Les oiseaux

Il y a une photo carte postale de la plupart des villes du monde. La tour Eiffel le Christ de Rio le paysage qui s’ouvre sur les murailles de l’autre côté du Guadalquivir depuis les rives gitanes de Triana à Séville la cinquième avenue de nuit avec les enseignes au néon des grandes marques japonaises la place Djemaa-el-Fna de Marrakech au soupir du jour lorsque les ampoules s’allument sur les stands des marchands d’orange.

A Essaouira, c’est la vue de la Medina bercée par les flots et surplombée par les mouettes qui viennent casser leur vol désordonné contre les murailles de pisé, qui fait office. Les mouettes sont importantes à la composition photographique ; tranchant avec la mécanique statique et les couleurs de la scène, l’ocre du sable des murs, et le bleu du ciel et de l’océan, elles apportent de la blancheur et de l’animalité.

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De fait, elles sont extrêmement nombreuses. Je n’ai jamais de ma vie vu autant de mouettes réunies. La jetée qui longe le chenal du petit port d’Essaouira est étroite. C’est juste un ruban sur lequel viennent s’entasser le jour des caisses de poissons fraîchement débarquées, et des touristes appareillés, tant l’endroit est photogénique avec en plus ses chats qui dorment au soleil et ses vieux arabes qui recousent leurs filets, ou font semblant.

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Naturellement, c’est ici que se concentrent les mouettes, pas pour la postérité photographique, mais pour la pouascaille. 100 ou 200 mouettes qui tournent ainsi dans les airs, quelques mètres à peine au-dessus des têtes, et qui atterrissent parfois pour souffler un peu.

C’est drôle, la mouette est un oiseau plutôt séduisant. De grandes ailes déployées qui semblent trop grandes pour elles, elles volent en diagonale, ou en chassé, comme les crabes, sans les utiliser. Paraissant toujours un peu déséquilibrées par ces excroissances qu’on dirait découpées dans du carton pâte tant elles semblent rigides, elles flottent dans l’air instable, prises dans les bourrasques comme un bouchon dans les flots.

Souvent elles volent sur le côté, en torpille, et comme des B-52 dont les réservoirs auraient été touchés par la balistique ennemie, on croit qu’elles vont aller s’écraser sur les bandes sableuses, mais toujours elles se redressent, et corrigent leur trajectoire avant l’impact. Quand la mouette se pose, on peut voir son œil, cerné d’un liseré rouge, et une tache rouge sur son bec jaune. En vol, ses pattes, légèrement rétractiles, serrées l’une contre l’autre, sont protégées par un petit auvent de plume.

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Eh bien, de les voir aussi nombreuses, comme là pour faire la manche, se bastonner pour une paire d’arêtes, macule leur blancheur. La loi du nombre. De même que le pigeon sauvage touché au tir paraît extrêmement digne, préparé dans deux feuilles de brick en pastilla marocaine, et le pigeon parisien parasitaire, les mouettes d’Essaouira, discréditées par la foule qu’elles composent, font « sales » et on pense dans le torrent de leur déjections blanches qui s’abat sur le sol à la grippe aviaire, ou à n’importe quelle pandémie.

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Est-ce la même chose pour les hommes ?

J’ai connu un ami berger. Quand j’allais le rencontrer au fond de sa bergerie, sur le plateau de Nevaches, les joues rosies par trois mois d’estive, les cheveux longs et craquant comme de la paille, le visage buriné par l’air de la montagne, je le trouvais toujours beau. L’aurais-je croisé un matin dans le métro (et la mouette ?!) sur les coups de neuf heures, entre attaché-case et déodorants, je l’aurais peut-être pris pour un clochard.   

 


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Un commentaire

  1. clement dit :

    chose promie, chose due. en revanche j ai toujours autant de répulsion à lire des choses sur un ordi, donc no offense..Bonne nuit et longue vie aux femmes malgaches, a plus le strasbourgeois!

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