Archive pour septembre, 2009

Le molk’ky fume

molkkyc10.jpg

A propos des championnats de France de Molkky.
Mais qui connaît le molkky ? Et surtout, le molkky connaîtra t-il le sort illustre d’un Eric Besson, qui, après que Ségolène Royal eut posé la même question, atteignit, par la seule force de sa lâcheté et de sa traîtrise, une cote de notoriété comme un sommet alpin, ou parlant en indice de bruit médiatique, un scooter au pot trafiqué. Peu probable ; le molkky est un jeu raffiné, pas le genre à se laisser considérer comme une prise de guerre, et quand bien même la pétanque ou la boule marseillaise lanceraient des OPA forcément hostiles sur ce jeu offrant d’incontestables signes de parenté, le molkky revendiquerait haut le droit à la différence, à l’asile politique, à disposer de lui-même ; l’histoire ici d’une pétanque sans cochonnet, sans pastis, sans bob Ricard, sans boules ; mais alors quoi ? une pétanque scandinave, où le bois a remplacé le métal, où la bière Lapin Kulta a pris la place de l’anisette, c’est du Nord de l’Europe que s’est radiné le molkky, là où les forêts sont vertes et où les oliviers crèvent.

A mi chemin entre le jeu du palet, la pétanque, et le bowling, le molkky est un jeu d’adresse, de stratégie, de précision, de chance et de et de, pour de vrai un jeu extrêmement drôle, où il convient de renverser un certain nombre de bâtons de bois pour marquer des points, sachant qu’ensuite les quilles sont remises sur pied à l’endroit où elles sont tombées ; à chaque lancer le jeu étant un peu plus sinistré.
Une vidéo en dira plus long sur les règles qu’un discours.

Image de prévisualisation YouTube

Donc parler ici du molkky parce que se sont déroulés le samedi 12 septembre les premiers championnats de France, auxquels nous avons évidemment été conviés à participer avec un bout de ma parentèle, le geai des chênes qui fume (de l’herbe). Organisés par l’association parisienne « le bâton mouche » qui est en charge de la promotion du jeu, les championnats se sont déroulés dans un boulodrome de la porte de Charenton. Un vrai championnat, avec des arbitres, des droits d’inscription donnant droit à un repas finlandais à base de tartines de pain finlandais tartiné au saumon fumés sur une couverture de crème fraîche et d’aneth, et de saucisses fumées, un tournoi avec des poules, des gens qui pètent les plombs, des mauvais perdant, et des bretonnes, habillées comme des arbres de Noël, avec des tresses, et du coton biologique, armées d’un porte-voix à piles, et inventant des chorégraphies pour fêter leurs quelques succès.

Un samedi donc, à partir de neuf heures du matin ; la veille, Manu Chao renversait la Courneuve. Et nous aussi. C’est pour ça que l’entrée dans la compétition a été compliquée. Les premiers lancés plutôt aléatoires. Lapin Kulta est venu à notre rescousse.
Le geste au lancer s’est affiné. Mais trop tard. Pas assez pour finir dans les quatre premiers de la poule, et s’ouvrir la route des seizièmes de finale.
Je rends ici hommage à mon binôme qui a été incontestablement le maillon fort de notre couple.
Ressasse t-on longtemps une élimination prématurée aux championnats de France de molkky ? A vrai dire, oui, c’est une déception qui ne passe pas comme ça.
L’an prochain, peut-être.

 

