Archive pour octobre, 2009

Ligue nationale du football, du racollage frontiste, et de l’inconséquence

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Gueuler un coup.
Contre Thiriez, à lui en défriser les moustaches, même si c’est du réchauffé. Passé au micro-ondes. Ce con, énarque, président de la ligue nationale de football, qui, se pliant aux recommandations de je ne sais pas quelle obscure commission médico-sociale et sanitaire de santé publique, décide l’abrogation du match de football le plus chaud de l’année, OM-PSG, à quinze heures, le dimanche, six heures avant le coup d’envoi, alors que 1500 parisiens sont déjà sur place et qu’un TGV chargé d’Ultra boulonnais et auteuilois s’apprête à entrer en gare Saint Charles. Tout ça parce que trois joueurs du PSG ont le nez qui coule et un début de fièvre, la preuve, l’un d’entre eux est même à l’heure dite en train de battre le carton avec d’autres coéquipiers dans un hôtel de luxe jouxtant l’aéroport de Marignane. Dès lors, que pouvait-on croire qu’il allait se passer, et qui d’ailleurs se passa, sans avoir besoin de lire l’avenir dans du marc de café, ou pourquoi pas de Gewurtz ? Les supporters parisiens ayant payé comme il se doit leur 150 Euros à la SNCF pour descendre en Provence, ou s’étant tapé dans la promiscuité d’un bus sentant sans doute à son arrivée la bière, voire l’urine, allaient ils civilement s’installer à la terrasse d’un bistrot du vieux port pour commencer une partie de scrabble, ou s’engager dans une visite commentée du musée de la Fayence (il existe, j’ai vérifié) ? Les choses se déroulèrent quelque peu différemment. Pour ne pas avoir le sentiment d’avoir perdu leur week-end, les Parisiens se mirent à casser des trucs, les Marseillais bastonnèrent quelques Parisiens isolés (un peu comme dans un troupeau de brebis, gare aux boiteux), après certains se lancèrent des couteaux, ou se dévissèrent à la gueule des bombes lacrymogènes, un moment donné, les flics entrèrent dans le tas, certains finirent au poste et d’autres dans un TGV spécialement mandaté par la SNCF les ramenant dans la capitale, dont ils taguèrent abondamment chacun des wagons. Faut-il être con, ou avoir fait une grande école, pour ne pas se douter qu’une situation déjà explosive risque de dégénérer à l’annonce de l’annulation d’un match à cause de la grippe A ? Faut-il manquer de clairvoyance, et de lucidité, et raisonner en bon gestionnaire, pour générer une situation comme celle-là, c’est-à-dire ne pas voir les risques réels induits derrière le rideau de fumée des risques virtuels d’une hypothétique pandémie même pas mutante ? Bref, Thiriez doit démissionner.
Gueuler un coup.
Contre Besson. Dont décidément le zèle à devenir le plus stakhanoviste des sarkozistes et le plus imbuvables des mecs de droite, continue de me surprendre, chaque fois un peu plus. Il y eut d’abord les attaques contre Ségolène, puis le franchissement du Rubicon, le doigt sur la couture, la dette rubis sur l’ongle, et le con de l’autre côté du gué, que Besson franchit à la nage, d’un crawl délié. Puis un ministère. Puis le ministère de l’identité. Puis un poste au bureau exécutif de l’UMP. Puis la reconduite des afghans. Puis l’idée lancée de ce débat sur l’identité française, dont je ne sais pas trop à quoi il pourrait aboutir, m’est parvenu à l’oreille l’idée de chanter au moins une fois par an la Marseillaise (banaliser une date ?). En fait, l’obsession de Besson aujourd’hui, et il l’avoue clairement dans de nombreuses interviews, c’est comme il le dit, de « tuer le FN », de lui savonner la planche, de lui siphonner ses voix. C’est ce qui l’excite (texto, voire sic). « Depuis une semaine, je suis la cible privilégiée. Ca me réjouis. Jean-Marie Le Pen a peut-être compris qu’on va lui piquer définitivement un certain nombre de valeurs qu’il croyait s’être attribuées et qui ne sont pas des valeurs qu’il devrait naturellement porter ». C’est son cheval de Troie et de bataille. Sauf que Besson, pour arriver à ses fins, qui n’en est, je trouve, pas une en soi – car le FN est comme l’hydre de Lerne, le monstre à sept têtes, chacune se régénérant après avoir été tranchée, et dont l’haleine soufflée par les multiples gueules exhale un poison radical, bref, vouloir tuer le FN n’a aucun sens, si celui de se faire mousser comme un Picon bière, donc Besson ne s’interdit rien. Et à propos de ce fameux débat sur l’identité, j’ai beaucoup aimé cette contribution signée Mathieu Potte-Bonneville, philosophe, enseignant, et membre de la revue « Vacarmes », paru dans Libé avant-hier, où il est dit notamment ces paroles pouvant sembler un peu obscures mais qui s’éclairent dès lors que l’on a lu ce qui précède dans son texte : « C’est pourquoi, à la question «Qu’est-ce qu’être français ?» posée par le ministère de l’Immigration, il ne saurait y avoir dans les mois qui viennent qu’une seule réponse, endurante, ressassée, monotone, obstinée : «Cela ne vous regarde pas». Vous avez perdu le droit de poser cette question au moment même où, liant identité nationale et contrôle de l’immigration, vous avez aménagé le renversement systématique des composantes de la citoyenneté en autant de critères d’exclusion. A cette captation, il ne saurait y avoir de réponse qu’en acte ; libre à vous, lorsque ce temps viendra, d’interpréter la violence de notre refus comme une composante de la «francité». L’article complet : http://www.liberation.fr/societe/0101599904-qu-est-ce-qu-etre-francais-cela-ne-vous-regarde-pas
Donc cela ne regarde pas Besson et Besson doit démissionner.
Gueuler un coup. Contre les antennes du pôle emploi, qui sont fermées le vendredi après-midi, tous les vendredi après-midi, et celles des allocations familiales, fermées durant trois vendredis de novembre à Paris, sans raison explicitée. Evidemment, personne n’est au courant avant de s’être cassé les dents devant une porte close. Ça m’est arrivé vendredi dernier, puis aujourd’hui, à chaque fois, en cinq minutes de temps devant ces bâtiments, j’au vu défiler une dizaine de personnes s’étant déplacées pour venir activer une indemnité de chômage ou déposer un dossier d’APL, bref, des personnes déjà en difficulté a priori investissant de leur temps et de leur énergie pour satisfaire à toutes les démarches des administrations de l’état-providence, qui leur oppose donc, en l’état, ces vendredis après-midi là, une fermeture inopinée, liée à quoi, à des mesures d’économie, au confort de leurs salariés voulant voir leur week-end démarrer le vendredi à midi, ou un raisonnement un peu bancal et infantilisant présumant que ces oisifs ont tous les autres jours de la semaine pour venir quémander leurs indemnités de vie, et que rien ne les astreint à se déplacer le vendredi. 
Le Pole-emploi et la CAF devraient démissionner.

