Les premières lunes de Djibouti

Via Addis Abeba, et quatre heures de transit en demi-sommeil, avachi sur un siège inconfortable, laissant régulièrement choir de mes mains le livre de Paul Nizan, Aden Arabie, préfacé par Jean-Paul Sartre soporifique et qui se trouva être à ce moment là le seul livre que j’avais conservé en bagage à main, pas, ou mal remis d’une soirée de réveillon qui en fait se prolongea d’au moins 24 heures, ayant par ailleurs démarré dès le 29 décembre, sur la petite île bretonne d’Arz, caillou, ou bien morceau de terre dérivant au milieu du golfe du Morbihan, endroit tout à fait parfait pour passer quelques jours d’hiver avec vin blanc, promenades en zones marécageuses, vaches en pâturages, et, pour s’agrémenter, autres substances désinhibantes, via Addis Abeba, Arz, et puis Paris donc, un peu à l’Ouest, mais me dirigeant cependant vers l’Est, je suis arrivé hier matin à Djibouti, aéroport international. Première constatation ; ce n’est pas la fournaise dont Djiboubou peut avoir la réputation ; il fait doux, 25°C, avec un petit vent venu de l’océan, un temps qui devrait se maintenir d’après les prévisions météorologiques au moins jusqu’en mai, avant que n’arrive la vraie canicule, dans les 45, 48 degrés, m’a-t-on dit. Question ; Djibouti a-t-il un plan anti-canicule ? Que fait-il de ses vieillards ? Ensuite, on m’a déposé dans « ma villa qui donne sur la mer » qu’il faut bien le dire, j’avais un peu fantasmée, le terme villa étant si accommodant avec les rêveries d’enfant. La plage que je peux deviner au dessus du mur d’enceinte de ma propriété fait aussi office de décharge à ciel ouvert, et malheureusement il n’y a pas de piscine…alors que mon chef d’agence en a une ! Cela étant, c’est quand même un logement de standing, un énorme salon aux murs blancs et au mobilier en rotin, une belle chambre lumineuse, et une terrasse agrémentée d’un hamac « juste comme il faut », autour, quelques chats mal en point, et une végétation à base de palmiers et de fleurs roses, seraient-ce des bougainvilliers…Deux gardiens se relaient à mon portail, accourant comme des rois mages devant l’enfant Jésus à chaque fois que je me pointe avec le petit scooter qu’on a mis à ma disposition, avant que je n’achète, soit un 4*4, soit une moto à grosse cylindrée, là, les conseils que chacun s’empresse de me donner diffèrent, et moi je n’en sais trop rien, est-ce qu’on doit aussi faire attention à son empreinte carbone à Djibouti, et si j’achète un 4*4, est-ce que j’aurais envie d’en crever moi-même les pneus un soir où je rentrerai un peu trop bu…Mais il est vrai que mon idée première d’acheter une vieille petite berline mignonne, type 4L, comme en trouve tant à Madagascar, directement importées de France, ne tient pas trop la route, quand on voit justement l’état de, l’état du bitume dès qu’on sort des frontières de Djibouti ville, où l’asphalte cède à la rocaille, à la brique, et aux nids de poule.

Hier après-midi, accueilli par le directeur d’agence à Djibouti, on m’expliqua que ce grand bureau de 20m² dans lequel on m’avait introduit, avec un magnifique plateau en U, un ordinateur, une carte murale de
la Somalie et des surligneurs fluos dans une petite boîte,  allait être le mien, puis que les horaires de l’agence étaient les suivantes ; de 7h30 le matin à 13h30 l’après-midi et basta…sauf le lundi et le mercredi, où il faut s’en coller trois autres de 16 heures à 19 heures…sachant que le week-end commence le jour du seigneur, à savoir le vendredi à Djibouti (n’étant pas ubiquiste, il a bien fallu que le Seigneur arrange son planning avec les trois grands monothéismes) et se prolonge jusqu’au samedi soir. Qui, si on peut donc l’assimiler au dimanche soir en France, doit être le jour où on prend des bains chauds en mangeant des crêpes et en écoutant le masque et la plume…en podcast évidemment…

Des nouvelles qui me réjouirent.