Wagon-bar

Wagon-bar d’un TGV qui file qui file qui file le long des plaines picardes, ou bourguignonnes, ça va tellement vite on ne sait plus. Donc après une heure quarante cinq d’atmosphère confinée, savonnée, surannée, smart, luxueuse, où ça sent la dragée, où les hommes d’affaire en goguette prennent la peine de s’éclipser discrètement dans le sas entre les wagons pour répondre à leurs collaborateurs qui les appellent en urgence pour leur annoncer qu’un appel d’offre vient de tomber, évidemment ça ne pouvait pas attendre, ils ont sans doute mis en place à leur profit un système d’alerte directement relié au site Internet du Moniteur, ils apprennent par texto que la municipalité de Thonon-les-Bains souhaite rénover sa piscine selon d’ambitieuses normes environnementales, et qu’ils ont sans doute une bonne carte à jouer.
Alors voilà, quand on en a marre de cette espèce de soupe à la guimauve dans laquelle baigne tout le wagon, où ça sent pas la naphtaline, mais le parfum chic de Paris Vendôme, et ben il y a pas d’autres alternatives (pluriel ou singulier ? Un ami correcteur professionnel, ponctuationniste hors pair (ne veut pas dire – toujours à l’heure, mais, qui différencie les majuscules de la casse), m’a annoncé, oui, qu’il ne pouvait y avoir qu’une alternative, par exemple l’expression « les autres alternatives » est erronée, ce qui se comprend aisément, puisque c’est comme de dire les médicaments médicamenteux, ou les fêtes festives, donc bannissez tous de votre vocabulaire les autres alternatives, et pire, les c’est au jour d’aujourd’hui qui ont pourtant les vents en poupe, car quoi qu’en pense François de Closets, érudit écrivain mais absolument nul en orthographe, je sais pas comment finir cette phrase (ce que je disais un jour au micro de Pierre-Louis Basse sur Europe 1 dans une émission consacrée à l’Europe à laquelle je fus invité en ma qualité d’ancien volontaire européen, dans une association de réinsertion des toxicomanes, pour ceux qui suivent…).
Le problème, ce qui nous guette, c’est ça : la « dérive hygiéniste » (d’ailleurs en passant pour rejoindre le bar, trois asiatiques enfoncés dans leur siège, sur le visage un masque blanc attaché comme un loup, et c’est sans doute à cause de la grippe A (bientôt un post sur la grippe A), mais parce que ce sont des Japonais, on pense au SRAS immédiatement), cette dérive hygiéniste qui a recyclé les vieilles lignes ferroviaires, le vieux matériel roulant, le vieux personnel naviguant, en neuf, que du neuf, du design, de la mode, de l’optimisation, et éviter la fausse note, tout ça coûte une fortune, avec ma carte 12/25, et alors même que je fraude, puisque j’ai 27 ans, 62 Euros le trajet retour simple Mulhouse Paris, de qui se moque t-on, quand les anciennes lignes Corail passant par Troyes et Chaumont s’arrêtent à Belfort, de là 25 Euros et quatre heures pour la capitale, mais pas de jonction jusqu’à Mulhouse, les salauds, ils ont tout prévu.
Alors au wagon on règle des comptes, enfin il y en a quelques uns qui picolent, deux types jurent sur la tête de leur grand-père, s’adressant aux contrôleurs, que voilà, c’est pas tout d’avoir une cravate, et quoi, on va fermer nos gueules une fois de plus, il y a une dame qui ressemble à Marielle de Sarnez, et qui ne tend pas les mains, mais voilà, ces incompétents au service du design industriel ont mis une espèce de barre médiane au milieu de la belle baie vitrée du wagon bar qui empêche étrangement de voir le paysage, comme si il y avait pas d’autres solutions. Les contrôleurs ont radiné, ils ont fini leur petit tour de contrôle, ça a été dur, ils ont soif, ils demandent au barman, très cool, deux verres d’eau, ils se sont fait insulter plus souvent qu’à leur tour, mais voilà, à chacun de payer son tribut.
On arrive à hauteur des premières gares de banlieue, dans ces cas-là mieux vaut être dans le train que sur le quai de ces gares, on pourrait faire du cerf-volant au passage d’un TGV, ou du kite-surf.
Le barman s’étonne que je règle mon café, deux euros quarante, en carte bancaire, mais quoi, j’ai pas de monnaie, faut pas chercher plus loin.
On arrive maintenant, je file à la Courneuve.

Comme à Voussac

Le chat retiré dans sa tanière…dans son terrier…dans sa ruche…dans son nid…ou dans sa litière. Au fait, où se retire un chat, quand il veut s’extraire de la sauvagerie d’un monde qui le contraint à la retraite ? Nulle part, non ? Laissant le trou aux souris, sur un toit. Ou dans une petite maison de l’Allier aux volets rouges battant les vieilles pierres, où il y a un peu d’électricité, un peu d’eau potable, et un peu de réseau mobile, mais pas trop.
C’est un petit coin de campagne dont on taira le nom, parce que la maison est toujours ouverte, et qu’il n’y a pas plus de clé que dans la maison bleue de Maxime (que l’on verra ce dimanche sous le soleil du parc de la Courneuve chanter pour l’humanité toute entière à la fête du même nom). Pas de serrure, pas d’alarme, pas de fils barbelés pour en obstruer l’accès, le seul obstacle à la progression vers l’entrée de cette masure, éventuellement, les hautes herbes, quand les brebis mises en jachère ici par le petit éleveur voisin n’ont pas assez brouté.
On y arrive par le train, jusqu’à Moulins sur Allier. De là un bus assure l’acheminement jusqu’aux Deux chaises, et puis il faut finir à pied. Ou en stop, sur des routes fréquentées comme une université d’été du nouveau centre. Autant dire à pied. Et à la tombée de la nuit, pousser la porte sur son nuage de poussière, entrer là et voir qu’on y sera bien, pour une semaine, pas pour la vie, le temps de recharger des accus, et de faire une cure de solitude, de sommeil, de bleu d’auvergne, production fermière, et de blanc de Saint-Pourçain.
Toutes ces choses qui nous échappent d’habitude ; regarder le feu dans la cheminée. Lire des journaux datés de 2007 avec lesquels on a allumé le feu en question. A l’époque, Ségolène était encore populaire, Strasbourg en D1, et il pleuvait sur la région de Montluçon, et sur tout le Bourbonnais, c’est la Montagne qui le dit. Après aussi, prendre le temps de sortir regarder les étoiles, fouiller dans tous les tiroirs avec l’espérance, finalement déçue, de trouver une clope oubliée, un brin de tabac à rouler, ou pourquoi pas un mégot jauni et mâchouillé, on avait pensé arrêter de fumer, mais l’adversité est bien armée, et c’est comme l’écrivait Burroughs dans le festin nu, parlant de ses manques toxicologiques, c’est comme de vivre avec un singe perché sur son dos, on a finalement réussi à s’endormir sans, un matelas posé à côté de l’âtre.
Le lendemain, et les jours suivants, c’est la même chose, le bien-être se de réveiller avec la lumière d’un soleil rural, la couleur des premiers jours du monde, et puis faire le petit brin de route jusqu’au centre du village, une place, une fontaine, l’épicerie, transformée en bureau de poste, bureau de tabac, bureau des pleurs, et presse, pour lire les nouvelles fraîches du jour, et en fait de la veille, voir qu’il continue de se passer des choses dans le huis-clos des villes, des meurtres sont commis, la grippe A progresse, Fillon désavoué sur la taxe carbone, Escudé qui marque contre son camp, quotidien ordinaire d’un monde en marche.
On espère toujours un flash spécial, un attentat, un avion détourné, une prise d’otages, ou un crash boursier, quand on peut alors écouter France Info toute une après-midi sans qu’on ait l’impression de s’ennuyer, mais d’habitude, avec le flot commun des nouvelles rituelles, on a envie de passer sur Chérie FM au bout d’une heure, la lassitude de la boucle fermée.
C’est là dessus que j’ai travaillé. Sur les boucles fermées. Le recyclage des ressources naturelles, le circuit renouvelable de la gestion des déchets verts (méthanisation), dessinant en ombre le portait chinois d’une éco-cité à Huludao, petite ville aux sols contaminés par les métaux lourds de l’industrie lourde coincé le long d’un bras de mer entre Pékin et Shenyang (regarder sur mappy), travail de commande.
Le soir venu, quand l’envie (ou le courage) de travailler a été un peu délayée au vin blanc sec, on écoute à fond dans le caisson de basses Arno chanter Ferré, Ostende, là où les bières on vous les servait avant qu’on les redemande, un jardin de cocagne, quoi, un pays enchanté…sans se dire qu’on incommode les voisins, vu que de voisins, on n’en a pas, ils sont tous morts, ou sourds, c’est un des villages de la campagne de France où les Anglais n’ont pas encore tout racheté, ni les Hollandais installé leur caravane, c’est un village de vieux, où l’on s’attend à trouver dans l’encrier des pupitres de l’école municipale un fond d’encre durcie.
Le matin suivant, c’est le chat retiré sous sa couette, écoutant France Culture au réveil comme on émerge. Et puis de temps à autre une perle, comme si on mangeait des huîtres avec les doigts.
« D’abord l’élégance, Pierre Etaix. Les auditeurs ne vous voient pas, et pourtant, vous avez une chemise bleue, un blazer d’un bleu un peu plus sombre, et une pochette rouge, vous êtes l’élégance même.
Voix de vieux.
- Oh l’élégance, c’est beaucoup dire
Elle le coupe…
- de style…
- Disons que je ne veux pas faire pitié en vieillissant, voilà… »
Et puis un long silence, c’était Pierre Etaix, assistant de Jacques Tati, répondant au micro de Laure Adler.
Et c’est ainsi que se déroule cette semaine, entre ascèse et ermitage, mais une ascèse avec du vin et du velouté de cèpes, et un ermitage avec France Culture.
A la fin, il faut faire tout ce qu’on n’a pas fait durant la semaine, la vaisselle, récurer, sortir les poubelles, et puis vidanger le chauffe-eau, pour pas qu’il gèle.
Tout en sens inverse. Deux Chaises. Moulins. Paris.
Au fait, aujourd’hui, c’était ma fête.

Image de prévisualisation YouTube

Cadence infernale. |
poésie c'est de l'art ,prov... |
athkanna philosophie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | aaronjosu
| lectures, actualités et photos
| Auberge-Atelier