Tu m’as dit je t’aime/Je t’ai dit attends/ J’allais dire prends-moi/ tu m’as dit va-t’en

Vendredi matin, sur le parvis de l’hôtel de ville. Je fais signer un manifeste pour la fondation Abbé Pierre, il pleut à moitié, des grappes de touristes s’égrènent sur cet espace tout minéral, quand un autobus se range, les portes s’ouvrent et les baies dégringolent les unes après les autres, roulent par terre, et finissent par se reformer en grappe, avec des appareils photos en pendentif, tout le monde s’en fout plus ou moins, moi le premier, il y a du café chaud sur le stand, et des gens avec qui prendre du plaisir à discuter, c’est la journée nationale de lutte contre la misère, il y a encore du boulot.
Une dame vient vers moi. Elle me dit, vous trouvez ça normal, j’ai 70 ans, et j’héberge chez moi ma fille qui en a quarante, elle arrive pas à trouver de logement, elle a déposé des dossiers dans toutes les mairies, mais ils lui ont rien donné, alors que j’en connais, dont le cas a été réglé en trois semaines, vous trouvez ça normal ? elle parle vite, avec les mains, et quand même une flammèche dans les yeux , qui sertissent un visage joliment ridé.
Elle est kabyle, arrivée il y a plus de cinquante ans en France, rejoindre son mari rencontré là-bas. Elle dit ; au début, ça été difficile. Les trois premières années en tout cas. A cause du temps, et aussi des gens qui discutent moins, il y avait plus de chaleur en Algérie. Après on s’habitue. On s’habitue à tout. Je lui demande si elle se promène, ou fait des courses, ou quoi. Elle me dit ; oh j’aime bien venir me promener ici, on voit toujours de nouvelles choses qu’on n’avait pas vu avant, elle habite à Clichy et elle est venue en bus. Il est presque midi. Je lui demande si elle rentre pour déjeuner. Elle dit, quand on est vieux, manger ou pas, ça fait pas beaucoup de différence, on s’habitue à tout. Surtout elle dit qu’elle aime se promener, à Clichy ou à Paris, tous les jours, avec son petit chien qu’elle tient en laisse. C’est un petit chien vêtu d’une sorte de blouse à carreaux rouge et blanc, et qui a une petite houppette retenue par un chouchou. Elle le coiffe tous les matins. Elle l’adore, le chien s’appelle Gépéto. Avant, elle raconte qu’elle allait dans les musées, mais maintenant on le laisse plus rentrer, alors elle a arrêté d’aller voir des expositions de peinture, elle préfère marcher sous la pluie avec Gépéto. Tous les jours, je vais me promener, elle dit. Mais vous savez, quand vous êtes vieux, une fois que vous avez fini le ménage le matin, il y a plus grand chose à faire ; faut bien s’occuper. Elle lit plus parce qu’elle a des problèmes de vue,. Elle peut plus trop regarder la télé, non plus. A la fin, je lui demande si son mari est mort. Ça paraît presque évident. Et en fait, non, mais il est vieux, elle dit, et il passe ses journées avec ses copains de bistrot, chacun s’occupe de soi.
Cinquante ans de vie à Clichy.