Ce matin, le chauffeur de l’agence a été délégué à mon bien-être, pour m’accompagner dans toutes les petites tâches liées à mon arrivée…pour laquelle on m’a remis une enveloppe de 250 Euros statutaire, soit quelques 60 000 francs djiboutiens, un  golden hello qui fait chaud au cœur. Il s’est agi d’acheter des baffles pour sonoriser mon ordinateur et être moins seul le soir, du produit à lentille pour ne pas devenir aveugle, et d’ouvrir une connexion Internet, et un compte bancaire, à la BIMR, j’aurais pu éventuellement m’en passer, mais la perspective d’ouvrir un compte à une banque dont l’acronyme signifie Banque Indosuez Mer Rouge m’a rendu un peu gaga.

Cet après-midi, je suis allé me promener à Djiboubou. Comme à Madagascar, et dans beaucoup de pays d’Afrique j’imagine, un centre ville assez coquet, de restaurants et de constructions coloniales délabrées, car on n’est pas dans le triangle d’or. Et puis dès qu’on dépassé ces trois quatre rues, une organisation urbaine anarchique, l’absence de parcellaire, de schéma viaire cohérent, des baraquements de fortune, ou d’infortune, c’est selon, des gens qui vendent des légumes, leur étal à même le trottoir, des fresques murales scandant des slogans hygiénistes, le premier que j’ai vu, c’est « la propreté c’est la fierté », qui, j’en suis navré, m’a un peu fait penser au Arbeit macht frei en devanture d’Auschwitz, ou plus méchant encore, Ein Laus , dans Tod, ou quelque chose d’approchant, un pou, et c’est la mort. Alors que les Djiboutiens ont l’air parfaitement pacifistes. Et propres.

Enfin, pour poursuivre sur cette histoire de 3ème Reich, je suis allé me faire couper les cheveux cet après dans un salon qui s’appelait Les ciseaux d’argent, comme le jeune homme qui m’a fait asseoir sur le siège ne m’a pas demandé comment je les voulais, je l’ai laissé faire, perdu dans mes pensées, rouvrant les yeux, reprenant conscience de moi-même soudain, je me vis avec les cheveux raccourcis sur les tempes et une raie de côté très marquée, plaquée sur le crâne, la coupe qu’aurait eu Hitler s’il avait lui-même été aryen, donc blond. Sortant des ciseaux d’argent, je me les ébouriffais furieusement, et là ça va, c’est une bonne coupe de volontaire international. A noter que je m’aventure déjà dans la prostitution, ou disons la perversion de mes idéaux, puisque j’ai enlevé pour l’instant ma boucle d’oreille. Et mon collier en plume d’ara que m’avait offert Gaby, pièce unique, Gaby aussi, elle est styliste, son show room est au Boulevard Barbès, n°84, sa marque est Ambrym, son site Internet c’est Ambrym.fr, c’est magnifique, je porte ce soir un de ses t-shirts noirs avec des ailes d’ange dans le dos.

Pour terminer sur une note culturelle, je peux vous dire que ce qui fait l’un caractères les plus remarquables de Djiboubou, c’est à la fois sa taille (toute petite), son accès à la mer (crédit illimité), et le fait que le pays voisine avec l’Ethiopie (85 millions d’habitants), qui, depuis la guerre avec l’Erythrée qui a fini par faire sécession, n’a plus d’accès à la mer. Djiboubou est donc le port de l’Ethiopie, et tous les jours, au moins 3000 camions partent d’ici pour se taper les 1000 bornes de routes pourries jusqu’à Addis. Le berceau de la culture ragga. C’est ça non ?

 


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3 commentaires

  1. juju dit :

    hello mon ptit frère,
    je viens de m’enfiler ton 1er post djibouboutesque en apnée, m’imbibant de tes premières sensations, m’amusant de tes premières surprises, bonnes ou moins, guettant tes premiers gestes. Ma curiosité et mon impatience de ces 2 derniers jours, à attendre et espérer l’arrivée du Chat, est désormais assouvie. Tu as tout dit. Ou presque… dans ta villa pas très club med mais de standing, tu as une chambre d’amis???!

    Bisous affectueux

  2. GLB dit :

    Ben c’est tout bon ça !

  3. CVH dit :

    Mhhh.. alors comme ça Aden Arabie est soporifique !?
    sinon j’ai trouvé un bouquin sur le masque et la plume, pour ton bain du samedi soir. mais moins dépaysant..
    la bise !

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