites gorgées le chaï au lait, ils le préparent comme les Indiens, sans se poser de questions, vu qu’on nous l’a offert.

Sans entrer trop en avant dans les détails des scores, nous atteignirent les quarts de finale, en dépit de tout ce que je pus entreprendre pour nous faire éliminer plus tôt, mes deux co-équipiers, inlassablement, alignant les carreaux à neuf mètres de distance, la boule adverse catapultée dans un petit nuage de poussière, le Bon et la Brute tirant au colt, moi le Truand, venant placer mes boules de manière assez aléatoire dans un rayon d’un mètre cinquante autour de l’épicentre, eux m’encourageant toujours, d’une petite tape dans la main, d’un mot gentil, comme un cycliste parlerait à un de ses équipiers en déroute dans une montée alpine, ou irait lui chercher des bidons d’eau.

A midi, après deux matchs de poule, le président proposa la suspension temporaire du tournoi, que chacun rentrât chez lui, et qu’on se retrouve vers quinze heures, après la sieste, comme ça « c’est plus cool, on peut aller à la mosquée ou faire une sieste », me suggéra t-on.

De retour à quinze heures, les terrains étaient déserts, tout le monde somnolait dans un petit coin d’ombre, adossés à un muret sur lequel était inscrit en grosses lettres d’imprimante d’ordinateur, « association bouliste de Djibouti », la télévision était venue faire des images le matin, les joueurs et les spectateurs, la plupart mâchonnant leurs feuilles de qat, somnolence, légèreté,  léthargie, indolence, le tournoi ne reprit pas avant seize heures trente, il n’y a pas d’heure en fait, la seule heure qui vaille l’après-midi, c’est celle à laquelle on se réveille de la sieste.

Et là ce fut le petit moment de gloire…soudain il y eut un monde fou autour de notre terrain, au plus fort de la partie, je comptais 144 personnes composant le public, et quand bien même c’était le tournoi de l’amitié, quand 144 personnes vous regardent lancer une boule, vous vous appliquez drôlement. Je ne fus pas ridicule, mais l’extraordinaire tireur du matin, le jeune espoir, avait perdu en l’espace d’une sieste toute l’assurance et l’adresse qu’il avait quelques heures plus tôt, et nous nous inclinèrent à la nuit tombée, sous les applaudissements, mais sans demande d’autographes.

En ma qualité de seul non-djiboutien participant au tournoi, on m’annonça à mon départ qu’un lot m’était réservé, remise des prix le lendemain.

Pour les classes basses de la société djiboutienne, intégrer l’équipe nationale de pétanque, qui chaque année va disputer plusieurs tournois partout dans le monde, constitue l’une des seules opportunités crédibles de réussir à quitter un jour les frontières du pays.

 


2 commentaires

  1. juju dit :

    Je savoure chaque jour tes nouveaux récits, mais ce dernier m’a particulièrement fait sourire! C’est dans ces moments là qu’on regretterait presque de n’avoir pas suffisamment insisté pour dissocier partie de pétanque et apéro à Voussac!
    Bisous ptit frère expatrié

  2. Yann dit :

    Visiblement tu démontres qu’un strasbourgeois sait s’aclimater loin de ses racines alsaciennes. Mais qu’en est-il de la cigogne ?!

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