L’après-midi, le décor a changé. C’est le forum des volontariats internationaux en entreprise. J’y vais pour voir. Il y a là EDF, Areva, Bouygues, Nissan, rien que des entreprises philanthropes. Et comme c’est la crise, et que 800 000 jeunes diplômés viennent d’arriver sur un marché de l’emploi aussi actif qu’un lundi de pentecôte, c’est la grande course à l’échalote, peut être 500 jeunes types et jeunes demoiselles, déguisés en entrepreneurs, ou en cadres, avec costume, attaché case, aftershave, ou tailleur, font la queue comme à la boucherie devant chaque stand pour un entretien avec un obscur chargé de ressources humaines sirotant un café en jetant des regards fatigués sur les CV qui lui sont soumis comme autant de bouteilles à la mer, le speed dating appliqué au recrutement. Moi, je ne sais pas trop, je ne sais plus trop pourquoi je suis venu, j’ai ma veste Daniel Hechter coupe marine acheté dix euros chez un fripier la veille, casual business toujours…Alors, je contemple un peu cette ruche effervescente qui ressemble, il faut bien le dire, à un élevage de poulets en batterie, des poulets qui auraient fait des grandes écoles et qu’on aurait soudain mis à la diète, et je fais la queue pour Veolia Propreté. Une petite nénette m’accuse de lui avoir voler sa place. Je rétrograde à l’arrière de la file. Arrivé devant mon interlocutrice, je lui montre mes diplômes, lui dis que je veux être chargé de projet, et travailler au Brésil. Elle me regarde, me dit que chargé de projet, ça ne veut rien dire, et me demande ce que j’ai appris à l’ESSEC. Comme ça serait trop long à lui expliquer, je lui dit que je suis sensible au sourire perpétuel des cariocas, à leur sens de l’accueil et à leur générosité, à la spontanéité des fêtes de rue, et à la persévérance des paysans sans terre. Elle me dit qu’elle me contactera si un poste se créé au Brésil. Et vite, je file, dehors, il fait froid, il pleut, chevauchant un scooter qu’on m’a prêté, j’ai l’impression de recouvrer la liberté.

 




 

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Le nu, c’est hype

C’était pas en avril visiblement, là où il ne faut pas se découvrir d’un fil, vu qu’on était tous à poil. C’était en octobre, par une belle après-midi d’automne indien, avec un soleil fléchissant sur des corps nus comme des vers. De terre. Des vieux, des tatoués, des au sexe atrophié, des miss monde, des à moitié pudiques se contorsionnant un peu pour masquer ce qui devait l’être, et moi.D’habitude, on vit plutôt habillé. Avec des habits. Ce qui apparaît comme de la normalité. Mais dès lors qu’on se désape, et qu’on est plein, on se sent bien. C’était pas au cap d’Agde, dans un camp naturiste, ni dans un vestiaire de sport collectif, là où sont les normes, mais dans un petit coin du vignoble mâconnais, un samedi après-midi. Samedi dernier. Greenpeace organisait une action de sensibilisation contre l’effet néfaste du changement climatique pour les vins de terroir. La nocivité de l’effet de serre pour le patrimoine viticole, et les sept familles de cépages. Greenpeace a du pognon et ne sait pas toujours quoi en faire. Ce coup-ci, ils ont convié Spencer Tunick, photographe américain connu pour ses photos chorégraphiées de foules dénudées, très beau, voir sur son site, les clichés réalisés sur la grande place du cœur de Mexico, ou sur la banquise.
On est arrivés à Mâcon par des petites routes serpentant dans le vignoble, et puis on est descendu de bagnoles, il a fallu marcher un peu, sur le site de l’action, dans une petite clairière, buffet de jus de fruits biologiques, tri sélectif des déchets, et chiottes sèches, Greenpeace connexion.
A l’entrée, signer une clause de cessation de notre image pour la journée à venir à GP, la clause de non-confidentialité de notre anatomie.
Puis quelques discours, on nous remercie d’être là, on nous explique la portée de ce rassemblement, il y en a déjà un qui a pris les devants, la fleur au bout du fusil, et la bite à l’air, debout, il se balance dans le flot des grands mots prononcés depuis la petite estrade, il semble montrer la voie, avec sa boussole phallique, magnétisée. Et puis les photographes s’en vont, et voilà, il faut y aller, ouvrir les boutons, faire glisser les jeans au sol. Un temps d’arrêt à l’étage de la culotte, le temps d’allumer une cigarette et de se faire à l’idée. Il y a pas d’urgence, nous dit la coordination générale, l’action ne démarre que dans une dizaine de minutes. Il y a pas de petits profits. Oui, mais voilà, tout autour déjà, des sexes s’égosillent, des gens dans leur plus simple appareil, et le morceau de culotte, l’étoffe qui cache la forêt, est déjà ringardisé par ce parti pris du nu, l’hégémonie originelle.
Alors on la retire, et on s’étonne de sentir le vent souffler sur cette partie du corps d’habitude bien isolée (thermiquement), comme sur les cordes d’un violon retiré de son étui, ou dans une flûte hors de son fuseau, on se surprend à être tout nu. Petite musique d’Adam et Eve. Au début, on n’ose pas baisser les yeux sur ce qui attire l’œil, comme le brillant un poisson, c’est la Méduse qui ne transforme pas en pierre, mais qui fait rougir. Il faut peut-être cinq minutes d’acclimatation, à cette station dévêtue, jusqu’à ce que tout rentre dans l’ordre, naturel des choses, celui du genre humain, animal bipède et reproducteur. Après on rigole, on pavoise un peu, on prend le temps d’admirer une épilation aguicheuse, et de porter un regard de sociologue sur l’extraordinaire diversité anatomique de nos semblables différends. On file dans les vignes. Sur le chemin, un journaliste de RTL, qui a fait le choix de l’empathie, traîne le câble de son micro entre ses jambes et interviewe les participants, à poil lui aussi. L’avantage de la radio sur la télé. Une interminable file de gens nus, comme dans un film des frères Larrieu, les derniers jours du monde pourraient ressembler à ça.
Spencer est avec un mégaphone, perché sur une sorte de bras articulé élevé dans les airs, il gueule des consignes à ses collaborateurs, qui placent les figurants.
Tunick est un artiste ; un artiste, ça gueule, ça fait des grands gestes, ça prend son temps, c’est perfectionniste. Une heure et demi comme ça, sous l’œil couveux des photographes de presse juchés sur une remorque agricole.
Enfin, ça y est, c’est l’heure de la prise de vue.
Chaque participant est enjoint de lever haut dans le ciel son bras droit enserrant une boutanche de vin (vide), le cul en l’air, le goulot au sol, parodie sur mode bachique de la statue de la liberté. Il faut cesser de sourire aussi. S.T. prend ses photos à l’argentique. On entend dans le silence de la vigne le bruit du petit opercule qui se lève et de la lumière qui entre et vient percuter de plein fouet la pellicule.

 

 

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Il y aura trois autres prises de vue dans l’après-midi. Les filles seules, s’amusant avec des grappes de raisins. Les garçons, seuls, incarnant la vigne, allongés sur le sol, entrelacs arbitraire de bras, ce corps, comme des sarments, et levant finalement un ballon de verre, trinquant au réchauffement climatique.
18 heures, l’action se termine. On regagne la petite clairière ayant servi de QG où sont gardés les sacs, sous la tonnelle, des bénévoles ouvrent maintenant quelques bouteilles de blanc mâconnais. Enfin !
Alors, avant même de penser à aller s’enfiler dans une culotte, presque tous nous gagnons le coin cocktail, naturellement, allumons une cigarette, et sirotons dans cette posture de légèreté ce petit sirop délicieux. Le soir, on est sur tous les jités

 

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