Wagon-bar

Wagon-bar d’un TGV qui file qui file qui file le long des plaines picardes, ou bourguignonnes, ça va tellement vite on ne sait plus. Donc après une heure quarante cinq d’atmosphère confinée, savonnée, surannée, smart, luxueuse, où ça sent la dragée, où les hommes d’affaire en goguette prennent la peine de s’éclipser discrètement dans le sas entre les wagons pour répondre à leurs collaborateurs qui les appellent en urgence pour leur annoncer qu’un appel d’offre vient de tomber, évidemment ça ne pouvait pas attendre, ils ont sans doute mis en place à leur profit un système d’alerte directement relié au site Internet du Moniteur, ils apprennent par texto que la municipalité de Thonon-les-Bains souhaite rénover sa piscine selon d’ambitieuses normes environnementales, et qu’ils ont sans doute une bonne carte à jouer.
Alors voilà, quand on en a marre de cette espèce de soupe à la guimauve dans laquelle baigne tout le wagon, où ça sent pas la naphtaline, mais le parfum chic de Paris Vendôme, et ben il y a pas d’autres alternatives (pluriel ou singulier ? Un ami correcteur professionnel, ponctuationniste hors pair (ne veut pas dire – toujours à l’heure, mais, qui différencie les majuscules de la casse), m’a annoncé, oui, qu’il ne pouvait y avoir qu’une alternative, par exemple l’expression « les autres alternatives » est erronée, ce qui se comprend aisément, puisque c’est comme de dire les médicaments médicamenteux, ou les fêtes festives, donc bannissez tous de votre vocabulaire les autres alternatives, et pire, les c’est au jour d’aujourd’hui qui ont pourtant les vents en poupe, car quoi qu’en pense François de Closets, érudit écrivain mais absolument nul en orthographe, je sais pas comment finir cette phrase (ce que je disais un jour au micro de Pierre-Louis Basse sur Europe 1 dans une émission consacrée à l’Europe à laquelle je fus invité en ma qualité d’ancien volontaire européen, dans une association de réinsertion des toxicomanes, pour ceux qui suivent…).
Le problème, ce qui nous guette, c’est ça : la « dérive hygiéniste » (d’ailleurs en passant pour rejoindre le bar, trois asiatiques enfoncés dans leur siège, sur le visage un masque blanc attaché comme un loup, et c’est sans doute à cause de la grippe A (bientôt un post sur la grippe A), mais parce que ce sont des Japonais, on pense au SRAS immédiatement), cette dérive hygiéniste qui a recyclé les vieilles lignes ferroviaires, le vieux matériel roulant, le vieux personnel naviguant, en neuf, que du neuf, du design, de la mode, de l’optimisation, et éviter la fausse note, tout ça coûte une fortune, avec ma carte 12/25, et alors même que je fraude, puisque j’ai 27 ans, 62 Euros le trajet retour simple Mulhouse Paris, de qui se moque t-on, quand les anciennes lignes Corail passant par Troyes et Chaumont s’arrêtent à Belfort, de là 25 Euros et quatre heures pour la capitale, mais pas de jonction jusqu’à Mulhouse, les salauds, ils ont tout prévu.
Alors au wagon on règle des comptes, enfin il y en a quelques uns qui picolent, deux types jurent sur la tête de leur grand-père, s’adressant aux contrôleurs, que voilà, c’est pas tout d’avoir une cravate, et quoi, on va fermer nos gueules une fois de plus, il y a une dame qui ressemble à Marielle de Sarnez, et qui ne tend pas les mains, mais voilà, ces incompétents au service du design industriel ont mis une espèce de barre médiane au milieu de la belle baie vitrée du wagon bar qui empêche étrangement de voir le paysage, comme si il y avait pas d’autres solutions. Les contrôleurs ont radiné, ils ont fini leur petit tour de contrôle, ça a été dur, ils ont soif, ils demandent au barman, très cool, deux verres d’eau, ils se sont fait insulter plus souvent qu’à leur tour, mais voilà, à chacun de payer son tribut.
On arrive à hauteur des premières gares de banlieue, dans ces cas-là mieux vaut être dans le train que sur le quai de ces gares, on pourrait faire du cerf-volant au passage d’un TGV, ou du kite-surf.
Le barman s’étonne que je règle mon café, deux euros quarante, en carte bancaire, mais quoi, j’ai pas de monnaie, faut pas chercher plus loin.
On arrive maintenant, je file à la Courneuve.

 


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Un commentaire

  1. tinette dit :

    Et t’as bien de la chance, dans le paris Nantes de matin, alors que j’avais déjà renflouer de 56euros les caisses de cette catin de sncf et que j’étais complètement deshydraté, je n’ai pas pu m’offrir 50cl de san pellegrino a 2,80€, carte refusée en dessous de 5€ et je n’avais pas plus de metal dans mon portefeuille qu’il n’y a gens honnêtes a la sncf. Si j’avais eu le gucci et la cravate, ca serait peut etre passé mais c’est sur que des dreads ca fait mauvais genre dans un tgv… n’écoutant que ma panse sèche comme une trique, j’ai du acheter 2 bouteilles. Avec la sncf, ca c’était possible…. et encore, je te parle pas du billet Mulhouse paris que j’ai acheté la semaine dernière pour un train imaginaire

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