Archive pour décembre, 2009

Déjà décembre

Depuis trois semaines, j’ai pensé vous parler de : le chat qui a rejoint le 6 de la rue Saint Mathieu, arrivé dans les bagages de la Tinette un soir de novembre, de retour d’une action de Greenpeace où il s’était agi de bloquer temporairement dans le port du Havre un cargo affrété d’Indonésie et chargé jusqu’à la gueule de tourteaux de palme, une culture qu’on plante abondamment au prix de la déforestation éclaire de grands pans de la forêt tropicale, qui se laisse effeuiller comme un artichaud. C’est un beau chaton, et il porte le nom propre d’Izmir, un port de Turquie et aussi le nom dudit bateau. Puis vous parler de : la disparition d’Izmir, enfermé par mégarde sur le balcon une après-midi de soleil, Izmir s’est-il laissé tomber du premier étage par désespérance ou a t-il profité d’un va et vient et d’une porte laissée ouverte le temps de descendre les poubelles pour se faire la malle, toujours est-il que de retour le soir, dans l’appartement, il n’y avait plus de chat pour se frotter à nos jambes, la carré de petits légumes aux poissons demeurait inentamé, la litière trop propre, après plusieurs rondes de nuit dans le quartier, après avoir interrogé Willy Brouillard, les voisins et les patrons du bistrot donnant sur la place, témoins éventuellement privilégiés d’une fugue de chat, après avoir cherché d’éventuelles traces de sang au niveau du point de chute du balcon, il fallut se rendre à l’évidence, d’Izmir, on n’entrevoyait même plus le bout de la queue. Le lendemain au réveil, des affiches furent apposées à la colle à tapisserie sur les endroits les plus stratégiques de la goutte d’or, et il fut même envisagé de diffuser une petite annonce dans Libé pour la disparition du chat tricolore et trimestriel dont nous nous étions attachés comme d’un python de cordée, comme ces filles qui lisaient Modiano et qui m’avez bousculé sur la ligne 14, station Madeleine, un sourire échangé, vous revoir, vous revoir, Izmir, vous m’avez léché les oreilles et planté vos griffes naissantes dans la peau du bras. Mais Izmir ne nous en laissa point le temps, surgissant dans les bras d’un voisin qui l’avait récupéré tremblant et tout mouillé au pied de l’immeuble le matin même, donc une nuit dehors quand même, pour un chaton de la taille d’une grosse souris, une belle peluche, une belle perf. Vous parler de Greenpeace, de l’Assemblée nationale,le saint des saints de la démocratie française, l’antre sacrée de la République, où une action commando fut perpétrée, d’abord sur le toit, à l’aide d’un camion de pompier, ensuite dans l’hémicycle, à l’aide de cordes, d’un harnais et d’un baudrier, pour demander à M. le Président d’arrêter d’enfumer la ruche du climat avec sa stérile faconde verte, mais des actes. Et surtout vous parler des réactions que cette action suscita, tous les députés UMP, comme un seul homme, comme des clones, des clowns tristes et mortifères, comme des pantins, des automates, des portraits robots, des gens investis, des gens responsables, parlant de viol de la démocratie, de terrorisme vert, de fascisme écolo, et de la mauvaise image que cette intrusion donnait du Parlement français à l’étranger. Alors que c’était d’abord pour du rire, un peu, non-violent, aussi, toujours, pour faire de belles images et parler du climat, de Copenhague, ce qui permit de révéler que, comme souvent, ou toujours, les députés n’étaient pas très nombreux à l’Assemblée cet après-midi là, et j’en vis certains lire le Canard, d’autres faire la sieste, totalement apathiques, il fallut cette descente en rappel d’adrénaline depuis les bancs du public pour leur redonner du rose aux joues. Le plus drôle, Wauquiez, prétendant que pour lui, la politique, ce n’était pas ça, pas la loi du spectacle, du coup médiatique, de l’esbroufe.
Lui qu’on voit évidemment se dandiner sur le lipdub des jeunes populaires, sur tous les écrans depuis hier, et qui donnent un certain nombre de gages sur le fait qu’on est bien de gauche, bouffées d’urticaire, ou crise de larmes devant le ridicule et le pathos.
Vous parler alors de Van Gogh, de sa correspondance avec son frère Théo, exposée au musée d’Amsterdam, où il dit tout de sa manière de peindre, de sa souffrance de ne pas être reconnu, de se sentir un poids, coupable, et aussi de jolies déclarations d’amour à son petit frère, marchand d’art qui fut l’un des seuls à croire en son talent. Parler de Djibouti, où je pars le 3 janvier, pour travailler, et pour longtemps. J’eus l’intention d’écrire au sujet de la main d’Henry, de la fidélité en sentiment que je continue de vouer à Raymond Domenech, mais que Ségolène Royal perdit en devenant vraiment un peu trop folle, de la journée de la jupe, dernier film vu, où Isabelle Adjani est belle, avec ses bottes à talons hauts, ses bas, et sa jupe. Ou même de Dubaï, si ce n’était déjà fait.
Puis tous ces sujets, qui n’en sont pas vraiment, se diluèrent, s’évaporèrent sur le fil de nouvelles dépêches au goutte à goutte de l’actualité, au fil des nuits, leur substance devient un peu transparente, et l’intérêt qu’ils présentaient disparurent en même temps que mon envie de parler d’eux.
Mais vous pouvez me voir sur la vidéo qui suit, le premier à entrer en lice, veste vert militaire Ho Chi Minh, déplacer une barrière Vauban, et faire le tour par l’avant du camion de pompier…

http://www.dailymotion.com/video/xbcpqz_greenpeace-tente-lascension-de-lass_news

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier